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LE BOMBYX DU SAULE

LIPARIS SALICIS, God.

Ordre des Lépidoptères : Famille des Bombycites.

Le Bombyx du Saule, Liparis salicis L. God. est un assez gros Papillon blanc, de 40 à 4o millimètres d’envergure, que l’on trouve assez oommunément à la fin de juin et pendant la plus grande partie de juillet. Au commencement de juillet la femelle pond ses œufs en masse sur les troncs de Saule et de Peuplier. Ces œufs, verts au moment de la ponte, sont mêlés à une sorte de mousse ou d’écume qui, en séchant, forme autour d’eux une enveloppe gommeuse qui les couvre et les dissimule en les faisant ressembler à l’écorce de l’arbre contre lequel ils sont appliqués.

tiennent de vingt àtrente:

je crois, sans pouvoir l’affirmer, que la femelle produit plusieurs de ces masses. Quelques jours après la ponte naissent de petites chenilles velues et noirâtres, qui se rendent sur les feuilles de l’arbre où elles sont nées, dont elles rongent le perenchyme à la face inférieure ordinairement, car on en voit qui attaquent aussi la face supérieure, laissant intactes les nervures, et l’épiderme de l’autre face, ce qui détermine sur les feuilles des taches souvent arrondies qui blanchissent ou roussissent. Les chenilles se tiennent pendant le premier âge rangées l’une auprès de l’autre. Au bout de sept ou huit jours, elles demeurent immobiles,’- ne mangeant plus, puis elles changent de peau. Après cette première mue, elles ont 3 millimètres de long, sont noires, chargées de tubèrcules portant des pinceaux de poils blonds et noirs, ces derniers moins nombreux que les autres. Sur le dos, une bande blanchâtre deux fois interrompue.

Elevées en captivité, elles se retirent, vers la lin de juillet ou le commencement d’aoùt, dans les angles et les coins des boîtes où elles sont enfermées, et, cessant de manger, s’yfilentde petits cocons ovales de soie blanche, où elles hivernent. En liberté elles s’établissent probablement dans les fentes des écorces des Saules et des Peupliers, où elles tissent leur petit cocon et où elles passent l’hiver. Pendant cette saison elles doivent être souvent la proie des grimpereaux, des troglodytes et des mésanges que l’on voit explorer avec tant de soin et d’attention les troncs et les branches des arbres. C’est probablement à la destruction, que ces oiseaux insectivores font de ces chenilles pendant la saison rigoureuse, qu’est

LE NATURALISTE, Paris, 46, rue du Bac.

due la quantité peu considérable des insectes parfaits, si on la compare à la grande fécondité des femelles. Les chenilles, étant très voraces, seraient fort nuisibles aux arbres sur lesquels elles vivent, si les oiseaux ne modéraient l’extension de l’espèce.

Lorsque l’hiver a fait place au printemps, un peu plus lût ou un peu plus tard, selon la douceur de la température, et généralement dans les premiers jours d’avril, les petites chenilles s’éveillent etquittent leurs tentes de soie. En captivité, elles errent pendant plusieurs jours dans leurs boîtes, refusant la nourriture qu’on leur donne, et se retirent même encore dans leurs petites tentes si la température se refroidit. Enfin elles se dé¬

poses en étoile des poils fauves et courts : au-dessous de ces tubercules, de chaque côté, une ligne blanche interrompue, et plus bas encore, une autre rangée de tubercules semblables aux premières, un peu plus pâles et chargés de poils d'un blond fauve, disposés de la même manière, mais beaucoup plus longs. La couleur des côtés sur lesquels sont placés ces tubercules est le gris bleuâtre, qui forme une bande latérale. Le dessous du corps est le gris noirâtre. La chenille a seize pattes : les six premières sont noirâtres, les autres jaune fauve.

A la fin de mai les chenilles ont 28 millimètres de longueur et paraissent avoir atteint tout leur développement; quelques-unes sont bien moins avancées et n’ont que 16 millimètres. Jusqu’à cette époque elles paraissaient fort sédentaires et marchaient fort peu ; mais alors elles sont prises d’une humeur voyageuse, qui indique qu’elles approchent du moment de la métamorphose. En effet, le

entent a manger les jeunes feuilles de Peuplier en attaquant seulement le

tubercules brun faux

chyme par une de leurs faces : puis enfin elles entament la feuille par la tranche et la mangent en entier: elles commencent alors à grossir. Lorsqu’elles veulent changer de peau, elles se construisent de nouvelles tentes de soie, et y demeurent isolées jusqu’à ce qu’elles aient dépouillé leur ancien vêtement. En certain nombre périssent pendant cette opération. Les chenilles restent longtemps noirâtres et peu colorées, mais lorsqu’elles ont atteint la taille de 10 à 12 millimètres elles prennent leur livrée définitive. La forme est parallélipipédique : la tôle est d’un gris bleuâtre. Le corps est velu, la couleur générale est le brun fauve : Sur le dos une large bande noire porledans sonmilieu onze grosses taches géminées blanches; en avant de chacune de ces taches et sur le côté se trouvent deux gros le sommet desquels sont dis¬

5 juin elles commencent à filer un léger cocon entre deux feuilles ; les autres filent aussi les jours suivants leur cocon entre deux feuilles ou dans un coin de la boîte. L’une des plus petites qui avait commencé son cocon se ravise, se remet à manger, et ne file plus que quelques jours après. Le cocon, qui en liberté est ordinairement établi entre deux feuilles, est très mince et léger et laisse voir la chrysalide à l’intérieur- Celle-ci est d’un noir brillant garnie, à la séparation des segments, de poils blancs ou jaunes disposés en cils. Je n’ai pu vérifier si la différence de couleur est liée à une différence de sexe. La première de mes chenilles a commencé son cocon le 5 juin, la dernière le 20 du même mois. Le 25 juin éclôt le premier papillon : par conséquent la Nymphose ne dure pas plus de vingt jours. Dans les prés et dans les chemins bordés de Peupliers, on trouve dès la fin de juin une assez grande quantité de Papillons morts à terre; ce qui semblerait indiquer que l’éducation se fait un peu plus rapidement en liberté, et que la vie du Papillon est assez courte ; cependant on en trouve encore de vivants jusque vers le lo juillet. La vie évolutive de ces insectes dure donc environ une année, puisque les œufs éclosent du 10 au 13 juillet.

Le Papillon a de 40 à 45 millimètres d’envergure : tout le corps est d’un blanc luisant : les ailes sont du même blanc avec les nervures légèrement teintées de jaune : Les pattes sont annelées de noir et de blanc. Les antennes du mâle sont très pectinées, blanches, avec les lames brunes. Celles des femelles sont dentelées : les palpes sont courtes et rapprochées, la trompe nulle, par conséquent le Papillon ne mange pas pendant sa courte existence.

La femelle ne vole pas et se tient accrochée pendant toute sa vie à l’arbre où elle a vécu. Le mâle, moins lourd que la femelle, vole sans doute, mais on le prend rarement au vol; en revanche on le trouve souvent mort à terre dans le voisinage des plantations de Peupliers et de Saules.

E. Pissot.

L'ÏÏIBEMATIOI

( Suite et fin.)

Mollusques. — Presque tous les Mollusques de nos eaux douces s’enfouissent dans la vase pour y passer l’hiver; cela est surtout vrai pour la Paludina vivipara, munie d’un opercule, qui disparaît totalement pour ne reparaître qu’assez tard, au printemps. Les Anodontes les Unios ferment leurs valves et se laissent recouvrir parles détritus, feuilles mortes, etc., qui l'emplissent les étangs et les petits cours d’eau; il paraît d’ailleurs y avoir chez ces animaux un grand développement de matières de réserve qui leur permettent de se passer de nourriture pendant plusieurs mois. Les Limnées et les Planorbes conservent, en général, leur activité ; il n’est pas rare d’en trouver de mobiles sous la glace des étangs (Moquin-Tandon). Garnier rapporte qu’il a vu des Lymnea aunculnria se ranimer parfaitement après avoir été gelées à — 19°.

Les Umax, Arion, etc., semblent craindre le froid moins que les Hélices ; ils s’engourdissent vers + 3°, se rassemblent dans les crevasses des arbres, sous les

pierres, dans les trous des murs, se contractent et se pelotonnent en boule (Spallanzani).

Tout le monde connaît l’hibernation des Hélix ; lorsque le froid arrive, vers + 3° ou + 4°, le Colimaçon sécrète un mucus spécial, mêlé de calcaire, qui se durcit à l’air et ferme hermétiquement la coquille : on donne à ce pseudo-opercule blanc, assez résistant, le nom dVpiphragme. L’animal se retire au fond de la coquille ; la respiration et la circulation sont réduites à leur strict minimum, puisque la quantité infinitésimale d’air renfermée dans son gîte lui suffit pour de longs mois ; les tissus sont bourrés de matières de réserve; aussi est-ce en cet état que les Escargots sont livrés à la consommation.

L’épiphragme, très épais en hiver, est souvent suivi d’une série d’épiphragmes accessoires, que l’animal sécrète en se retirant de plus en plus vers le fond de la coquille, spécialement lorsque le froid devient plus vif (Paul Fischer chez Hélix pomatia ) ; Moquin-Tandon dit en avoir rencontré jusqu’à six chez un Hélix aspersa. A cet état, les Hélix peuvent supporter jusqu’à — 9°, mais ils gèlent et périssent, paraît-il, lorsque le thermomètre descend à — 12° et même à — 10°.

Le printemps arrivé, l'animal détache son épiphragme qu’il rejette, et se met aussitôt à manger. Lorsqu’on conserve ces Gastéropodes dans une chambre chauffée, avec une nourriture suffisante, ils ne s’enferment ni ne s’engourdissent (Gaspard).

Annélide s. — Les Sangsues disparaissent complètement à l’approche de l’hiver; elles s’enfouissent profondément dans la vase, sous les feuilles mortes, et restent contractées et immobiles, sans prendre, aucune nourriture, jusqu’au printemps suivant; on sait d’ailleurs que les Sangsues, après s’être gorgées d’aliments, peuvent rester jusqu’à un an sans manger de nouveau.

Les Lombrics hibernent également; ils s’enfoncent assez profondément en terre, de façon à ne pas être surpris par la gelée. Leur cavité péri viscérale est alors remplie de cellules spéciales, remplies de granules jaunes, de nature protéique, que l’on appelle cellules chloragogènes ; elles sont particulièrement abondantes au moment de l’hibernation, et il est très probable qu’elles jouent le rôle de matières de réserve. Pendant cette période, les Lombrics sont contractés, et lorsqu’on les déterre, c’est à peine s’ils répondent aux excitati ons.

Enfin, chez nombre d’animaux, il se développe à l’entrée de la mauvaise saison des œufs spéciaux (œufs d’hiver, œufs durables) ou des bourgeons dormants très résistants (statoblastes, gemmules). A la vérité, ces œufs ou ces bourgeons ne sont pas organisés spécialement pour résister au froid; ils sont simplement destinés à attendre des circonstances favorables au développement de l’espèce, soit après des périodes de sécheresse, soit pendant l’hiver. Leur résistance est très considérable; les statoblastes des Bryozoaires d’eau douce ( Plumatclla ), revêtus d’une coque épaisse, sont bien connus sous ce rapport : von Nordmann en a transporté, desséchés dans du papier, de Paris à Odessa, où ils se sont bien développés ; Sars a obtenu, à Christiania, une Plumatelle provenant de statoblastes d’Australie; Krœpclin a fait éclore à Hambourg des statoblastes de Pectinatella envoyés des Etats-Unis, etc. Les œufs d’hiver de certains Crustacés ( Branchipus , Apus, Daphnia, Diaptomus), les œufs durables des Rotifères.ont aussi une durée de vie latente extrêmement longue ; il en est de même pour les

gemmules des Spongilles d’eau douce, les kystes de certains Infusoires, etc.

Il faudrait encore étudier l’influence du froid sur la taille des individus : on sait que la plupart des formes polaires sont naines, et les Esquimaux eux-mêmes, quel que soit leur haut rang dans l'échelle, ne font pas exception. Une Lirnnée polaire de très petite taille paraît être exactement la même qu’une de nos Limnées des pays tempérés, dont les dimensions auraient peu à peu diminué sous l’influence du froid. Pour tous les animaux, il y a une certaine température pour laquelle leur développement est optimum (Semper), cet optimum variant naturellement, suivant les espèces, dans des limites assez étendues. On comprend que, pour les espèces des pays tempérés qui émigrent jusqu’aux régions polaires, i cet optimum n’est que rarement atteint; par suite, les facultés reproductrices se développent avant que la | taille ait atteint son maximum habituel. Au bout d’un ' certain nombre de générations, il y a ainsi formation I d’une race naine, qui peut être érigée en espèce parfaitement distincte.

Enfin, certains animaux présentent, suivant les saisons, des différences de forme et de couleur extrêmement curieuses, qui constituent le dimorphisme saisonnier, surtout étudié chez divers Lépidoptères.

On voit que l’abaissement de la température amène chez les animaux quantité de modifications importantes ; leur étude expérimentale, un peu négligée jusqu’ici, fournirait, je n’en doute pas, des résultats nouveaux et très importants.

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