LES CAUSES DE L'EXTINCTION DES ESPÈCES ANIMALES
Il est hors de doute qu’à l’époque actuelle la cause de destruction la plus active des espèces animales, c’est l'homme, dont les armes perfectionnées sont tout à fait hors de proportion avec les moyens de défense dont disposent les animaux. La faune africaine — Eléphant, Girafe, Rhinocéros, Zèbre, Antilope — qui nous offre
comme un témoin {de l’époque tertiaire, est en voie rapide d'extinction, devant les exploits stupides des chasseurs. Le Rhinocéros blanc, dont on vient de retrouver quelques troupeaux dans le Soudan égyptien, ne pourra être conservé qu’à l’état de squelette ou de peau boùrrée de foin, dans les musées; faible consolation pour la disparition d’une espèce aussi curieuse !
Mais on peut se demander quelles ont été les causes de l'extinction des faunes aux époques anciennes. Il faut tenir compte tout d’abord, avec Oshorn, des soulèvements et des affaissements des continents, et des modifications climatiques qui en ont été la conséquence. Les périodes sèches et pluviales se sont succédé en divers points du globe et ces modifications ont pu amener l'extinction de certaines espèces.
En Australie les grands Marsupiaux herbivores ont pu se développer grâce à l'humidite qui régnait à la fin de l'époque tertiaire ; le desséchement progressif du continent au cours du quaternaire les a fait disparaître. Leurs ossements fossiles se rencontrent en masse sur les rives des anciens lacs, actuellement à sec, comme s'ils s'y étaient rassemblés pour boire la dernière goutte d’eau. La même cause a amené l'extinction des Crocodiles, des Tortues, et des oiseaux géants, Genyornis et Dinornis. Ceux-ci ont persisté en Nouvelle-Zélande, mais ont été détruits par les Maoris.
La diminution de la température n’amène pas à elle seule la disparition des animaux. Car ceux-ci peuvent s'adapter au froid, en se couvrant de fourrures épaisses, comme le Mammouth et le Rhinocéros, de l’époque quaternaire, le Bœuf musqué des régions arctiques ou le Cheval des steppes de l'Asie centrale. Pour que des troupeaux entiers soient anéantis, il faut en outre que les pâturages se couvrent d'une épaisse couche de neige en hiver. En revanche, l'élévation de la température à la fin de l'époque glaciaire a pu être directement nuisible aux animaux adaptés au froid.
Lorsqu'une espèce est très diminuée de nombre, les unions consanguines ont des résultats néfastes sur ses survivants. Chez les Bisons d'Europe et d'Amérique qui ne sont plus guère que des animaux de ménagerie, le nombre des mâles dépasse de près du double celui des femelles.
L'humidité peut être nuisible d'une facon indirecte, en favorisant la pullulation des parasites : les Trypanosomes sont inoculés par les mouches tsé-tsé, qui ne vivent que dans les régions oùlles eaux sont abondantes.
La disparition des Chevaux en Amérique doit être attribuée à la période pluviale qui y a régné à la fin du Tertiaire. Non seulement ces animaux ne peuvent vivre sur un sol fangeux, mais leur disparition a pu être hâtée par des parasites. Leur pullulation actuelle s’explique parce qu’il règne de nouveau, sur une grande partie de l'Amérique, un régime steppien:
Je ne crois d’ailleurs pas qu'il faille attribuer une in- Îluence exagérée aux parasites. Car on sait qu’en Afrique les herbivores -sauvages sont parfaitement immunisés et que, seuls, les animaux domestiques succombent aux trypanosomiases. Cependant un développement rapide des organismes parasites, dû à un brusque changement de climat, peut avoir eu une influence néfaste sur certaines espèces.
La concurrence des espèces doit entrer en ligne de compte. On sait les ravages exercés par les Lapins en
Australie, par les Chèvres à Sainte-Hélène. Il est fort possible que le développement rapide des Oréodontes en Amérique aitrendu la vie impossible aux grands Herbivores, en leur coupant, si j'ose dire, l’herbe sous le pied.
D'après Depéret, l'augmentation de taille précède toujours l'extinction des espèces. Cette loi est loin d’être générale, car d’autres facteurs interviennent. Les animaux des îles sont en général plus petits que les formes. habitant les continents voisins : on connaît à Malle et à Chypre des Éléphants et des Hippopotames fossiles de très petite taille. :
En revanche la différenciation elle-même peut être une cause d'extinction. Elle peut dépasser le but et être nuisible à l'animal. Les défenses gigantesqnes du Mammouth étaient plus encombrantes que réellement utiles. Ilen est de même des canines supérieures du Phacochère : elles deviennent énormes et viennent se croiser au-dessus du museau, en empêchant l’animal de se servir de ses canines inférieures restées normales. Il en est de mêmeencore des bois du grand Cerf des tourbières,-des cornes géantes du Titanotherium, de la défense du Narval. Dans tous ces cas l’évolution se faisant toujours dans le même sens a rendu inutile et même nuisible un organe dont la fonction était bien définie autrefois.
La disparition de certains Herbivores a entrainé celle des Carnivores auxquels ils servaient de proie. On rencontre à l'époque tertiaire un Félidé, le Machairodus, dont les canines supérieures sont très longues et en forme de poignard. Il devait chasser certains des grands Herbivores contemporains et s’est éteint en même temps qu'eux.
En revanche, l'apparition de certains Carnivores a eu pour effet l'extinction d'espèces moins perfectionnées. On observe, au cours du tertiaire ancien, la lutte entre les Carnivores vrais (Félidés, Ursidés, Canidés) et les Créodontes ; elle se termine en Amérique et en Europe, par la disparition de ceux-ci. Pendant le pliocène moyen des Canidés et des Félidés pénètrent dans l'Amérique du Sud par le pont des Antilles et y détruisent de nombreuses espèces ; en effet, ce continent n'avait plus de Carnivores depuis la disparition de la Thylacine, d l'Oligocène. L’apparition du Chien en Australie a eu pour effet l'extinction des Marsupiaux carnassiers : la Thylacine et le Sarcophile ne vivent plus qu’en Tasmanie, où le Dingo n'a pas pénétré.
On a introduit la Mangouste de l’Inde aux Antilles, pour y détruire les Rats qui aévastaient les plantations de canne à sucre. Elle s'est fort bien acquittée de cette mission; mais lorsque les Rats devinrent plus rares, elle s’attaqua à d’autres rongeurs, à des oiseaux, des Serpents inoffensifs, des Lézards, des Tortues, et amena l'extinction presque complète de certaines espèces. La diminution du nombre des Lézards amena une augmentation parallèle de celui des insectes nuisibles, de sorte que l'introduction de la Mangouste a été absolument déplorable. Ce n’est pas impunément qu’on rompt l’équilibre des forces naturelles.
Osborn fait observer avec raison que les causes d'extinction des formes animales ont des effets fort dissemblanles. Les grandes perturbations ayant des causes géographiques ou météorologiques amènent l'extinction de faunes entières : telles sont l'apparition d’une période sèche, ou celle d’un régime humide ou
noderme, Ver, Arthropode, Mollusque, Molluscoïde,
glaciaire. D’autres fois les formes détruites dans une région persistent dans une autre. Les Chevaux ont disparu d'Amérique pendant la période pluviale du quaternaire ; ils ont survécu en Europe, parce que ce continent a toujours renfermé de vastes surfaces à régime steppien.
L'extinction de formes moins adaptatives a pour effet
un perfectionnement général de la faune. Cette extinc-:
tion a pu s'étendre à l'ensemble du globe; c’est ainsi qu'ont disparu les Amblypodes, les Condylarthrés et les Créodontes de l'Éocène. C’est ainsi encore que les pattes des Ongulés se sont perfectionnées de façon à offrir un meilleur support au corps.
Dans la concurrence des espèces, il ne faut pas tenir compte seulement de l’état adulte. Les Reptiles géants de l’époque jurassique ont disparu, sans doute parce que les premiers Mammifères, de fort petite taille, s’attaquaient à leurs œufs. Il est certain en effet que ces monstres, à la cavité cérébrale fort exigué, ne savaient prendre aucune précaution pour garantir leur progéniture : le sentiment maternel n'existait pas chez eux et c’est à son absence qu’est due leur disparition.