‹ Le Népal: étude historique d'un royaume hindouChapitre 4 sur 85 · LE ROYAUME · texte numérisé non relu

LE ROYAUME

Le Népal est un royaume indépendant situé au Nord de l'Inde, sur le versant méridional de THimalaya ; il consiste en une bande étroite de terrain qui suit fidèlement la direction de la chaîne. Il mesure environ 800 kilomètres de longueur et 160 kilomètres de largeur moyenne. Il s'étend du 78* au 86® degré de longitude Est, touche à son extrémité Sud-Est 26°25' de latitude Nord, et dépasse à son extrémité Nord-Ouest le 30' degré. Il est compris entre les possessions britanniques, le Sikkim et le Tibet. Depuis le traité de Segowlie (1816) et la convention de 1860, la limite entre le Népal et Flnde anglaise suit à TOuest le cours de la Kali, au Sud les Collines de Grès parallèles à THimalaya et les terres marécageuses du Téraï découpées en trois tronçons, à FEst le cours de la Mechi et les pics élevés du Singalila, qui bordent le Sikkim. Au Nord, la frontière du Tibet, à peu près inconnue, semble être assez mal définie ; elle se perd dans les solitudes inaccessibles des glaciers et ne prend de précision qu'aux environs des passes, tantôt en avance, tantôt en recul sur le plateau tibétain, au hasard dçs circonstances.

En dépit des révolutions et des conquêtes qui ont bouleversé les pays voisins, Inde et Tibet, le Népal est resté depuis de longs siècles presque immuable dans ses limites traditionnelles. La nature même les avait tracées en lignes nettes. Au Nord, FHimalava dresse ses murailles colossales, couronnées de cimes géantes. Les rares passes qui traversent le massif et qui escaladent le plateau du Tibet ne sont praticables que de mai à septembre ; la neige les obstrue sept mois par an, et le voyageur qui s'y aventure eu bonne saison court encore mille risques. L'avalanche le menace, le précipice le guette; il lui faut s'accrocher aux roches, se suspendre à des cordes tendues au-dessus des abîmes, gravir des altitudes de 4000 à 5000 mètres. Au Sud, sur les confins de l'Hindoustan, les terres basses du Téraï sont plus redoutables encore ; les eaux entraînées des pentes voisines s'arrêtent, stagnantes, dans leur cuvette d'argile creusée au pied des monts, chargées de pourritures végétales. La malaria, mortelle, rampe dans l'air humide huit mois par an, de mars à novembre, et chasse l'homme, aussi bien l'Hindou des plaines que le montagnard du Népal ; en hiver les troupeaux des districts voisins viennent brouter l'herbe grasse ; mais, le printemps arrivé, la jongle appartient aux bêtes fauves. Derniers vestiges de l'humanité, des groupes clairsemés de races maudites ont pu seuls s'accommoder à ce séjour de pestilence et de mort. En arrière du Téraï, la nature a préparé d'autres lignes de défense : une forêt continue de sais rejoint les CoUines de Grès et en couvre les pentes ; les hauts fûts des arbres vigoureux jaiUissent du sol poussiéreux et blanchâtre, et sous leur ombrage opaque pullulent à Taise éléphants, tigres et rhinocéros ; l'homme n'y parait qu'à la saison froide pour chasser ou pour couper le bois précieux. Entre les Collines de Grès et les premiers soulèvements de Tllimalaya, le terrain se recourbe et se

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