‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 1 sur 81 · DEDIE A MON FILS LOUIS · texte numérisé non relu

DEDIE A MON FILS LOUIS

PRÉFACE

LE Capitaine d' Artillerie Coloniale Lenfant vient d'ajouter une page brillante et du plus haut intérêt à ces Annales de nos Colonies d'Afrique dont le Général Faidherbe, dans les dernières années de sa i^ie, suiveillait ai>ec amour la publication. Immobilisé par l'âge et par les fatigues de sa glorieuse carrière, le Grand Africain, dans sa retraite de la Légion d'Honneur, suivait avec une paternelle et patriotique sollicitude les progrès de nos armes et de notre influence dans cette partie du Soudan qui lui doit de s'appeler aujourd'hui le Soudan français. Les Borgnis-Desbordes, les Archinard, les Galliéni, les Combes et les Bonnier s'étaient inspirés de ses conseils, de son expérience, de sa foi dans la valeur de nos colonies africaines. Binger avait été son officier d'ordonnance. Monteil, Ménard, Marchand, Péroz, étaient ses admirateurs et ses élèves.

Il ne fut pas donné à r illustre général de voir complètement accomplie l'œuvre d'expansion qu'il avait le premier conçue. Quand il mourut, Tombouctou, dont s'étaient approchés seulement , dans leurs hardies explorations du Nii^er, les Lieutenants de vaisseau Caron et Jayme, avait encore le prestige d'une cité mystérieuse et fermée. Ahmadou et Samory, héritiers de la puissance de cet El Hadj Omar qu'il avait vaincu, chassés de leurs capitales, avaient encore

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des forteresses et des territoires oii i/s espéraient échapper à notre poursuite. La navigation du Niger, au delà de Koriumè, point extrême atteint par Jayme en 1887, était pleine d'inconnues.

La légende voulait que le cours inférieur du grand feuve, par ces rapides où Mungo Park avait péri, opposât des obstacles infranchissables aux téméraires qui se hasarderaient à renouveler cette audacieuse et lointaine expérience. Moins de dix ans ont suffi pour supprimer ces difficultés, grâce à l'effort combiné de nos officiers, de nos explorateurs et des obscurs et dévoués collaborateurs auxquels revient une bonne part du succès : sous-officiers et soldats blancs, aussi intrépides à braver la fièvre que les balles, tirailleurs, laptots indigènes, fidèles à leurs chefs jusqu'à la mort, capables d'affronter tous les dangers et de supporter toutes les fatigues, quand une fois ils ont été conquis par l'intelligence supérieure, la fermeté et la bienveillance de ceux qui les commandent.

Je ne les citerai pas tous, les héros de nos conquêtes africaines, car ils sont légion. Je ne citerai même pas ceux qui sont morts au champ d'honneur. Je craindrais d'être incomplet. Je me bornerai à rappeler que c'est à l'exploration du Lieutenant de vaisseau Hourst, qui, le premier, a descendu le Niger jusqu'à son embouchure, à la mission remplie à Boussa par le Gouverneur Ballot et aux deux voyages accomplis par le Commandant Toutéc, qui remonta les rapides que Hourst avait franchis à la descente, qu'est due la conception de l'entreprise, qua menée à bien le Capitaine Lenfant, et cpii eût été écartée naguère com/ne une invraisemblable folie. Il s'agissait d'utiliser le Niger comme voie de ravitaillement de nos postes entre Say et le Tchad, de l'utiliser, non pas en descendant son cours, depuis le point

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oh il est navigable — ce que le Capitaine Lenfant avait fait précédemment, — mais de s'en servir comme du chemin le plus court en le remontant depuis son embouchure, à travers les territoires anglais, à travers les rochers et les cataractes.

C'est le récit coloré, vivant, instructif et amusant de cette périlleuse expédition qu'on va trouver dans ce beau livre.

Débarqué le 21 février 1901, à Forcados-River, à l'embouchure du Niger, avec 10000 caisses de vivres, 2000 caisses d'outillage, 15 chalands en bois et 5 chalands en acier, le Capitaine Lenfant remonta le fleuve, franchit la série des rapides, arriva le 25 mai à Say et alla jusqu'à Sorbo-Haoussa pour débarquer 54 tonnes de ravitaillement destinées au troisième territoire militaire.

Pour comprendre ce que cette expérience a coûté de peines, ce qu'elle comporte de difficultés vaincues et de périls affrontés, il faut lire le pittoresque journal du chef de la mission.

Grâce à ses observations, et aux travaux hydrographiques qu'il a rapportés et qui complètent ceux de Hourst et de Toutée, ceux qui suivront après lui la même route auront moins à tâtonner. Cela ne veut pas dire qu'ils trouveront dans cette partie du Niger Mn véhicule docile et complaisant. C'est une voie plus économique et, tout compte fait, plus commode que le portage à dos d'hommes, par terre, depuis la côte du Dahomey jusqu'à Say; mais, comme le dit le Capitaine Lenfant, le problème des ravitaillements et des transports commerciaux ne sera résolu que par l'achèvement de la voie ferrée qui doit aboutir à Say et dont le premier tronçon sera prochainement livré à l'exploitation.

Dans le volume que publie le Capitaine Lenfant, on ne trouvera pas seulement un récit d'aventures, si/nple/i/ent mais vivement contées. Cet officier d'artillerie, improvisé

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commandant de flottille, est doublé d'un observateur des plus sagaces^ d'un économiste qui sait la valeur des c]ii[J'res et des renseignements précis.

Dans les longues heures passées en pirogue sur le Niger, il a étudié à fond le régime du fleuve, son influence fécondante sur les terres qu'il couvre et découvre alternalive- 7nent; il a noté avec soin les résultats que donnent les cultures faites par les indigènes et a déduit, avec une rigueur scientifique, le développement qu elles pourraient prendre si les méthodes perfectionnées de nos industries d'Europe y étaient adaptées. C'est ainsi que le Capitaine Lenfant s'est fait l'apôtre convaincu et écouté de la culture du coton au Soudan. Si les essais qui sont en cours réussissent^ une bonne part du succès lui sera due.

Et ce n'est pas une des moindres satisfactions de ceux qui ont cru à la valeur du Soudan, alors qu'elle était presque universellement contestée, de voir que c'est vers ces terres nouvelles que se tournent les regards, non des rêveurs et des théoriciens, mais des hommes pratiques qui comprennent que ces conquêtes, qu'on nous a reprochées comme coûteuses et inutiles, fourniront, dans un avenir peut-être prochain, des ressources inespérées à notre commerce et à notre industrie.

EUGÈNE Etienne.

INTRODUCTION

Bien loin, dans le désert, perdus dnns les contrées

maigres et arides qui s'étendent entre le Niger et le lac Tchad, nous avons appris un jour par un courrier rapide l'incroyable événement : La flottille Lenfant est arrivée h Xiamé! Les dix-huit cents caisses de vivres dont elle s'était chargée pour nous à Forcados s'entassent intactes sur la berge!

Ces vivres tant désirés mais auxquels nous ne croyions pas et que remplaçait depuis de longs mois le petit mil pilé, cette blanche farine, ce bon vin de France, allaient être pour nous, bientôt, un réconfortant régal dans nos misères.

Et d'abord en nous, seule à celte nouvelle étonnante la bête humaine qui avait tant soufTert se réjouissait. Puis, calmés, nous nous pressions à réfléchir à l'invraisemblable tour de force qui nous valait cette future aubaine.

Ce n'était autour de moi que vieux Soudanais, vieux non par l'âge mais par l'expérience, par les longs séjours et les interminables raids à travers l'Afrique occidentale. Nous avions vu Lenfant à l'œuvre, là-bas dans l'ouest, à deux mille kilomètres d'ici, lorsque après avoir amené à Tom-

INTRODUCTION

bouctou la première flottille il continuait à descendre le fleuve et domptait les rapides de Labezenga. Mais Boussa ! Les cent vingt kilomètres de sauts, de cascades, de chutes, de bouillonnements, de courants fous!

Par quel miracle de volonté, de perspicacité, d'énergie, était-il arrivé à s'en rendre maître?

Les caisses étaient à Niamé, au complet, sans un couvercle brisé; nous en avions l'inventaire dûment dressé par le capitaine Salaman et certifié conforme par le commissaire. Le doute n'était pas possible. Et cependant?

Cependant, nous arrivions tout doucement à n'y plus croire. Etendus dans le sable, autour d'un feu grêle d'arbustes épineux, au milieu de l'immense plateau aux perspectives sans fin argentées par les rayons glacés d'une lune fantasque, nous rabâchions dans une discussion animée les impossibilités de l'œuvre accomplie. Mungo Park, les frères Lander, Hourst, Toutée appuyaient tour à tour nos diros. Et pour qu'enfin on se tût et qu'on dormit, — car il ('-tait tard et le lever du camp prochain — je dus relire les documents officiels que m'adressait le capitaine Gelly, notre résident sur le Niger; j'énumérai à nouveau le nombre et l'espèce des colis.

Plusieurs, néanmoins, en regagnant leur tente, hochaient encore la tête

Cette sorte de miracle par lequel Lenfant a brisé le cercle magique qui défendait ces passes de Boussa n'est pas toute son œuvre. Les moindres chenaux où s'engouffrent, au milieu des roches abruptes, sur une longueur de plus de trente lieues, les vastes eaux du Niger, ont été relevés, photographiés, scrutés, sondés; le passage est exactement déterminé, repéré. Tout le monde certes n'y passe pas; mais,

INTRODUCTION

muni des renseignements qu'il a laissés, appuvé par les équipes merveilleuses qu'il a formées, qui veut passe.

Le Niger, sur tout son parcours, du Foutah-Djallon au golfe de Guinée — un millier de lieues! — a été prospecté, scientifiquement étudié par ce magnifique Soudanais que double un savant.

Le chemin de fer du Dahomey arrivera-t-il jamais sur le Niger? Nous l'espérons. Mais quand? Lenfant a montré au commerce par où et comment on pouvait, en l'attendant, commencer l'œuvre d'exploitation des richesses qu'il décrit et qui bordent le grand fleuve Africain.

Ce beau livre pour lequel il a bien voulu me demander une introduction dont il n'avait guère besoin après la puissante préface de M. Etienne — notre maître à tous, Africains et coloniaux de tout ordre — ce livre est non seulement le monument qui conservera le souvenir d'une des entreprises les plus hardies et les plus belles de notre génération, il est encore le guide qui conduit h son heure notre Soudan émergeant des champs héroïques vers les étapes économiques fructueuses que nos camarades, le général de Trentinion à leur tête, ont préparé à nos commerçants et à nos colons.

Lieutenant-Colonel Péroz.

Ex-Commandant du Territoire Niger-Tchad.

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