Scène I
ANANDA, ÇARIPOUTRA, KAGYAPA
ÇARIPOUTRA
'il veut que je le suive et devant lui m'incline, Qu'il observe, du moins, l'antique discipline, Et ne nous parle plus de la santé du corps !
Demain, il lui faudra les profanes accords
Du luth, puisque déjà l'on voit dans sa sébile
Des fruits, du riz; pourquoi pas de l'or qu'on empile?
Puis il désirera des femmes, des joyaux!
Quel besoin avait-il de fuir ses parcs royaux,
S'il introduit ici le luxe et l'abondance ?
44 I-K MHVANA.
ANANDA
Vois pourtant dans son œil cette douceur intense Et cette fermeté pure que les Veddas Rapportent sur les dieux descendus ici-bas!
KACYAPA
Ne blasphème donc pas les puissances divines !
ÇARIPOUTRA
Pourquoi continuer à manger des racines.
Alors ? Pourquoi ne pas guérir ton corps saignant ?
ANANDA
On peut désapprouver quelqu'un en le plaignant.
KACYAPA
Le plaindre ? pourquoi donc, puisqu'il soigne sa plaie Et ne veut plus souffrir ?
ÇARIPOUTRA
Je comprends qu'on s'effraye Et recule devant nos macérations ; Mais alors, on renonce aux admirations Des ascètes, des saints et des peuples fidèles.
Même, combien de fois, lorsque nos têtes lasses Ployaient sous le sommeil, lui, fixait les espaces. Détachant son esprit vers le sombre lointain. Et nous le retrouvions encor tel, le matin.
Le corps brisé parfois, toujours haute la tête, Dun bonheur inconnu pressentant la conquête.
ÇARIPOUTRA
C'est aussi pour cela que d'autres, vous et moi. Docilement, nous nous rangeâmes sous sa loi.
Sa vérité nous l'attendions, avec quel zèle Et quel espoir ! Mais, désormais, que sera-t-elle. Sa vérité soumise au bon vouloir des chairs 1
KACYAPA
Vérité de vaincu qui se résigne aux fers!
ANANDA
Vérité qui, du moins, interdit toute haine !
KACYAPA
Accomplit-il jamais d'action surhumaine ?
Prit-il, sans en souffrir, quelque mortel poison? Resta-t-il enterré, sans air et sans boisson. Durant plus de huit jours, ainsi qu on l'a vu faire A tant d'autres ?