VII. Aperçu géographique
I. Géographie physique. — Position. — La France, non compris la Corse , est située entre 42° 20' et 51° 5' de latitude N., 7° 7' de longitude O. et 5° 55' de longitude E. de Paris. Elle forme un hexagone, dont trois côtés sont bornés par des mers, la mer du Xord, la Manche, Y Atlantique et la Méditerranée, et les trois autres par les Pyrénées, les Alpes occidentales, le Jura, les Vosges et une ligne conventionnelle au N.-E. Elle a 3836 kilom. de frontières, dont 2026 pour les côtes et 1810 pour les autres parties , et elle mesure, en chiffres ronds, 960 kil. du N. au S., sous le méridien de Paris; près de 900 de l’O. à l’E., dans sa plus grande largeur; près de 1100 du N.-O. au S.-E. et env. 890 du N.-E. au S.-O. Sa superficie est d’env. 536400 kil. carrés, et c’est sous ce rapport le quatrième Etat de l'Europe, venant après la Russie, l’Autriche-Hongrie et l’empire d'Allemagne, mais ses colonies et protectorats atteignent ensemble plus de 6 fois */* cette superficie.
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INTRODUCTION
Natubb du son. — La constitution physique de la France est une des plus variées et des plus heureuses, et elle se joint aux avantages de sa situation géographique pour en faire le pays le plus favorisé par la nature. Le sol y présente, en plus ou moins grande proportion , tous les terrains stratifiés et non stratifiés. Les plus abondants sont, on le comprend, les terrains tertiaires, qui forment presque toutes les plaines ; puis les terrains primitifs, dans le plateau central, et les terrains jurassiques , qui entourent particulièrement ce plateau. Voir aussi p. xxxvn.
Côtes. — Les côtes de la mer du Nord sont droites et formées par des dunes et des terrains bas, d’anciens marécages. Là se trouvent les grands ports marchands de Dunkerque et de Calais. — Les côtes de la Manche présentent aussi des dunes et des falaises, des plages en pente douce et des parties rocheuses bordées d’écueils, comme ceux du Calvados. Elles forment une grande saillie dans la presqu’île du Cotentin, entre la baie de la Seine et la baie du Mont - St -Michel. Dans les baies et les anses de ces côtes sont d’autres grands ports marchands, comme Boulogne, Dieppe, le Havre, St- Malo, et le port militaire de Cherbourg. Mais ces côtes sont exposées à toutes les violences de la mer, qui les ronge et qui ensablerait les ports, sans les frais considérables faits pour les entretenir.
L’ Atlantique découpe profondément la presqu’île rocheuse de la Bretagne, où il forme surtout la rade de Brest, avec le premier port militaire de France et un petit port marchand; la baie de Douamenez, le port de Lorient, aussi un port militaire; la baie de Quiberon et le golfe du Morbihan. Puis viennent des terrains bas et marécageux, où sont la baie de Bourgneuf, les détroits ou pertuis Breton, d’Antioche et de Maumusson , avec les îles de Ré et d’Oléron (v. ci-dessous); le bassin d’Arcachon et le golfe de Gascogne. Les principaux ports de ce côté sont : la Rochelle et Rochefort (militaire), Nantes, Bordeaux et Bayonne, déjà dans l’intérieur des terres.
Les côtes de la Méditerranée sont également d’abord rocheuses, à l’extrémité E. des Pyrénées ; puis plates et entrecoupées d 'étangs, dans le golfe du Lion, jusqu’au delà de la Camargue, le delta du Rhône. Elles redeviennent ensuite rocheuses jusqu’à la frontière de l’E., au delà de Menton. Les grands ports français de la Méditerranée sont : Cette, Marseille et Toulon, ce dernier le deuxième port militaire de France.
Les îles qui avoisinent ces côtes sont peu nombreuses et peu considérables. Dans la Manche sont les îles Normandes, qui appartiennent à l’Angleterre, les principales Jersey, Guernesey et Aurigny ; dans l’Atlantique, les îles d ’Ouessant, de Croix, de Belle-Ile, de Noirmoutiers, d’ Y eu, de Ré et d ’Oléron; dans la Méditerranée, celles d’Hyères. La Corse est beaucoup plus considérable, sa superficie étant de 8747 kil. carrés, mais elle est à 180 kil. de la côte de France et seulement à 90 de celle d’Italie.
Montagnes. — Les principales montagnes de France sont celles
Bndelter. N.-E. de la France. 5 e édit. c
INTRODUCTION
des frontières S. et S.-E.: les Pyrénées et les Alpes occidentales; puis les Cévennes, le Jura et les Vosges.
Les Pyrénées, sur la frontière d’Espagne, ont env. 425 kil. de long en ligne droite, de l’embouchure de la Bidassoa, à l’O., au cap Creus, à l’E., et de 60 à 120 kil. de largeur. Cette chaîne de montagnes se distingue par sa régularité, qui l’a fait comparer à une feuille de fougère. Les plus hauts sommets sont dans les Pyrénées centrales, du Mont-Perdu au puy de Carlitte , et le principal d’entre eux sur le territoire français est le Vignemale, qui atteint 3290 m. (Néthou, en Espagne, 3404). La frontière suit à peu près la ligne de faîte, le Mont- Perdu et la Maladetta formant des massifs à part en dehors de cette ligne. Le principal écart est dans la vallée d’Aran, où est la source de la Garonne et qui appartient cependant à l’Espagne.
Dans les Alpes occidentales , qui séparent la France de l’Italie et de la Suisse, les frontières suivent également à peu près les arêtes, sur une longueur d’env. 500 kil. Ces montagnes sont formées de leur côté de massifs projetant des rameaux dans tous les sens, comme les rayons d’une étoile. Elles se subdivisent en Alpes Maritimes, des environs du col de Tende au Mont-Viso; Alpes Cottiennes, du Mont-Viso au Mont-Cenis; Alpes Orées, du Mont-Cenis au Mont- Blanc, et Alpes Pennines, dont la frontière suit seulement une ramification, entre le Cbablais et le Valais, jusqu’au lac de Genève. Le Mont-Blanc , qui atteint 4810 m. d’altitude, est la plus haute montagne de l’Europe, après l’Elbrouz (Caucase), qui a 5631 m. Les Alpes envoient des ramifications au loin dans l’intérieur de la France, la principale celle des Alpes du Dauphiné, où se trouvent encore des hauteurs considérables, comme la Barre des Ecrins (4103 m.), dans le massif du Pelvoux.
La partie du Jura comprise dans la frontière est le Jura central, depuis le col de St-Cergues, à la hauteur de Nyon, au plateau d’Etalières, jusqu’à la hauteur du Locle (Suisse), avec le Chasseron comme point culminant (1609 m.).
Des Vosges, il n’y a plus en France que le versant occidental des Vosges méridionales et des Vosges centrales, depuis la trouée de Belfort jusqu’au Donon (1010 m.), avec le ballon d'Alsace (1250m.), le second de leurs sommets (ballon de Guebwiller, 1426m.).
Les Cévennes traversent la France du S. -O. au N.-E., sur une longueur d’env. 500 kil. Elles font suite aux Corbières, ramification des Pyrénées orientales, et elles se rattachent aux Vosges méridionales par les monts de la Côte-d’Or , le plateau de Langres et les monts Faucilles, ces derniers plutôt un haut plateau que des «monts», leur relief ne dépassant guère 150 m. Le plus haut sommet de la chaîne principale des Cévennes est le Mézenc, qui a 1754 m. ; mais le puy de Sancy, dans la ramification qui traverse l’Auvergne (v. ci-dessous), atteint 1886 m.
Les Cévennes et leur prolongement forment la ligne de partage des eaux et divisent la France en 2 versants inégaux, l’un au N.-O.,
l’autre au S.-E., le premier tributaire de l’Atlantique, de la Manche et de la mer du Nord, le second de la Méditerranée. Le versant du N.-O. est subdivisé en 3 versants secondaires, correspondant aux 3 mers , par de longues ramifications , la plus importante celle des monts de la Margeride, de l’Auvergne et du Limousin, etc.
Fleuves et eivièbes. — La France se trouve ainsi divisée en 6 bassins principaux , arrosés par des fleuves: ceux de la Garonne ou plutôt de la Garonne et de la Dordogne réunies , de la Loire, de la Seine, de la Meuse, du Rhin (v. ci-dessous) et du Rhône, Les bassins de la Meuse et du Rhin sont partagés entre la France et les pays voisins; le second n’est même aujourd’hui à la France que par une partie de celui de la Moselle, affluent du Rhin , et par celui de laMeurthe, affluent de la Moselle. Ces grands bassins enclavent un certain nombre de bassins secondaires ou de rivières qui se jettent directement à la mer, dont les 14 principales sont: Y Adour, la Charente, le Blavet, la Vilaine, la Vire, Y Orne, la Somme et Y Escaut, dans le versant du N.-O.; le Tet, Y Aude, Y Hérault, YArgens, Y Arc et le Var, dans celui du S.-E. Enfin les fleuves ont 29 grands affltients , qui coulent dans des bassins de troisième ordre , dont quelques-uns sont encore assez étendus. Les affluents de la Garonne sont: rive dr., YAriège, le Tarn, grossi de l’Aveyron; le Lot, la Dordogne, grossie de la Vézère, la Corrèze et l’Ile; rive g., le Gers. Ceux de la Loire : rive dr., la Nièvre, la Maine, grossie de la Sarthe; rive g., Y Allier, le Loiret, le Cher, Y Indre, la Vienne, grossie de la Creuse, et la Sèvre Nantaise. Ceux de la Seine: rive dr., l'Aube, la Marne, Y Oise; rive g., l’ Tonne, le Loing et Y Eure. La Meuse et le Rhin n’ont chacun qu’un affluent important eu France, la Sambre et la Moselle, celle-ci grossie de la Meurthe. Ceux du Rhône sont: rivedr., l’Ain, la Saône, grossie duDoubs; l’Ardèche, le Gard; rive g., l’Arue, Y Isère, la Drôme et la Durance.
La France compte env. 6000 cours d’eau , par lesquels elle est abondamment et régulièrement arrosée , les hauteurs de l’intérieur étant bien réparties et en pentes douces. Plus de 200 de ces cours d’eau sont navigables et forment une longueur de 7825 kil., à laquelle s’ajoutent env. 4750 kil. de canaux.
Lacs. — Celui de Genève, sur la frontière de l’E. ; ceux d’Annecy et du Bourget, en Savoie, et celui de Grand-Lieu, au S. de la Bretagne, sont à peu près les seuls à mentionner ici pour leur importance.
Climat. — Grâce à sa situation et à sa constitution physique, la France jouit d’un climat des plus tempérés , mais très varié. La moyenne de la température est de 10 à 12° C. au N. et 13 à 15° au S. des monts du Limousin et de l’Auvergne.
II. Géographie économique. — Population. — La France comptait au recensement d’avril 1891, sans ses colonies, 38343 192 hab., parmi lesquels 1 107798 étrangers, surtout des Belges, des Italiens, des Espagnols et des Allemands. Il y avait alors seulement une augmentation de 124289 hab. depuis le recensement précédent, en
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mai 1886. Bien que relativement favorable, ce résultat n’est rien moins que satisfaisant, si l’on compare la France aux autres pays, car, sous ce rapport, elle leur est inférieure à tous. C’est toutefois eu partie la suite de la crise des naissance et d’une forte mortalité en 1854-55 et surtout de la perte de tant de jeunes gens dans la guerre de 1870-71.
Agriculture. — Le sol de la France est très fertile et la végétation y est très variée. D’après des calculs récents , 94.65 °/o ou près des 19/20 du sol sont productifs, et la valeur vénale des terrains est estimée à 91 584 000 000 de fr., leur revenu net à 2 645 000 000, soit 1880 fr. 40 en capital et 52 fr. 85 en revenu net par hectare. Ce revenu de plus de 2 milliards V* paraît énorme , et il représente cependant moins de 69 fr. par habitant. Mais à la valeur de la terre s’ajoutent celle des propriétés b&ties et à bâtir, qui est d’env. 43 milliards, et les richesses mobilières, pour une somme de 215 à 220 milliards, ce qui porte la fortune de la France à 317-322 milliards ou une moyenne de moins de 8400 fr. par habitant.
La France se divise , par rapport aux productions du sol , eu 5 zone», caractérisées par les cultures de l’oranger, de l’olivier, du maïs , de la vigne et du pommier. Ces zones sont délimitées par quatre lignes obliques allant: la l re , des bouches du Rhône au cours du Var; la 2 e , de l’Ariège à l’Isère; la 3 e , de l’embouchure de la Charente à la frontière vers le Luxembourg; la 4 e , du golfe du Morbihan à la frontière dans les Ardennes.
L'agriculture occupe à peu près la moitié de la population. La production totale en céréales, qui occupent près de 33 millions d’hectares, surtout dans les régions du Nord, est d’ordinaire de 110 à 120 millions d'hectolitres (121 en 1894), mais ne suffit pas cependant à ia consommation, qui doit être, pour le blé seul, d’au moins 110 millions d’hectol., dont 14 pour les semences. Il y a maintenant en France env. 40 écoles pratiques d’agriculture.
La culture de la vigne est ensuite de beaucoup la plus importante. La France tient pour cela le premier rang. Son vignoble, formant auparavant une superficie de 2 millions */* d’hectares, avait été réduit de près d’un tiers, par suite des ravages du phylloxéra, mais il se reconstitue rapidement, et il est maintenant d’env. 1800000 hectares. La production moyenne en vin était auparavant de 51 à 52 millions d’hectol.; elle était encore naguère d’env. 30 millions; elle a été de 50 en 1893 et de 39 en 1894. La production du cidre a aussi son importance, mais elle est très variable ; elle est en moyenne d’env. 12 millions d’hectol. et elle a été de plus de 317* eu 1893 et 15 1 /* en 1894. La culture des fruit» est du reste en général très importante et donne d’excellents résultats. Les arbres fruitiers spécialement cultivés sont, après le pommier : l’olivier, le prunier, l’abricotier, le cerisier, le merisier, le châtaignier et le citronnier. La France produit aussi beaucoup de fraises, de groseilles, de cassis et de framboises. La culture des pommes de terre y occupe encore un
île
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des premiers rangs; elle occupe 1 500000 hect. et elle produit de 140 à 150 millions d’hectolitres. Celle de la betterave à sucre y est assez considérable dans le Nord; la production du sucre est actuellement d’env. 420 millions de kilogrammes. Ensuite viennent le tabac, le houblon, le colza, etc.
Les forêts ont été réduites, depuis la Révolution, de 12 millions d’hectares à 8400000; mais l’Etat fait maintenant beaucoup pour le reboisement des parties du sol défrichées à tort. La production du bois est insuffisante pour la consommation. Les principales essences sont : le chêne, dans le Nord ; le châtaignier, au centre ; le chêne-liège, dans les Pyrénées; le pin résineux, dans les Landes; le hêtre, le mélèze, le charme, l’orme, le frêne, le bouleau, le peuplier, le saule, le tremble, l’aune, etc., répandus un peu partout.
Animaux. — La production animale est également insuffisante, bien que la France ait d’excellents pâturages, surtout en Normandie. Les prés et les herbages couvrent près de 5 millions d’hectares. Le gros et le menu bétail se chiffrent par plus de 44 millions */ t de têtes, dont 11 millions t / î de l’espèce bovine, 3 millions */* de chevaux, mulets et ânes et plus de 22 millions V* de moutons. La volaille est abondante et de première qualité; on évalue le produit, avec les œufs, à plus de 300 millions de francs. Le gibier est assez rare et en diminution. Les animaux sauvages sont relativement très rares; on rencontre surtout, dans les Pyrénées et les Alpes, l’ours et le lynx; dans les forêts, le sanglier, le loup et le renard.
Le poisson est très abondant, et c’est une source de revenu considérable. Principaux poissons de rivière : carpes, tanches, brochets, perches, bars, aloses, anguilles, truites, saumons, silures, écrevisses. Principaux poissons de mer: sardines, harengs, maquereaux, anchois, turbots, barbues, soles, carrelets, limandes, raies, rougets, mulets, merlans, congres, lamproies, esturgeons, huîtres, moules, homards, langoustes , crevettes. Les pêcheries de mer donnent une valeur de 90 à 110 millions. Elles occupent 86000 hommes, dont 74 000 vont à la morue. Les plus abondantes sont celles des sardines et des harengs, qui rapportent, la première de 15 à 20 millions, la seconde de 7 à 14. L’industrie ostréicole a pris dans ces derniers temps en France un développement extraordinaire; ses divers bancs donnant de 500 à 600 millions d’huîtres.
Minébaux. — Les richesses minérales de la France sont de premier ordre. Les principales roches fournies par le sol sont: le granit, qui forme le noyau de la plupart des grandes montagnes ; les basaltes, produits des anciens volcans du plateau central; les porphyres, dans les Vosges, les Cévennes, etc.; les schistes, dans les ardoisières de l’Anjou et des Ardennes; les calcaires, à peu près partout et abondants’, formant toutes les variétés de pierres de construction ; les marbres , également très répandus et très variés ; la craie, les grès, la pierre meulière, le gypse.
La houille est surtout abondante dans les départements du Nord,
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du Pas-de-Calais, de la Loire et de l’Aveyron. Les mines fournissent env. 25 millions de tonnes de houille, cependant insuffisants pour la consommation, qu’alimentent aussi la Belgique, l’Angleterre et les provinces rhénanes, lui fournissant ensemble au moins 5 millions de tonnes. Il y a aussi des tourbières d’une certaine importance.
Le premier des métaux qui se trouvent en France est le fer, qu’on extrait un peu partout, mais particulièrement dans les montagnes. La production n’est toutefois pas en rapport avec la consommation (v. ci-dessous). Elle est de moins de 2 millions */* de tonnes, et en diminution sensible, ce qui tient en grande partie à l’éloignement du combustible, aux prix des transports et à ce que l’Algérie, l’Espagne et l’île d’Elbe fournissent à l’industrie française des minerais supérieurs. — Les autres métaux à mentionner sont: le plomb, le zinc, le manganèse, l’ antimoine et le cuivre.
Il y a des mines de sel gemme dans le Nord-Est et dans le Midi. On exploite encore des marais salants sur les bords de la Méditerranée et de l’Atlantique. Enfin la France compte un millier de sources d’eaux minérales, en partie utilisées en boisson et en bains.
Industrie. — L’industrie française embrasse tous les genres et occupe env. l / 3 de la population. Longtemps en grande partie sans rivale, elle a perdu de son importance, parce que la main-d’œuvre est maintenant plus chère en France que dans les pays voisins, que les tarifs douaniers lui sont en partie défavorables et que les moyens de transport sont relativement trop coûteux. L’industrie française excelle cependant toujours dans ce qui est plutôt affaire d’art et de goût que de métier. Ce sont en premier lieu les articles de Paris: bronzes, plaqués, bijouterie, orfèvrerie, ébénisterie, tabletterie, librairie, instruments de musique, de chirurgie, de mathématiques et de physique, quincaillerie, modes, fleurs artificielles, papiers peints, ameublement, passementerie, carrosserie, etc. Viennent ensuite l 'industrie textile ou des tissus de soie, de coton, de laine et de lin, qui compte plus de 8000 manufactures, occupant env. 35000 ouvriers; Y industrie du fer, qui produit plus de 3 millions de tonnes de fonte, fer et acier; les industries alimentaires, qui comprennent, outre le pain, la viande et les boissons, les pâtes alimentaires, les fromages, le beurre, les salaisons, les conserves de poissons et de légumes, le sucre, le chocolat, les liqueurs, la confiserie. Les autres industries sont surtout celles des porcelaines , des faïences, des poteries, de l’horlogerie, des cuirs et peaux, en particulier pour la ganterie ; des tapis, des fils, des glaces, des cristaux, du verre, des savons, des huiles, des produits chimiques et pharmaceutiques, de la parfumerie.
Comuerce. — Le commerce de la France, après avoir été également des plus prospères, subit le même sort que l’industrie. Le commerce intérieur échappe à peu près à tout contrôle et ne peut être évalué d’une manière précise. On a calculé qu’il était au moins décuple de celui de l’extérieur. Le commerce extérieur, qui sert à compléter les
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approvisionnements et à écouler le superflu de la production, comprend surtout, comme importation, les matières nécessaires à l’industrie, en particulier les matières textiles. L’ exportation comprend particulièrement des produits fabriqués; elle est toujours inférieure à l’importation. Le commerce extérieur s’est chiffré en 1893 par une valeur de 3853000000 de fr. à l’importation et 3236000000 à l’exportation, soit en tout 7 089000 000 de fr. Ce commerce n'était encore que de 1 160000000 en 1827.
Plus des */s du commerce extérieur ont lieu par mer et principalement de Marseille, du Havre et de Bordeaux. Mais les transports se font autant et même plus par la marine étrangère que par la marine française. Marseille et Nantes sont les seuls ports où la marine française ait un trafic supérieur; au Havre, elle n’a pas la moitié.
Nous avons dit qu’il y avait à l’intérieur plus de 12500 kil. de voies navigables. La France est en outre couverte d’un réseau d’excellentes routes (près de 38000 kil.) et de bons chemins vicinaux, qui forment une longueur de 650 à 700000 kil., et le réseau des chemins de fer, auquel on a beaucoup travaillé depuis 1870, atteint en 1895 plus de 40000 kilomètres.
III. Géographie politique. — Gouvernement. — La France est redevenue une république depuis le 4 sept. 1870. Le pouvoir législatif est exercé par la Chambre des députés et le Sénat. La Chambre se compose de 580 membres, élus pour 4 ans , par le suffrage universel. Le Sénat compte 300 membres , qui sont tous maintenant élus pour 9 ans, par des collèges spéciaux , ceux qui ont été précédemment élus sénateurs inamovibles conservant leur mandat. Le renouvellement du sénat a lieu par tiers, tous les 3 ans. La Chambre et le Sénat réunis forment ï Assemblée Nationale. Le pouvoir exécutif est confié par l’Assemblée à un président de la République, élu pour 7 ans, et l’administration supérieure est aux mains de 10 ministres responsables, nommés par le Président. Voici comment se divisent actuellement les ministères: 1° justice, 2° affaires étrangères, 3° intérieur, 4° finances, postes et télégraphes, 5° guerre, 6° marine, 7° instruction publique, beaux-arts et cultes, 8° commerce, industrie et colonies, 9° agriculture, 10° travaux publics.
Administration. — Administration civile. — La France se divise d’abord en 86 départements , plus le territoire de Belfort, seule partie de l’Alsace qui lui soit restée depuis 1871, et les départements se subdivisent en 362 arrondissements, 2893 cantons et 36 144 communes. A la tête de chaque département est un préfet, dans chaque arrondissement un sous -préfet et dans chaque commune un maire, qui sont assistés de conseils de préfecture, conseils généraux, conseils d’arrondissement et conseils municipaux. Les cantons n’ont pas d’administration civile spéciale.
Les départements ont remplacé depuis 1790 les circonscriptions provinciales, qui perpétuaient la diversité des coutumes et des mœurs, que séparaient des lignes de douanes intérieures et où la plus cho-
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quante inégalité était celle du droit. Les gouvernements provinciaux, au nombre de 32, étaient en outre de dimensions par trop inégales et souvent trop étendus pour être bien administrés. On a, par ex., fait 8 et 9 départements dans ceux du Languedoc et de la Guienne et la Gascogne, tandis que beaucoup d’autres n’en ont formé qu’un seul. Le plus petit département, après celui de la Seine, qui a 475 kil. car., est celui du Rhône, qui en a 2857, et le plus grand celui de la Gironde, qui en a 9740; mais la plupart en ont de 5 à 7000. Les plus peuplés, aussi après celui de la Seine, qui compte 6615 hab. par kil. car., sont ceux du Nord, du Rhône, de la Seine-Inférieure, du Pas-de-Calais et de la Loire, qui ont 306, 282, 136 et 134 hab. par kil. car., et les moins peuplés, ceux des Basses- Alpes, des Hautes- Alpes, de la Lozère et de la Corse, où il n’y en a que 18, 21, 26 et 33 par kil. carré.
Les départements correspondent seulement par à peu près aux anc. gouvernements indiqués dans le tableau suivant comme les ayant formés, et ceux-ci différaient plus ou moins des anc. •provinces des mêmes noms. Ainsi Vile de France, dans le sens propre du mot, ne fut d’abord que le pays compris entre la Seine, la Marne, l’Ourcq, l’Aisne et l’Oise, une sorte d’ile s’étendant de Paris à Soissons et de Meaux à Creil. Les noms des départements sont empruntés aux rivières qui les traversent, à leur situation sur le cours de ces rivières, aux montagnes qui s’y trouvent ou à quelques autres particularités. Nous suivons dans le tableau l’ordre des bassins, en commençant par le N.-E.
Anciens gouvernements et départements correspondants.
Gouv.
Départ.
Capit.
Chefa-l.
Gouv.
Départ.
Capit.
Chefs-1.
Alsace
Strasbourg
Normandie
Rouen
|Territoire de
iBelfort
Seine-In/ér.
Rouen
Lorraine
Nancy
Eure
Evreux
Vosges
Epinal
Calvados
Caen
Mevrthe-A-Mos.
Nancv
Orne
Alençon
Meuse
Bar-le-Due
Manche
St-Lo
Flandre
Lille
Bretagne
Rennes
[Nord
(Lille
Ille-A
- Vilaine
Rennes
A RTO 18
Arras
Cûtes-du-Nord
St-Brieuc
[Pas-de-Calais
(Arras
Finistère
Quimper
Picardie
Amiens
Morbihan
Vannes
| .Somme
(Amiens
Loire-Infér.
Nantes
Champagne
Trot/es
Bourbonnais
Moulins
liante- Marne
Chaumont
| Aliter
lAIoulins
Aube
Troyes
Nivernais
Nevers
Marne
Chàlons-s.-M.
| Nièvre
|Nevers
Ardennes
Mézières
Berry
Bourges
Ile-de-France
Paris
Cher
Bourges
Seine
Paris
Indre
Châteauroux
Seine-A- Marne
Sleulun
Orléana
Orléans
Seine-A- Oise
Versailles
Loiret
Orléans
Oise
Beauvais
Eure- A- Loir
Chartres
Aisne
Laon
Loir-A-Cher
Blois
INTRODUCTION
Gouv. I Départ.
C'apit. Chefs-l.
Gouv. Départ. Capit. Chefs-1
Touraine
\Jndre-Jc-Loire
Anjou
\Maine-&- Loire Maine \Sarthe \ Mayenne Auvergne
I Puy-de-Dôme Cantal Marche | Creuse Limousin Corrèze Haute- Vienne Poitou Vienne Deux-Sèvres Vendée
Aunis
Saintonge-Æ-Ang.
I Charente | Charente- In/ér.
Guienne-4-Gasc.
Hautes-Pyrén.
Gers
Tarn-ét-Garon.
Aveyron Lot
Lot-Jc-Garonne Dordogne Gironde j Landes BÉarn-&-Navarre \ Basses- Pyrén.
Languedoc Lozère Haute- Loire Ardèche
Tours |Tours Angers |Angers Le Mans ILe Mans I Laval
Clermont-Ferrand IClermont-Fer.
lAurillac Guéret |Guéret Limoges ITulle iLlmoges Poitiers Poitiers Niort
La Roche - s.- Yon La Rochelle Saintes
lAngouIème iLa Rochelle Bordeaux Tarbes Auch
Montauban Rodez Cahors Agen
Périgueux Bordeaux Mont-de-Mars
Pau |Pau Toulouse Mende Le Puy Privas
Languedoc (suite) Gard Hérault Aude Tarn
Haute-Garonne
Franche-Comté Doubs
Haute-Saône Jura Bourgogne I Yonne \C6te-d'Or I Saône- Je- Loire I Ain
Lyonnais Loire Rhône Savoie *
! Haute -Savoie | Savoie
Dauphiné Isère
Hautes-Alpes Drôme Etat d’Avignon * | Vaucluse Provence
Bouches-du-Rh.
Basses-Alpes Var
Comté de Foix | Ariège Roussillon
| Pyrén. -Orient.
Comté de Nice*
| Alpes-Marit. Corse | Corse
Toulouse Nîmes Montpellier Carcassonne Albl
Toulouse Besançon Besançon Vesoul Lons-le-Saun.
Dijon
Auxerre Dÿon Maçon Bourg Lyon
St-Etienne Lyon Chambéry lAnnecv I Chambéry Grenoble Grenoble Gap
Valence Avignon lAvignon Aix
Marseille Digne Draguignan Foix [
|Foix Perpignan |Perpignan Nice |Nice Bastia
jAjaccio
Armée. — Au point de vue militaire, la France est maintenant divisée en 18 régions de corps d'armée , outre le commandement militaire de Paris. Ces 18 corps d'armée ont pour centres: Lille, Amiens, Rouen, le Mans, Orléans, Châlons-sur-Marne, Besançon, Bourges, Tours, Rennes, Nantes, Limoges, Clermont-Ferrand, Lyon, Marseille, Montpellier, Toulouse et Bordeaux.
Le service militaire est obligatoire pour tous les Français valides, de 20 à 45 ans. L’armee se décompose en armée active et armée territoriale, chacune avec sa réserve. Sur le pied de paix, la première compte env. 540000 hommes et la seconde env. 800000, soit
* L'Etat d'Avignon , la Savoie et le comté de Nice n'étaient pas des provinces françaises; le premier pays n'appartient à la France que depuis 1791 et les autres que depuis 1860.
INTRODUCTION
en tout env. 1 350000. Sur le pied de guerre, leurs chiffres atteignent env. i 800000 et 2000000 soit 3800000 hommes.
Marin*. — Pour la marine militaire, il y a 5 préfectures maritimes, à Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort et Toulon. La flotte se compose d’env. 400 bâtiments de combat en activité de service dont 17 cuirassés d’escadre et 10 croiseurs. L’armée navale compte, avec le personnel de la flotte, 71 000 hommes sur le pied de paix; mais elle peut atteindre 120000 hommes sur le pied de guerre.
Justice. — Il y a une justice de pair dans chaque canton, un tribunal de première instance dans chaque arrondissement, une cour d’assises ou tribunal criminel dans chaque département, 26 cours d’appel, dans les principales villes, et une cour de cassation, à Paris. Les cours d’appel sont à: Agen, Aix, Amiens, Angers, Bastia , Besançon , Bordeaux , Bourges , Caen , Chambéry , Dijon, Douai, Grenoble, Limoges, Lyon, Montpellier, Naucy, Nîmes, Orléans, Paris, Pau, Poitiers, Rennes, Riom, Rouen et Toulouse, si existe en outre des tribunaux de commerce dans les villes où ils Iont nécessaires, et des tribunaux spéciaux pour l’armée et la marine.
Instruction publique. — L’instruction est obligatoire, depuis 1882, pour tous les enfants de 6 à 13 ans, et l’Etat a fait beaucoup pour l’instruction publique. Le budget des dépenses spéciales est d’env. 130 millions, dont près des */s pour l’instruction primaire.
L’enseignement supérieur, qui compte près de 17 000 étudiants, est donné dans 17 academies universitaires, dont l’ensemble constitue l’ Université'. 2 seulement, celles de Paris et de Bordeaux, ont les 5 facultés: théologie, droit, médecine, sciences, et lettres; 3 en ont 4, Lyon (th., méd., sc. etl.), Nancy (dr., méd., sc. et 1.) et Lille (dr., méd., sc. et 1.); 8 en ont 3, Aix (th., dr. et 1.), Caen, Dijon, Grenoble, Poitiers, Rennes, Toulouse (dr., sc. et 1.) et Montpellier (méd., sc. et 1.) ; 2 en ont 2, Besançon et Clermont-Ferrand (sc. et 1.), et enfin 2 n’en ont qu’une, Marseille (sc.) et Rouen (th.). Il y a de plus des facultés de théologie protestante à Paris et à Montauban , et des instituts catholiques à Paris, Angers, Lyon et Lille.
L’ enseignement secondaire est donné dans une centaine de lycées, qui dépendent de l’Etat, et près de 300 collèges communaux, parmi lesquels il y a env. 20 lycées et 25 collèges de filles ; puis env. dans 350 collèges ecclésiastiques et 350 collèges laïques. Les élèves de l’enseignement secondaire étaient en 1891 au nombre de 175000, dont seulement 48% dans les établissements universitaires, soit avec une forte augmentation pour les autres.
L 'enseignement primaire compte au moins une école dans chaque commune, sans les établissements libres. Il y a env. 67300 écoles publiques et 14650 écoles privées, non compris les écoles maternelles ou salles d’asile, et les premières comptent env. 4344000 élèves, les secondes 1 209 000, au total env. 5 553000 élèves, ou 5587500 en y comprenant 23000 élèves de l’enseignement primaire supérieur et 11 500 des cours complémentaires.
INTRODUCTION
Il y a un inspecteur d’ academie dans chaque département et un inspecteur d'instruction primaire dans chaque arrondissement.
Restent ensuite à mentionner quantité à' établissements spe'ciaux pour toutes sortes d’enseignements, comme: le Collège de France, le Muséum d’histoire naturelle, les Ecoles Normales pour former des professeurs et des instituteurs ; l’école des Beaux-Arts, le Conservatoire de musique et de déclamation, l’école Polytechnique et diverses écoles militaires et navales , des écoles des Ponts-et-Chaussées et des Mines, des écoles des Arts-et-Métiers, des écoles vétérinaires, d’agriculture, forestière, de télégraphie, etc., etc.
Cultes. — La liberté des cultes a été proclamée en France en 1789. Toutefois l’Etat en reconnaît officiellement trois, les cultes catholique, protestant et judaïque, dont il salarie les ministres. Les dépenses de ce chef sont de 45 à 50 millions de francs. La grande majorité de la population , c.-à-d. près de 87 millions sur près 38 millions V 3 d’habitants, appartiennent à la religion catholique. Le pays est pour cette raison divisé en 84 diocèses, formant 17 archevêchés et 67 évêchés. Les diocèses portent les noms des villes où résident les prélats. Ils correspondent en général aux départements, mais il y en a de plus étendus, et le départ, des Bouches-du-Rhône en comprend deux, ceux d’Aix et de Marseille. Le siège d’un archevêché et d’un évêché n’est pas toujours non plus le chef-lieu du département. Il y a des archevêques à Aix, Albi, Auch, Avignon, Besançon, Bordeaux , Bourges , Cambrai, Chambéry, Lyon, Paris, Reims, Rennes, Rouen, Sens, Toulouse et Tours. Le clergé catholique français compte plus de 55 000 membres.
Les protestants , divisés surtout en luthériens et calvinistes , ne doivent guère dépasser le chiffre de 600000. Les premiers sont particulièrement répandus dans l’Est, les seconds dans le Midi. Il y en a aussi beaucoup à Paris, où siègent leur consistoire supérieur et leur conseil central. — Il en est de même des israéalités, seulement au nombre de 50 à 60000.
Finances. — Les finances de la France sont naturellement en rapport avec son importance agricole, industrielle et commerciale et sa richesse mobilière. Le budget annuel de l’Etat atteint maintenant env. 3 milliards */ 3 , pour les recettes comme pour les dépenses. Les principaux éléments de revenu sont: les contributions indirectes qui comptent pour env. 1 900000000 de fr. ; l'enregistrement et le timbre, pour env. 700 millions; les contributions directes, pour env. 435 millions. Les plus fortes parts dans les dépenses sont celles des interets de la dette (v. ci-dessous), des ministères de la guerre, de la marine et des colonies, de la régie d' exploitation et de perception des impôts et des ministères des travaux publics et de l 'instruction.
La dette publique, qui s’est beaucoup accrue depuis 1870, dépasse 35 milliards, dont la moitié pour la partie flottante.
INTRODUCTION