‹ Le Nord-Ouest canadienChapitre 20 sur 186 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Alexander jMacIvenzie était un rêveur. Ses rêves l'avaient emporté loin, de l'Artique au Pacifique, toute l'étendue de la rivière qu'il appela lui-même "Disappointment" mais que d'autres ont appelé MacKenzie, et que traversaient les montagnes Kocheuses. Il avait la vision d'un immense monopole de fourrures qui devait absorber, même le commerce russe. Cependant il fut l'homme qui sut attacher à ses intérêts dans la prairie, Thomas le cinquième comte de Selkirk qui, plus que tout autre a ouvert les voies à la colonisation de l'Ouest qui marqua le terme du régime des trafiquants. Selkirk aussi avait des visions, mais si les actions considérables qu'il avait achetées dans la compagnie de la baie d'Hudson signifiaient quelque chose, elles avaient un autre objet que le commerce de peaux. Nous avons raison de croire que Selkirk s'intéressait plus aux hommes qu'aux peaux de castor. Il avait plus à cœur ses entreprises de colonisation sur la côte de l'Atlantique et au sein des grands lacs, que les dividendes de l'honorable compagnie. Il avait l'enthousiasme de ces anciens Grecs colonisateurs qui envoyaient fonder de nouveaux Etats, confiants dans la valeur de l'énergie provenant des aïeux. La passion de rendre profitables les endroits incultes de la terre, de fournir à ses concitoyens les moyens de développer leur fortune restreinte sur ces terres lointaines dont lui avaient parlé MacKenzie et Colin Robertson, lui fit reconnaître dans ces compatriotes écossais les éléments requis pour ses nouvelles entreprises.1

Durant la première année qu'ils passèrent au confluent des rivière Assiniboine et Rouge les colons endurèrent toutes les souffrances. Quand la rivalité acharnée qui existait entre les trafiquants de fourrures prit fin, les compagnies se réorganisèrent, se consolidèrent et une ère de paix, sinon de prospérité s'ouvrit pour les colons de la rivière Rouge et du district d' Assiniboine. Bien que Selkirk mourut, que ses exécuteurs testamentaires devinssent fatigués, que les sauterelles ravageassent successivement d'une manière désastreuse et que les tentatives d'industrie échouassent, la petite colonie ellemême était fondée et les colons de la rivière Rouge formèrent l'avant-garde d'une puissante émigration vers les plaines de l'Ouest embrassant toutes les races de la terre.

LE DISTRICT d'aSSINIBOINE.

Le 12 juin 1811, la compagnie de la baie d'Hudson céda à Thomas comte de Selkirk, un large territoire le long des rivières Rouge et Assiniboine. La colonie reçut le nom d'établissement de la rivière Rouge et le district fut appelé district d'Assiniboine ou Ossiniboine comme il appert par les premiers documents.

L'a concession de terre définie dans l'acte, comprend " toute l'étendue de terre ou territoire comprise dans les limites et faisant partie des terres et territoires susdits desdits gouverneur et compagnie, bornée par une ligne imaginaire se dirigeant comme suit, savoir: à partir du côté ouest du lac Winipic autrement dit Winnipeg sur un point situé par 52° 30" latitude nord pour s'étendre directement à l'ouest jusqu'au

1 Une lettre de Wm McGillivray au major Loring, en date du 28 novembre 1815, renferme «les remarques moins flatteuses (Archives du Dominion, Red River Disturbances, M. 778 F.) : "Sous le prétexte de venir en aide au trafic de la compagnie d'Hudson, on avait réellement 3'ïntention à l'origine de ruiner celui de la compagnie du Nord-Ouest, car Sa Seigneurie était devenu un associé de la première de ces compagnies. En outre Selkirk avec son projet de •colonisation, si toutefois celui-ci devait réussir et ruiner le trafic des deux compagnies, pouvait avoir pour objet de faire servir ce projet à ses intérêts personnels. Une entreprise de colonisation, au milieu de nations sauvages, à deux mille milles d'un part de l'Atlantique et à. une distance de plus de mille milles de tout autre centre agricole ou marché, était bien propre à faire croire que sous des apparences extérieures plausibles, on cachait avec soin quelque chose/'

lac Winipigoos autrement appelé Petit Winnipey, puis au sud à travers ledit lac de manière à rejoindre la rive ouest de celui-ci par 52° de latitude, de là à l'ouest directement jusqu'au point où la parallèle de 5'2° de latitude nord rencontre la branche ouest de la rivière Rouge autrement appelée la rivière Assiniboine, puis de ce point de rencontre directement au sud jusqu'à la hauteur des terres qui séparent les eaux qui se jettent dans la baie d'Hudson de celles qui se jettent dans le Missouri et le Mïssissipi, ensuite à l'est le long- de ladite hauteur jusqu'à la source de la rivière Winipic ou Winnipey (désignant par ce dernier nom le principal cours des eaux qui se réunissent dans le lac Saginagus), de là le long du principal cours de ces eaux et , du milieu des divers lacs à travers lesquels elles s'écoulent jusqu'à l'embouchure de la rivière Winipic, et de là au nord à travers le lac Winipic jusqu'au point de départ".

Par le tracé de la frontière internationale, une partie du territoire du comte se trouva comprise dans les limites des Etats-Unis. Ce territoire fut donc diminué d'autant. Le nom de district d'Assiniboine par conséquent fut donné à la partie de la concession primitive comprise dans le territoire britannique. Une résolution à cet effet fut adoptée à une réunion générale de la compagnie de la baie d'Hudson, le 13 mars 1839, savoir: "que le district d'Assiniboine comprendra la partie du territoire concédé à feu le comte de Selkirk, le 12 juin 1811, qui se trouve maintenant comprise dans les possessions de Sa Majesté."

D'autre part l'étendue du district d'Assiniboine devait être restreinte davantage. Conformément aux règlements adoptés le 25 juin 1841, le district d'Assiniboine " s'étendait jusqu'à cinquante milles dans toutes les directions, à partir du confluent des rivières Rouge et Assiniboine". Les pouvoirs législatifs et judiciaires suprêmes furent conférés à un gouverneur et à un conseil en vertu de commissions formellement autorisées par la compagnie de la baie d'Hudson.

L'importance du travail effectué par le gouverneur et le conseil d'Assiniboine est due au caractère de pionniers de ces derniers. Comme pionniers ils ont jeté les bases d'une législation pour la prairie. Ils ont été les premiers à concevoir les mesures générales requises pour le bien-être public de ce qui est aujourd'hui le Canada de l'Ouest.1

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