NARCISSE BRISSETTE
Lettre de M. Cléophas Turgeon.
SAINT-J EAN-BAPTISTE DE MORINVILLE, ALBERTA, 18 mai 1894.
Mox cer M. Morin, P'",-—Je vous ai promis des renseignements sur le Nord-Ouest. Voilà bientôt trois ans que je suis arrivé et installé sur ma terre, je puis vous parler avec un peu d'expérience, En premier lieu, le: sol est de première quaiité et des plus faciles à cultiver. T1 n’y a que le premier labour qui offre un peu de difficultés ; cependant, deux chevaux, de 1,150 à 1,200 livres pesant, font le travail aisément, Le rendement est magnifique. L'an dernier, dans 23 arpents de terre nouvellement cassée, J'ai récolté 900 minots de grains ; cette année, j'ai ces 23 arpents de vieille terre et dix nouveaux arpents de cassage, j'ai droit d'espérer une récolte abondante. Pour le climat, je le trouve bien bon, sain surtout ; dans ces grandes prairies, l'air se renouvelle
si facilement, Le capital voulu pour réussir peut être chiffré à 7 ou 800 piastres. Avec moins que cela on réussit encore, mais lentement et péniblement : quand il faut acheter chevaux, vaches, moutons, cochons, volailles, charrue, herse, machine à faucher, voitures, se bâtir de maison, d’écurie, etc., vous concevez que tout cela prend beaucoup d'argent, Pour ma part j'ai deja dépensé prés de 1,000 piastres, et voyez comme je suis installé: j'ai 4 chevaux, 4 vaches à lait, 5 autres bêtes à cornes, 15 cochons, 2 douzaines de poules, une charrue, herse à disque, moulin à faucher, moissonneuse (binder), les voitures et harnais voulus. Je demeure actuellement dans un chantior temporaire qui me servira de grainerie l'an prochain, et je suis à me construire une jolie et grande maison, où je me propose de me donner du confortable.
J'ai de l’eau près de la maison, dans un puits de 18 pieds de profondeur. Mon terrain ensemencé est très bien clôturé. Je vas chercher les perches à 4, 5 et 6 milles; ma terre est toute en prairie,
Ma femme est bien, elle est contente d’être ici, mes enfants aussi ; ces derniers sont au nombre de 7. Depuis 3 mois, un garçon surnuméraire est venu me prévenir que j'ai à lui préparer un homestead pour dans 18 ans.
Nous sommes à nous construire une église en bois; jusqu’à ce jour nous avions une chapelle temporaire qui était devenue tout à fait insuftisante ; nous sommes à 5 milles du viilage. ous regrettons de ne pouvoir envoyer nos enfants à l’école. J'usqu’aujourd’hui, nous avons assez à faire pour nous bâtir, ouvrir nos terres, etc., qu’il nous a été impossible de travailler à rous pourvoir de maisons d'école ; nous pensons, nous organiser er district scolaire dans le cours de l'été,
Mes voisins sont aussi contents que moi du pays, à en juger par leurs discours. Si la récolte est ce que nous espérons, —et tout le fait prévoir —nous recevrons à l’automne un grand nombre de recrues pour prendre les homesteads restés vacants, ou pour acheter les terres du Pacifique Canadien.
Enfin, monsieur le curé, voilà les informations que je crois vous donner, faites-en l’usage qu'il vous plaira.
Votre tout dévoué,