‹ Le Nord-Ouest canadien et ses ressources agricoles [microforme]Chapitre 13 sur 30 · U. LABBÉ · texte numérisé non relu

U. LABBÉ

Lettre de M. Arthur Guilbault.

SAINT-ALRERT, 15 mai 1894.

Rév. M. Mori, prêtre-colonisateùr, Morinville, Alberta.

MoNsIEUR,— Vous me demandez des renseignements sur l’état de la colonie canadienne à Saint-Albert, je puis vous dire qu’il se fait toujours un peu de progrès, quelques parents et amis nous arrivent tous les jours qui s’établissent dans le canton ; déjà les terres se font rares

et les colons sont obligés d'aller à 8, 10, 12 et 15 milles de Saint- Albert pour trouver de bons homesteads,

Comme vous le savez, je suis venu ici dans votre excursion du 22 murs 1893, Ma terre n'étant pas favorable à la culture et étant désireux d'aller me fixer à un endroit plus favorable, sur votre conseil, j'ai tout vendu et je me suis décidé à venir par ici. Je n’en ai pas regret, J'ai aujourd’hui une des belles terres de Saint-Albert, à 4 milles de l’église ; j'ai du foin, de l’eau, un peu de bois, tout ce qu’il faut à un colon ; ma terre m'a coûté 20 piastres, parce que déjà elle avait été prise par un autre, Elle est bien planche, bien aisée à cultiver ; j'en ai fait casser 8 arpents l’année dernière, je les sème ce printemps, je vous assure que je vais avoir une belle récolte.

L'an dernier, j'ai l'ué une terre, j'ai ensemencé 15 arpents, et j'ai récolté 400 minots pour ma moitié ; ceux qui veulent voir du beau terrain n’ont qu'à venir à Saint-Albert, je ne crois pas qu’il soit possible de trouver mieux nulle part ailleurs.

Ma famille se compose de ma femme et d’un jeune enfant de 8 mois. Ma fortune consistait à mon arrivée dans le pays en 160 piastres et nos deux valises ; aujourd’hui j'ai deux chevaux, deux vaches, des cochons, des poules, une voiture double, une charrue, une herse et quelques autres outils ; je n'ai pas de dettes, aussi je ne me compte pas pour un riche de la place ; pour réussir il faut travailler et ménager. L'an dernier j'ai travaillé pour les autres, je gagnais une piastre par jour, j'ai vendu du beurre, des œufs, ça me fournissait de provisions, ma petite récolte m'a aidé à me pourvoir d'animaux, aujourd’hui je me compte exempt de misère.

J'ai une maison bien équarrie, prête à être levée ainsi qu’une écurie et un hangar; mes perches à clôture sont toutes faites et charroyées autour de mon champ; j'ai un bon puits de 12 pieds de profondeur qui me donne de la bonne eau; j'ai de bons voisins canadiens et catholiques.

Je suis à 4 milles de l’église, nous allons à la messe tous les dimanches, les chemins sont toujours beaux, été comme hiver. On me disait que l’hiver était rude, qu’on gelait pendant sept mois. Mensonge, j'ai trouvé le froid grand, sec, mais facile à endurer. Il y a toujours moins de neige que dans les provinces de l’est. L'hiver dernier on en mesurait 14 pouces ; les animaux peuvent rester dehors tout l'hiver et trouver leur vie dans les places basses, à l'ombre des bois.

Je vous donne bien des détails, vous me les demandez. Arrangez tout cela comme vous voudrez, pour moi je ne presse personne de venir, en cas d’avoir des reproches plus tard. Je suis content pour ma part d’être venu.

Bien à vous, ARTHUR GUILBAULT.

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