LETTRES ET TÉMOIGNAGES AUTHENTIQUES EN Ù ‘: FAVEUR DU NORD-OUEST
Nous prions nos lecteurs de donner toute leur attention à la lecture de ces lettres ; elles n’ont pas été écrites à dessein, elles sont l’expression fidèle des habitants du Nord-Ouest. C’est le récit exact des opérations de ces hardis pionniers qui ont ouvert le chemin de la colonisation dans notre vaste et fertile pays.
Lettre de M. D. D. Tellier.
MOoRiINVILLE, ALBERTA, T.N.-O., 12 mai 1894.
MowsiEUR,—Je réponds à votre demande et ce qui suit est mon impression sur le pays que j'habite depuis bientôt trois années. Je suis satisfait du climat et de la qualité du sol, de l’abondance du bois, de l'eau et du charbon que nous avons ici ; ma femme et mes enfants partagent mon opinion; mes enfants sont tous bien encouragés, et ne s'ennuient pas. Ma famille se compose de ma femme et de 12 enfants
| dont 9 garçons et 3 filles ; l’aînée de mes filles vient de se marier avec un ancien citoyen de ma paroisse natale, récemment arrivé ici. J’ai pris déjà 5 homesteads et j'attends que mon cinquième garçon ait 18 ans pour faire son entrée au bureau du gouvernement pour prendre le sixième homestead ; ça me forme 1,000 arpents de terre, toute de bonne qualité, facile à cultiver et bonne pour convertir en prairie ou en pâturages. Le rendement moyen est de 40 à 50 minots à l’acre, quand le labour a été bien fait et en due saison, c’est-à-dire dans la dernière quinzaine de juin ou la première quinzaine de juillet ; ceci est pour une récolte sur un premier labour ; les années suivantes, le rendement est plus considérable encore, icrsque la terre a été bien préparée, la tourbe bien émiettée et pourrie, le grain mâûrit plus vite et est de bien meilleure qualité.
Je considère ce pays bien avantageux pour la culture et l'élevage des animaux ; il est un peu ondulé, ce qui sert bien à l’égouttement ; il y a des baies à foin où il est facile de faire sa provision de fourrage ; le foin bien fait, en bonne saison et condition est très bon. Un animal hiverné avec ce foin et soigné régulièrement est bon pour la boucherie au printemps.
J'ai semé mon blé le 25 avril, la terre était bien préparée, je pense de finir mes semailles vers le 20 mai. On ensemencera ce printemps un peu plus de 100 arpents ; nos perches sont toutes faites et charroyées pour faire nos clôtures ; nous avons 4 maisons, 5 écuries, 4 À graineries, 4 puits qui ont en moyenne de 18 à 20 pieds de profondeur. Nous avons 11 chevaux, deux paires de bœufs domptés, 6 vaches à lait, 9 autres bêtes à coines, des moutons, des cochons, des volailles, etc. Enfin nous sommes installés comme nous l’étions dans notre ancienne paroisse, Nos demeures ne sont pas aussi confortables, | .mais avant longtemps nous n’aurons rien à envier à notre ancienne | demeure.
J’invite donc mes compatriotes, surtout ceux qui seraient forcés de
quitter les terres qu'ils occupent actuellement, et s’il leur reste un petit capital, de venir nous rejoindre ; pourvu qu’un homme puisse s'acheter un roulant convenable, il est établi, car les terres de 160 | acres, ce qui fait 192 arpents du Canada ne se vendent que 10 piastres et il y en a encore des quantités à prendre même dans nos voisinages. Celui qui voudrait s'acheter des terres du Pacifique Canadien aurait encore un meilleur choix, mais il lui faudrait payer, au lieu de 10 piastres pour 160 acres, $3 à $3.50 de l’acre ; il aurait l'avantage de s'établir près des centres, de l’église, — c’est certainement appréciable,
Je le répète, la qualité du sol est bonne, un homme laborieux y trouve toujours un profit rémunérateur.
Je demeure, monsieur l'abbé, Votre tout dévové,