‹ Le nord-ouest canadien: son évolution primitive et ses archives législatives: procès verbaux des Conseils de la Colonie de la Rivière Rouge et du Département du nord de la Terre de RupertChapitre 47 sur 177 · Instructions à Miles Macdonell · texte numérisé non relu

Instructions à Miles Macdonell

1. D’après les arrangements faits avec la compagnie tous les hommes doivent signer un contrat, soit qu’ils doivent faire partie de la colonie ou des établissements de commerce de la compagnie; or ces contrats devront être faits pour trois ans et les salaires tels que stipulés. Si le total de ceux qui se rendront à Stornoway est de 200 ou plus M. McD. pourra en choisir 40 parmi eux, mais si le total est au-dessous au chiffre ci-dessus, le nombre à prendre pour la colonie devra être proportionnel, mais en tout cas il ne devra pas être au-dessous de trente. Ceux que vous aurez choisis devront être rassemblés sur le même vaisseau soit à Stornoway ou “while the ships remain in Co’y”. Ces hommes seront comptés lors de l'établissement de la colonie. Le choix devra se faire en vue d'établir des relations aussi étendues que possible dans la colonie, et, à cette fin les sujets devraient plutôt être pris dans différents districts que dans un endroit particulier. Quant aux Irlandais il sera suffisant d’en choisir douze ou quinze, y compris les trafiquants, le reste pourra se composer de montagnards écossais choisis surtout parmi ceux qui font partie de la liste du capt. Rod’k McDonald. Tous les hommes mariés devront être choisis de préférence et ensuite les plus âgés Parmi les célibataires, parce qu’il est probable que ces derniers seront plus stables et Moins propres aux affaires commerciales de la compagnie. Le reste des Irlandais et la plus grande partie des montagnards écossais seront sous les ordres de M. Hillier À la rivière Winnipeg afin qu’il soit entretenu des communications. M. Kelly pourra les visiter de temps à autre.

Il est très important d'introduire et de maintenir dès le commencement un véritable esprit de subordination, et d’exiger une obéissance implicite aux ordres. Mais en agissant dé la sorte il faudra éviter de donner lieu à la jalousie de la population Qui pourrait se considérer victimes d’enlèvements si les règles du service militaire étaient introduites prématurément. Durant le trajet, la pratique de faire le guet et

les diverses observances prescrites par les règlements d’un vaisseau, fourniront des motifs suffisants pour mettre en vigueur les principes essentiels de l’obéissance et de la discipline. Après avoir quitté le comptoir, durant le trajet par terre, la nécessité de se garder contre les surprises de la part des sauvages, etc., fournira un motif raisonnable de mettre en pratique les règles militaires quant au guet, aux sentinelles, ete. Après votre arrivée à l'établissement ce motif deviendra si impérieux, que des mesures pourront être prises à l’égard d’une garnison régulière et quand la population comprendra clairement la portée d’une telle organisation, dans les circonstances où elle se trouvera, elle consentira probablement sans difficultés à la pratique des évolutions militaires. En premier lieu il pourra être prescrit un exercice par semaine comprenant le tir à la cible et les simples évolutions, et, au cours de l'été prochain, il pourra être alloué quelques semaines pour un exercice général, telle que la chose se fait ici à l’égard des volontaires ou de la milice locale; et cette pratique une fois établie no devra jamais être abandonnée.

À votre arrivée au comptoir d’York vous recevrez un approvisionnement de tous les articles nécessaires qui ne pourraient être facilement expédiés d’ici. Il est particulièrement spécifié que parmi ces articles se trouveront vingt-cinq barriques de spiritueux. Vous devrez délivrer un reçu pour tous ces approvisionnements, afin que la valeur puisse en être déterminée ici. Outre les articles requis pour le service général de l'établissement, la compagnie recommande au surintendant de cet endroit d’envoyer en plus une certaine quantité de vêtements d’occasion, etc., qui seront confiés à un trafiquant dans l'établissement ou aux environs de celui-ci. De cette façon les hommes pourront se procurer tous les articles nécessaires et la compagnie transmettra des instructions quant aux prix qui devront être payés à cet égard. Il les leur délivrera sur un reçu ou ordre de l’acheteur contresigné par vous, ce qui pourra se faire quand ce dernier aura une balance de salaire à son crédit. Il sera tenu un compte du salaire de chaque homme et le prix des articles ainsi :délivrés sera entré comme à compte, car un état de ces comptes devant être transmis ici à la fin de chaque année, il pourra être établi quel montant en argent restera dû à chaque individu. La compagnie portera au débit de l'établissement en général le montant des charges, qui se trouvera balancé par le montant dû sur le salaire de chaque individu.

À votre arrivée au comptoir d’York, des arrangements devront être faits avec les officiers de cet endroit à l’égard d’un constructeur de bateaux qui devra résider en ce lieu sur le “R.RS. establishment ” où il devra préparer les bateaux requis pour ceux qui devront s'éloigner l’année prochaine. Il sera peut-être à propos de lui adjoindre un ou deux apprentis qui devront être considérés sur le même pied que les autres serviteurs du comptoir, mais leurs salaïres et leur nourriture seront chargés à l’établissement. La compagnie recommande aux officiers du comptoir d’York d'employer tous les hommes disponibles durant l'hiver, à couper, à transporter et à scier du bois de charpente à l’usage du constructeur de bateaux; il devra être tenu compte de la valeur de ce bois. Les officiers du comptoir vous apprendront sur quel aide vous pourrez compter et le constructeur pourra ensuite calculer le nombre de bateaux qui seront prêts quand les vaisseaux arriveront l’année prochaine. Vous m’informerez de tout cela par le retour des vaisseaux afin que je puisse juger du nombre de personnes qui pourront être transportées l’année prochaine, Il est probable que vous rencontrerez au comptoir d’York des gens bien renseignés au sujet de la rivière Rouge qui vous apprendront la quantité de viande buffle sur laquelle on peut compter. Il est important aussi que je sois renseigné à cet égard afin que je sache si l’année-prochaine, les vivres seront suffisants pour toutes les personnes qui pourront y être transportées.

Il a aussi été recommandé aux officiers d’York de vous procurer les pilotes nêcessaires pour remonter la rivière en même temps que tous les hommes d’expérience dont ils peuvent se dispenser. On doit s'attendre cependant que les uns et les autres ne pourront se rendre plus loin qu’à la sortie du lac Winnipeg et il est à espérer que pour la navigation sur le lac vous n’aurez pas besoin d’un aide spécial. Durant le trajet il faudra faire tous les efforts nécessaires pour avancer aussi vite que possible afin d'arriver durant l’époque favorable à l’endroit de l'établissement. Quand le travail

sera rude les hommes devront être encouragés par une distribution raisonnable de spiritueux. Vous connaissez bien les précautions à prendre et la modération à employer en pareil cas et j’espère que vous n’aurez aucune difficulté à convaincre ceux auxquels pourra être confiée une certaine part de surveillance, que la distribution des spiritueux doit toujours se faire avec modératiün, qu’elle ne doit avoir lieu qu’après de grandes fatigues et qu’il ne doit pas être toléré qu’elle devienne une pratique habituelle dans les circonstances ordinaires, La quantité qui sera délivrée à York est considérée bien au-dessus de ce qui sera requis pour la consommation de la population elle-même afin que le surplus puisse être échangé avec les sauvages, contre de la viande, etc.

À votre arrivée à la rivière Rouge le point le plus important à considérer sera le choix d’un endroit pour l'établissement. Au point de vue de la santé, il est essentiel de choisir un endroit exposé au grand air, ce qui se trouvera en toute probabilité là où la rivière coudoie des rives élevées. Pour réunir autant que possible tous les avantages, cet endroit devrait être situé dans une plaine suffisamment étendue mais à proximité cependant de la lisière des bois. Cette plaine dont l’étendue devra être suffisante devra aussi contenir un sol fertile, afin de pouvoir y établir vn certain nombre de colors sur des lots séparés et que chacun de ceux-ei puisse bénéficier de la proximité de l’eau et du bois en même temps que de terres découvertes qu’ils pourront cultiver immédiatement. Il est rapporté que la région depuis l'embouchure de la rivière jusqu’au confluent et jusqu'à une certaine distance de ce dernier endroit, est généralement couverte de bois; et qu'il ne sy trouve que quelques petites plaînes isolées qui ne pourraient servir de sites À un établissement. S'il est nécessaire de remonter la rivière jusqu’à la rivière des grandes plaines, il faudra prendre le temps d'examiner ses deux branches afin de choisir une bonne situation. Et comme l’oisiveté des hommes dans l'intervalle signifierait une perte, il sera par conséquent à propos de faire une halte au premier endroit convenable que vous trouverez et d’y mettre des hommes à bêcher la terre pour y ensemencer le blé d’hiver, tandis que vous continuerez à explorer à la tête d’un parti peu nombreux. Peutêtre que lendroit le plus favorable pour cette halte sera celui que P. Fidler a désigné sous le nom de Pelican Ripple, qw’il indique comme la première plaine qui se rencontre en remontant la rivière et jusqu’à laquelle il n’y a guère de courant depuis le lac, en sorte qu’un vaisseau à voile pourrait probablement s’y rendre. $’il en est ainsi cet endroit doit devenir important avec le temps, bien que la région semble être trop basse pour devenir le site permanent du premier établissement. Il est cependant probable qu'une maison puisse y être érigée et qu’il y soit laissé sans danger pour l'hiver, quelques hommes pour garder les blés semés et faire des améliorations à cet endroit, tandis que les autres continueront de remonter la rivière. Il est extrêmement important que vous puissiez vous installer à l'endroit définitivement choisi, avant le commencement de l'hiver, afin que, durant cette saison, il soit fait des défrichements et que dès l’arrivée du printemps il soit mis autant de terre que possible en culture. Si vous devez arriver très tard à la rivière Rouge, il peut être alurs nécessaire de passer l'hiver à Pelican Ripple ou au premier endroit où vous vous serez arrêté, ÆEn ce cas, vous devrez ne vous remettre en route qu'après la prochaine saison des semailles afin de ne pas interrompre les travaux si nécessaires si l’on considère l’importance de la première récolte. Il sera facile de remonter durant l'été avant la saison . .. . . qu’il faudra éviter avec soin de Passer dans une région basse et humide. A l’égard des inconvénients qui s’opposeront à votre départ d’un endroit où il aura été fait des semences et des travaux importants, il faudra peut-être les considérer inévitables, si vous arrivez à une époque avancée de la saison,

Cependant vous devrez dans plusieurs eas vous baser sur des circonstances à l'égard desquelles nous sommes encore bien imparfaitement renseignés. Vous pourrez peut-être obtenir des renseignements plus précis avant votre arrivée à la rivière Rouge. Il est probable que vous rencontrerez P. Fiddler au comptoir d'York ou d’autres personnes qui ont visité la région, et peut-être que la description que vous en obtiendrez vbus permettra de déterminer à l'avance avec assez d’exactitude l’endroit où vous pourrez vous ren: dre directement sans perdre de temps, ce qui serait un grand avantage.

Il devra être établi aussitôt que possible une communication avec les stations de la compagnie à Pembina (Pabana) et à Brandon House, car il peut être obtenu de ces endroits, du dernier surtout, des approvisionnements essentiels. Il s’y trouve particulièrement une quantité considérable de chevaux assez bien domestiqués et habitués à traîner des véhicules. Il a été ordonné aux officiers de fournir tous les chevaux dont ils peuvent se dispenser; il est possible qu’ils puissent délivrer tous ceux qu’ils ont en main s’ils sont suffisamment autorisés à en acheter d’autres des sauvages pour les remplacer. Quant à la valeur des chevaux ainsi obtenus, elle sera estimée d’après celle des marchandises qui seront échangées avec les sauvages contre d'autres chevaux équivalents; et il sera tenu compte ici de cette valeur ainsi déterminée. Les établissement de la compagnie vous fourniront aussi les patates requises pour ensemencer et peut-être aussi des grains pour les mêmes fins dont il sera tenu compte de la même manière. Il est possible cependant d’obtenir une plus grande quantité de ces articles, de maïs surtout, en s'adressant aux Ottawas et aux Bungees, sauvages domiciliés à Dead River près de Yembouchure de la rivière Rouge.

À légard des relations avec ces sauvages et avec les autres tribus, il faudra ne rien négliger pour gagner leur amitié, puisque le nombre des colons ne dépassera guère le nombre de ceux qui compose une station ordinaire. Il est à espérer que de prime abord l'établissement sera considéré comme un comptoir et pour donner du poids à cette opinion, il sera très à propos que le surintendant à York y envoie un trafiquant avec un assortiment de marchandises pour les sauvages et que ce dernier accompagne les colons. Bien que cette première impression ne puisse durer très longtemps, il faudra néanmoins faire en sorte de la maintenir aussi longtemps que possible, du moins jusqu’à. ce que l'établissement soit bien organisé et fortifié Enfin quand il ne sera plus possible de dissimuler qu’il s’agit d’une colonie permanente, si les sauvages en manifestent de la jalousie, il sera temps alors de leur proposer l'achat des terres. L'achat devra se faire, au moins en partie et autant que possible par le moyen d’annuités, plutôt que pour un prix qui devra être payé entièrement à la fois.

Une annuïité distribuée parmi les tribus et les familles qui ont des prétentions aux terres, deviendra une garantie permanente de leur part qu’elles se comporteront d’une manière paisible, car il devra être compris que si quelque individu de la tribu viole le traité, le paiement sera retenu. Il est à espérer que dès votre arrivée dans la région il sera établi des relations avec les tribus environnantes et que, par des égards personnels, des présents, etc., les chefs pourront être conciliés, ce qui facilitera beaucoup la négociation de tout traité. Îl peut être retiré un très grand avantage de la distribution du vaccin. À cet égard il peut être nécessaire d'employer beaucoup de prudence pour éviter les malentendus, mais le temps et la patience parviendront À les convaincre de la valeur et des bienfaits de ce préservatif. Il peut se faire que les interprètes, en tirant judicieusement parti des circonstances, réussissent à leur inspirer un grand respect pour le pouvoir de ceux qui contrôlent ainsi la nature. Il faut compter beaucoup sur les interprètes dans de telles circonstances, et les établissements voisins de la compagnie peuvent aussi être d’un grand secours. (Cependant ce serait une faute de compter beaucoup sur l’amitié des sauvages, en dépit de tout ce qui aura été fait pour s’en assurer, surtout après les menaces qui ont été faites. Il vaudra beaucoup mieux pour la sécurité de la colonie se reposer sur la crainte que leur inspiréra un établissement puissant où ils constateront qu’il se fait une surveillance infatigable et que tout acte pouvant être interprété, à quelque degré que ce soit, comme une insulte ou une violation, y est puni avec la dernière rigueur.

Ï1 ne saurait être nécessaire de vous entretenir longuement des constructions qui seront nécessaires, des méthodes de défrichement y compris le labourage et autres choses, auxquels vous devrez accorder votre attention. Il suffit de faire remarquer que les travaux durant la première saison, doivent être concentrés autant que possible dans le voisinage’immédiat du fort afin d’en assurer la sécurité et que les travaux se fassent avec régularité et sans perte de temps. Comme les hommes sont tous à salaire et par conséquent sous un contrôle absolu, ils peuvent être distribués de la manière la plus systématique aux endroits désignés pour les différents genres de travaux, sous la di-

rection de leurs conducteurs respectifs. Il est évident que la première récolte soit aussi abondante que possible, et pour encourager les gens à faire tous leurs efforts, vous pourrez leur faire entendre que si l'abondance de la récolte répond à votre attente, ils recevront les lots qui doivent leur être assignés avant lexpiration de leurs contrats de service. En effet si la première récolte est suffisamment abondante et si le produit en est quelque peu encourageant, il devra leur être distribué des portions de terre séparées que chacun cultivera pour soi-même. En même temps il leur sera promis qu’aussitôt qu’ils obtiendront une récolte suffisante pour nourrir une famille et construire une maison pour la recevoir, les amis qu’ils ont quittés iront les rejoindre. Dès qu'un homme sera libre de travailler pour son propre compte, il cessera de retirer son salaire. Ï1 devra lui être fourni des vivres et des instruments pour la première année et s’il n’a pas les moyens de les payer il sera porté comme débiteur à l'établissement; il devra lui être chargé aussi une somme modérée pour la terre qui lui sera concédée. Une description de la terre accordée à chacun sera transmise ici, afin qu’il soit préparé une concession en forme qui sera délivrée au colon moyennant le paiement de ses dettes. Le prix à exiger pour les premiers lots n’a pas d'autre importance que celle d'établir un principe. Chaque homme pourra recevoir un lot de 50 à 100 acres et dans chaque cas il sera tenu compte des avantages à tirer du bois et de la plaine. Cependant si les sauvages devenaient menaçants et constituaient un danger pour les colons dispersés, en ce cas il sera tracé des lots de 5 à 10 acres rapprochés les uns des autres dans le voisinage du fort, qui seront assignés aux colons sous forme de tenure temporaire jusqu’à ce qu’ils soient mis en possession de leurs lots complets. Le renfort qui sera envoyé l’année prochaine fera probablement disparaître toute crainte de danger à cet égard.

Page 1