‹ Le nouveau JaponChapitre 9 sur 20 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Tokyo possède maintenant son théâtre européen : le Théâtre Impérial, une très bellesalleoccidentale, sans surcharge de dorure. On y. voit bien çà et là une dame japonaise qui, fatiguée d'être assise, a grimpé et s'est agenouillée sur son fauteuil, et un pied nu, le pied d'un élégant, appuyé au rebord d'une loge. Mais, sauf ces légers japonismes, la tenue y est parfaite. Les représentations s'y donnent le soir. On y joue des drames et des comédies qui ont des prétentions littéraires. Les drames que j'y ai vus ne se distinguaient en effet de ceux des autres théâtres que par des prétentions. . .

Les sujets promettent quelquefois, mais ne tiennent guère. Je remarque une tendance à sortir des éternelles vendettas et des éternels dévouements au Prince et des éternelles scènes du Yoshiwara aussi éternelles que nos éternels adultères. La géographie/ dramatique s'étend. Le dramaturge commence à pénétrer dans des régions historiques qui. pendant si longtemps et depuis même que le théâtre existe, lui avaient

été défendues. J'étais curieux d'assister à une pièce dont le héros Tokubei, capitaine d'une jonque, était allé, vers latin du xvf siècle, jusqu'au royaume de Siam et y avait acquis un rang égal à celui des daïmio de son pays. De retour au Japon, il retrouvait sa fiancée devenue la concubine de son seigneur; et on l'accusait de propager le christianisme. Mais l'auteur n'avait su tirer aucun parti des éléments empruntés à la période la plus passionnément dramatique de l'histoire du Japon avant la Restauration impériale. Ce fut celle où les Japonais essaimaient sur la surface du monde, du Siam jusqu'au Mexique, avec la même curiosité aventureuse et le même génie saccadé d'entreprise qu'aujourd'hui. Alors la civilisation occidentale, sous sa forme religieuse, joua contre la civilisation de 1* Extrême-Orient une partie qu'elle perdit et qu'elle a reprise, depuis cinquante ans, sous sa forme scientifique et industrielle. Il est impossible que ce sujet n'inspire pas un jour le grand dramaturge que le Japon attend, d'ailleurs sans impatience.

Eu revanche, le Théâtre Impérial surpasse tous les autres par le luxe de ses décors. Certains détails de la vie familière étaient rendus avec une vérité impressionnante, comme ceux de la Fête des Morts qui se célèbre du 16 au 18 juillet. Autrefois, et encore maintenant dans quelques provinces, la nuit venue, on allume des feux devant les maisons afin que les morts ne s'égarent pas et ne se trompent point de domicile. Le 18 juillet, ils s'en vont. Ce matin-là. des mendiants passent et deman-

dent les morts à emporter. On leur remet des bateaux de paille chargés de friandises et de riz. Ils mangent le riz et les friandises et lancent sur la mer ces petites Hottes d'invisibles.

La comédie m'a paru se moderniser plus que le drame. Les hommes sont en Européens, sauf les paysans et, chose curieuse, saut' les personnages dont on veut rire. Les femmes, qui tiennent maintenant les rôles de femmes, conservent le costume japonais et ne le quittent que pour des travestis en habit noir. Cet entre-croisement de vêtements européens et de vêtements japonais, — que l'on retrouve du reste dans les salons du corps diplomatique où les femmes des ministres et des personnages officiels ont décidément renoncé aux robes étrangères, — produit sur le théâtre une impression extraordinaire, surtout quand ces habits noirs et ces kimono se mettent à danser aux tlontlons d'une musique européenne et que les kimono lèvent la jambe. Les types ne sont point copiés sur des types occidentaux : ils appartiennent à tous les temps. Le vieux marcheur, que sa geisha turlupine, marchait avant le Juif Errant. Le marchand qui a épousé une fille noble, et qui se casse en deux respectueusement à chaque mot qu'elle lui adresse, a déridé, je crois, le publie romain avant d'amuser follement le parterre japonais.

Mais le Théâtre Impérial étend son répertoire jusqu'aux pièces traduites des littératures de l'Europe. Et des sociétés d'auteurs et d'acteurs de Tokyo el d'Osakaen montèrent un certain nombre

On a eu Le Théâtre des Hommes de Lettres. Le Théâtre des Temps Nouveaux, La Société des Acteurs Unanimes. Le Théâtre des Pièces Sociales Modernes, Le Théâtre artistique, La Société des Inconnus, Le Théâtre Libre (Jiyu Gekyô). Le Chat Noir (Kuro Noko za). Aucune de ces sociétés n'a réussi. Aucune des œuvres ne s'est soutenue plus d'une semaine. Hamlet valut un succès personnel à l'acteur chargé du rôle principal; mais les lettrés estimèrent, me dit-on, que cette pièce n'élait pas assez moderne. Demandez-vous aussi ce que les Japonais peuvent penser de ce jeune prince qui veut et ne veut pas se venger et qui a si peu de respect pour sa mère ! Jules César tomba à plat. Othello et Macbeth accomplirent leurs crimes devant une salle presque vide. Faust, précédé d'une réclame bruyamment germanique, atteignit à grand'peine sa troisième représentation.

Les pièces contemporaines ne furent pas plus heureuses. La littérature française n'est guère représentée dans ce nécrologe que par Le Juif Polonais, intitulé Le Bruit des Sonnettes, La Dame aux Camélias (Tsubaki himé), Michel Slrogoff ou Le Messager aveugle et quelques drames de Maeterlinck, Mona Vanna, La Mort de Tintagille, dont personne ne se flatta même d'avoir entrevu le sens. On préférait les Allemands. Ils faillirent attraper l'ombre d'un succès d'estime avec la Magda de Suderman, qui fut jouée sous le nom de Kokyo (pays natal). Mais Hauptman ne se releva point de plusieurs échecs. Le Vieil Heidelèerg

parut insipide. Ibsen partagea le sort de Shakespeare. Maison de Poupée révéla une actrice de premier ordre. On applaudit l'interprète et non l'héroïne qui ne rencontra aucune sympathie. Jean- Gabriel Borkman se joua devant une assemblée d'hommes de lettres qu'on ne revit plus lorsqu'on donna La Dame de la Mer. Seul, Le Canard Sauvage (Dieu sait pourquoi!) sembla fondre la glace. On ne fit que le réciter; mais on le récita cinq fois de suite. La critique reprocha à l'infortuné Bernard Shaw son manque de sérieux et son obscurité philosophique. LmSalomé d'Oscar Wilde ne fit pas plus ses frais que les œuvres de Gorki et de Tchékoff. Les Japonais peuvent importer nos découvertes scientifiques, nos armements, nos costumes, nos systèmes politiques, une bonne partie de nos codes; mais notre littérature exigerait pour être comprise d'eux une révolution dans leurs mœurs. C'est surtout visible au théâtre où les plus audacieux, dès qu'ils composent un auditoire, redeviennent profondément japonais. Leurs écrivains, qui bâtissent des pièces imitées d'Ibsen, de Bernard Shaw ou de Suderman. sont obligés la plupart du temps d'y fourrer, sinon des étrangers, du moins des Japonais christianisés ou qui ont beaucoup vécu à l'étranger. Et ces pièces, si j'en juge par quelques exemplaires qu'on m'a mis sous l'es yeux, sont d'affreux salmigondis. J'ai retrouvé dans l'une d'elles, La Maison d'un Prêtre, jouée à ( tsaka sur le théâtre des Pièces Sociales .Modernes, des scènes entières, m;il digérées et encore reconnaissables, de Solness le Constructeur, deLafiame

de la Mer, de Rosmersholm et de La Profession de Madame Warren1.

Ces tentatives ont amené, par une réaction légitime, une recrudescence de goût pour l'ancien et seul genre dramatique vraiment littéraire que les Japonais puissent revendiquer : le Né. X mon premier séjour au Japon, les représentations de ces dialogues lyriques étaient assez rares. Mais ils ont aujourd'hui de nombreux amateurs dont chaque société possède une salle et une troupe. Les traductions ne nous donnent pas plus l'idée de l'interprétation d'un Nô que la lecture d'une tragédie grecque des décors du théâtre athénien, des masques, des cothurnes et de la voix des acteurs. L'estrade assez haute est nue, en bois poli. Un grand arbre lordu, peint sur le mur, forme Tunique décor. En face de la galerie latérale par où s'avancent les acteurs, sept choristes sont agenouillés. Leur chant ressemblée une lente

1. Qu'on en juge: le héros, un Japonais veuf, pasteur protestant, a épouse une Japonaise revenue d'Amérique avec beaucoup d'argent et qui se dit veuve d'un noble italien. Grâce à l'argent de sa femme, il construit un temple; mais son fils tombe du haut du campanile et se tue. Un capitaine de navire, qui connaît la vie passée de cette femme, lui oll're d'en garder le secret moyennant deux mille yen. Elle refuse. Le capitaine enlève sa fille qui adore la vie libre symbolisée par la mer. Le pasteur, dont les soupçons s'éveillent, interroge sévèrement sa femme. Elle finit par lui avouer- qu'elle n'a jamais épousé de noble italien, mais qu'en l'épousant, lui. et en lui donnant de quoi élever son église, elle espérait se racbeter. 11 ne lui reste plus qu'à commettre le harakiri. Heureusement la nuit lui conseille de n'en rien faire ; et la pièce se termine sur le pardon du mari qui a résolu de quitter sa profession de pasteur et de se consacrer aux œuvres de bienfaisance!

psalmodie. Tout près d'eux, un joueur de flûte est agenouillé comme eux, el deux tambourinaires sont assis sur des pliants. L'un tient un grand tambourin qui rend le son du bois : l'autre un petit

tambourin aux sonorités assourdies. Ils jouent alternativement en poussant des Oh ! Oh! Oh! Mia-o Mia-ait Heit-o 0 ou la-o la-ou Ah! Ah! Ou-ôu-oa! Assurément leurs cris éveillent chez les Japonais d'autres sensations que chez nous.

Mais ce ne sont pas seulement ces coups de tambourin et ces miaulements rythmiques qui ravissent le public : on n'apprécie pas moins la valeur picturale ou sculpturale du tambourinaire : « Regardez, me disait un compagnon japonais, regardez ce vieillard : il est extraordinairement ce qu'il faut. Je n'en ai vu qu'un encore plus admirable : il est mort ; et la société qui le possédait cesse de jouer jusqu'à ce qu'elle trouve à le remplacer. » Le fait est que le vieux tambourinaire était merveilleux. La vieillesse l'avait amoureusement ciselé dans un ivoire jauni. Son nez el ses yeux étaient légèrement indiqués; ses rides, d'une étrange finesse; ses joues, délicatement creusées; et ses lèvres amincies se fermaient avec obstination sur ses gencives dégarnies. Il semblait être sorti du temps, impersonnel comme un type, impassible et desséché comme un dieu.

Les acteurs ne sont jamais plus de trois. Ils sont caparaçonnés de vêtements bizarres et -plendides. Les chevaliers marchent dans des voiles enflés et raidesqui leur donnent l'air de se promener assis sur des ballons. Ils ont des immobilités prodi-

gieuses, des pas de danse à vous faire mourir, des pas de danse qui durent un quart d'heure, une demiheure, une éternité, des glissements sans fin autour de la scène, avançant un pied puis l'autre, et les genoux plies. La lenteur de leurs évolutions contraste avec les excitations et les cris des tambourinaires. Ceux qui jouent des rôles de femme portent des masques blanchis qui nous produisent un effet d'horreur macabre et qui donnent aux Japonais l'impression de la beauté. Je me demande si les vers que nos élèves du Conservatoire font ronfler et renifler leur blesseraient aussi cruellement les oreilles qu'à nous la déclamation geignante et glapissante des acteurs de No. La sobriété de leurs gestes est extrême, et tous ces gestes sonL symboliques. La signification de leurs mouvements de mains, de leurs attitudes, ces nuances de vie sous ce miroir d'immobilité, nous sont souvent aussi difficiles à saisir que le charme d'un jambage dans un caractère chinois.

Jamais le jeu scénique ne s'est plus éloigné de la nature. Jamais société aristocratique n'en a plus raffiné les conventions et les artifices. Et je ne dis • rien du drame lui-même dont le sujet bouddhique ou guerrier est ordinairement très simple, aussi simple que la forme en est savante, précieuse, elliptique, et parfois d'une étincelante obscurité1. Des gens qui ne voient rien au-dessus de cet art ont quelque peine à s'intéresser au nôtre. Un Japonais

1 . Sur le drame lyrique japonais, on trouvera dans le Bulletin de l'Ecole Française d'Extrême-Orient (1913) les remarquables éludes de M. Noël Péri.

qui passe des Nô aux drames de Shakespeare ou d'Ibsen passe d'une civilisation à une autre. Et le passage est abrupt.

Le roman finira peut-être par l'aplanir. Il s'adresse plus à l'individu qu'à la collectivité. Il formera lentement des auditeurs capables de supporter un jour les chefs-d'œuvre du théâtre européen. Je souhaiterais que nos meilleurs japonisants consentissent à interrompre de temps en temps leur déchifïrage des textes anciens et à s'offrir une villégiature sur les pentes du roman moderne japonais. Je ne leur conseillerais pas d'en traduire les productions; mais ils pourraient y étudier les nouvelles tendances de l'âme japonaise, et ils nous en apprendraient plus que toutes nos impressions de voyage.

Dans un de leurs derniers annuaires, les Méthodistes américains ont recherché l'influence du mouvement chrétien sur la littérature. Ils ont relevé des expressions bibliques qui se glissent aujourd'hui tout naturellement sous le pinceau des écrivains japonais : La tour de Babel, le plat oVEsaït, les raisins de Chanaan, l obole de la veuve, F édifice bâti sur le sable, les pauvres d'esprit, le vin nouveau dans les vieilles outres, l'Évangile de la Paix, Gloire à Dieu au plus haut des cienx et pair... Ils ont signalé une nouvelle de M. Nakamura : l'histoire d'un pasteur japonais qui commet un crime et que l'amour de sa femme, une Américaine, rachète et sauve. Ils ont cité un roman Namiko (un des rares romans japonais traduits en français sous h; titre Plutôt lu mort!] où une vieille dame japonaise

raconte comment la lecture de la Bible la tira du désespoir. La chose valait en effet d'être notée, non que ce roman ait beaucoup de valeur, mais parce qu'il s'est vendu à plus de deux cent mille exemplaires et qu'il a fait pleurer bien des yeux sur les victimes de la cruauté des belles-mères. Certes, il n'est pas indifférent de savoir que des façons de parler chrétiennes et que la connaissance ou le respect du christianisme s'insinuent peu à peu dans les lettres japonaises. Plus ils s'y acclimateront, mieux les Japonais comprendront notre littérature et en profiteront. Mais les livres de piété et les enseignements purement religieux n'ont qu'une action très restreinte.

Celle de nos romanciers l'est beaucoup moins- Depuis une quinzaine d'années, les Ecoles des Romanciers japonais reproduisent à peu près les nôtres. Ils ont une école naturaliste dont les principes semblent empruntés à nos anciens manifestes : « La nature n'est ni bonne ni mauvaise, disait en 1900 le romancier Kosugi, ni belle ni laide ; nous sommes libres d'en décrire le côté qui nous plaît, tel que nous le voyons. Notre devoir est de représenter l'illusion des phénomènes. Il importe peu qu'on touche le lecteur ; et notre personne doit rester absente de notre œuvre. » Il va sans dire que les phénomènes dont cette école caresse de préférence l'illusion ont été pendant un certain temps des phénomènes physiologiques. Elle s'est complu à peindre l'illusion de l'hérédité, l'illusion delà lutte pour la vie, et, bien que l'alcool ne fasse point de ravages au Japon, l'illusion de l'alcoolisme.

Toutes ces illusions n'ont pas été du goût de la censure qui en a replongé quelques-unes au néant divin. L'école réaliste ne se distingue de l'école naturaliste que par plus de décence. Les Japonais ont aussi une école de romanciers psychologues, et une école de romanciers impressionnistes et dilettantes. Et cela fait beaucoup plus d'écoles que de bons romans ; et presque tous les romanciers de ces diverses écoles s'inspirent des romanciers étrangers.

Je crois que c'est à nous qu'ils ont pris leurs théories et leurs formules et que, malgré la baisse de notre influence depuis les dernières années du xixe siècle, c'est encore l'œuvre de nos réalistes el de nos dilettantes qui a le plus marqué sur la conception artistique de leurs meilleurs écrivains. Maupassant a été très lu et très admiré. On connaît, Flaubert1, les Concourt, et il m'a semblé qu'un des auteurs les plus goûtés de la jeunesse avait assez pratiqué Le Crime de Sylvestre Bonnard et Le Mannequin a osier.

L'Angleterre ne leur a presque rien fourni ; et pourtant de toutes les langues européennes la langue anglaise estla plus enseignée, la plus écrite, je ne dirai pas la mieux parlée, car les Japonais qui parlent le français le prononcent plus facilement. Ils ont étudié ses philosophes, surtout Spencer, et ses écrivains politiques pour lesquels ils uni abandonné Rousseau, xMontesqiiieu et nos théo-

1 Les traductions <lf Madame Bovary >'t de Une Vie on'. interdites.

riciens du libéralisme. Mais, sauf peut-être Stevenson et Kipling, ses grands romanciers sont comme inexislanls ù leurs yeux. On se l'explique en songeant au caractère essentiellement chrétien et familial du roman anglais. Les Japonais comprennent mieux Shakespeare que Dickens et George Eliot.

II n'en est pas de même des romans russes. La littérature russe a été pour eux ce que la littérature espagnole avait été pour nous au xvi° et au xvne siècle : la littérature de l'ennemi, celle qu'il faut connaître. Ils avaient commencé à l'explorer quelques années avant la guerre : cette lecture rentrait dans leur préparation à la lutte prochaine. Ils tâlaient l'adversaire. La guerre et les prisonniers qu'ils firent, et qu'ils traitèrent avec humanité, développèrent une curiosité dont l'objet leur était plus familier. Le christianisme russe n'a pas la rigueur un peu sèche et moralisante du christianisme anglais. Il s'y mêle des éléments bouddhiques, une résignation orientale, un sentiment de l'universelle misère, une piété d'anéantissement qui trouvent un écho affaibli, mais encore distinct, dans les âmes japonaises. Assurément, l'esprit japonais, dont les élans ont été brisés par des siècles de contraintes et de cérémonies, ne possède ni la richesse ni l'envergure de l'esprit russe. Ils diffèrent, et ils se ressemblent aussi, comme un poney dressé aux jolis tours et l'étalon de Mazeppa. Les Russes instruits qui vivent au Japon sont les Européens que les formes de la pensée japonaise déroulent le moins. Un bourgeois français ou

anglais restera plus réfractaire au mysticisme de Tolstoï et à telle création de Dostoievski, comme la Sonia de Crime et Châtiment, qu'un étudiant de Tokyo.

On lit assidûment les romans et les nouvelles de Gorki, d'Andréief, de TchekclF. Il s'est même formé, je crois, une société de Tolstoïsants. Mais aucun romancier étranger n'a mieux répondu aux sentiments intimes des Japonais que Tourguénef. Il est le grand peintre des sociétés où les afflux de civilisation étrangère élargissent brusquement la distancequi sépare les générations, désaccordent les familles, rendent souvent les enfants incompréhensibles aux pères. La nouvelle culture des Japonais n'es l pasplus le produit naturel de leur ancien Japon que la culture des Russes de leur ancienne Russie. Mais les Japonais ont été plus expéditifs dans leurs emprunts; el la rapidité de leur mouvement, jointe au respect des bienséances et au culte encore vivace de l'obéissance filiale, n'a pas donné le temps à ces désaccords de dégénérer en conflits. Cependant les Japonais le; conçoivent, et ils s'imaginent sans trop de peine dans les situations où Tourguénef place -es. personnages. Ils se sont reconnus en eux. .1 ai été frappé, en relisant Dimitri Roudine, Fumée, Terres vierges, des analogies entre les étudiants japonais el ces Russes incertains, versatile . a demi sincères, d'une timidité orgueilleuse el quelquefois brutale, qui dépensent les trois quarts de leur énergie en discussions vain i dont l'esprit erre ballotté de La vieille Russie aux idées françaises ou anglaises el

aux métaphysiques allemandes. On chante souvent à Tokyo une poésie qui s'appliquerait aussi bien aux héros deTourguénef qu'auxétudiantsjaponais : Quand on a trop bu, on met sa tête sur les genoux d'une femme. Quand, on se réveille, on se saisi,' de V empire du monde. Entendez qu'on fait de la politique et que Ton reconstruit l'univers à coup de théories et de systèmes. Les uns et les autres ont des délibérations interminables et fumeuses autour d'une tasse de thé, plus violentes chez les Russes qui ne craignent pas de se heurter, plus courtoises chez les Japonais qu'une contradiction trop vive blesserait au sang. Les uns et les autres sont à la recherche du remède souverain, du remède infaillible qui guérirait toutes les misères, et particulièrement la misère d'avoir à travailler. Leurs enthousiasmes ne sont que des engouements, et, pour ces velléitaires, le grand homme est celui qui parle le plus haut ou qui garde le silence le plus énigmatique.

l)"s le lendemain de la guerre russe, M. Oguri Fuyô publia un roman intitulé : La Jeunesse, imité de Dimitri Roudine. Le vainqueur s'attribuait ainsi, parmi ses dépouilles opimes, l'inquiétude et les défauts d'esprit du vaincu. Le roman fut célèbre, bien que la critique en ait dénoncé l'invraisemblance. Mais la critiquerusse avait souvent aussi accusé d'irréalité les personnages de Tourguénef. En 3(.)09, un autre romancier, M. Natsumé Sooseki, professeur de littérature anglaise à L'Université, un des écrivains les plus remarquables de la nouvelle génération, donna un

roman, Sanshiro, où l'imitation de Tourguénef est

moins évidente, mais où l'on retrouve bien sa manière. C'est l'histoire d'un jeune provincial timide, chaste, épris de gloire et heureux de vivre, qui vient achever ses études à Tokyo et qui aime pour la première lois. Celle qu'il aime fait partie du petit groupe des étudiantes ultra-modernes, formées ou déformées par la vie universitaire. Elle est jolie, élégante, très japonaise encore, puisqu'elle le salue la première et s'incline « comme le papier au vent », mais libre, impérieuse, avec un peu de mystère autour d'elle. La séduction que ressent le jeune homme est pour lui une révélation, caries jeunes Japonais, en dehors des geisha, ne fréquentent que leur mère et leurs sœurs. Estil aimé délie"? Peut-être, mais elle en épouse un autre. C'est bien un de ces sujets de Tourguénef où s'exhale toute la mélancolie des existences qui ont frôlé le bonheur. Mais l'inlluence du Musse se manifeste surtout dans les épisodes. Sanshiro, que le train emporte vers Tokyo, a pour compagnon M. Shirota, professeur d'anglais et essayiste à ses heures. La conversation s'engage entre eux. A une gare, un Européen et sa femme montent dans un compartiment voisin. « Comme les étrangers sont beaux! s'écrie M. Shirota. El que nous sommes misérables avec nos visages et nos corps débiles ! On dit que nous sommes vainqueurs, que nous appartenons à une grande Puissance ; mais regardez nos maisons, nos bâtiments, nos jardins aussi médiocres que nos visages ! N'avez-vous jamais vu le mont Fuji? Il n'y a que lui dont les Japonais

puissent se vanter. Seulement ce ne sont pas eux qui l'ont fait. » Sanshiro ne pensait pas qu'un pareil homme fût possible après la guerre. « Le Japon évoluera peu à peu », dit-il. Mais le professeur d'anglais, M. Shirota, répondit : « Le Japon périra. » — « Si vous parliez ainsi à Kumamoto, d'où je viens, on vous traiterait en ennemi de la patrie. » — « Tokyo est plus vaste que Kumamoto; le Japon, plus vaste que Tokyo ; notre cerveau, plus vaste que le Japon. N'exaltons pas trop le Japon! » Ainsi ou à peu prés s'expriment dans Famée et dans Père et Enfants des Russes échauffés contre les panslavistes.

Les Sanshiro elles Shirota étaient tout désignés pour tomber sous le despotisme intellectuel de l'Allemagne. Il faut les entendre parler de Hegel « qui n'explique pas la vérité, mais qui est l'union de l'homme et de la vérité! » Depuis une quinzaine d'années, les Japonais subissent des traduclions de philosophes allemands qui, paraît-il, fourmillent d'erreurs et dont l'obscurité n'en est que deux fois plus allemande. (C'est même sur une traduction allemande qu'ils ont traduit les œuvres .de M. Bergson.1. L'Allemagne les a repus d'ombre et de vanité. Cependant le livre qui leur a fait le plus de mal, ce n'esl pas un livre de philosophie, c'est un roman qu'ils ont encore mieux compris que les romans russes, Werther. Le virus de paresse envieuse et de fatuité sinistre qu'il inocule à la jeunesse, et que l'Europe n'avait pas épuisé, s'est réveillé sous le climat du Japon. Les circonstances y prêtaient. Le docteur Miura, professeur

à l'Université impériale, me disait que les maladies nerveuses et les neurasthénies se multipliaient dans la jeunesse des écoles. 11 en voyait deux raisons, l'une physiologique, l'autre morale. La lai'.le des Japonais grandit par suite des gvmnastiques et des installations européennes. Leurs jambes poussent. A la fatigue de celte croissance s.e joint le surmenage que leur impose, sinon leur travail, du moins la somme invraisemblable d'idées hétérogènes et contradictoires dont leur cerveau est encombré. Ajoutez une raison sociale. Le pessimisme a succédé très vite chez eux à l'optimisme d'un peuple enivré de ses victoires. Beaucoup de jeunes gens ontélé pris de dégoût pour une société qui ne satisfaisait pas leurs ambitions. La science, l'art, l'érudition sont mal payés. Dans une même année, en 1907, cent quatre-vingt-six étudiants se jetèrent du haut de la cascade de Kegon. près île Nikko. Ce n'est plus le suicide samuraïque du jeune homme ou de la jeune fille qui ont perdu leur honneur ou qui meurent pour prouver leur innocence. C'est le suicide philosophique, précédé d'une lettre tapageuse, d'une malédiction lancée au monde, à la société, aux hommes et aux dieux. C'est le suicide européanisé par L'Allemagne. Et le livre de Gœthe, du génie le plus sain qu'elle ait produit, a laissé derrière lui une traînée de > ■;idavres

On a donc vu des Werther dans le roman japonais et mémo des Werther qui, au lien des poèmes ossianiques, avaient lu Le Triomphe de l<> gnort. 1'.!. — triomphe du snobisme! - d'Annunzio a été

japonisé. L'imitation européenne n'a rien enfanté de plus extraordinaire et de plus puéril. Les Japonais restent aussi étrangers aux fureurs sensuelles et tristement inassouvies de la volupté, à toutes ces peintures de luxure inquiète du grand romancier italien, qu'aux idées les plus chrétiennes de notre civilisation. Mais, en admettant qu'ils les eussent comprises, le romancier japonais qui veut faire du d'Annunzio doit commencer par créer un monde exceptionnel ou artificiel. Il n'a à sa disposition aucune des ressources de la vie mondaine, ni les réceptions, ni les grands dîners, ni les théâtres où l'on reçoit dans sa loge, ni les promenades à travers les musées. Nous sommes dans un pays où. à moins d'être des amis très intimes de la maison, la femme de notre hôte se considère comme notre servante et ne consent à venir s'agenouiller auprès de nous qu'à la fin du repas. Je sais qu'une société féministe s'est formée à Tokyo, et qu'on rencontre parmi les étudiantes et les anciennes étudiantes des jeunes filles qui refusent de se marier. J'ai dîné un soir chez un professeur de l'Université avec une de ces femmes nouvelles. Elle enseignait les mathématiques à l'École normale supérieure des filles. Je lui aurais donné vingt ans : elle en avait trente. Petite, menue, gracieuse, très fine, elle était aussi modeste que la plus humhle Japonaise. Un des invités, un jeune professeur, me dit que sans doute elle ne se marierait pas, qu'une femme de sa valeur n'accepterait point l'humiliante entremise de l'intermédiaire, qu'au surplus les jeunes gens estimaient

que, passé vingt-quatre ans, une fille n'était plus mariableet que les parents se défiaient de ces brus qui pouvaient avoir eu des aventures et qui, en tout cas, représenteraient dans la famille l'intrusion de l'amour, du redoutable et anarchique amour.

C'est parmi ces étudiantes, ces femmes professeurs, leurs compagnons d'études et les écrivains que le romancier recrute ses Enfants de Volupté. C'est dans ce petit milieu que M. Morita Sohei alla chercher ses personnages de Baien (Fumées d'usines) dont la censure interdit la publication pendant quatre ans et qui ne parut qu'en 1013 avec des corrections et des coupures. Le sujet n'en rappelle que de très loin Le Triomphe de la Mort. L'héroïne, jeune étudiante, et le héros, homme de lettres, se rencontrent au temple protestant du quartier de Kanda, pour 1 unique raison qu'un auteur japonais, qui copie des sentiments européens, a toujours besoin d'un décor emprunté à l'Europe. Ni l'un ni l'autre ne sont chrétiens; et la jeune fille a même recours contre la passion qui l'entraîne aux disciplines bouddhiques les plus sévères. Toutes les nuits, les jambes repliées, les talons aux genoux, elle fait les durs exercices de la secte de Zen ; mais ils ne lui rendent pas sa tranquillité d'âme, et la laissent peut-être plus faible pendant la journée. Les deux amoureux se jouent des scènes du roman italien dans les restaurants européanisés dont les nappes douteuses nous soulèvent le cœur. Leur visage s'empourpre à boire du whisky. Comme leurs ancêtres aux'mo-

ments critiques s'encourageaient par des exemples tirés de la Chine, ils s'excitent avec des souvenirs de d'Annunzio. «Vous souvient-il du lis qui s'épanouit sur le sable ardent? — S'il m'en souvient! Et de l'insecte qu'on trouve au fond de son calice, pâmé d'ivresse ! — J'allais l'oublier ! Où avais-je le cœur? Qu'il est bonde mourir brûlé de parfums! » Là-dessus ils vont mourir au milieu des neiges, ce qui prouve qu'il est aussi difficile de mourir comme on le rêvait que de bien vivre.

Ne nous attardons pas à ces parodies involontaires. Je me rappelle avoir vu jadis dans la province japonaise des fonctionnaires qui se rendaient à une réunion officielle chaussés degeta et tenant à la main des souliers exotiques, nos souliers; ils ne les mettaient qu'au dernier moment et traversaient ainsi une partie de la ville, pour bien montrer qu'ils connaissaient les beaux usages. Depuis, où nos souliers ne les ont-ils pas menés? Il faut faire crédit au génie réaliste des Japonais. Déjà quelques-uns de leurs romans se dégagent des influences trop marquées de l'Europe et se contentent de réfléchir la réalité japonaise. J'en sais un de Toson : La Maison, paru en 1911 et que l'on tient pour un chef-d'œuvre. C'est une œuvre intéressante. L'idée de l'auteur est que la prospérité grandissante du Japon affaiblit la vieille conception familiale. Aucun incident romanesque ne vient rompre ou égayer la trame monotone des ennuis et des tristesses de la famille assez banale dont il écrit l'histoire. Les hommes ne se fixent point dans un métier ou dans une profession. Ils

sont successivement comptables, professeurs, voyageurs de commerce, boursiers, colons de Mandchourie. Les femmes, toujours inquiètes du lendemain, craignent sans cesse de lire leur répudiation sur le visage seigneurial de leur mari. Elles acceptent, par crainte ou par amour, les compromissions les plus étranges. Les enfants njeurent. La mère n'ose pas les pleurer; le père se cache pour aller à leurs tombes. Bientôt la résignation recouvre leur mémoire et l'adoption repeuple leurs berceaux. Mari, femme, belles-sœurs, nièces vivent sur quelques nattes dans une promiscuité où rôdent les tentations et qui serait plus dangereuse si lous les membres de la famille ne se surveillaient pas. On tient peu à son argent, encore moins à celui des au Ires. C'est une existence médiocre dont les plaisirs sont plus médiocres, même ies soirées de fête chez les geisha, même quand les geisha se nomment de leur joli nom chinois : Les Ombres Parfumées cl les Épingles d'Or. L'individu ne parvient pas à surmonter le lent effondrement de la vieille communauté. Il reste pris dans le plfilras des dettes et des petites obligations Je revois certaines scènes de ce roman, dont j'écoutais la lecture chaque soir pendant une semaine, comme si elles se détachaient d'un souvenir réel. 11 me semble que j'ai pénétré dans le triste intérieur du héros, professeur et homme de lettres, le jour où, sa fillette étant morte, il fil un cercueil de la boîte qui contenait ses livres et l'emporta sur son dos, car il n'avait pas de quoi payer la cérémonie funèbre. Il me semble que je l'ai accompagné le

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soir qu'il amena sa femme, toute surprise de sortir avec son mari, dans un restaurant européen, et qu'elle posa timidement sur la table des mains déformées par le travail, et que, pris de pitié pour elle, il essaya de la consoler de n'être pas née homme... On quitte ce roman curieux, quelquefois émouvant, presque toujours diffus, avec la même oppression que si l'on avait longuement séjourné dans une chambre étroite au plafond trop bas.

Je préfère les courtes nouvelles qui conviennent beaucoup mieux à l'impressionnisme japonais. Nous avons révélé aux écrivains modernes le pittoresque de leur vie familière. Ils nous doivent le sens de la couleur qui s'ajoute à leur réalisme exact et minutieux. Ils commencent à voir leur Japon avec des yeux d'artistes européens. Là où leurs peintres échouent encore, ils réussissent. Je voudrais pouvoir citer tout au long une nouvelle de M. Hakucho, intitulée Le Premier Voyage, et parue en janvier 1914 dans la Revue Centrale. C'est le récit du voyage d'un petit garçon de douze ans avec sa grand'mère, qui, pour se rendre du Japon méridional à Osaka, a pris un bateau de pêcheurs, car elle n'aime ni les gros navires, ni les chemins de fer. Rien ne nous donne une sensation plus vive de la petite vie japonaise et du paysage japonais *.

Mais, si l'artiste a gardé la sobriété des anciens

1. On pourra lire a traduction de cette nouvelle à la fin du volume, Pages japonaises, p. 294.

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artistes japonais, sa palette est. européenne. Jugezen par ces quelques lignes. L'enfanI est descendu à terre. « Des pins bas croissaient sur un humble coteau isolé des maisons, et l'on voyait un petit temple au milieu. Des ex-voto et des sandales de paille étaient suspendus aux battants des deux portes. Je m'assis sur une pierre devant ce temple. J'apercevais tout le port. L'île d'Awaji apparaissait au delà des nuages sombres. Un îlot, que n'atteignait point la lumière du soleil tombée d'entre ces nuages, ressemblait à une tache de fumée. Je me rappelai l'îlot devant mon pays natal qui brillait comme de For au soleil couchant. » Çà et là, une note discrète ressuscite un coin ou une attitude du vieux Japon. La giand'mère raconte un pèlerinage que sa mère et elle firent jadis à Miidera, une des places sacrées du bouddhisme. C'était au printemps. .Elles allaient chantant des hymnes et arrivèrent dans un village où elles demandèrent l'hospitalité. Le maître de la maison les regarda et comprit qu'elles étaient des femmes nobles. « Médecin, bonze, kannushi, maire de village, cà quelle famille appartenezvous? — Nous sommes d'une famille de samuraï. malgré l'apparence », répondit la mère. Et L'enfant est singulièrement touché par cette parole « qui sent les anciens jours ».

Il est rare que dans une nouvelle japonaise La courtisane ne se montre pas : les Japonais n'avaient pas besoin des livres européens pour se convaincre de sa valeur esthétique. Le bateau est amarre au port, et le soir tombe. La grand'mère et son petit-

lils sont à l'arrière sous un toit fait avec des nattes de jonc. Le patron et son malelot boivent à l'avant. « Toula coup, je sentis qu'une personne approchait; ei, me détournant surpris, j'aperçus une femme dans un étrange costume qui montait sur le bateau. « Excusez-moi! » fit-elle en se baissant sous les nattes: et elle alla s'asseoir auprès des matelots, indiscrètement. « Qui est-ce? demandai-je tout bas à ma grand'mère. — C'est une sôka, ditelle, la femme de Iout le monde. » J'avais entendu depuis longtemps parler de sôka; mais c'était la première fois que j'en voyais une. Alors, curieusement, je fixai mes regards sur le visage de cette femme. Son visage était petit, surmonté d'une lourde chevelure. Son sourire découvrait des dents blanches entre des lèvres rouges de fard... Elle m'aperçut, s'inclina et me fit signe de la main. J'éprouvai du dégoût et je détournai la tête... Tout était noir. 11 n'y avait plus d'étoile. On entendait la llùte d'un aveugle masseur sur le chemin de la ville, et le bruit des paroles que les gens d'une barque adressaient à des gens de la rive et que le vent nous apportait. « La dame a été gênée », dit une voix de femme à ma grand'mère. (Ce qui signifie : mille excuses.) Je vis la sôka qui remontait sur le rivage en retroussant ses vêlements. » J'ignore quelle impression peuvent produire ces quelques lignes quand on ne connaît pas le Japon. Ceux qui le connaissent croiront y être en les lisant. Mais le caractère européen de cet art est assez visible.

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