ACTE QUATRIEME
Ah ! je ne veux pas d'enfants ! — Si une femme comme toi trahit des hommes tels que nous, adieu le vieil espoir ! La femme est, éternellement, la femelle et il n'y a pas d'Humanité.
Mistress ANDREWS, à elle-même.
Souffre à ton tour! J'ai souffert sans crier, moi.
RUTH, sanglotant et s'essuyant les yeux avec ses chaînes.
Pauvre ami ! Hélas ! comme tu m'aimes !
STEPHEN, se jetant à ses genoux et l'enveloppant de ses bras.
Ah ! partez ! fuyez !... Laissez-moi !... Je veux mourir ici, avec elle!... Vous voyez bien ; — c'est impossible !
VAUDREUIL
Tiens ton âme, Stephen!
Mistress ANDREWS, à part, regardant Stephen.
O rage ! Il me poignarde et j'en meurs !... (Haut:) — Eh bien, soit ! Restez ! Et l'on dira ceci, dans les veillées et en passant auprès de ces champs de bataille où tombèrent en silence des soldats qui aimaient aussi leurs fiancées ! — Restez, afin qu'on dise : « Stephen Ashwell, le grand Américain, le jeune homme héroïque, celui qui, au milieu du danger, parlait si haut de la cause humaine et qui buvait à de prochains libérateurs, Stephen Ashwell a sacrifié son devoir et son rêve, tout trempé dans la lumière de l'Avenir, à la voix d'une femme accusée de connivence avec l'ennemi ! Il a vendu la beauté de ces drapeaux où nos filles inscrustaient le flamboyant symbole des étoiles ! Il a volé sa vie à la sainte patrie nouvelle !...
STEPHEN, effrayant, la hache au poing.
Ah ! taisez vous, mistress Andrews !...
Mistress ANDREWS, faisant un pas vers lui, les yeux sur ses yeux.
Alors, que ta conscience parle !
RUTH, à Stephen, grave d'abord, puis liés vite et comme haletante.
Stephen ! je veux sauver ton nom. que je dois porter un jour. Ah ! ce moment d'épreuve est assez terrible pour que cet espoir me soit permis ! — Eh bien ! moi, je ne veux pas, entends-tu, que tes enfants, si Dieu m'en donne, puissent entendre dire ceci de leur mère, que j'ai trahi l'auguste Liberté, notre vraie patrie ! Ami, si je pouvais trahir, je te dirais de rester, puisque c'est ici, pour toi, la mort inévitable ! — Quitte-moi donc ! je le veux ! Abandonne-moi ! Je saurai bien faire la lumière, vois-tu ! Je saurai bien te retrouver!... Aie foi. te dis-je, en ce cœur qui t'aime à jamais ! Je t'en adjure, je t'en supplie, je le veux ! — Obéismoi !
VAUDREUIL, l'épée à la main.
Il faut choisir, Stephen. Je vois reluire des fusils, sur la lisière, presque à portée. Plus bas :) Il faut faire ton devoir, Stephen.
STEPHEN. éperdu.
Ah ! je ne peux pas fuir devant lord Ceeil, moi !
(Se précipitant, la hache haute, vers la porte :}
— et mon devoir, — le voici !
(// s'élance brusquement. — Vaudreuil bondit sur ses traces. On les voit gravir une bulle. Au loin, des coups de feu les éclairent subitement.)
Mistress ANDREWS, s'appuyant à la muraille.
Grand Dieu ! je n'avais pas prévu ceci !
[MousqueterU lointaine, affaiblie : des lueurs bleues qui scintillent et dont le bruit se fait entendre après la lueur. — Tout à coup, toute la lisière de la forêt s'illumine de feux de bataillons : les balles crépitent contre la masure.)
RUTH. tombant à genoux.
Oh ! c'est par moi ! c'est par moi !...
Vaudreuil rentre, soutenant Stephen blessé, chancelant