CHAPITRE QNQUIÈME
Def trois pOMêianê distrilmiites au ressorts organiques
d'une Série passionnée.
Ce ne sera pas en distribution matérielle des séries qu'on éprouvera de la difficulté ; d*aiUenrs je pourrai ajouter beaucoup d'instructions à celles des 4 chapitres que je viens de donner si|r ce -sujet.
L'obstacle a redoute^ tiendra au* jeu de certaines passions que les nioralistes voudront entra ver;. et cependant la série la mieux formée perdrait toutes ses propriétés d'attraction industrielle, accord direct des inégalités , accord indirect des antipathiques , etc. si on négligeait d'y développer cornbinément \es trois ressorts que j'ai nommés passions mécanisantes ou distributives. Si Tune des trois est entravée dans une série , la série est fai^ssée , les accords et Tatlraction industrielle sont foussés de même , et réduits a des simulacres qui feraient avorter le principal équilibrQ, celui do répartition.
Définissons ces trois passions :
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Je commence par la PapUionne: cW le besoin de variété périodique, stluations contrastées, changemens de scène, incidens piquans, nouveau tés'propres à créer l'illusion , âstimuler sens et Âme à la fois. Ce besoin se fait sentir modérément d'henre en heure et vivement de deux en deux heures. S'iln*est pas satisfait, Thomme tombe dans la tiédeur et Ténnai C'est sur le plein essor de cette passion que repose une branche de bonheur attribuée aux sybarites parisiens , Tart de vivre si bien et si vite, la variété et Fenchaînement des plaisirs, enfin la rapidité du mouvement , bonheur dont les Parisiens sont infiniment loin. (Voyez, dans le Traité de Tâssociation domestique -agricole, le parallèle d'une journée d*harmonien avec la journée la plus heu^ reuse que puisse espérer un civilisé , l'impossibilité où est celui-ci de s*élever un seul jour de sa vie nu degré de bonheur dont jouit chaque jour le moins fortuné des Harmoniens. }
£n opérant par séances très-courtes de 1 1/!K, 2 heures au plus, cbacun peut exercer dans le cours de la journée , 7 à 8 sortes de travaux attrayans , varier le lendemain , fréquenter des groupes difiérens de ceux delà veille ; cette méthode est le vœu de la onzième passion dite Papiilenne qui tend a voltiger de plaisir en plaisir, éviter les excès où tombent sans cesse les civilisés qui pro* longent un travail pendant 6 heures, un festin 6 heures, un bal 6 heures et durant La nuit,
IXNSTBICL. lli
a4ix dépens de leur sommeil et de kur santé. Ces plaisirs civilisés ne sont toujours que des (onctions improductives , tandis que Fétat sociétaire applique la variété de plaisirs aux travaux devenus attrayans. Décrivons cet alternat par le tableau de deux journées d'harraoniens, un pauvre et un riche. Aevret.. Joobuéb de Ldgas au kois ob Jviv.
lever, préparatifs.
séance à un groupe des écuries.
— a un groupe de jardiniers.
le déjeuné,
— au groupe des faucheurs.
— au groupe des légumistes sous
( tente.
— à la série des étables..
LB DÎHfi.
— à la série des silvains.
— à un groupe de manufocture^
— à la série d'arrosage.
— la bourse.
le êoujpé.
— fréquentation amusante.
le coucher.
Nota, On tient la bourse dans chaque phalange, pon pas pour agioter sur la rente et les denrées , mais pour négocier les réunions de travail et de plaisir. J*ai supposé ici une journée a 3 trois repas seulement, comme le seront celles des débutans en harmonie : mais quand elle sera en plein exercice>
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la vie active, Tliabitucle de» séances courtes et Tariées donnera un prodigieux appétit : les êtres nés et élèves dans Tharmonie seront obligés de faire cinq repns , et ce ne sera pas trop pour consommer rimmense quantité de vivres que produira ce nouvel ordre, où les riches variant leurs fonctions plus fréquemment que les pauvres ont pins d'appétit et de vigueur. G*est en tout point le eoniraire du mécanisme civilisé.
Je vais décrire en cadre de 5 repas une journée d'homme riche, exerçant des fonctions plus variées que celles du précédent qui est un des villageois enrôlés nu début.
JOCKRÉB DE MonDOR BIf ÉTÉ.
heures sommeil de 10 1/2 du soir à 3 h. du matin. ù 3 1/2 lever , préparatifs, à A Cour du lever public, chronique de la nuit, à A 1/2 ie Délité, V' repas suivi de la parade industrielle, à 5 1/2 séance nu groupe de la chasse.
à 7 — au groupe do la pêche.
à 8 le déjeuné f les gazettes.
à 9 séance à un groupe de culture sous tente.
à 10 — n In messe.
à 10 1/2 — au groupe de la faisanderie.
à 1 1 1/2 — à la bibliothèque.
à 1 LE Dire,
à 2 1/2 — au groupe des serres fraîches.
ù 4 — au groupe des plantes exotiques.
inSUSTRIBL. 115
h 6 — au groupe des Tiviers.
à 6 ie Goûté à la campagne, à 6 1/â — au groupe des mérinos, «i 8 la bourse,
«i 9 LBSoort, 5* repas, à 9 1/^ cour des arts , concert, bal^ spectacle, réceptions.
à 10 1/S hcwtchen
On ne voit dans ce tableau que très-peu d'instans laissés au sommeil : les harmoniens dormiront fort peu; lliygiène raffinée, jointe a la Yariété des séances, les habitueront a ne pas se fatiguer dans les traraux ; les corps ne s'useront pas dans la journée, n'auront besoin que d'un sommeil très'court et s*y habitueront dès l'enfance , par une affluence de plaisirs auxquels la journée ne pourra pas suffire.
Pour faciliter les déplacemens fréquens qu'exige ee genre de vie, on ménage, dans tous les corps de bâtimens d'un phalanstère ou édifice de la phalange, des rues-galeries au premier étage et au bas, chauffées par tuyaux en hiver, et rcifraichics en été; puis , des couloirs sur colonnes entre les corps parallèles , et des souterrains sablés communiquant du phalanstère aux étables; moyennant quoi l'on peut parcourir à couvert les salles , ateliers et étables , sans savoir s'il fait chaud ou froid au dehors. Dans la campagne, on emploie de grandes voitures légères à dix-huit personnes pour le transport des groupes agricoles.
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Quelques civilises prétendent que cette distribution sera bien coûteuse : elle coûtera infiniment moins que les frais actuels de vétemens et voitures, ■mouillage et boue, rhumes, fluxions et fièvres, gagnées par les brusques transitions et les excès.
D\iutres disent que la fréquente variété de séances consumera beaucoup de temps en déplacemens : il en coûtera de 5 à 15 minutes, moins d'un quart d*heure en moyen terme , pour les déplacemens champêtres, et moitié moins à Fintéricur.
Ceux qui regrettent ce chômage sont comparables à celui qui proposerait de supprimer le sommeil, parce que c'est un temps perdu pour Findustrie. C'est accélérer l'industrie, que de lui ménager des repos : le travail passionné des harmoniens sera ardent, ils feront en une heure ce que ne font pas en trois heures nos salariés lents, maladroits, ennuyés, musards , s'arrétant et s'nppuyant sur leur bêche dès qu'ils voient passer un oiseau. L'ardeur des harmoniens au travail deviendrait un excès nuisible , si elle n*était tempérée fréquemment par les relâches qu'exige le changement de séance. Mais les critiques veulent toujours j uger le mécanisme sociétaire d*après les coutumes et moyens du système civilisé.
Je passe au deux autres passions mécanisantes.
La Cabaliste et k Composite sont en contraste parfait : la première est une fougue spéculative et réfléchie ; la deuxième est une fougue aveugle , un
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ëtat d'irreftse , d^entrainement qui nait de Fassem- Liage de plusieurs plaisirs des sens et de l'ame , goûtés sîmullanëment.
La CabaiUiê , ou esprit de parti , est la manie de rintrigae très-ardente chez les ambitieux, les courtisans, les corporations affiliées, tes commerçans , le monde galant.
L'esprit cabalistique a pour trait dislinctif de mêler toujours les ealeuls a la passion : tout est calcul chez l'intrigant ; ne fut-ce qu'un geste , un clin-d'œil^ il fait tout arec réflexion et pourtant avec célérité. Cette ardeur de la 10* passion , dite CabaHsie, est donc une fougue réfléchie, formant le contraste de la fougue aveugle qui est le propre de la Composite , 13* passion. Chacune des deux stimule les groupes d'une Série industrielle par deux impulsions contrastées.
La Cabaliste est pour l'esprit humain un besoin si impérieux , qu'ià défaut d'intrigues réelles , il en cherche aTidement de bctices, au jeu , au théâtre , dans les romans* Si vous rassemblez une compagnie , il iautlui créer une intrigue artificielle en lui mettant les cartes à la main ^ ou en maehinant une cabale électorale. U n'est rien de plus malheureux qu'un homme de cour exilé en province , en petite ville bourgeoise et sans intrigue. Un marchand retiré du commerce et isolé tout-à-coup des cabales mercantiles qui sont nombreuses et actives , se trouve,. malgré sa fortune, le plus malheureux des hommes.
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I^ propriété principale de la Cabaliste , en raccanique de sére , c'est d*exciter les discords ou riva* lités émula tiyes entre les groupes d'espèce asses rapprochée pour se disputer la palme et balancer les suffrages.
On ne verra pas s'accorder les groupes cultivant le beuré blanc précoce , le blanc tardif , le veri piqueté ; ces groupes contigus en nuances sont essentiellement jaloux et discordans. Il en sera de même des trois groupes cultivant les reinettes jaune , grise et verte.
Le discord des nuances contiguês est loi générale de la nature : la couleur écarlate s'aillie fort mal avec ses contiguês , cerise , nacarat , capuoine ; mais fort bien avec ses opposées , bleu foncé , vert foncé , noir, blanc. La note RÉ ne s'accorde point avec UT dièze, ni avec MI bémol qui lui sont contigus , très^peu avec UT et MI naturek qui lui sont sous-contigus. Redisons qu'il faut en harmonie sociétaire des discords comme des accords.
Mais les discords ne peuvent pas éclater entre groupes de nuances peu voisines comme ceux qui cultiveront la poire- perle et la poire-orange. Il existe déjà entre ces deux petites poires une différence trop saillante pour faire naître Thésitation des juges ; ils diront qu'elles sont bonnes toutes deux , mais trop peu rapprochées pour prêter au parallèle : dès- lors la jalousie , Tesprit de parti n'éolateront pas entre les deux groupes qui les
IlVDlSTftlEl. lld
cullÎTent , on manquera le jeu de la Cdbaliste.
Il faut donc , dans toute Série passionnée, soit d'industrie soit de plaisir, former une échelle de fooctions très-rapprochées en nuances, VécheUe cotn* pacte ou serrée»
Cest un moyen sûr de donner un essor actif à la Cabaliste , élever chaque produit à une haute perfection, exciter une ardeur extrême dans les tralaux, une grande intimité parmi les sociétaires de chaque groupe.
On manquerait ce brillant résultat si on n*excitait pas le raffinement de goûts parmi les consommateurs comme parmi les producteurs. Que servirait aux Harrooniens la grande perfection de culture clans chaque variété de produit , s*ils avaient affaire à un public moraliste et uniforme en ses goûts , ne mangeant que pour modérer ses passions, et s*in- Irrdisant tout raffinement de sensualité, pour le bien de la morale répressive ? Dans ce cas , la perfection générale des cultures tomberait faute d appréciateurs, Tesprit cabalistique perdrait son activité parmi les groupes de producteurs et préparateurs , l'industrie agricole retomberait dans la grossièreté, comme aujourd'hui où Ton trouve à peine un centième des civilisés apte à juger de rexcellence d'une denrée ; d'où il résulte que le vendeur qui fausse les qualités a 99 chances de vente contre une de refus : de là vient que tous les comestibles sont si mauvais en civilisation.
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Pour obvier a ce désordre, Tëtat sociétaire élèvera les enfans i Tesprit cabalistique en trois emplois , en consommation, en préparation et en production. Il les habituera dès le bas âge à développer et motiver leurs goàts sur chaque mets , chaque saveur et chaque sorte d*accoramodage ; exiger sur les moindres comestibles des apprêts variés selon les divers goûts , former enfin Tëchelle cabalistique en consommation, pour retendre par suite aux travaux de préparation , conserve et production.
Cette variété de goûts, qui serait très-ruineuse en civilisation , devient économique et productive en association ; elle y procure le double avantage D'exciter Taltraction industrielle , Faire produire et consommer par séries»
Le mécanisme des Séries passionnées tomberait dès l'instant où il ne s'étendrait pas à la consomma** tion : heureusement c'est là qu'il est le plus aisé de l'introduire par deux échelles ou séries de goûts ; une sur les apprêts, une sur les qualités» Cette échelle d'exigences nait d'elle-même partout où on laisse libre cours aux impulsions naturelles. Parexemple, dans une auberge où chacun paie son écot, et où il n'y a ni père, ni maître, ni influence qui oblige À dissimuler sa fantaisie, vous verres, sur les moindres mets, sur une salade, sur une omelette, plusieurs goûts se manifester, désirer jusqu'à dix et douKC variétés; presqu'autant de variétés que d*tndividus , si leur nombre n'excède pas sept.
IRDCSTBltL, 121
Ainsi le penchant aux préparations graduées , ou nnisine par série, éclate partout où on ne le contraint pas. Je sais qu*il serait impossible en civilisation de >atisfaire cette multiplicité de goûts; chaque ménage se rainerait à faire une demi-douzaine de cuisines dif* férentes pour le père, la mère, les enfans, les domestiques; c'est par cette raison que le père appelle k son secours la morale , qui prouve qu'on doit avoir des goûts uniformes qu'il dicte à sa volonté. Cela eht bien en civilisation; mais nous allons parler d'un ordre où les variétés échelonnées seront plus économiques en préparation , et beaucoup plus produc- (ÎTesen culture ; on n'aura donc pas besoin d*entremettre la morale pour étouffer ce penchant.
En conséquence , la phalange d'essai devra s'attacher à provoquer parmi le peuple une grande variété de goûts sur tous les comestibles ; on Thabituera à graduer les fantaisies en échelle compacte , en nuances minutieusement distinguées , et trèS"> rapprochées. Sans cette échelle compacte , on ne parviendrait pas à établir , entre les groupes contigos de chaque série , des discords développant la passion dite Cabaliste,' l'une des trois qui doivent <liriger les séries.
La composite, ou exaltante , crée les accords d'enthousiasme. Il ne suffirait pas du ressort de cabale, OQ esprit de parti, pour électriser les groupes dans leurs travaux : il faut mettre en jeu les deux contraster, la fougue réfléchie de la Cabaliste, et la
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fougue aveugle de la Composite, qui est la plas romantique des passions , la plus ennemie du raisonnement. J*ai dit qu'elle nattde Vassemblage de plasieurs plaisirs des sens et de Fâme, goâtës simultanément. Elle est Composite bâtarde quand elle se forme de plusieurs plaisirs d'un seul ordre , tous sensuels ou tous animiques. 11 faut que cette passion s^applique à tons les travaux sociétaires, que la Composite et la Cabaliste y remplacent les tîIs ressorts qu*on met en jeu dans Tindustrie civilisée, le besoin de nourrir ses enfans, la crainte de mourir de faim , ou d'être mis en réclusion dans les dépôts de mendicité.
Au lieu de ces mobiles abjects, Tordre sociétaire sait , par emploi continuel des trois* passion s mécanisantes, et surtout de la Composite, animer chaque groupe industriel d*un quadruple charme ; savoir : deux illusions pour les sens et deux pour Tàme ; en tout , quatre sympathies entre les sectaires d'un même groupe.
Les deux sympathies de l'âme consistent dans les accords d'identité et de contraste.
Il y a accord dUdentité entre les sectaires d'un groupe : ils sont nécessairement identiques d'opinion en faveur d'une fonction qu'ils ont choisie passionnément , et qu'ils peuvent quitter librement ; l'accord d'identité devient un charme puissant lorsqu'on se voit secondé par une troupe de coopérateurs zélés , intelligens , bienveillans , au lien de
iNOCStBlEt. l±^
ces mercenaires gauches et grossiers , de ces fripons dëgaenillés qu'il eût falla s'adjoindre en civilisa* lion. La présence d une compagnie gracieuse et amicale fait naître une vive ardeur à Tourrage , pendant la courte sëaoce , un empressement à s'y retrouver , et a se réunir quelquefois dans des repas dégroupe, aux époques on le travail est interrompu.
Le second charme de Tàme est celui du contraste : j'ai dit et je dois répéter que , pour le faire naître parmi les divers groupes industriels d'une série , il faut les échelonner par nuances consécutives et rapprochées, employer Tordre compacte et serré d*oii naissent les discords de chaque groupe avec ses coutigus , et les accords avec les groupes opposés au contre-centre.
Voyez sur ce sujet le tableau d'une série libre et complète , qui est placé à la fin du quatrième chapitre.
Outre les deux sympathies de Tâme , en identité et contraste , un groupe industriel doit être stimulé par deux autres véhicules de charme sensuel , qui sont le charme de perfection spéciale, ou excellence à laquelle chaque groupe élève son produit, et l'orgueil des louanges qu'il en reçoit , puis le charme de perfection collective , ou luxe d'ensemble qui règne dans les travaux et produi(s de la série entière.
Quelques groupes peuvent manquer d'un de ces quatre charmes ou le posséder faiblement : peu importe y car il suffit déjà de deux charmes pour
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créer rattraction industrielle: on verra d'ailleurs qu'elle a beaucoup d*autres sources, et j'en compterai au-delà de douze dans les chapitres suivans. Il est dans Tordre que Tindustrie sociétaire présente des amorces aussi nombreuses que les dégoûts de rindustrie civilisée.
Cet aiguillon de charmes sensuels et spirituels sera incomplet , peu actif dans la phalange d'essai ; mais on y verra de beaux germes croissant rapidement ; et ces lueurs suffiront à faire entrevoir le haut degré où s'élèvera le charme industriel, quand le nouvel ordre aura acquis de la oonsistance , et roulera sur une génération élevée en harmonie, préservée de la double disgrâce dont les enfans sont frappés par l'éducation civilisée, qui perclut les corps par la fausse gymnastique , et les âmes par les préjugés.
Pour résumer sur ces trois passions dites raécani* «antes qui sont les trois ressorts organiques d'une Série industrielle^ observons que, si elles ne sont pas développées toutes trois combinément , l'attraotion industrielle ne naîtra pas, ou bien si elle apparaît, ce sera pour s'amortir peu a peu , et s'évanouir bien vite.
Ainsi la condition à remplir pour s'élever à l'industrie attrayante, est d'abord de former des séries de groupes subordonnées au jeu de ces trois passions :
RiixtUsées parla cabaliste, ou fougue réfléchie qui
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engendre les discords entre groupes contigus, pourvu que l*échelle dos groupes soit compacte, IbriDëe de goûts et de fonctions très-rapprochées en rariétës.
Exaliéeê par la Coipositi, ou fougue aveugle, qui nait du charme des sens et de Famé, quand ces deux sortes de charmes sont réunis et soutenus des quatre accords cités plus haut.
Engrenées par la Papillorr i , qui est le soutien des deux autres, et maintient leur activité par les courtes séances, par les options de nouveau plaisir qu'elle présente périodiquement, avant qu'on n^arrive à la satiété ni même â la tiédeur.
J'insiste sur l'importance de la Papillonne, qui est la plus proscrite ; sur la nécessité des séances courtes et variées, principe qui condamne toute l'industrie civilisée : observons les effets de cette méthode en matériel et en passionnel.
En Matéiiil, elle produit Véquilibre sanitaire : la santé est nécessairement lésée, si Vhomme se livre douze heores à un travail uniforme, tissage, couture, écriture ou autre qui n'exerce pas successivement toutes les parties du corps et de l'esprit. Dans ce cas, il y a lésion même par le travail actif de culture , comme par celui de bureau : Tun excède les membres et viscères, l'antre vicie les solides et fluides.
C'est pis si le travail actif ou inactif est continu pendant des mois, des années entières. Aussi voit-on
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dans certains pays un huitième de la population ouvrière affligée de hernies, indépendamment des fièvres nées d*excès et de mauvaise nourriture. Diverses fabriques de produits chimiques, de verrerie et même d'étoffes, sont un véritable assassinat des ouvriers, par le seul fait de continuité du travail. Il serait exempt de danger, si on n*y employait que de courtes séances de deux heures, tenues seulement deux ou trois fois par semaine.
La classe riche, faute de ce régime, tombe dans d'autres maladies ; apoplexie, goutte, rhumatisme, inconnues du pauvre cultivateur. L'obésité, si commune chez les riches, dénote un vice radical d*é' quilibre sanitaire, un régime contre nature dans leurs travaux comme dans leurs plaisirs. La destination sanitaire de l'homme est dans cette variété perpétuelle de fonctions qui, exerçant tour a tour chaque faculté du corps et de Tesprift, maintiendrait .chez toutes l'activité et l'équilibre. C'est précisément le but que manquent les sybarites parisiens, tout en se flattant de savoir vivre si bien et sï vite, genre de vie qui n'est réservé qu'aux Séries passionnées et dont les Parisiens ne connaissent que le désir sans avoir aucune idée de la Chose.
En passionnel, la Papillonne produit l'accord des caractères, même des contraires; exemple: A et B sont deux personnages d*humeur incompatible, mais il arrive que sur 60 groupes que fréquente Â, il s'en trouve un tiers, âOoùses intiTots coïncident
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avec ceux de B, et où il tire parti des goûts de B quoique opposés aux siens. Il en est ainsi des goûts de B à ]*egard de A ; dès-lors sans s*aimer ils ont Tuo pour l'autre des ménagements, de la considération^ une protection intéressée.
Ainsi r intérêt qui désunit les amis dans l'état civilisé, réunit les ennemis mêmes dans Vétat sociétaire : il y concilie les caractères antipathiques , par coopération indirecte, née de Tengrenage ou papillonoage de fonctions qu'opèrent les courtes séances.
C'est par cette brièveté de séances qu'une série , ne fût-elle que de5o personnes, peut introduire ses sectaires dans cent autres séries, former avec elles des liens d'amitié et d'intérêt. On verra que cet engrenage est indispensable pour arriver aux deux buts principaux qui sont 1*> la répartition équitable du triple dividende affecté au capital, au travail et au talent, 2^ l'accord parfait en intérêt par voie de la cupidité qui est aujourd'hui la plus féconde source de discordes.
C'est donc par emploi de la passion la plus proscrite des philosophes , de la Papillonne, que nous allons résoudre tous les problèmes sur lesquels ils ont échoué. Combien ils vont se désespérer de n'avoir jamaik fait le calcul des courtes séances et des résultats qu'elles produiraient !
Il faut être comme les moralistes, ennemi de la nature et de l'évidence, pour nier ce besoin de va-
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riëtë, qu*on voit dominer même en affaires matérielles. Toute jouissance long-temps prolongée devient abusive, ëmousse les organes^ use le plaisir : un repas de 4 heures ne se terminera pas sans excès; un opéra de A heures finit par affadir le spectateur. L'âme est exigeante autant que le corps sur cette variété ; aussi les cœurs sont-ils très-sujets au variable chez la grande majorité des deiix sexes.
Chaque homme et chaque femme voudraient avoir un sérail si la dépense et la loi ne s*y opposaient. Les graves Hollandais, si moraux a Amsterdam, ont a Batavia leurs sérails assortis en femmes de trois couleurs, blanches, négresses et métisses. Voila le secret de la morale, elle n*est qu'hypocrisie adaptée aux circonstances, et jetant le masque dès qu'elle peut le faire impunément.
Les races ont besoin d'alternat et croisement en végétaux comme en animaux. A défaut de cette variété elles s'abâtardissent. Les estomacs ont de même besoin d'alternat : une variété habituelle de mets facilite les digestions ; mais Testomac rebutera bientôt le meilleur mets, s'il lui est présenté chaque jour.
L'âme se blasera sur l'exercice de toute vertu qui no sera pas relayée par quelqu'autre vertu. L'esprit exige aussi cet alternat : les caractères fortement dominés de la passion dite PApiLtonnB, ont besoin d'avoir à la fois â ou 3 intrigues, soit en
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ambition^ sott en amour, lire â ou 3 ouvrages cnroulativement.
La (erre même veut des altemats de semailles et prodaciions : la plante vent des alternats de réprodttctîoo par graines, plants, marcottes, etc., le sol Teut des échanges et transports de (erre ; toute la nature Teut donc la variëtë ; il n'existe au monde que les moralistes et les Chinois qui veuillent la mo* notonie, l'uniformité ; aussi les Chinois sont-ils les êtres les plus faux et les plus éloignés des voies de la nature.
Les moralistes mêmes approuvent indirectement ce besoin de variété, car ils nous promettent des diarmes toujours nouveaux dans Tobéissance a leurs saines doctrines de mépris des richesses, amour de Vennai , de la mauvaise cuisine , du brouet noir, etc.
Les trois passions, Cabaliste, Papillonne et Composite, étant les plus critiquées par la morale, qui est l'antipode de la nature, on doit présumer que ces passions jouent un grand rôle dans le mécanisme social voulu par la nature; elles y. tiennent le gouvernail, car ce sont elles qui dirigent les Séries passionnées : toute série est faussée en mécanisme, si elle ne favorise pas l'essor combiné de ces trois passions qui forment le genre neutre dans la gamme des 12.
Genre actif, les quatre passions de l'àme, les groupes.
ISO NOCVIAU HOftDft
Genre passif, les cinq passions des sens.
Genre neutre, les trois passions mécanisantes, elles sont neutres parce qu'elles ne sont que jeu de quelques-unes de neuf autres ; chacune des trois ne peut se dërelopper qu'autant qu'elle met en mouyement au moins deux des neuf autres.
C'est par cette raison qu'elles ont échappé aux regards des analystes, et que personne n'a daigné leur accorder un brevet d'existence : je n'ai pu les découvrir qu^à la suite de calculs sur le genre neutre méconnu^des modernes , quoiqu'admis ches les anciens. Sur ce point comme sur tout autre, le génie moderne s'éloigne de plus en plus des Toies de la nature, tout en vantant son vol sublime vers la perfectibilité.
Observons que les trois passions neutres conduisent au but, à l'harmonie et a l'équilibre des passions, par tous les moyens que dédaigne la morale ; on verra dans le cours de l'abrégé que cet équilibre si vainement rêvé, naît du jeu de la Papillonne qui prévient tous les excès en présentant toujours de nouveaux plaisirs avant qu'on n'ait eu le temps d'abuser du plaisir présent. Elle amène donc les passions à l'équilibre par affluencede plaisirs et non par modération raisonnée, car elle opère par emploi de deux fougues ,
La Gabalistb ou fougue réfléchie,
La C01PO8ITE ou fougue aveugle, qui toutes deux pousseraient aux excès même , en
IKbl'BTliBL. ISl
verta , sans rinteryentioD périodique de la Papiliwifi ou manie de Toltiger d*on plaisir à Tantre.
Ainsi les Séries industrielles seront dirigées par 3 moteurs les plus réprouvés de la morale , par 2 fougues contrastées que tempérera l*inconstance. Tel est le secret de léquilibre des passions ; Ton n'y arrivera que par des Toies opposées à nos visions de modération et de raison glaciale, que par emploi des passions les plus diffararoées , telles que la gour^ mandise et la cupidité : elles sont en régime sociétaire les plus utiles à l'harmonie générale : on en jugera dès la d« section où commence l'application des principes opposés dans les deux premières.
Nota, Ce chapitre étant le plus important de tous, pui$qu*îl contient la définition des trois ressorts qui doivent tout diriger , il m'a paru nécessaire de lui donner retendue que devrait avoir chaque chapitre d*nn sujet aussi neuf. Tout y sera sans couleur faute de détails explicatifs. Sic eoluere dii : ainsi Texige le monopole de génie qui repousse toute idée neuve , et restreint une science nouvelle a quelques pages, en vertu du principe :
« Nul n'aura de l 'espril que nous cl nos amisi
Avec leur bel esprit atteindront-ils au but ou cou'^ doit ma théorie ? Attacher à la pratique de la vertu ^/uadruple plaieir des «etis et de l'âme, au lieu de quadrille diâgrâce qu'on en recueille si on se confie aux dogmes de la morale.
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