‹ Le nouveau ParisChapitre 379 sur 441 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Paris vient de s'agrandir et de se renouveler, à ce point qu'il ne reste plus rien ou presque plus rien du Paris d'autrefois, — à part quelques vieux hôtels, quelques vieux palais et quelques vieilles églises, qui doivent se trouver bien dépaysés au mi- Nieu de cette ville neuve. Ce qui s'est fait en 987 sous Hugues-Capet, en 1190 sous Philippe-Auguste, en 1367 sous Charles V, en 1024 sous Louis XIII, en 1710 sous Louis XIV, en 1728 sous Louis XV, en 1786 sous Louis XVI, vient de se refaire : les faubourgs de Paris, c'est-à-dire les communes qui n'en étaient séparées que par le mur d'enceinte, viennent d'être réunis à Paris.

Si l'histoire des rues du vieux Paris était intéressante à raconter et intéressante à lire, parce que chacune d'elles rappelait un événement, une chose, un personnage, une vertu ou un crime, — il n'en est pas de même de l'histoire des rues des communes annexées. Chacune de celles-ci, en effet, se, contente de porter une étiquette, parce que l'étiquette est d'ordonnance, mais sans en chercher une qui ait une signification : la plupart ont des noms de maires, d'adjoints, de conseillers municipaux, de propriétaires, de' saints, de saintes, de garçons et de filles, d'herbes et d'oiseaux, — des noms de pure fantaisie enfin. A cette cause, nos lecteurs comprendront notre laconisme à l'endroit de ces rues annexées, dont un grand nombre, pour figurer dans notre Dictionnaire des rues de Paris, n'en sont pas moins des ruelles indignes de faire partie du Paris nouveau, — si splendide dans sa robe de moellons et de pierres de taille fraîchement extraits des carrières. Notre laconisme s'expliquera de lui-même : quand on n'a rien à dire, on se tait.

Nous prendrons occasion de cela pour constater que, malgré leur intérêt historique, les noms que portent encore beaucoup de rues parisiennes sont comme autant d'anachronismes, d'inscriptions au sens effacé. Par exemple la rue de V Arche-Pépin — ou Popin, pour mieux écrire — n'a plus de raison de s'appeler ainsi, aujourd'hui que l'arche a disparu; la rue Poissonnière non plus , puisque les voitures chargées de marée ne prennent plus ce chemin pour se rendre aux Halles Centrales; la rue Pont-aux-Choux non plus, puisqu'il n'y a plus de pont et qu'on n'y cultive plus de légumes; la rue du Canivet non plus, puisqu'on y trouverait difficilement un des marchands de canifs ou de ganivets qui s'y trouvaient alors plus abondamment qu'ailleurs, à ce qu'il paraît; la rue du Poirier non plus , puisqu'on y rencontrerait encore plus difficilement l'arbre fruitier qui s'y voyait en terre ou en enseigne vers l'année 1308; la rue Tiquetonne non plus, puisqu'il y a longtemps que la maison du boulanger Roger de Quiquetonne a fait place à d'autres maisons et à d'autres boulangers ; la rue Poliveau non plus, puisqu'il y a longtemps que le pont Livaut, jeté là sur la Bièvre, a été démoli , la Bièvre coulant ailleurs. Même remarque, même observation au sujet des rues du Pont-aux- Biches, Porte-Foin , de la Tombe- Isoire, du

Temple, du Port-Mahon, Taranne, Triperet, des Nonnainsd'Hyères, des Francs -Bourgeois , du Fouarre, Galande, de . la Bûcher ie, Coquillière, Princesse, Pernelle, Meslay, du Puitsqui-Parle, Basfroi, des Poules, — et de quelques centaines d'autres.

Et, à ce propos, nous rappellerons avec obstination le projet que nous avons une fois déjà soumis à l'attention de l'autorité compétente, dans un article publié par le journal le Siècle. Les mmis des rues ont été, à l'origine, très-arbitrairement donnés ; outre que beaucoup étaient obscènes, beaucoup aussi étaient ridicules : ils le sont devenus bien davantage en se corrompant. Pourquoi alors les conserver si précieusement, puisque ce ne sont pas des noms précieux? Pourquoi, — puisqu'il faut des étiquettes aux rues, afin de servir de fil d'Ariane aux étrangers qui s'aventurent dans le labyrinthe parisien, — pourquoi ne pas choisir des étiquettes qui aient une signification d'abord, ensuite une utilité immédiate? Pourquoi, par exemple, au lieu de ;

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