CHAPITRE LXXI
Gravure.
Si l'on eût dit à des ingénieurs, il faut prendre la Bastille ; ils auroient tracé des lignes , ils auroient attaqué dans toutes les règles , et la forteresse royale seroit encore debout. Les Parisiens s'avisèrent de croire que le moment étoit venu de s'emparer de la Bastille, et ils s'en emparèrent ; ils firent
( x?4 ) blanchir de peur tous les visages de la cour -y une lanterne devint le tombeau du despotisme, et une pique le signal de la liberté. On se tut à Saint-Denis où étoit le camp qui devoit nous égorger ; on se tut à Montmartre , où le canon devoit ronfler ; on se tut enfin partout 5 et le gentilhomme entiché de sa noblesse , qui ne désignoit Dieu que par ce titre : le gentilhomme de làhaut , prit la fuite en comptant bien revenir avec toute la noblesse de l'Europe.
On vit alors une gravure qu'on a distinguée dans la foule de celles qui tapissoient les murs : elle représentoit la boutique d'un perruquier où se trouvoient plusieurs personnes de différentes conditions ; on lisoit au bas : Je rase le clergé y je peigne la noblesse , j' accommode le tiers-état.
Un ci-devant seigneur disoit à un de ses ci -devant vassaux : Allons, mon pauvre Mathurin, nous sommes égaux,
( 175 ) nous pouvons manger à la même écuelle.... — Ah ! monsieur, répondit le paysan , nous ne fumerons pas à la même pipe !
Buvez du ratafia d* Orléans et du riquiqui , et souvenez-vous que le plus vieux est le meilleur : ce dicton étoit dans toutes les bouches.