FÊTE DU 10 THERMIDOR, AN IV
fêtes que pour les voir de loin, força la garde, et fit trois ou ' quatre trouées dans l'enceinte. Les courses au reste ne méritaient pas tout ce brillant appareil ; elles furent aussi
quatre trouées dans l'enceinte. Les courses au reste ne méritaient pas tout ce brillant appareil ; elles furent aussi mesquines que notre inexpérience dans ce genre peut
aisément le faire supposer. C'est le fils d'un maquignon qui a remporté le prix de celle à cheval.
Du Champ-de-Mars, je me rendis aux Champs-Elysées. C'était un autre spectacle : on eiit presque dit un autre peuple; si la danse, si les jeux, si les chants n'eussent également rappelé sa légère insouciance, et son aimable frivolité. Mais il n'y avait plus ici de ces femmes brillantes de grâces et de parure, il n'y avait plus ni chevaux anglais, ni élégants à parole numéraire : c'était Ja__simplicité bourgeoise, c'était le peuple, par excellence, assis surTherbe, nïangearîr"des cens es et~cfes échaudés, ou se promenant gaîment autour de la charmante enceinte de guirlandes, de lanternes et d'artifices, que Ruggiéry achevait de décorer. cyt
L'illumination ne fut complète que fort tard ; elle fut lente à se former ; mais les spectateurs occupés de leurs jeux, n'avaient l'air ni de s'ennuyer, ni de s'impatienter. L'obscurité de la nuit, la douceur de l'air, le mélange des groupes, la disposition des esprits, le bruit des danses, la magie des arbres, tout favorisait les doux entretiens, et semblait encourager les épanchements et la gaîté.
Il était près de onze heures quand on tira le feu d'artifice. k On connaît tous les talents de Ruggiéry pour ce genre de spectacle pyrique, dont les Parisiens surtout sont si curieux ; en n'eut à reprocher à celui-ci que d'avoir été trop bref, et peut-être aussi à l'auteur, de n'avoir pas élevé son foyer assez haut.
Le tableau de l'enceinte entière tout en feu par l'incendie des poteaux et des guirlandes qui la composaient, fut extrêmement brillant, et n'eût, comme, en général, toutes les choses brillantes, qu'un moment trop court d'existence ; et c'est dommage, car à voir les regards fixés sur cet objet, longtemps après qu'il fût disparu, on pouvait deviner tous les regrets qu'ils avaient laissés.
Quand chacun fut bien assuré qu'il n'y avait plus rien à voir, on songea à se retirer. Mais il arriva ici un très plaisant évémenent, que l'éclat du feu dont on venait d'être ébloui peut seul expliquer ; c'est que personne ne reconnut plus son chemin : les uns s'en allaient au Bois de Boulogne, pour gagner Paris ; les autres allaient du côté de la rivière, croyant marcher vers le Garde-meuble. On errait à l'aventure en se demandant réciproquement sa route. Tout le monde avait l'air égaré. On se frotta les yeux : on se reconnut ; et il n'en résulta pas d'autre inconvénient.
Nous ne finirons point cet article sans citer, entre beaucoup d'autres preuves dont nous avons été témoins, de l'harmonie et de la bonne amitié qui a régné constamment dans cette fête nocturne, et qui semblait de tout Paris ne faire qu'une seule famille, le trait suivant : il ne sera pas déplacé dans le journal des mœurs.
« Trois ou quatre mirliflors, du nombre de ceux que nous avions vus caracoler au champ de-Mars, et qui s'entendent à manier un cheval, à peu près comme ils savent respecter les femmes, traversaient une plate-bande jonchée de jeunes filles à côté de leurs mères et de leuis petits fiéres et, de quelques soldats qni n'étaient pas en faction: ils traversaient, dis-je, en se balançant niaisement sur leurs hanches, et en chantant les chansons les plus ordurières. Un soldat s'avance au-devant d'eux ; et d'un ton aussi calme qu'honnête, leur dit : Citoyens, ce n'est pas au milieu de femmes honnêtes, et dans un rassemblement de famille, mais au b qu'on chante de pareilles chansons.... tes étourdis n'en voulurent pas savoir davantage ; ils se sauvèrent en courant. »