CONDORCET SE DONNANT LA MORT DANS SA PRISON
Composition de Fragonard fils, gravée par Duplessis-Bertau,,
(On remarquera que le récit de Mercier dénient les détails
de cette composition.)
il ne voulut jamais déclarer d'autre nom que celui de Simon, ancien domestique.- On ne lui trouva d'ailleurs aucun papier, ni carte, ni passeport, mais un Horace, sur les pages blanches duquel il y avait quelques lignes d'écrites au crayon, et en latin ; ce qui fit dire fort spirituellement au membre du comité qui l'interrogeait : Tu nous dis que tu étais domestique ; mais je croirais bien plutôt que tu es un de ces ci-devant qui en avaient, des domestiques ! Ce résultat
Il8 LE NOUVEAU PARIS
de l'interrogatoire fut que le quidam serait conduit au
district du Bourg- égalité, pour par lui être ordonné ce qu'il
appartiendrait. Transféré à pied au milieu d'une escorte
armée, le malheureux ne put aller plus loin que Çhatillon,
où il tomba de défaillance et d'épuisement. On fut obligé
d'emprunter le cheval d'un vigneron de cette dernière
commune, et il fut conduit au district qui ordonna aussitôt
son incarcération. • \
J/iufX m)lJ 1 Plongé dans un cachot humide, sans lit, sans nourriture,
on l'y oublia pendant près de 48 heures. Le surlendemain
eulement de son entrée au cachot, le gardien fut pour le
visiter : il était étendu, sans vie, sur le plancher. Qu'est-il
besoin après cela de se perdre en conjectures sur la cause
â.2 sa mort ? La vérité est donc, que l'infortuné n'avait pas
eu le temps d'achever son repas dans le cabaret de Clamart,
^t£U^il^sJ.jriort de faimjiansjspn cachot^^urtout y étant
entré déjà exténué de besoins ; et c'est peut-être bien là
aussi la raison pour laquelle cet événement, qui devait
naturellement faire du bruit, est resté secret jusqu'à ce
moment, et qu'on a fait naître depuis l'idée du poison.
Dans le dernier entretien qus j'eus avec Condorcet, je lui remis un itinéraire pour le comté de Neufchâtel, au moyen duquel il pouvait éviter Besançon, Pontarlier et passer le Doubs. Condorcet avait prévu le règne de ces hommes de sang qui ont fait détester la plus belle des révolations, et qui lui ont imprimé leurs^caractères^d' ineptie et de férocité. Les mêmes devaient bientôt assassiner vingtd^ux représentants du peuple, pour les punir de leurs limières, de leurs vertus, de leur courage, et surtout de la connaissance qu'ils avaient des intrigues viles et criminelles que les agents de l'étranger ourdissaient avec audace. Il n'est pas étonnant que ces assassins calomnient leur mémoire ; mais tout ce qu'on a dit d'eux et de Condorcet, va bientôt faire place à l'éclat imposant et terrible de la vérité ; et l'on verra qu'il n'y avait ni haute trahison dans les uns, ni faiblesse dans le philosophe ; l'on verra que l'oppression inconcevable qui a pesé sur le peuple et sur la