EXPLOSION
préparé les projets les plus sanguinaires et les plus féroces. La détermination prise le onze juillet nous sauva, la cour n'avait pas su calculer que tous les argentiers et les créan- <u ciers du royaume n'avaient confiance qu'au ministre Necker, qui, mis en parallèle avec Calonne le déprédateur jouissait d'une grande estime. Les capitalistes tremblèrent pour leurs coffres, la rue Vivienne paya une partie du régi- ] yn^^^U. — ment des gardes-françaises(i). La peur qui était bien fondée se propagea, tout s'arma en un instant parce que chacun tremblait ; les troupes de la cour qui devaient tout exterminer, furent lentes à entrer. Le prince Lambesc (2) avait daigné avertir la veille les Parisiens, en donnant aux Tuileries un coup de sabre à un vieillard, qu'on allait leur distribuer des milliers de coups de sabre. Ce bon patriote mérite toute notre reconnaissance. Un boulet de canon coupa à propos la chaîne qui retenait en l'air lepont-levisde la Bastille. C'est ce boulet de canon qui renversa le monarque et la monarchie. Je ris de pitié quand je vois une multitude d'écrivains vouloir assigner les causes delà Révolution, en chercher les auteurs et ignorer qu'en politique jt c'est un jour qui en enfante un autre, que chaque jour est, ou peut être, une révolution nouvelle, ainsi que, dans " un tremblement de terre, chaque commotion a une direction particulière, horizontale, verticale, diagonale, souvent opposée. Un combat était engagé entre la cour et le peuple de Paris, mais de là à ce qui en est résulté, il y a eu une série d'événements qui tous font pour ainsi dire de chacun d'eux une révolution particulière. ^
Sans doute le parti étranger a joué un très grand rôle parmi nous. Le ministère britannique n'a pas voulu qu'on *\»> reprochât aux seuls Anglais d'avoir coupé la tête à leur roi. Après avoir fait signer à ce monarque inepte et fallacieux
(1) La Bourse se trouvait dans cette rue.
(2) Charles- Eugène de Lorraine, duc d'Elbeuf, prince de Lambesc, était parent de Marie-Antoinette, colonel-propriétaire du régiment royal- allemand et grand Ecuyer de France.
le traité de Pilnitz, le ministère britannique a voulu que la mort de Louis XVI fût le signal du déchirement et du démembrement de la France continentale et de ses colonies. Il en fut tout autrement. Ce fut l'échafaud dressé qui écarta à jamais le trône et qui rendit tous les Français comme solidaires de la sentence qui avait été prononcée ; audace, justice ou cruauté, la nation entière fut liée dès cet instant à une république. Ce fut la haine, Tanimosité du cabinet britannique ; ce fut l'accueil qu'il accorda à tous les rebelles et aux traîtres déchaînés contre leur patrie ; ce furent les guinées,qui, en alimentant sucessivement toutes les factions, leur donnèrent cette force et cette énergie qui finirent par aboutir à un seul point, la destruction de toutes les formes monarchiques, le renversement de ce qui avait été.
C'est en voulant détruire sans ressource le crédit et la dernière espérance des républicains, que Pitt a ébranlé la banque anglaise ; son or est chez nous. *\JJL^ oV^
Pitt a ouvert la bouche d'un Mallet du Pan (i) et d'un Rivarol (2), il en est sorti les imputations les plus absurdes, les calomnies les plus risiblement audacieuses, les raisonnements les plus faux et les plus contradictoires.
La Révoluion aurait pu s'arrêter le 18 juillet, après que M Louis XVI eut pris et baisé la cocarde nationale sur le balcon de l'hôtel de ville ; mais Pitt et ses complices avaient besoin de toutes les horreurs délirantes dont la France a été le théâtre. Il fit recommencer la Révolution ; il paya tous les hommes pervers qui tenaient le sabre ou la plume; il envoya de tous côtés ses émissaires, il commanda à Paris "la journée du 10 mars, du 31 mai, du 3 octobre 1793. Cette dernière surtout lui fut chère en ce qu'elle décidait la perte des plus zélés et des plus purs républicains, des Girondins ; en ce qu'elle menaçait la tête de 73 représentants
(2) Rivarol collabora avec Peltier à la publication de Y Acte des Apôtres, pamphlet politique du plus mauvais goût.
(1) Mallet du Pan ou Mallet-Dupan; Genevois, était directeur du Mercure historique et politique de Genève qui fut réuni au Mercure de France.
du peuple vraiment courageux, qui dénonçaient au département les erreurs de leurs collègues et les trames impies de l'étranger. Pitt se réjouissait de voir la Convention caresser ses complices, et punir ses ennemis. Il jeta des monceaux de bitume dans le foyer brûlant, fit encore les soulèvements successifs de Germinal et Prairial an 3, et n'ayant que des demi-succès, il tenta l'audacieuse et désespérée conspiration de Vendémiaire : mais le canon tua ce jour-là les royalistes ; peu lui importait pourvu que le sang français coulât.
Après avoir abusé les rois de l'Europe, et trompé les émigrés, il osa envoyer au corps législatif ces rebelles, ces hommes sans pudeur, ces royalistes déhontés qui obligèrent la main du gouvernement à trancher subitement dans le vif dans les deux conseils et jusques dans le sein même du Directoire.
Immortelle journée du 18 Fructidor ! c'est ta clémence qui a montré ton pouvoir, et tu devrais être le dernier jour de la Révolution.
Mais non ! la cour de Vienne perpétuellement trompée menace encore la République, et ajoute foi à la possibilité d'un horrible bouleversement. Il fallait bien compter sur l'aveuglement de l'Europe, sur son ignorance quant à ses véritables intérêts.
Tous ces efforts contre la France mettent à nu la faiblesse d'un gouvernement ennemi. Il se trouve isolé ; ce n'est plus qu'une puissance du 3e ordre ; sa position géographique a surpris une sorte d'admiration qui va cesser. Les infidèles ministres d'un peuple qu'on a rendu insolent, et qu'on a élevé dans l'arrogance, entendent de loin le bruit de cette tempête que l'indignation a soulevée contre eux. Voici le terme de leur chalartanisme, voici le moment où le pied du Français débarquant sur leurs côtes va ordonner l'abaissement de leur usurpation et rendre à toute société politique ses droits violés. En châtiant ces insulaires, le repos du monde est assuré, et la liberté visitera des peuples nés pour elle.
Notre ancien gouvernement était despotique, avilissant, nous l'avons renversé dans l'accès d'un généreux enthousiasme ; mais nous avons confondu ce qu'il fallait détruire avec ce qû^îleut fallu conserver, ce qui tenait au despotisme avec ce qui pouvait s'allier à toutes les formes de gouvernement : on a voulu faire de nous des hommes entièrement nouveaux et l'on n'en a presque fait que des sauvages. A force de créer et de détruire, de s'écarter des idées reçues, on n'a plus su sur quelles bases se fixer. Pour proscrire la superstition, on anéantit tout sentiment religieux ; ce n'était point là régénérer la terre : au milieu ' de ce désordre, de cette anarchie morale tâchons de serrer un fil qui puisse nous guider. Le but de ces terribles innovateurs était de substituer l'amour de la patrie à tout le reste. Sans doute l'amour de la patrie doit être la base des vertus républicaines, mais pour aimer sa patrie il faut y trouver le bonheur. Cet amour de la patrie, qui doit enflammer le républicain, ce n'est pas seulement cet instinct qui attache l'homme au sol qui l'a vu naître, qui lui rend cher l'arbre qui abritait la cabane où fut placé son berceau. Le républicain embrasse dans ses affections tous les hommes qui l'environnent : tous ses concitoyens lui sont chers ; il leur est lié par une espèce de consanguinité patriotique.
En conscience, nous ne pouvions, dans ce renouvellement de choses, embrasser et chérir la noblesse française; c'étaient en quelque sorte des castes orgueilleuses comme les bonzes, les gymnosophistes de l'Inde, plus occupées à différer du vulgaire qu'à lui être utiles. La noblesse dut voir que le monde est condamné à de perpétuelles convulsions. Les empires s'écroulent, les peuples disparaissent. Des barbares sortent des forêts, subjuguent les nations amollies parle luxe, les arts, et la jouissance : les erreurs des folies, des violences composent dans tous les siècles et dans tous les
pays l'histoire de l'espèce humaine. A entendre tous les cris douloureux jetés contre la Révolution, on eût dit que le Parisien n'avait jamais lu l'histoire, ou qu'il s'était cru un être privilégié à jamais exempt de ces calamités anciennes qui ne devaient plus figurer que sur des pages muettes ; c'est ainsi qu'on lit des livres de médecine en pleine santé, et que l'on s'étonne, qu'on s'afflige, qu'on gémit de la maladie qui vient nous frapper, comme si elle ne devait appartenir qu'aux autres. L'enfant qui bat la table contre laquelle il s'est blessé n'est qu'une faible image de la déraison parisienne accusant toute la nature, tous les hommes, tous les événements des maux politiques dont sa ville fut le centre. Le Parisien n'avait pu imaginer ce qui était arrivé ; il crut que c'était un fléau unique, uniquement créé, arrangé, préparé contre lui, et le langage de sa douleur donna dans de tels excès, qu'il en devint plaisant et comique, car c'était un mélange incroyable, et tout ce que l'esprit et la sottise pouvaient rassembler de plus neuf.
On se mit à dépouiller l'histoire ancienne et moderne ; et tout ce qui pouvait avoir trait aux événements du jour fut saisi comme prédiction, prophétie. Tous les livres qui portaient pour titre Révolution furent achetés, enlevés ; des éditions qui pourrissaient dans les magasins du libraire virent le jour, et l'on n'entendait plus que des voix qui demandaient à tous les bouquinistes : donnez-moi l'histoire d'unî révolution !
Ainsi l'on peut savoir quelle sera la destinée de tel livre, lorsqu' après avoir été oublié et dédaigné pendant plus de cent cinquante ans il vient à être lu, recherché, et à obtenir les honneurs de la reliure dans une bibliothèque. Aux ventes l'on entendait toutes ces paroles : à moi les révolutions romaines, celles d'Italie, de Suède : des libraires pour vendre des bouquins firent de faux- titres, et sur la simple étiquette on donnait son argent. Toutes ces lectures ne firent ni du noble, ni du roturier un être patient ; ils prétendirent qu'ils auraient dû être inaccessibles à ces coups du sort, et ils chargèrent d'imprécations tout ce qui n'avait pas
su prévoir, empêcher la chute de leurs privilèges. L'abbé / Maury, leur avocat, et qui, par son imprudente et excessive confiance en un vain ramage de paroles, leur avait fait plus de mal que de bien, fut enveloppé dans la disgrâce de leur réprobation ; ils ne s'intéressèrent ni à lui, ni à son frère lorsqu'il périt sur un échafaud. Tout ce que le genre déclamateur a de singulier, de curieux, tant en véhémence qu'en extravagance passa dans les conversations et dans les brochures, et produisit une cataracte bruyante de phrases inutiles. Le style de Mallet Dupan fit tapage avec celui de Durosoi (i) et de Barruel-Beauvert (2),et tout ce scn enflé, continu, monotone, tomba dans les abîmes de l'oubli et de la dérision. ^~^
C'est pour avoir mis presque tous les personnages de la Révolution sur la même ligne; c'est pour n'avoir point su j distinguer Condorcet de Marat, et Brissot de Robespierre, \ que le journalisme effronté a recueilli tout le mépris qu'il y méritait ; c'est en niant la vertu des représentants fidèles, qu'on a enhardi le Montagnard féroce et cet être au-dessous même du médiocre tant du côté des talents et des moyens que du côté des vertus patriotiques et des qualités personnelleSj cet homme sans couleur et sans physionomie, le nain appelé Robespierre qui aveuglait les gueux et les sansculottes. Les invectives grossières versées sur le parti de la Gironde, cet acharnement contre des hommes irréprochables, ces dominations absurdes, d'hommes du l marais changés en crapauds, ont fait les Collot d'Herbois, les Carrier, les Lebon et autres de cette espèce ; les ennemis delà Révolution crurent tout gagner en chargeant d'injures les Brissottins, les Girondins,"les Rolandins, ce sont eux qui ont dressé les échafauds, parce que la Convention nationale opprimée et avilie pendant deux années entières à la suite
(i) Guillotiné au 25 août ; il dit que le plus beau jour d'un . royaliste étoit de mourir le jour de la fête de saint Louis. {Note de Mercier).
(2) Après s'être offert pour otage de Louis XVI, cet écrivain se rallia plus tard à Napoléon.
d'une démarche plus imprudente encore qu'insolente, n'a pu ressaisir sa considération qu'après avoir été horriblement mutilée. Le Parisien a payé cher le mépris qu'il osa manifester contre des hommes intègres et vertueux : la nation entière fut trompée par lui, par tous ces pamphlets infâmes qu'il accueillait, et qu'il répandait. Le parti delà Montagne, qui était loin alors de subjuguer toute la France et de la \jtJL-y tromper, prit un ascendant parce que l'erreur la plus déplorable avait outragé tous les représentants qui avaient des lumières, de la raison et de la philosophie. Si le peuple avait eu le bon esprit de reconnaître les députés qui joignaient la fermeté à la prudence, et le courage à la sagesse, qui, pénétrés de leur devoir sacré, s'étaient réunis pour abattre la double faction, il n'aurait pas ouvert une voie large aux anarchistes, aux terroristes, aux buveurs de sang : il n'aurait pas été puni de sa longue et inconcevable méprise. Mais fallait-il marcher contre la Convention nationale ? Il était toujours tout prêt. Qui le croirait ? A la suite de tous ces écrits virulents, qui ôtaient à chaque représentant du peuple ou son mérite ou sa vertu, c'était alors la mode de courir sus aux députés, de les menacer. Je puis attester qu'on regardait comme un jeu l'assassinat d'un représentant, que la langue ou la plume les perçait-— incessamment, et que, dans aucun temps et chez aucun peuple, l'opinion ne fut plus erronée, plus malheureuse, plus destructive de ce lien qui devait unir la représentation nationale à la cité qu'elle habitait. Voilà l'origine de tout Ae sang versé ; à force d'injurier tout ce qui était probe, /honnête et courageux, nul n'eut plus de droit à l'estime j publique; le plus vertueux devint le plus faible, et les ! scélérats et les voleurs s'emparèrent de l'autorité. Tu le voulus, Parisien, tu le voulus ; relis ta nomination, et ^/ ^J juge- toi toi-même(i).
(i) Mercier entend ici la liste des députés nommés par les Parisiens.
Ils étaient dans les cabarets, et se répondaient d'un" quartier à l'autre ; tous ces sons mariés correspondaient à un centre : on attendait quelque événement quand ils redoublaient de force : on écoutait longtemps, on n'y comprenait rien ; mais il y avait dans tout ce tapage une langue de sédition. Tous ces complots qui se faisaient à haut bruit n'en étaient pas moins ténébreux.
On a remarqué que lors des incendies le signal était plus prompt, plus rapide, plus éclatant. Quand l'incendie se manifesta aux Célestins près l'arsenal, la veille ma .tête^r fut assourdie du bruit des cors. Une autre fois, ce fut par des claquements de fouets; à certains jours, c'est le bruit des boîtes : on tressaille dans ces vives et journalières alarmes.
Et c'est ainsi que nous vivons depuis huit années. Dans les spectacles, les uns entonnent l'hymne des Marseillais, les autres poussent des cris sinistres pour empêcher ■ la continuation du chant, et demandent avec menaces un à itre spectacle. Il y a aujourd'hui huit ans que nous somm33 en grande révolution ; il y a huit ans qu'à pareil jour, la chute de la Bastille ébranla dans ses fondements la plus ancienne monarchie de l'Europe. Que d'événements ! quelle histoire ! combien nous avons vieilli depuis huit ans ! Nous allons célébrer la commémoration du 14 juillet : nos neveux seront plus disposés encore que nous à fêter l'anniversaire d'une si mémorable époque. Ils en recueilleront les fruits, nous en avons eu la peine. Ils oublieront nos travaux, nos dangers, nos combats ; ils nous feront peut-être des reproches injustes, c'est qu'il leur sera impossible de se figurer de quelles tourmentes nous avons été battus ; mais qu'ils honorent, ou qu'ils n'honorent pas notre mémoire, il est pour moi un sentiment qui me console de tout : fêtais né sujet, je mourrai républicain.
Il a fallu pour cela voir les époques célèbres des 14 juillet, 4 août, 5 octobre, 21 juin, 10 août, 31 mai, 13 vendémiaire et 18 fructidor ; il a fallu descendre dans les
cachots, il a fallu être lié à la planche de la Guillotine, et voir incessamment la mort, soit dans les fureurs, soit dans les erreurs d'un grand peuple soulevé. Qu'importe ! mes jours fatigués ont été pleins. J'ai vu ce que n'ont point vu d'autres hommes. J'ai assisté à des commotions terribles et désastreuses, qui agrandissent et fortifient l'âme, qui la rendent supérieure aux événements, qui lui font braver le trépas. Je ne troquerais pas cette existence orageuse, mais instructive, pour une autre plus calme et plus tranquille. Après ce que j'ai vu, l'histoire des hommes est dans ma tête. ^-rjM h*. ^*i.
J'y ai encore les images et le fracas d'une ville assiégée ; en effet, presque chaque jour les tambours, le rappel, la générale, le cri des sectionnaires, le bruit des armes, la crainte des uns, la joie féroce des autres, les prédictions des plus affreuses catastrophes : il faut marcher entre les royalistes et les anarchistes; et quand ceux-ci se rallient, se donnent la main, on n'a plus que le gouvernemeirt-pûux arrêter l'effusion du~sâng.
Eh ! que d'assassinats ! Paris assassine Lepelletier- Saint-Fargeau ; Charlotte Corday poignarde Marat ; Robespierre, enviant à Collot-d'Herbois les honneurs de son assassinat, rêve et publie qu'un enfant de seize ans a voulu attenter à ses jours ; Tallien, sentant son pouvoir thermidorien s'échapper, se fait manquer d'un coup de pistolet dans* la rue de la Perle ; le jeune et innocent Féraud est massacré au pied de la tribune par des furies qui se sont perdues dans la foule ; Lepelletier est assassiné à Chartres ; et enfin Siéyès est assassiné par un prêtre nommé Poule, qui a failli lui donner la mort ; et un tribunal le condamne seulement aux fers. Quels jours ! s'il y en a eu de semblables dans l'histoire ancienne, je ne me les rappelle pas : et au milieu de tant d'horreurs, des bals, des concerts, des galas, de nouveaux costumes plus brillants les uns que les autres, des dépenses inutiles ; et l'on se plaint des voleurs, des boues et des lanternes.
Il y a des jours cependant où Paris est très calme, où
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nous n'avons pas plus l'air d'être en guerre qu'en révolution. Les étrangers qui lisent nos journaux, ne nous voient que couverts de sang, de lambeaux et de toutes les livrées de la misère. Quelle doit être leur surprise, en arrivant à Paris par la route de Chaillot, en traversant cette magnifique allée des Champs-Elysées, bordée des deux côtés d'élégants phaétons, peuplée de femmes charmantes ; et poursuivant sa route, attiré par cette perspective magique, ouverte à travers le jardin des Tuileries, en parcourant ce beau jardin plus riche, mieux tenu qu'il ne le fut jamais dans les temps les plus prospères de la monarchie ? (i) Que doit-il penser et des Français, et de leur journaux, et de l'histoire, et de notre misère ?
Là les femmes sont très brillantes, les voitures très nombreuses, et le Bois de Boulogne très suivi. On crie cependant toujours misère ; c'est que derrière ces riches tapisseries, sont cachés les rentiers, ies pensionnaires de l'état, les malheureux froissés par la révolution. Ils crient, ceux-là, et ils ont raison. Un Ju vénal ferait aussi retentir l'air de ses cris ; mais parviendrait-il à faire entendre sa voix, à faire cesser le hideux contraste de la plus insolente richesse étalée à côté de la plus affreuse misère ?
Tel est le résultat, et presque inévitable, d'une immense population. Le mot égalité n'en fait point la chose ; c'est le fruit du temps et des institutions civiles les plus difficiles à tracer. L'inégalité des fortunes, comment y remédier ? comment se fixer dans un juste milieu, tandis qu'il est si naturel aux gouvernés comme aux gouvernants de se précipiter dans les extrêmes ? Si vous avez de l'industrie, vous aurez nécessairement du luxe ; si vous avez du luxe, vous aurez des misérables ; si vous n'avez point d'industrie vous serez tous égaux en misère. L'égalité démocratique et l'égalité despotique sont situées aux deux points opposés
(i) Ce fut sous la Convention et par les soins de Robespierre que l'on construisit à l'entrée des massifs de marronniers ces deux hémicycles de marbre blanc où, loin des fêtes patriotiques, devaient s'asseoir les vieillards. {Note de l'édition Poulet- Malassis).
de Taxe politique ; elles sont également dangereuses. Où est le secret d'aller longtemps sans donner contre l'un ou l'autre de ces écueils ?
Mais j'entends les plaintes d'un honnête père de famille.
Admirez un peu, me dit-il, la belle égalité qui règne à .'. Paris entre les citoyens ! Après onze heures du soir, tous.^ les piétons qui passent devant les corps-de-garde, sont obligés d'y entrer, pour montrer leur carte de sûreté, ou leur passe-port : jnais les beaux messieurs en voiture ont seuls le privilège de passer et repasser, sans qu'on leur de- mande rien. Est-ce donc un brevet de civisme que d'être assez ricEe pour avoir un carrosse, ou même pour louer un fiacre ? ^^
On a mis ordre depuis à ces caprices de quelques commandants de poste J~/***fs^\