‹ Le nouveau ParisChapitre 49 sur 114 · ANNIVERSAIRE DU 21 JANVIER · texte numérisé non relu

ANNIVERSAIRE DU 21 JANVIER

dissimuleront longtemps, ils feront des traités : toujours est-il vrai qu'ils chercheront à venger leur cause dans celle du roi décapité. C'est parce que le temps ne peut effacer ce terrible exemple, qu'ils chercheront à frapper la nation qui a osé le donner à l'univers. La grande nation doit donc braver tous les rois ensemble, quand ils auront l'insolence de nous demander compte du sang d'un parjure ; elle doit célébrer l'anniversaire du 21 janvier, et menacer de réduire en poudre les trônes voisins, plutôt que de donner le plus léger témoignage de crainte ou de repentir.

J'ai fait ce qui était en moi pour sauver le dernier roi du supplice et de la mort ; il n'est plus ,-ses cendres sont insensibles : s'il le faut, je danserai politiquement sur ses cendres.

S'il a fallu beaucoup de courage à certains députés pour ne pas voter la mort, il en fallut encore davantage en faveur du sursis ; et c'est ce que j'ai fait encore. Je me souviens que l'on répondait à notre voix par des menaces et des hurlements. Oui, il est impossible de peindre l'agitation délirante de cette séance aussi longue que convulsive. Les membres qui osaient témoigner le désir de retarder la mort du roi, étaient accablés d'invectives. Les députés de la Gironde déployèrent la plus grande fermeté dans cette pénible lutte. Thuriot et Barrère parlèrent, comme s'ils eussent tremblé que Louis n'échappât aux bourreaux.

Ainsi un trône de huit cents années fut ensanglanté et renversé. Mais ce qu'il y a eu de plus étonnant ce fut certes sa durée.

C'est à l'histoire à dire pourquoi la majeure partie des têtes couronnées, lors du procès du roi, n'a pas opposé un obstacle à sa mort, et surtout à dire combien il est présumable qu'une d'elles pourrait y avoir participé par des voies indirectes : et ces cours hypocrites, elles affectent de couvrir des couleurs les plus odieuses une fête que la sûreté et la dignité d'un grand peuple commandent aujourd'hui impérativement.

BONAPARTE A LA SÉANCE PUBLIQUE DE L'INSTITUT NATIONAL, LE 15 NIVOSE AN VI (1)

OH ! qu'elle était intéressante, cette'assembléed'hommes connus et distingués, de, savants en différents genres, au milieu desquels siégea Bonaparte ! Elle resplendissait ce jour-là de toute la gloire du héros : en vain essaya- t-il de tromper les regards des spectateurs, sous l'habit du plus simple particulier ! c'était lui seul qu'ils cherchaient, et c'était la joie de le posséder que l'on trouvait dans les yeux même des hommes illustres qui étaient en sa présence.

Quel calme régnait dans les traits du conquérant de l'Italie! on craignait, pour ainsi dire, d'interrompre sa méditation et le repos de son âme. Ce n'étaient plus les sons éclatants de la trompette qui annonce le signal du combat ; une muse en pleurs, jetant des fleurs sur la tombe du pacificateur de la Vendée, moissonné au printemps de la vie, parlait à l'Achille français de son digne et valeureux ami (2) : voilà le sort des guerriers, la mort et la gloire ! et comme ils offrent à la patrie les sacrifices les plus étendus, leur renommée est la plus grande et la plus belle !

De beaux vers, bien récités, firent à peu près dans les âmes la même impression que le bruit du canon, dans les batailles, opère sur les guerriers : tous les esprits s'enflammèrent, et tout le monde se leva à celui-ci.

L'Angleterre pâlit au seul nom V Italique I

On applaudit encore à cet autre vers où, en parlant de nos jeunes héros, vieux dans l'art des combats, le poète s'est écrié dans un accent prophétique :

Ils franchirent les monts, ils franchiront les mers /

(1) Bonaparte remplaça Carnot à l'Institut à la suite du coup d'Etat du 18 fructidor. (4 septembre 1797).

(2) Hcche.

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