‹ Le nouveau ParisChapitre 7 sur 114 · TRAITE COMME UN CHIEN · texte numérisé non relu

TRAITE COMME UN CHIEN

Expression qui circulait dans la société aux premières années de la révolution, et dont voici l'origine.

Sous l'ancien régime, les pensions sur le trésor qu'on appe- ^M lait royal, montaient à plus de cent millions. Observez J^que celles accordées aux anciens sujets de l'Académie s£ i royale de musique s'élevaient à plus de deux cent soixantedix-huit mille livres ; observez qu'on en donnait une de six mille livres au coiffeur de Mademoiselle d'Artois, qui, morte avant trois ans, n'avait point de cheveux ; mais observez aussi, que le gouvernement devenait économe *f dans certaines circonstances. Par exemple, le brave Aude, qui avait fait prisonnier le général Ligonier à la bataille de Laufeld, et qui avait contribué à la victoire ; hé bien ! le trésor royal lui accorde une pension de deux cents livres. Par économie cependant, on a eu soin, au moyen des retenus de la réduire à cent quatre-vingt-huit livres trois sols, qu'on a enfin totalement oublié de lui payer. Voici un trait, soit dit en passant, qui prouve que, sous l'ancien régime, nos braves soldats étaient traités avec beaucoup moins d'humanité que les chiens de sa majesté, Prenez le compte rendu en 1788, par le calotin de Brienne (1), et vous y lirez : « Pour la nourriture des chiens de sa majesté, à raison de huits sols, six deniers par jour, pour chaque chien : quarante mille livres. Pour la remonte desdits chiens, par an : dix

( 1 ) Cardinal de Loménie.

mille livres. » Or la paye du soldat remontait, tout au plus, à six sols par jour ; donc les chiens de sa majesté étaient mieux traités que les 'soldats jqui versaient leur sang pour défendre, ce qu'elle appelait ses droits. Il n'y a pas un militaire qui n'ait pu dire qu'il voudrait bien être traité comme un chien.

RENVOI DE M. NEGKER

E livre des grands événements par les^petites causes n'est pas encore seulement commencé, et* c'est parce que je l'ai longtemps médité que je ne vais pas chercher bien loin ce qui a engendré un fait quelconque, lorsque le jour d'hier est quelquefois son véritable générateur.

Les ordres privilégiés qui avaient bien voulu par condescendance n'employer que la mauvaise foi, la ruse, et quelques petites menées pour répandre dans les provinces la division, la disette, et même la famine, et opérer la dissolution de l'Assemblée nationale, voyant qu'elle se familiarisait jusqu'à vouloir établir les droits de l'homme, résolurent d'associer le plaisir de la vengeance avec l'orgueil de l'empire, d'en imposer tout à la fois à la capitale et de braver l'armée entière. Ils traitèrent de bourgeois six cents pauvres députés presque écrasés* sous le poids de la calamité nationale, et tout étonnés que le tiers état ne fût point disposé à endurer les humiliations qu'on lui avait fait tant de fois essuyer dans les assemblées des règnes antérieurs, ils décrétèrent dans leur comité secret que le ministre des finances serait chassé avec éclat ; qu'on se rendrait maître de Paris et de cette bourgeoisie assemblée ; que, s'il s'y trouvait des mutins, ils seraient dispersés, n'importe comment ; enfin que les mots d'états généraux, d'Assemblée nationale seraient désormais effacés de tous les dictionnaires français. 25 à 30.000 hommes à cheval et à pied eurent ordre de se rendre aux environs de Paris et de Versailles ; mais était- on bien sûr des mili-

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