SCÈNE X
Les Précédées, FUTET. , futet.
Eh bien ! qu’est-ce ? Déjeune-t-on aujourd’hui? r v
jules , bas à Futet ,
C’est notre homme.
futet.
Oh ! alors.... nous allons nous amuser.
Laissez-moi faire. {A part, en faisant un geste de surprise.) O ciel! en croirai-je mes yeux? quelle heureuse rencontre ! N est-ce point là M. de Roufignac ?
ERNEST
Comment , monsieur ?
FUTET.
Se peut-il que vous ne reconnaissiez pas le meilleur ami de toute la famille de Roufignac ?
ERNEST
Mais, monsieur.... pas beaucoup.
THÉODORE
Il y a cent choses comme cela qui passent de la tête.
FUTET.
Je vous ai vu pas plus haut que cela.... et je ne sais combien de fois nous avons joué ensemble. Comment appelez-vous ce café de Limoges qui est si fréquenté?
ERNEST
Aux Innocens.
FUTET.
Aux Innocens.,.. c’est cela.... Nous y jouions tous les jours au billard.... Nous étions là une vingtaine de lurons ...
ernest, cherchant à se rappeler.
Attendez donc.... ab ! oui.... oui....
FUTET.
Vous me connaissez, n’est-ce pas ?... Embrassons-nous, je vous prie. {Ils s’embrassent.)
/,0 L.E NOUVEAU POUftCEAÜGNAC,
(Bas.) Hein!... est-il d’une bonne pâte!... (A Ernest .) Et cet endroit où l’on dansait.... comment l’appelez-vous donc?
ERNEST
Ah ! la Redoute.... Hein! le beau bal....
FÜTET.
Je n’en manquais pas un..,, c’était une foule.... Et vous souvient-il de la querelle que vous eûtes....
ERNEST
Ah! dame ... on en avait souvent.... ne fut-ce que pour retenir ses places.,..
FUTET.
Oui.... mais je vous parle de cette affaire où vous vous montrâtes si bien.... et où vous reçûtes un soufflet.
ERNEST
Comment ! un soufflet?... Qui vous a donc dit....
FUTBT.
Enfin, vous reçûtes un soufflet.... conve-
COMÉDIE-VAUDEVILLE. 4ï
nez-en.... Vous voyez que je suis bien instruit.... (Bas.) Est-il béte !
C’est vrai....
THÉODORE
Comment, monsieur.... vous avez reçu un soufflet !
ernest:
Sans doute.... Eh bien ! ça peut arriver aux personnes les mieux constituées.... (A Futet.) Mais d’où savez-vous ?...
FUTET.
Parbleu ! je dois bien le savoir.... c’est moi.
ERNEST
C’est vous.... Non, c’est moi....
FUTET.
C’est moi qui vous l’ai donné....
TOUS
Ab ! ali ! ah ! ah ! ah !
ERNEST
Comment? c’était vous?.... Est-ce heureux*
de se retrouver ainsi ! Eh bien ! imaginezvous que je n’en savais rien.... parole d’honneur.
Je crois bien....
ERNEST
C’était dans la foule que je l’avais reçu.... et je vous remercie de m’avoir instruit.
FUTET.
Il n’y a pas de quoi....
ERNEST, mettant son chapeau , et d’un air patelin.
Si , parce que je suis obligé de vous en demander satisfaction.... et comme ces messieurs ont justement là leurs épees....
FUTET.
Comment ! comment ! •
ernest, à Théodore.
D’autant plus qu’à Limoges nous sommes extrêmement mauvaises têtes.
JURES
Ab ! ab ! nous allons rire.
Oui , nous allons bien nous amuser. .. . C’est singulier comme je m’amuse !
THÉODORE
Ah çà , vous êtes donc un brave , monsieur de Roubgnac ?
ERNEST
Ah mon Dieu non.... Mais comme j’ai dix ans de salle , et que je suis le premier tireur de Limoges.... je suis toujours sûr de tuer mon homme sans qu’il m’arrive rien....
FUTET.
Ah mon Dieu !
ERNEST
Air : Ma commère , quand je danse.
J’appris , dès mon plus jeune âge ,
A manier le fleuret ;
J’ai le jeu prudent et sage.
Et suis ferme du jarret.
C’est que mon maître en détachait ;
Il m’a donné dn courage A trois livres le cachet.
44 LE NOUVEAU FOÜJRCEAUGNAC,
Croyez-vous, sans cela , que j’irais m’exposer à recevoir quelque mauvais coup qui me ferait mal ?....pas si bête....
futet, cherchant à se sauver.
Un moment , je suis bien son serviteur.
les jeunes GENS , le retenant.
Restez donc....
ernest, aux officiers.
Ah ! messieurs , examinez ce coup-là. Je parie, en entrant en tierce, lui percer l’oreille gauche , et me retrouver en quarte.
THÉODORE
Je parie pour.
FUTET.
Je ne parie pas.
JULES
Je parie contre. {Bas à Futet.) Allez....
.niiez toujours, la plaisanterie est divine.... C’est délicieux....
FUTET.
N’est-ce pas, n’est-ce pas?.... Diable,
comme il y va!... je voudrais bien vous y voir, vous autres.... C’est qu’un butor comme cela est capable de faire quelque sottise.
ERNEST, à Futet.
Allons, en garde.... Voulez-vous baisser un peu le collet de votre habit, s’il vous plaît , monsieur ?
FUTET.
Pourquoi donc , monsieur?
ERNEST
C’est pour l’oreille....
FUTET.
Comment, pour l’oreille?... Non, monsieur, je ne le baisserai pas.... ( Ernest va à lui , et baisse le collet de son habit.) Eh! mais, dites donc, monsieur, voulez-vous me laisser?... Eh! mais c’est qu’à la fin.... voyezvous.... Eh! mais....
ERNEST
Vous ne voulez pas le baisser?... Hé bien, Je vais percer le collet et l’oreille....
46 LE NOUVEAU FOURCEAUGNAC ,
FUTET.
Monsieur.... monsieur, réservez votre valeur pour une meilleure occasion.
Comment! une meilleure occasion! Où voulez-vous que je trouve jamais des oreilles comme les vôtres ?
FUTET.
Écoutez : le soufflet était de mon invention. ... Je vous l’avais donné.... je vous l’ôte.... votre honneur est intact.... ainsi rengainez. Mais c’est qu’il le croyait bonnement.... Ah, ah ! est-il bête !...
ERNEST
Comment! c’était donc pour rire?...
FUTET.
Eh ! sans doute....
ERNBST.
Pour vous moquer de moi.
PUTET.
Oui.... oui....
COMÉDIE-VAUDEVILLE. 47 eritest, remettant son chapeau.
Alors je suis obligé de vous en demander satisfaction.... Allons, l’épée à la main.... futet, aux officiers.
Ah çà , quel enragé ! mais est-il bête !
est-il bête! je vous le demande. {J Ernest .) Je vous déclare, monsieur, que dans un jour consacré au plaisir, je me fais un devoir de ne point me battre.... et je ne me battrai pas un mardi gras.... Demain, si le cœur vous en dit.... ( Bas à Théodore .) C’est décidé.... Il faut le renvoyer aujourd’hui, et je m’en charge....
THÉODORE
Comment ! vous voulez ?...
FUTET.
C’est une affaire qui devient la mienne. ...
Justement, voici ma femme!...
ERNEST
Sa femme !...
FUTET.
Soyez à vos rêles.... Ça va commencer.
h 8 LE NOUVEAU POURCEAUGNAC ,