FUT ET
Qui donc?
1 TIENNETTE
Hé bien ! les pâtissiers , les traiteurs , les glaciers, les limonadiers! que sais-je ? Tout ce que ce monsieur qui est si farce a commandé pour le repas que ces messieurs doivent lui payer ce soir.
TOUS
Comment , le repas !
tiennette, à Ernest.
Jacques a remis à M. le colonel la lettre que vous m’aviez donnée pour lui.
LE COLONEL, à part.
Ma lettre.... serait-ce celle?...
TIENNETTE
Ah mon Dieu ! le voilà !
LE COLONEL
Ah çà ! m’expliquera-t-on ce que signifie tout ceci?... Qui diable êtes-vous, monsieur l’enragé, qui faites venir des pâtissiers, des traiteurs ; qui m’annoncez des revues d’un général qui heureusement n’arrive pas , et
78 LE NOUVEAU POUHCEAUGNAC ,
qui enfin rendez muet et tranquille un régiment de démons que j’ai l’honneur de commander?
ERNEST
Mon colonel , je suis un de ces pauvres provinciaux sur le compte desquels on cherche toujours à se divertir. Dans ce momentci , ces messieurs s’amusaient à mes dépens.
LE COLONEL
Hé bien! je ne m’en serais pas douté.
ERNEST
Demandez plutôt à mademoiselle ( voyant Nina qui arrive ) , qui , mieux que personne , vous dira qui je suis.
NINA
Qui, moi ? je craindrais trop de me tromper C’est Tiennette qui seule .vous
connaît.
TIENNETTE
Point du tout.... C’est un jeune homme de Paris.... C’est un ami de ces messieurs....
FUTBT.
À d’autres.... C’est le diable....
,, ekjvest.
Pas tout-à-fait, et puisqu’il faut vous le dire....
Air : Il me faudra quitter P empire.
Mon père et vous, d’un heureux mariage Aviez conçu l’espoir flatteur;
Mais j’aurai fait un long voyage
( Montrant Théodore et Nina. )
Pour assister à leur bonheur.
Oui, j’aime mieux, en homme sage,
De ces messieurs, pour éviter les traits.
Les divertir avant mon mariage.
Que de les amuser après.
le colonel , aux officiers.
Messieurs, une pareille plaisanterie....
ERNEST
Est bien permise , colonel : je suis militaire comme ces messieurs. A ce titre, s’ils veulent bien me pardonner de ne pas m’être
8o LE NOUVEAU POUJRCEAUGNAC,
laissé attraper, la belle Nina, d’avoir voulu un instant troubler son bonheur...» M. Futet, d’avoir un peu alarmé sa jalousie; vous, colonel, d’avoir interrompu un déjeuner de corps que le dîner de ces messieurs va suppléer, nous n’aurons rien à nous reprocher.
FÜTET.
Comment, la carriole de Melun?...
ERNEST
Je ue vais jamais en carriole.
DROLICHON.
Et le petit chien , pas plus haut que cela ?
ERNEST
Il court encore.
Eh quoi ! ma femme....
M rae FÜTET.
Pouvais-tu douter de moi ? ( A part, regardant Ernest. ) J’étais bien sûre que ce n’était pas lui.
COMEDIE-VAU DEVILLE. 8l ERNEST.
Ah ! nous avons aussi à Limoges quelques plaisanteries originales pour les jours gras , et si ces messieurs veulent bien m’accorder leur amitié....
TOUS
Monsieur....
KBNEST.
S’ils me jugent digne de m’associer à eux , nous chercherons ensemble quelques bons tours pour passer gaîment le carnaval.