LE COLONEL DE VERSEUIL, NINA
le colonel , achevant de donner des ordres.
Qu’on tienne tous les chevaux sellés, et qu’au premier signal le régiment soit prêt à se rendre sur la place d’armes.... Nous attendons le général d’un moment à l’autre....
et j’ai prévenu MM. les officiers de ne point quitter la caserne.... Une revue! quel bonheur !
Air : Ça fait toujours plaisir.
Que je trouve de charmes A voir tous mes guerriers Rangés et sous les armes ,
Lancer leurs fiers coursiers !
COMEDIE- VAU DEVIDEE.
Ainsi sous la mitraille Je les voyais courir...
C'est presque une bataille ;
Ça fait toujours plaisir.
Toi, ma fille.... si M. de Roufignac arrivait.... tu lui dirais qu’un déjeuner de cérémonie m’a forcé de m’absenter pour quelques heures.... mais que tu t’es chargée de le recevoir....
NINA
Mon père.... je n’oserai jamais....
le colonel.
Comment.... tu n’oseras jamais.... le fils d’un ancien ami! un jeune homme qui, j’en suis sûr, doit être fort bien....
NINA
Mais je ne le connais pas.
LE COLONEL
Qu’est-ce que ça fait? vous ferez connaissance. Ecoute -moi : j’ai là-dessus un système.
Air : Ces postillons sont d'une maladresse.
Oui , sans amour je veux qu’on se marie ,
Ainsi jadis ta mère m’épousa.
Quand l’amour vient à la cérémonie ,
Le lendemain , bien souvent , il s’en va.
Mais quand ce dieu ne parut pas d’avance,
On n’a pas peur qu’il vienne à s’esquiver ; Même , au contraire , on garde l’espérance De le voir arriver.
Aussi arriva-t-il; et tu l’éprouveras ainsi.
NINA
Je suis bien sûre que non.
LE COLONEL
Allons , tu as des préventions contre lui.... Non, parle franchement.... il est impossible qu’il ait du mérite parce qu’il est de Limoges.... voilà comme vous êtes, vous, gens de Paris.
Air : Le briquet frappe la pierre.
Ton erreur est excusable;
À Paris tous les amans
Sont plus vifs et plus galaus;
Leur ton est plus agréable.
Mais , je le dis entre nous ,
En province, les époux Sont plus empressés , plus doux.
Oui, j’obéirai, mon père.
Pourtant , malgré vos avis ,
Si j’en crois maints beaux esprits ,
Chacun prétend , au contraire ,
Que c’est toujours à Paris Qu’on trouve les bons maris....
LE COLONEL
Chimères que tout cela !... Tu sais d’ailleurs que ma parole est engagée, et quand j’ai une fois promis.... Allons, rentre.
NINA
Non , mon père, je veux vous reconduire et vous voir monter à cheval.
3o LE NOUVEAU FOÜRCEAUGNAC ,
LE COLONEL
Air : Ah! <juel plaisir !
Mais du repas
J’entends l’heure qui m’appelle ;
Et de ce pas
Je Tais me rendre au repas.
Près de sa belle Le futur
Peut attendre , le fait est sûr.
Avec moi , mon père , je sens Qu’il pourrait attendre long-temps.
LE COLONEL
Mais du repas , etc.
( Ils sortent ; Jules , Léon et Théodore entrent de Vautre coté avec précaution .)