Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne
Après avoir étudié l'origine, l'authenticité et le contenu des livres du Nouveau Testament, nous avons à raconter leur histoire dans l'Eglise chrétienne. Nous devons donc tout d'abord les suivre depuis leur origine jusqu'au jour où ils ont été tous définitivement acceptés comme inspirés, montrer, par conséquent, comment ils sont devenus Écriture sainte, et poursuivre ensuite leur histoire jusqu'à nos jours.
Nous aurons à chercher les traces que ces livres ont laissées dans les écrits chrétiens, afin d'abord d'en constater l'existence; par conséquent, à relever les citations qui en ont été faites. Nous devrons montrer ensuite de
NOTIONS PRÉLIMINAIRES
quelle façon on traitait les livres du Nouveau Testament, l'usage qu'on en faisait, et préciser l'autorité qu'on leur attribuait. Nous verrons aussi comment peu à peu les livres, reconnus comme étant d'origine apostolique, furent établis, par la lecture publique dans les communautés chrétiennes, au même rang que les écrits de l'Ancien Testament et tenus pour inspirés comme eux. Le point d'aboutissement sera la rédaction définitive du canon du Nouveau Testament. Nous nous attacherons aussi à rappeler ce qui a été dit de l'origine de chacun des livres, question connexe à celle d'inspiration. Et nous devons l'étudier d'autant plus de près que l'opinion que l'on a eue sur l'auteur d'un livre a déterminé d'ordinaire l'idée que l'on s'est faite de son inspiration, au moins dans les premiers temps.
Nous ne dissimulerons pas que cette histoire des livres du Nouveau Testament dans l'Église chrétienne est, à ses débuts, très embrouillée, parce que les documents sont rares et les faits peu en accord les uns avec les autres, vu les différences de temps et surtout de lieux. On marche un peu dans les ténèbres, et ce n'est que vers le milieu du ii^ siècle que la lumière se fait progressivement.
g 2. — Travaux sur Thistoire du canon du Nouveau Testament.
C'est dans Origène que nous trouvons un premier essai de classification des livres du Nouveau Testament au point de vue de leur canonicité. Son critérium est la tradition : wç Iv TrapaSoaei (jLaôcov, dit-il en parlant des quatre évangiles. Il distingue trois sortes de livres : les ô(jt.oXoYouut.eva qui sont acceptés de toute l'Eglise, les àfjLcpiSaXXojjLsva qui sont douteux, les^eu^yj, faux, qui sont rejetés. Nous parlerons plus tard d'une autre classification qu'il fait des livres du Nouveau Testament.
Dans son Histoire ecclésiastique, Eusèbe de Césarée a esquissé pour la première fois l'histoire du canon du Nouveau Testament. Dans tout le cours de son œuvre il mentionne, ainsi qu'il le dit luimême^ : (( Ceux des écrivains ecclésiastiques qui se sont servis en leur temps des écrits contestés, de quels écrits ils se sont servis, ce qui est dit par eux, soit des écrits testamentaires et reconnus, soit de ceux qui ne le sont pas ». Plus loin (V, 8, 1), il rappelle qu'il a promis de rapporter les paroles des anciens presbytres et des écrivains ecclésiastiques, concernant les traditions qui sont venues jusqu'à nous sur les livres testamentaires. Au livre III, 25, il dresse la liste des écrits du Nouveau Testament qui sont reçus par tous, de ceux qui sont contestés etdes apocryphes. Eusèbe est donc pour nous la source principale pour l'histoire des livres du Nouveau Testament, dans les quatre premiers siècles du christianisme, car assez souvent nous n'avons plus les écrits dont il parle. Après lui, comme a fait saint Jérôme, on a répété ce qu'il avait dit.
Si nous exceptons les travaux de Basnage^, Richard Simon ^, MilH etLardner ^, il faut arriver à la fin du xviii^ siècle pour trouver une étude systématique de l'histoire du canon du Nouveau Testament. Semler^ (1791) soutint que le canon du Nouveau Testament se forma peu à peu et ne fut reconnu que vers la fin du H® siècle. Après lui, nous avons les travaux de Ch.