‹ Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne (volume 2)Chapitre 206 sur 259 · Ib. p · texte numérisé non relu

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'i. Majullon, Mus. ilal. I, 390.

différence que les Actes des apôtres sont placés entre les épîtres catholiques et l'Apocalypse. C'est le canon qu'avait adopté le concile de Florence. On remarquera que l'épître aux Laodicéens n'y est pas mentionnée.

A l'époque de la Renaissance, Cajetan et Erasme rappelèrent les doutes qui s'étaient élevés autrefois au sujet de l'authenticité et de la canonicité de quelques livres du Nouveau Testament.

Cajetan, — Jacob Thomas de Vio (1469-1534), appelé Cajetanus, du nom de la ville où il naquit, Gaëte, a écrit des commentaires sur les saintes Ecritures. Dans les préfaces à quelques livres du Nouveau Testament il porte un jugement sur leur origine \ Dans son préambule à l'épître aux Hébreux, il s'exprime ainsi : « De authore vero hujus epistolae certum est communem usum ecclesiae et doctorum nominare Paulum. Hieronymus tamen in epistola ad Paulinum non audet affîrmare illam esse Pauli. » Et il cite les jugements de saint Jérôme sur cette épître et il conclut : « Quae omnia ideo attulerim, et ex his et aliis Hieronymi verbis alibi prudens lector advertat Hieronymum non fuisse omnino certum de authore hujus epistolae. Et quoniam Hieronymum sortiti sumus regulam ne erremusindiscretionelibrorum... canonicorum, ideo dubio apud Hieronymum authore hujus epistolae existente, dubia quoque redditur epistola : quoniam nisi sit Pauli, non perspicuum est canonicam esse. Quo fit ut ex sola hujus epistolae authoritate non possit si quod dubium in fide accideret déterminari. Ecce quantum parit malum liber sine authoris titulo. » Le cardinal cite alors deux passages qui lui paraissent ne pas être

i. Epistolae Pauli et aliorum apostolorum ad Graecam veritatem castigataeperR, DD. Thomam de Vio Caietainum, Cardinalem sancti Xisti, juxta sensum lileralem enarratae, Paris, 1532, Prooem, in Epist, ad HebraeoSy clxxxviii.

de saint Paul et, du texte même de Tépître il conclut qu'elle n'est pas de l'apôtre. Et cependant il ajoute : « Nos tamen loquentes ut plures Paulum authorem nominabimus, Nam et sic quoque Hieronymus fecit, utendo scriptis inliac epistola. «Malgré cette affirmation il avait donné à son commentaire le titre suivant : Commentoriarum Thomae de Vio in omnes germanas epistolas Pauliet eam guae ad Hebraeos inscribitur Finis.

Il avait inscrit en tête de l'épître de saint Jacques un titre analogue : In eam quae di^o Jacobo inscribitur^ commentarii . Il ne croyait pas cependant qu'elle fût de l'apôtre Jacques : « Non est usqueque certum an epistola haec sit Jacobi fratris domini. » Et il cite le témoignage de saint Jérôme à ce sujet. Puis, il fait diverses remarques sur la salutation et le titre de l'épître et conclut : « Ex quibus simul junctis minus certus redditur author. »

Cajetan défend l'authenticité de la seconde épître de saint Pierre, bien qu'elle ait eu des contradicteurs : « Haec secunda epistola non caret contradictoribus : dicente Hieronymo de Petro : Scripsit duas epistolas quae canonicae nominantur : quarum secunda a pierisque ejus esse negatur propter styli cum priore dissonantiam. Verum haec ratio non minus infert primam quam secundam non esse Pétri. Nam tantum dissonat prima a secunda quantum secunda a prima. Quo fit ut ex dissonantia styli neutra reddatur Pétri certa, si argumentum valet. Infirmum itaque argumentum assumitur : quum unum atque eundem hominem diverso stylo quandoque scribere experientia testetur. »

On remarquera que cette réfutation des objections contre l'authenticité delà secondeépître de saint Pierre, rapportées par saint Jérôme, est peu convaincante. Dire que ni Func ni l'autre de ces épîtres ne sera de

Pierre, si l'on nie l'authenticité de l'une, c'est méconnaître la preuve sur laquelle s'appuie celle-ci, à savoir le témoignage des anciens écrivains.

Le cardinal Cajetan émet aussi des doutes sur l'autorité dont jouissent la seconde et la troisième épîtres de saint Jean, ainsi que l'épître de saint Jude. Parlant de la seconde épître de saint Jean il dit : « Circa authorem tam hujus quam sequentis epistolae, scito quod Hieronymus, De Viris ^7/w5^. partim in lohanne partim in Papia, manifestât authoritate ipsius Papiae alium esse loannem evangelistam et alium loannem seniorem qui scripsit has duas epistolas. Et propterea ambae minoris authoritatis sunt. Et primae quidem doctrina extracta est ex epistola beati loannis apostoli. » Il semble donc que Cajetan ne reconnaît pas l'origine johannique de ces deux épîtres.

Sur l'épître de saint Jude, il rappelle aussi les observations de saint Jérôme et ajoute : « Ex quibus apparet minoris esse authoritatis hanc epistolam iis quae sunt certae scripturae sacrae. y)

Nous ne pouvons savoir ce qu'il pensait de l'Apocalypse, car il s'est récusé au sujet de ce livre. Dans la dédicace de son ouvrage à l'empereur Charles Quint il dit en effet : « Et quoniam intentionis meae fuit sensum dumtaxat germanum prosequi, ideo Apocalypsim loannis omisi : fateor enim ingénue me non penetrare illius mysteria juxta sensum literalem. » 11 répète cette dernière phrase à la fin de l'épître de saint Jude, en ajoutant : « Exponat cui Deus concesserit ». Faut-il conclure de ces paroles que Cajetan portait un jugement défavorable sur l'Apocalypse? Nous ne le pensons pas ; il en ressort seulement qu'il ne se croyait pas capable d'expliquer l'Apocalypse au sens littéral, comme il avait fait pour les autres écrits du Nouveau Testament.

Observons que le cardinal Cajetan a fait diverses confusions. De ce qu'un livre n'est pas authentique il conclut que sa canonicité est douteuse. La conclusion est fausse, car la canonicité ne dépend en rien de l'origine connue ou inconnue du livre, mais de son acceptation par l'Eglise. Il y a des Livres saints dont nous ne connaissons pas les auteurs et qui cependant sont canoniques. En outre, il affirme qu'un livre dont l'authenticité n'est pas certaine est de moindre autorité qu'un livre authentique. Il confond ici l'autorité qu'obtient un livre du fait de son auteur et l'autorité qui lui est conférée par la reconnaissance officielle de cette autorité par l'Eglise, autorité qui lui est conférée par son inscription dans le canon des Livres saints. Le nom de l'auteur importe peu ; un livre fait autorité en matière de dogme, parce qu'il a été reconnu par l'Eglise et déclaré comme inspiré.

On remarquera que la position de Cajetan au point de vue canonique n'est pas tout à fait la même que celle d'Érasme, dont nous allons parler. Ils se sont placés, pour porter un jugement sur les livres du Nouveau Testament, à un point de vue différent. Celui d'Érasme était critique et littéraire et celui de Cajetan traditionnel. Ainsi s'explique leur jugement différent au sujet de la seconde épître de saint Pierre et la réserve de Cajetan à propos de l'Apocalypse qu'il n'a pas mise i en doute comme Érasme, parce que la canonicité de ce livre lui était affirmée par la tradition de l'iiglise latine.

Cajetan fut attaqué par les théologiens de la Faculté de Paris. Ils lui reprochèrent d'avoir nié l'origine paulinienno de l'épître aux Hébreux et l'authenticité de la finale de Marc et d'avoir soutenu que la Vulgate hiéronymienne était pleine de fautes. Cajetan répondit qu'il avait suivi en tout saint Jérôme

et qu'il ne comprenait pas pourquoi on Taccusait, car en l'accusant ainsi on accusait aussi Jérôme qui est l'auteur principal de ces doutes. II s'explique ensuite d'une façon d'ailleurs assez embrouillée, au sujet de son jugement sur l'épître aux Hébreux.

Il fut encore attaqué par un théologien, Dominicain comme lui, Ambrosius Katharinus, qui présenta (1535) des observations sur les commentaires bibliques de Cajetan. Katharinus lui reprocha d'avoir accordé une trop grande autorité aux jugements de saint Jérôme : « Nec enim verum est, in libris canonicis decernendis ecclesiae regulam esse Hieronymum : quod Caietanus perperam ne dicam perniciose existimavit. » Pierre était une plus grande autorité que Jérôme et Katharinus citait les décrets d'Innocent P"", de Gélase et d'Eugène IV sur le canon des saintes Ecritures. Il faisait observer que du moment qu'un livre est canonique, son autorité doit être acceptée. Et il démontrait l'origine paulinienne de l'épître aux Hébreux. Enfin il reprochait à la critique de Cajetan d'être apparentée de très près à celle de Luther. Cajetan ne put répondre à son adversaire, car il était mort depuis un an lorsque Katharinus publia ses observations.

Il eut encore d'autres contradicteurs, Alfonse de Castro, Gabriel Prateolus, Melchior Canus. Ses idées furent vivement attaquées au Concile de Trente et n'y obtinrent aucun succès.

Érasme. — Le grand humaniste, Érasme de Rotterdam (f 1536), s'est beaucoup occupé des écrits du Nouveau Testament; il a été le premier à publier une édition grecque du Nouveau Testament (février 1516). Celle d'Alcala achevée, dit-on, deux ans plus tôt que celle d'Érasme, n'a été publiée qu'en 1520.

Erasme ne craignit pas de faire siennes les opinions émises autrefois au sujet de l'épître aux Hébreux, de

répître de saint Jacques, de la seconde épître de saint Pierre, des deux petites épîtres de saint Jean, et de r Apocalypse ^

D'après lui 2, Tépître aux Hébreux ne peut être de saint Paul, car, encore au temps de saint Jérôme, elle n'était pas reconnue par l'église romaine et le style en était très différent de celui de saint Paul : « Optime lector, nihilo minoris velim esse tibi hanc epistolam (ad Hebraeos) quod a multis dubitatum sit Pauli esset an alterius.. . Verum ut non potest doceri certis argumentis cujus sit, quod nuUius habeat inscriptionem, ita compluribus indiciis colligi potest, ab alioquopiam quam a Paulo scriptam fuisse. Primum quod sola omnium Pauli nomen non praeferat... Deinde quod, tôt annis, nempe usque adaetatem Hieronymi non recepta fuerit a Romanis, quemadmodum ipse testatur in epistolis suis... Restât jam argumentum illud, quo non aliud certius, stilus ipse et orationis character, quinihil habet affinitatis cum phrasi paulina... Neque enim in verbis solum aut figuris discrimen est, sed omnibus notis dissidet. »

Érasme ne croit pas que l'épître de saint Jacques^ ait été écrite par Jacques l'apôtre : « De hac item epistola, tametsi salubribus praeceptis referta, dubitatum estolim, cujus esset. »

Il parle de la façon suivante de la seconde épître de saint Pierre ^* : « De hac quoque secunda Pétri epistola cujus esset in controverso erat. Id attestatur Hieronymus in catalogo scriptorum illustrium liis verbis : Scripsit duas, etc. Ad idem alias variât, nunc volens

1. Les citations suivantes reproduisent les annotations qu'Érasme a placées en tête des livres néotestamentaires dans son édition grecque du Nouveau Testament, 1516, Basel.

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