M. L. LXVUI
La date de traduction de la Peschitto reste indécise ; nous aurons à nous en occuper dans le second volume de cet ouvrage. A l'époque où nous sommes parvenu elle existait (iv^ siècle), puisque saint Ephrem s'en sert comme d'un texte déjà ancien. Elle contenait les quatre évangiles, les Actes des apôtres et les quatorze épîtres de saint Paul.
Ainsi que nous l'avons vu précédemment, l'église syrienne d'Edesse ne recevait primitivement que les écrits susmentionnés. Nous constatons que dans le courant du IV* siècle, la Peschitto contenait de plus l'épître de saint Jacques, la première de saint Pierre et la première de saint Jean. Quant aux quatre autres épîtres catholiques, on les trouve dans un manuscrit de la Peschitto de l'an 823 ; l'Apocalypse est dans un manuscrit de l'an 1088. Ces derniers écrits n'ont cependant pas été admis dans le canon officiel de l'église syrienne.
Plaçons ici un catalogue syriaque d'écrits canoniques, qu'a trouvé M" Smith Lewis dans un manuscrit du couvent de Sainte-Catherine au mont Sinai, et qu'elle a publié en 1894 ^ Il contient les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, avec indication du nombre de stiques pour chacun : évangile de Matthieu, 2.522 stiques; évangile de Marc, 1.675 stiques; évangile de Luc, 3.083 stiques; évangile de Jean, 1.737; en tout, 9.218 stiques pour les évangiles. Actes des apôtres, 2.720 stiques ; l'épître de Paul l'apôtre aux Galates, 265 stiques ; la première épître aux Corinthiens, 946 stiques; la deuxième épître aux Corinthiens, 653; l'épître aux Romains, 825 stiques; l'épître aux Hébreux, 837 stiques; l'épître aux Colossiens, 275 sti-
1. A Catalogue o/ the Syriac Usa. in the Convent of Si Katharine on Mount Sinai, p, 11-14, Loudon, 1894.
ques; Tépître aux Éphésiens, 318 stiques; lépître aux Pliilippiens, 318 stiques; l'épître aux Philippiens, 235 stiques ; la première épître aux Thessaloniciens, 417 stiques; la deuxième épître aux Thessaloniciens, 118 stiques; la deuxième épître à Timothée, 114 stiques; l'épître à Tite, 116 stiques; l'épître àPhilémon, 53 stiques. En tout, 5.076 stiques pour l'Apôtre.
Nous ne savons quelle autorité il faut attribuer à ce catalogue syriaque. Il ne contient ni les épîtres catholiques, ni l'Apocalypse. Nous ne pouvons nous étonner de ces omissions, puisque, à l'époque où il fut composé, cest-à-dire vers l'an 400, ces livres n'étaient pas tenus pour canoniques dans l'église syrienne orientale. Cependant, dès le commencement du v" siècle, il y a une tendance marquée à tenir comme inspirées les trois grandes épîtres catholiques. Saint Jean Chrysostome et Théodoret les citent tout comme les épîtres pauliniennes.
Ce qui paraîtra le plus singulier dans ce catalogue, c'est qu'il cite une seconde épître aux Philippiens et qu'il omet la première épître à Timothée. Y a-t-il un rapport entre cette addition et cette omission?
On trouvera de nombreux renseignements sur les écrits apostoliques reçus par les écrivains syriens depuis le milieu du iv' siècle jusqu'à l'établissement définitif du schisme, dans l'ouvrage de W. Bauer, Der Apostolos der Syrer in der Zeit von der Mitte des vierten Jahrhunderts bis zur Spaltung der syrischen KirchCf Giesscn, 1903.
2. Version arménienne. — L'Eglise arménienne ne connut d'abord le Nouveau Testament qu'en syriaque ; c'est au v*^ siècle seiilemsnt que fut faite la traduction arménienne. Elle contenait tous les livres du Nouveau Testament, sauf l'Apocalypse qui ne fut traduite qu'au X* siècle. Aux épîtres de saint Paul était ajoutée la cor-
respondance apocryphe entre saint Paul et les Corinthiens dont nous avons déjà parlé.
3. Version éthiopienne. — Elle contient tout le Nouveau Testament et, en outre, les lettres de Clément Romain et le Synodus, c'est-à-dire les Constitutions apostoliques ' .
Les autres versions arabe, géorgienne, gothique ne présentent aucun intérêt pour l'étude du canon.
§ 6. — Les manuscrits grecs.
Les manuscrits grecs du Nouveau Testament apportent leur témoignage, soit à cause des livres qu'ils contiennent, soit par les listes d'écrits canoniques, ajoutées à quelques-uns d'entre eux.
Le Coder Vatlcaniis est vraisemblablement le plus ancien manuscrit du Nouveau Testament. 11 a dû être écrit vers la fin du iv« siècle. Outre l'Ancien Testament presque en entier, il contient les quatre évangiles, les Actes des apôtres, les épîtres catholiques et les épîtres de saint Paul jusqu'à Hébreux, IX, 14, xaôdt, inclusivement; le reste de l'épître ainsi que les épîtres pastorales, Philémon et l'Apocalypse ont été ajoutés au xv* siècle à l'aide d'un manuscrit appartenant au cardinal Bessarione. D'après Rahlfs, le manuscrit contenait en outre la Didachè et le Pasteur d'Hermas. Le Valicanus est un représentant de l'école alexandrine. Quelques critiques cependant le croient originaire de la Grande-Grèce.
Le manuscrit Sinaïticus est aussi de l'école alexandrine et probablement de la fin du iv^ siècle. Il contient tous les livres du Nouveau Testament, rangés dans l'or-