‹ Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne (volume 3)Chapitre 36 sur 239 · Adv. Haer. I · texte numérisé non relu

Adv. Haer. I

laires, d'Origène, de saint Basile. Ces exemples prouvent que le terme ).')Ytov n'était pas restreint au sens de oracle, sentence, surtout au temps de Papias.

Laquelle de ces deux significations de Xôyiov Papias a-t-il donc employée? Son livre portait pour titre : Esplication des Logia dominicaux : 'K;rÎYT,(Tiç Xoy''wv xupt«x(Tiv, Remarquons, en passant, qu'on a soutenu que le terme è;r,Yr,(Tt; peut signifier exposition, c'est-à-dire simplement présentation de sentences et non explication. Ce dernier sens serait plus récent. C'est possible, mais Eusèbc l'employait dans cette signification, qui était classique. Et il semble bien que Papias n'avait pas en vue seulement de rapporter les Logia du Seigneur, mais aussi de les interpréter. Donc le mot Login paraît signifier ici : oracles, sentences, car, dit-on, on n'interprète pas des faits. Cependant, il rapportait des faits datis son livre, ce qui tendrait à prouver qu'il ne faut pas trop s'a|)puyer sur la signification des termes. D'ailleurs, ne pcul-on pas aussi interpréter des faits? De plus, si Papias, dans son livre, a dt»nné, comme on l'a soutenu', une interprétation des prophéties messianiques concernant le Seigneur, d où le titre : Aô^'wv xvifjuxôiv i;r,YH(jt<, il n'y aurait pas lieu de comparer le sens que Papias donne ici au terme Xôyiov à celui qu'il lui donne en pariant des Logia que Matthieu a mis en ordre. Mais nous prouverons plus loin que le livre de Papias était autre chose qu'une inlerp'étation des oracles concernant le Seigneur. Il semblerait donc établi que Papias a eu en vue un recueil, où les sentences étaient en majoiité — de là peut-être le terme choisi — mais qui contenait aussi des faits; par conséquent, il a mentionné ici nn évangile de Matthieu. A son époque, Matthieu existait au complet.

i. ScBMiEDEt, «rt. GotpeU, dans Encyelopmdia biblica de CacTja, col. 18i0. LoQdoa. ISKM.

Il est vrai qu'en parlant de Marc, Papias dit que celuici écrivit les choses dites ou faites par le Seigneur et que Matthieu rassembla les Logia (sentences). Il y aurait opposition entre l'œuvre de l'un et celle de l'autre; dans Marc on trouve des paroles et des faits, dans Matthieu des sentences (paroles). Cette observation trancherait la question si les deux textes, rapprochés dans Eusèbe, l'avaient été aussi dans Papias, ce que nous ne savons pas. 11 semble, a-t-ondit, que lorsqu'il veut parler de discours il emploie le terme Xôyoç et non XoYiov. « Pierre, dit-il, selon les besoins donnait des enseignements, mais n'établissait pas une mise en ordre des discours du Seigneur, twv xuptaxôiv Xo'yojv * . » Quoi qu'il en soit, il est probable que Papias n'a pas fait allusion à une mise en ordre de sentences, analogues à celles que l'on a trouvées à Behnesa, mais plutôt à un recueil où les discours dominaient, mais étaient replacés dans leur cadre historique, tel que se présente l'évangile canonique de saint Matthieu.

Cet évangile araméen de Mattliieu dont parle Papias est-il l'original du Matthieu grec canonique, qui serait représenté par une des traductions que chacun faisait, selon qu'il en était capable ? Nous ne pouvons le savoir. L'évangile grec de Matthieu existait certainement au temps où Papias écrivait. Mais ces traductions dont il parle ne sont probablement pas des traductions écrites, mais plutôt des traductions orales du Matthieu araméen, dites de vive voix et analogues à celles de l'Ancien Testament hébreu, qui étaient en pratique dans les synagogues. Mais ces traductions orales n'étaient déjà plus pratiquées au temps de Papias, car il en

1. Cette observation n'est exacte que si l'on adopte la leçon ).4ywv des Mss. ATI. Scliwartz a accepté la leçon yoyiwv des Mss. T'I.ilBDM, qui parai! mieux rippuyée.

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parle comme d'un usage du passé, puisqu'il dit que chacun les traduisait, t?!Ji>ivey(itv, suivant qu'il en était capable. L'emploi de l'aoriste indique un événement complètement passé, qui ne dure plus.

Il est donc établi d'après Papias que saint Matthieu a écrit un évangile en araméen. Saint Irénée l'affirme aussi très nettement et la tradition subséquente confirme ce fait. Reste donc toujours la question de savoir si le Matthieu grec canonique est la traduction du Matthieu araméen, dont parlent Papias et saint Irénée. On ne peut répondre affirmativement, si l'on accepte les hypollièses actuelles sur la formation des évangiles synoptiques. Et d'abord, le Matthieu grec paraît être une œuvre originale et non une traduction. De plus, les rapports de langue et d'idées entre les trois évangiles grecs prouvent, dit-on, que notre Matthieu actuel est basé sur un original grec. Sur cette question, nous nous en tiendrons à ce que nous avons déjà dit S à savoir que de l'examen interne de l'évangile de saint Matthieu il résulte que tout l'écrit original a pu être un Matthieu araméen. D'autre part, la tradition est en faveur d'un Matthieu original araméen. Nous ne pouvons abandonner cette tradition très ferme sous prétexte qu'elle n'est pas en accord avec des systèmes, qu'on peut bien qualifier d'hypothèses. Nous étudierons plus tard à nouveau cette question.

Peut-on affirmer, enfin, que Papias tenait les évangiles écrits en haute estime, puisqu'il affirme dans la préface de son livre * qu'il croit que les choses exprimées par une parole vivante et demeurante lui sont plus profitables que celles qui sont dans les livres? Observons que Papias ne met pas ici en opposition les évangiles écrits avec la tradition orale. 11 veut expliquer

1. HiHoire de* livre» du S. T. II. p. 3-.s. »i« éd. i. KiSKBE, Hitt. eccl. m, 39, 5.

ce que sera son livre. Du peu qui nous en reste dans saint Irénée et Eusèbe nous voyons, ainsi que l'a démontré Lightfoot, qu'il consistait en un texte, qui représentait nos évangiles, et une interprétation du texte, appuyée sur des traditions orales, qui lui venaient des disciples des apôtres et qu'il préférait aux explications que les écrivains gnostiques, Basilide et Valentin, donnaient dans leurs écrits. C'est ces livres-là qu'il rejette et non les évangiles écrits. C'est bien l'exégèse des textes qu'il a ici en vue et non les textes eux-mêmes. Ces livres qu'il rejette « ce sont les écrits de ceux qui se plaisent à dire beaucoup de choses et qui mêlent à leur enseignement des commandements étrangers qui n'ont point été donnés à la foi par le Seigneur ^ ». Il est impossible qu'il en soit autrement. Comment Papias aurait-il pu rejeter des évangiles qu'il reconnaît lui-même avoir été écrits par un apôtre ou sous l'inspiration d'un apôtre, pour adopter des enseignements oraux, issus des mêmes apôtres ou de disciples du Seigneur? Il a donc visé les interprétations de ceux qui, suivant l'expression de saint Irénée 2, dénaturant les paroles du Seigneur, ^«oioupYO'J^f*? ^à Xôyia Kupt'ou, sont de mauvais exégètes des choses bien dites.

iÇrjYjTai xaxoi xcov xahôç elpYifjiÉvwv fivôiif'éOi. C'cst presque le titre du livre de Papias. Il existait à cette époque des gens qui, encore au dire de saint Irénée ^, essayaient de fonder leurs interprétations sur les écrits évangéliques et apostoliques, mais pervertissaient les traductions, ipariveiaç, et faussaient les interprétations, les explications, xà; f!,r\^ri(szi<;. On s'explique très bien que Papias n'ait pas voulu accepter les exégèses de ces gens-là. Eusèbe ne nous a conservé aucun témoignage de

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