CHAPITRE XVI
Pour les saints . Pour Ie« chrétiens de Jérusalem. Dans ces premiers temps de l'Eglise naissante , les plus rudes persécutions que \ei chrétiens eussent â essuyer , leur venaient de la part des Juifs. Les gentils , soit qu'ils ne connussent pas encore assez ce que c'était que la religion chrétienne, soit qu'ils la confondissent avec la religion juive, paraissaient moins alarmés du progrès que faisait le christianisme. Le fort de la persécution était alors en Judée , et surtout à Jérusalem. Ainsi on ne doit pas être surpris dt voir saint Paul exhorter si souvent les gentils nouvellrment convertis, à soulager paf leurs aumônes les frères de Jérusalem.
2. Per unam sabbati unusquisque 2. Que le premier jour de la semaine \eslrûm apud se se ponat , recondcns chacun de vous mette à part et serre ce quod ei benè placuerit : ut non, cùm qu'il lui plaira : afin qu'on ne commence venero, lune collectae fiant. point à recueillir lorsque je serai Tenu.
Le premier jour de la semaine. On voit par là que , dès le temps des apôtres , les chrétiens consacraient le premier jour de la siemaiiie, c'est-à-dire le Dimanche, au culte de Dieu ; et que ce jour était pour eux ce que le dernier jour de la semaine , c'està-dire le .«abbat, était pour les Juifs. Ces paroles de saint Paul, que chacun mette à part et serre ce qu'il lui plaira, ne signifient pas que chacun doit garder en son particulier ce qu'il a résolu de donner en aumône. Cela serait contraire à ce qu'il ajoute , afin qu*on ne commince point à recueillir, quand je serai venu. Le texte sacré signifie seulement que le Dimanche chacun doit prendre tout ce qu'il a dessein de consacrer au soulagement des pauvres, qu'il le doit porter à l'Eglise, et le remettre entre les mains de ceux qui sont établis dépositaires de i aumône générale.
3. Cùm autem prœsens fuero : quos 3. El quand je serai là , ceux que vous probaveritis per epistolas , hos mit- aurez approuvés par vos lettres, je les ura perferre gratiam vcstram in enverrai porter vos libéralités à Jérusalem. Jérusalem.
Ceux que vous aurez approuvés, par vos lettres ^ je les enverrai. Quelques-uns joignent per epistolas a^ec le verbe mittam : je les enverrai avec les lettres, dont j'accompagnerai votre aumône.
4. Quôd si dignum fueril ut et ego 4. Que s'il est à propos que j*y aille earo , mecum ibunl. moi-même , ils viendront avec moi.
S'il est à propos qne j'y aille moi-même. Autrement, si la chose le mérite, si la somme est assez considérable , pour que j'aille moi-même la présenter.
£$. Veniam autcm ad vos, cùm 5. Au reste, je me rendrai chez vous Macedoniam pertransiero : nam Mace- après que j'aurai parcouru la Macédoine : doniam pertransibo. car je parcourrai la Macédoine.
Car je parcourrai la Macédoine, Le verbe grec est au temps présent, Siipxoiiai : et c'est apparemment ce qui a donné occasion à ce qu'on trouve ajouté à la nn du texte grec de cette Epîfre, qu'e/ic a été écrite de Philippes , ville située ».ur les confins de la Thrace et de la Macédoine. Mais on ne doit avoir aucun égard à cette addition ; puisqu'il est certain , par la lecture de ce chapitre , et par plusieurs endroits de la seconde épitre aux Corinthiens, que la première a été envoyée d'£pbèî»e et écrite avant que saint Paul partit de cette ville pour la Macédoine. Ainsi le verbe Stépxf^fioii marque seulement le dessein où saint Paul était actuellement de passer bientôt pur la Macédoine.
6. Apud vos autem forsitan ma- 6. Peut-être aussi c[ue je séjournerai nebo, vel etiam hiemabo : ut vos chez vous, et qne j'y resterai même deducatis quocumque me iero. l'hiver ; afin que vous me conduisiez en
quelque lieu que j'aille.
Afin que vous me conduisiez. Afin qu'au sortir de chez vous , vous me fournissiez ce qui me sera nécessaire pour me conduire là où je voudrai aller.
7. Nolo enim vos modo in transitu 7. Car ce n'est pas seulement en passant Tîdere : spero enim me aliquantulum ^ue je veux vous voir cette fois : parce que temporis manere apud vos, si Do- j'espère séjourner quelque temps chez minas permiserit. vous , si le Seigneur le permet.
8. Permanebo autem Ephesi usque 8. Je demeurerai néanmoins à Ephèse ad Pentecosten. jusqu'à la Pentecôte.
150 I. EPITRE DE S. PAUL AUX CORI?fTHIENS.
Je demeurerai jusqu'à la Pentecôte. On ne saurait assurer si saint Paul resta en effet à Ëphèse jusqu'à la Pentecôte, ou si la sédition qui s'éleva contre lui, ne l'obligea point d'en partir plus tôt qu'il n'avait résolu.
9. Ostinm enim mihi apertum est 9. Parce que je vois une grande porte magnum, et évident, et adversarli qui m'est ouverte, et en même temps muîli. beaucoup d'adversaires.
Je vois une grande porte qui m'est ouverte. Car malgré le grand nombre d'ennemis , je trouve cependant ici des dispositions qui me font bien espérer pour le progrès de r£vangile.
10. Si autem venerit Timotheus, 10. Que si Timothéc vient, faites en videte ut sine timoré sit apud vos : sorte qu'il soit sans inquiétude parmi opus enim Domini operatur, sicut vous : puisqu'il fait, comme moi, l'œuvre et ego. du Seigneur.
Que si Timothêe vient. Ceci déiïient encore ce qu'on trouve dans l'addition dont on a parlé, que Timothêe fut un des porteurs de cette épitre avec Stépbanas, Fortunat et Âcbaîque. Il est constant par l'histoire des Actes, 19. 22, que Timothêe fut envoyé d'abord en Macédoine. Ce qu'on lit ici, nous apprend qu'il devait ensuite aller visiter l'Eglise de Corinthe. IMais comme il se pouvait faire qu'il fût arrêté en Macédoine, saint Paul ne parle du voyage de Corintbe qu'en doutant.
Jl. Ne quis ergo illum spernat : 11. Que personne donc ne le méprise;
deducite autem illum in pace , ut ve- mais conduisez-le en paix , afin qu'il
niât ad me : expecto enim illum cum vienne me trouver : car je l'attends lui et
fratribus. nos frères.
Que personne donc ne le méprise, Timotbée était alors fort jeune. Saint Paul lui écrivant dans la suite l'avertissait encore de prendre garde qu'on ne le méprisât à cause de sa jeunesse, ^emo adolescentiam tuam contemnat, 1. Tini. 4. 12.
12. De Apollo autem fratre vobis 12. A l'égard de mon frère Apollo, j'aî notum facio, quoniàmmultùm rogavi à vous dire que je l'ai prié instamment eum ut veniret ad vos cum fratribus : d'aller vous voir avec de nos frères ; mais et utique non fuit voluntas ut nunc il n'a pas jugé à propos d'v aller présenvenirct : veniet autem, cùm ei vacuum tement : il le fera , quand il sera libre, fuerit.
13. Vigilate , state in fîde , viriliter 13. Yeillez , soyez constants dans la agite , et confortamini. foi , ayez du courage , et prenez de nouvelles forces.
14. Omnia vestra in charitate fiant. 14. Que toutes vos actions se fassent
avec charité.
Que toutes vos actions se fassent atec charité. Dans toutes vos actions, conduisezvous avec l'esprit de la charité chrétienne, qui doit bannir d'entre vous les schismes , les divisions, et tout ce qui pourrait scandaliser vos frères.
15. Obsecro autem vos, fralres, 15. Or, mes frères, vous savez ce que nostis domum Stephanae, et Fortu- c'est que la famille de Stépbanas, de nati , et Achaïci : quoniàm sunt primi- Fortunat et d'Achaïque : qu'ils sont les tiae Achaïœ, et In ministerium sanc- prémices de l'Achaïe, et qu'ils se sont torum ordinaverunt seipsos : engages eux-mêmes au service des saints :
je vous conjure
Ils sont les prémices de VAchdie. Ils sont les premiers qui aient embrassé la foi de Jésus-Christ dans toute l'Achaïe. Saint Paul nous apprend aussi qu'il avait baptisé la famille de Stépbanas.
16. Ut et vos subditi silis cjus- 16. D'avoir de la déférence pour des modi , et omni cooperanti et labo- personnes de cette sorte , et pour tous ranti. ceux qui nous aident et qui travaillent
comme nous.
17. Gaudeo autem in prapsentiâ Sle- 17. Or, j'ai de la joie d'avoir avec moi phanœ, et Forlunati, et Achaïci : Stépbanas, Fortunat, et Achaïque; parce quoniàm id qucd vobis deerat , ipsi qu'ils ont suppléé à ce qui me manquait suppleverunt. de votre part.
CHAPITRÏXVI. 131
Ils ont suppléé à ce qui me manquait de voire part, C'est-é-dlre, la joie que j'ai eue de leur présence, a suppléé â celle que j'aurais eue de vous voir tous, leur présence a suppléé à votre absence. Cette explication parait la plus conforme aux texte grec : Tb viMîv vçeprijj.ci àvgizXihpoicav , veslri defeclum , c'est-à-dire, vettram absentiam tuppleterunt. Les commentateurs grecs ajoutent , que saint Paul parle ainsi avantageusement de ces trois personnes, afin que les Corinthiens n'aient aucun ressentiment contre eux , à cause des rapports qu'ils lui avaient faits touchant les divisions et les scandales qu'on \oyait dans l'Ëgiise de Corinthe.
IS. Refecerunt enim et meum spi- 18. Car ils m'ont rendu le repos de l'esritum, et vestrum. Cognoscite ergo prit, aussi bien qu'à vous. Reconnaissez qui hujusmodi sunt. donc ce que valent des personnes comme
eux.
Ili m'ont rendu le repos de V esprit, aussi bien qu^d vous. Il m'ont rendu le repos de l'esprit en m'instruisent de tout ce qui vous regarde, lis vous ont rendu à vous-mêmes le repos de l'esprit, en me donnant occasion de vous écrire cette lettre dont ils sont porteurs, et de régler tout ce qui pouvait troubler la paix de votre Eglise. Plusieurs expliquent ainsi cet endroit : ils ont tranquillisé mon esprit , ou plutôt le vôtre , le mieu n'étant qu'un avec le vôtre par la charité.
19. Salutant vos Ectlesiae Asis. 19. Les Eglises d'Asie vous saluent. Salutant vos in Domino multùm , Aquila et Priscille, chez qui je suis logé, Aquila et Prisilla , cum domesticâ vous saluent fort en Notre Seigneur, avec suâ Ecclesiâ , apud quos et hospitor. l'Eglise de leur maison.
Chez qui je suis logé. Ces paroles ne sont point dans le texte grec. Mais il était naturel que saint Paul ayant déjà logé à Corinthe chez ces gens-là, et étant de même métier qu'eux, il ne choisit point non plus à Ëphèse d'autre maison que la leur. -— L'Eglise deleur maison. Les fidèles qui logent chez eux. On pourrait croire aussi que leur maison fermait d'église, et que c'était chez eux que se tenaient les assemblées.
20. Salutant vos omnes fratres. Sa- 20. Tous nos frères vous saluent. Saluezlatate invicem in osculo sancto. vous les uns les autres par un saint baiser.
21. Salutatio mea, manu Pauli. 21 . Voici ce que moi Paul j'écris de ma
main pour vous saluer.
Vmei ce que moi Paul, etc. Saint Paul marque par là qu'il n'avait fait que dicter cftte lettre, et qu'il s'était servi d'une main étrangère pour l'écrire. Il n'y avait que Ie« quatre derniers versets, qui fussent écrits de sa main.
22. Si quis non amat Dominum 22. Si quelqu'un n'aime pas Jésusnostrum Jesum Christum , sit ana- Christ Notre-Seigneur , qu'il soit anatbema , Maran Atha. thème , Maran Atha.
Maran Atha. Quoique les critiques ne soient pas tous d'accord touchant l'étymologie Ptla signification de cette forniule, Maran Atha, la plupart cependant conviennent que ce sont deux mots syriaques ou chaldaïques qui signifient Dominus venit, le Sei" gneur vient, ou le Seigneur est venu; et que par là on abandonnait un homme à toute la rigueur du jugement que Dieu viendra exercer contre ses ennemis. Quelques-uns ajoutent avec assez de vraisemblance que saint Paul ne s'est servi d'une expression syriaque, que parce qu'il voulait particulièrement marquer les Juifs comme les plus déclarés ennemis de Jésus-Christ et de sa religion.
23. Gratia Domini nostri Jesu 23. Que la grâce de Jésus-Christ Notre- Cbristi vobiscum. Seigneur soit avec vous.
24. Charitas mea cum omnibus 24. Ma charité s'étend à vous tous en vubis in Christo Jesu. Amen. Jésus-Christ. Amen.
SECONDE BPITRG DE
SAINT PAUL
AUX CORINTHIENS (l)-