PORTRAIT DE M. THKODORE BALLU
5.000 francs, à MM. Moyaux et Lafforgue. MM. Baltard, Roguet et Menjot de Dammartin reçurent des primes de 2.5oo francs. M. Théodore Ballu, à qui le jury confiait la mission de reconstruire l'Hôtel de Ville, avec M. Deperthes, avait déjà conquis une haute situation artistique. Un an auparavant, l'Académie des Beaux-Arts l'appelait à succéder à Vaudoyer. Les églises de la Trinité, Saint-Ambroise, Saint-Joseph, le Temple de la
Rédemption, la restauration de la Tour Saint-Jacques-de-la- Boucherie, la tour qui relie la mairie du I" arrondissement à Saint-Germain-l'Auxerrois, l'église d'Argenteuil, la direction des travaux de Sainte-Clotilde, après la mort de Gau, vingt-cinq ans de services administratifs à la Ville de Paris, comme inspecteur et architecte divisionnaire, avaient prouvé la fécondité et la puissance de son esprit créateur, l'étendue et la diversité de ses connaissances dans toutes les branches de la profession d'architecte. Il était élève de Le Bas et de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, où il remportait, en 1H40, le premier Grand Prix de Rome. Dans toute la force de lâge — cinquante ans — , et d'une santé florissante, il allait se consacrer tout entier à cette œuvre colossale, qui devait être son testament artistique. M. Ballu n'eut pas la joie de voir l'achèvement de l'Hôtel de Ville. Il mourut le 22 mai i885.
Son collaborateur, M. Pierre- Joseph -Edouard Deperthes, s'était fait connaître par des travaux nombreux, dans l'exécution desquels il avait montré de grandes qualités professionnelles. Il débuta, en i856, comme architecte, par la construction, à Berne, d'une église catholique qui avait fait l'objet d'un concours. En i863, M. Théodore Ballu le chargeait de diriger, comme inspecteur, les travaux de l'église d'Argenteuil et de l'église Saint-Ambroise, à Paris. Quatre ans après, il obtenait, au concours, la construction de la basilique de Sainte-Anne d'Auray. La Municipalité de Brest l'appela ensuite à la direction du service d'architecture de la ville; en cette qualité, il y bâtit l'église Saint-Martin et le Marché couvert.
Un arrêté préfectoral, en date du 3 avril 1873, nommait M. Ballu architecte en chef des travaux de reconstruction de l'Hôtel de Ville, M. Deperthes architecte des mêmes travaux; et allouait au premier une indemnité mensuelle de i.3oo francs, au second une indemnité de i.25o francs, à valoir sur leurs
Parvis de u hôtel de ville
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BraTm , Clément & C?
La Science
( J . Blanchard )
honoraires. En 1882, M. Ballu reçut la mission personnelle de diriger les travaux de décoration artistique, et s'adjoignit, pour toutes les études se rattachant à ces travaux, M Formigé, inspecteur de l'agence. Quand M. Ballu mourut, le Préfet de la Seine, exécutant le dernier vœu de Tarchitecte en chef de l'Hôtel de Ville, et conformément à l'avis du Conseil d'ar-
PORTRAIT DE M. DEPERTHES.
chitecture de la préfecture de la Seine, prenait un arrêté, en date du 27 juin i885, aux termes duquel M. Formigé était nommé architecte de l'Hôtel de Ville, adjoint à M. Deperthes pour l'achèvement des travaux de reconstruction, spécialement chargé des études et des travaux se rapportant à la décoration artistique de l'édifice, comme l'avait déterminé, en 1882, la décision préfectorale concernant la part de collaboration de M. Ballu dans l'œuvre de reconstruction du Palais municipal.
lo LE NOUVEL HOTEL DE VILLE.
Le 20 janvier 1872, le Conseil municipal, après avoir exprimé le désir que les parties de l'Hôtel de Ville épargnées par l'incendie fussent utilisées dans la plus large mesure possible, nommait une commission spéciale pour faire l'évaluation de ces parties. La veille, le Conseil des Travaux d'architecture avait fait une visite officielle des ruines, à la suite de laquelle furent consignées, dans un procès-verbal, les constatations suivantes :
Les fondations et les caves sont absolument intactes, sauf quelques dégradations superficielles très peu importantes à l'angle de la rue de Rivoli et de la place Lobau. Les constructions sont établies dans des conditions toutes particulières en raison du voisinage de la Seine et des difficultés des fondations; les murs ont, en moyenne, plus de 2 mètres d'épaisseur.
Sur la façade de la rue de Rivoli, le soubassement, jusqu'à l'appui des fenêtres du premier étage entresolé, une grande partie des pavillons d'angle, peuvent être intégralement conservés, ainsi que la façade de la place Lobau et la façade sur le quai, dans toute la largeur, y compris les pavillons d'angle jusqu'au dessous des assises du premier étage entresolé.
Sur la façade principale, les pavillons d'angle, jusqu'au deuxième étage inclusivement, et les parties en arrière-corps jusqu'aux assises des fenêtres de l'entresol, sont à employer, sauf les arcades centrales. Pour la façade du Boccador, il est possible de procéder à une restauration analogue à celle du château de Blois, qui coûtera peut-être aussi cher qu'une reconstruction, mais qui permettra de garder dans leur pureté les plus précieuses des sculptures.
On peut conserver, de la façade sur la Cour des bureaux, le pavillon du fond, jusqu'au-dessus du premier étage ; la façade du côté de la place de l'Hôtel-de-Ville, sauf les rez-de-chaussée à reconstruire en sous-œuvre ; dans la Cour du Préfet, la façade parallèle à la façade principale; sur la façade parallèle au quai,
RECONSTRUCTION DE L'HOTEL DE VILLE. u
les trois travées attenant à la façade parallèle à la façade principale, et le soubassement sur toute la longueur, jusqu'à l'appui des fenêtres de l'entresol ; le pavillon au fond, jusqu'au-dessus du premier étage. La façade située en face de la façade parallèle au quai, déplacée en partie par l'explosion, doit être démolie.
Quant à l'intérieur, toute la Salle Saint-Jean et les vestibules y attenant, les escaliers et la Grande Salle des Fêtes, jusqu'au haut du premier étage, sont à conserver.
Le 25 mai, M. Ohnet donnait lecture au Conseil municipal du rapport de la commission. La valeur des partiespouvant être utilisées était fixée à 6.715.285 fr. 08. L'administration l'avait évaluée à 10.848.000 francs, d'après les données du Conseil des Travaux d'architecture. A la suite d'une longue et vive discussion, le Conseil municipal adoptait une proposition portant que les constructions subsistantes devraient être utilisées dans la plus large mesure possible par les concurrents, qui auraient à présenter leurs projets accompagnés d'un devis, permettant de les apprécier en connaissance de cause.
Le vœu du Conseil municipal, renouvelé le 22 juillet de la même année, sur l'utilisation d'une partie des ruines, ne put être réalisé. D'ailleurs, les auteurs du projet adopté par le jury du concours, s'étant assurés, par des études approfondies, que rien de l'Hôtel de Ville incendié ne pouvait être conservé, par suite de la calcination des pierres, n'avaient pas hésité à faire sortir les nouveaux bâtiments du périmètre ancien sur trois côtés : la place de l'Hôtel -de -Ville, le quai, et la place Lobau. Sur l'avis conforme des diverses commissions spéciales, le Conseil municipal décida donc que les ruines seraient rasées, et que les architectes n'auraient qu'à utiliser les anciennes fondations.
A la démolition, on reconnut que ces fondations, ellesmêmes, étaient des plus défectueuses, qu'elles présentaient le plus imprévu mélange de matériaux, et le plus étrange mode de
construction. Les unes reposaient sur des restes de maisons ; d'autres, qui portaient des angles et des points d'appui du palais, étaient maçonnées en moellons, ou se composaient de pierres de taille jetées dans la fouille sans mortier, laissant entre elles des joints béants de 3 et 4 centimètres. On s'expliqua alors pourquoi, dans l'ancien édifice, se produisaient constamment, et de tous côtés, des tassements et des craquements; comment les
SALON DES LETTRES, LA PHILOSOPHIE AFFRANCHIT LA PENSÉE, par M. Bourgeois.
eaux de la Seine entraient dans les caves, dès que leur niveau atteignait le sol inférieur.
Les fouilles opérées dans les anciennes fondations amenèrent une découverte archéologique intéressante. Les bases et une partie des fûts des piliers de THostel au Dauphin, dénommé plus fréquemment la Maison aux Piliers, — ■ le Palais municipal du xiv et du XV' siècles, — furent découvertes à plus de 6 mètres au-dessous du niveau de la place actuelle, témoignage de l'exhaussement progressif, subi par la place de Grève, depuis ce temps-là.
Le procès-verbal de l'état des anciennes fondations, ayant été soumis au Conseil municipal, en 1875, par un rapport des architectes du nouvel Hôtel de 'Ville, provoqua une seconde pro-
RECONSTRUCTION DE L'HOTEL DE VILLE. i3
position tendant à la démolition complète de ces fondations sur lesquelles, de toute évidence, il était imprudent d'élever des constructions ; et, par conséquent, à la démolition du bâtiment Lobau, dont le maintien et le raccordement avec ces constructions offraient le grave inconvénient de rétablir THôtel de Ville sur le sol ancien, en contre-bas du niveau des abords du palais municipal. La proposition fut adoptée par le Conseil municipal. Les architectes firent raser toutes les anciennes fondations, et établirent les nouvelles sur un vaste plateau de béton.
Un premier devis, approuvé par le Conseil municipal, le lo juin 1873, avait fixé les dépenses de la reconstruction de l'Hôtel de Ville à la somme de i6.2o5.52i fr. 36. Un nouveau devis était présenté en 1877 ; il s'élevait à la somme de 25. 000. 388 fr. 70, ainsi répartie : terrasse, maçonnerie et égouts, 12. 85 1.242 fr. 80; charpente, 678.366 fr. 64; serrurerie, quincaillerie, 2.233.567 fr. 46; couverture et plomberie d'art, 837.658 fr. 63; plomberie des eaux et du gaz, 264.761 fr. 49; menuiserie, 1.014.111 fr. 88; menuiserie décorative, 158.246 francs; fumisterie, 13.970 francs; chauffage et ventilation, 1.090.299 fr. 55 ; statuaire, 1. 21 3. 660 francs; sculpture d'ornement, i.3i8.5o4 fr. 24; pavage, asphalte, granit, 96.982 fr. 62; peinture, vitrerie, tenture, 643,406 fr. 22; peinture décorative, 228.028 fr. 35; dorure, 177.149 fr. 42; miroiterie, 13.689 ^^'- ^^ ; marbrerie et stucs, 5i8.656 fr. 62; horloge, 27.500 francs; régie, 587.075 fr. 75; honoraires et frais d'agence, i. 01 3.5 11 fr. 53. Successivement, ce devis fut porté, d'abord, à 26.885.337 fr. 09, et approuvé par le Conseil municipal dans sa séance du 20 février i883; puis, à 28,852,o58 fr. 20, en i885. En fin de compte, le nouvel Hôtel de Ville, à la date du i" juillet 1900, a coûté la somme de 32.628.349 francs, dont voici la répartition administrative par grandes divisions de crédits: travaux de réédification proprement
dits, 25.251.732 fr. 60; peintures, 2.5oo.ooo francs; statuaire, 1. 2 17. 000 francs ; décoration ornementale, 279.003 fr. 78; matériel permanent des fêtes, 114.964 fr. 10; mobilier municipal fixe, 660. 8o3 fr. 90 ; ameublement décoratif, 792.003 fr. 73 ; parvis et jardin du Préfet, y compris l'architecture du monument d'Etienne Marcel, 332.397 fr. 97 ; viabilité, chaussées, trottoirs, égouts, conduites d'eau, éclairage public, 493.454 fr. 99 ; modifications dans l'installation primitive des locaux administratifs, 118.060 fr. 38; travaux nouveaux d'aménagement des locaux du Conseil municipal, 2o5.ooo francs; honoraires des architectes, 663.929 francs.
Ainsi, les dépenses de la reconstruction de l'Hôtel de Ville se sont élevées juste au double du premier devis, dressé en 1873.