‹ Le nouvel Hôtel de ville de Paris, 1872-1900Chapitre 62 sur 78 · FRONTON DE LA PORTE OUEST · texte numérisé non relu

FRONTON DE LA PORTE OUEST

La Galerie des Métiers , d'une longueur de 42",5o, sur 5 mètres de largeur, et 7",5o d'élévation, se compose de treize travées en forme de coupoles, séparées par des arcsdoubleaux reposant sur des pilastres. Elle s'ouvre au sud, par des arcades, sur les Salons des Sciences, des Lettres, et des Arts, et prend jour, au nord, sur la Cour du Sud, par neuf grandes baies plein cintre. Aux deux extrémités, une porte, au chambranle de pierre sculpté, que surmonte un fronton, accosté de dauphins, avec écusson au chiffre de la République française, met la galerie en communication, à l'ouest, avec l'Escalier d'honneur, à l'est, avec la Grande Salle à manger.

M. Ballu avait choisi M. Galland pour décorer cette galerie ; mais, il était davis que cette décoration ne comportait pas de grandes compositions historiques ou allégoriques, et devait exclusivement comprendre des arabesques avec figures. Sur les indications de l'architecte , le peintre avait préparé diverses esquisses, qui firent l'objet d'études approfondies, et qu'il modifia radicalement plusieurs fois. La maquette d'ensemble était à peu près achevée, quand la Commission de décoration commença ses travaux. M. Galland demanda à soumettre cette maquette à l'examen de la commission. Lors de la séance particulière qui fut tenue, à ce propos, dans son atelier, il exposa ainsi, d'après le procès-verbal officiel, les idées générales qui l'avaient guidé dans ce travail : « D'après le programme qui lui a été indiqué autrefois par M. Ballu, les vingt-six profils de figures composant ledit ensemble devaient comprendre l'Histoire universelle du Travail. Se plaçant à ce point de vue, l'artiste a prouvé qu'il fallait donner à ces sujets une gradation de manière à commencer par les travaux les plus primitifs, tels que la Construction des habitations, l'Agriculture, la Chasse, la Navigation, ainsi que tout ce qui a donné lieu aux Echanges. A la suite de ces compositions, qui résument tous les Travaux manuels, viendraient se produire les sujets empruntés au Travail intellectuel, au nombre desquels figurerait naturellement l'Instruction générale. Dans cet ordre d'idées , il resterait à faire un choix parmi les Lettres , les Sciences, et les Arts. Ce serait, en résumé, une synthèse philosophique du Travail sous toutes ses formes, représentées dans une suite de camaïeux assez semblables à des bas-reliefs. Ayant, en effet, à compter avec la décoration des trois salons dont la tonalité sera évidemment toute différente, il avait été convenu, entre M. Ballu et lui, que le caractère général de la coloration de la galerie serait celui de peintures camaïeu, grisaille, et

feuillage, dont ralternance de tons formerait une sorte de damier. » L'artiste proposait d'exécuter, à ses périls et risques, à titre d'essai, une ou plusieurs travées de la galerie. La lutte fut très vive dans la commission. Quelques membres voulaient confier la décoration à plusieurs artistes; d'autres proposaient de diviser la commande, et d'en attribuer une partie à M. Galland, avec la mission de diriger le travail d'ensemble. Après avoir voté le principe de la commande à un seul artiste, la commission adopta la candidature de M. Galland par 14 voix contre 4 accordées à M. Blanchon, et i à M. Raffaeli.

Le thème primitif de la décoration de la galerie a été fort modifié. Après sa visite à l'atelier de M. Galland, la commission, sur la proposition de M. Alphand, avait approuvé l'idée de l'Histoire du Travail, traitée par l'artiste dans sa maquette, d'après le programme de M. Ballu; puis, elle décida que les compositions devraient être consacrées aux Métiers parisiens.

Après de nombreux essais, l'artiste s'arrêta au parti suivant : Figuration des Métiers dans des panneaux quadrangulaires, placés au-dessus de chaque arcade et baie, et se faisant vis-à-vis; exclusion de toute allégorie, réservée pour les synthèses de production et de transformation, l'Art, la Science, le Commerce, l'Agriculture, et la Force, à exprimer par des figures placées dans des cartouches portant les noms des grands artistes, des grands savants, des grands navigateurs, et des grands industriels; insertion des panneaux des Métiers dans des compositions ornementales, reliées par un motif en clef de voûte, portant au centre, alternativement, le chiffre de la République française et les armes de la Ville de Paris, et dans Taxe des panneaux les armoiries des corporations de Métiers.

Le style général des panneaux et des arabesques a été choisi dans la Renaissance française, à l'opinion de l'artiste, la période de l'ornementation la plus délicate, et du costume

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le plus pittoresque. Les 'guirlandes de fleurs et de fruits qui encadrent les panneaux, les cartouches, et les arabesques ont leurs éléments empruntés systématiquement à la flore champêtre de notre pays : pommiers, poiriers, pruniers, pêchers, citronniers, orangers, amandiers, etc.

Comme coloris, M. Galland a adopté, pour les panneaux

G AL i: H II. DES MLTIERi.

GRAVEURS, par M. P. V. Galland.

de Métiers, un camaïeu bleu relevé par des hachures métalliques, à la façon de certaines miniatures du xv' siècle ; pour les champs de cartouches, un gris perle rosé; pour les archivoltes, un ton grenat; et, pour les guirlandes, des tons légers, assoupis, de tapisseries anciennes.

Les Métiers représentés sur les panneaux sont placés dans Tordre suivant, de droite à gauche, au-dessus des arcatures des Salons des Sciences, des Arts, et des Lettres, des baies de la cour.

I " Jardiniers. — Dans un jardin à la française, des ouvriers

bêchent, sarclent, et arrosent; le maître fait admirer une plante nouvelle à une jeune femme. Armoiries : De sable à trois lis d'argent, tiges et feuilles de sinople, posées dans un chef et, une en pointe, et un chef azuré chargé d'un relief d'or.

2° Orfèvres. — L'un façonne un plateau; un autre prépare pour le travail la panse d'un vase : un troisième examine le pied

SCULPTEURS^ par M. P. V. Galland .

godronné d'une coupe; deux apprentis complètent le groupe. Armoiries : De gueules à une croix engrêlée d'or, cantonnée aux un et quatre d'une coupe d'or couverte, et aux deux et trois d'une couronne d'or, et un chef azuré, orné de fleurs de lis d'or.

3" Graveurs. — Devant l'écran qui tamise le jour d'une fenêtre, un ouvrier burine une planche ; le maître de l'atelier examine une épreuve que vient de tirer un troisième sur la presse à roue. Armoiries : D'azur à deux burins d'argent en sautoir.

4° Peintres. — Assis sur son escabeau, le maître esquisse

une figure que pose un enfant nu ; il a auprès de lui ses élèves ; le plus jeune broie les couleurs dans un mortier de bronze, deux autres préparent le carton d'une peinture fixé sur le mur. Armoiries : D'azur à trois écussons d'argent deux et un, une fleur de lis d'or en abîme.

5" Architectes. — Sur la terrasse d'un parc, un vieil architecte, en tenue de ville, explique à un seigneur et à sa femme le plan de Thôtel qu'ils veulent y faire bâtir; un élève l'accompagne, porteur des plans de la construction. Armoiries : D'azur à trois écussons d'argent, accompagnés d'un compas d'argent ouvert. V

6" Menuisiers. — Deux ouvriers montent un meuble; un autre, à son établi, rabote une planche. Armoiries : D'azur à une varlope d'or posée en fasce, accompagnée en chef d'un ciseau d'argent emmanché d'or, et en pointe d'un maillet de même.

7° Forgerons. — Un vieux chef d'atelier montre à un compagnon et à des apprentis comment on forge une pièce difficile. Armoiries : D'azur à trois roues d'or, accompagnées de deux maillets aussi d'or, passés en sautoir.

8" Sculpteurs, — Debout devant sa selle, le maître modèle à la terre glaise une statuette d'après une femme nue. Un élève regarde attentivement le travail d'un de ses camarades qui taille un vase dans un bloc de marbre. Armoiries : Les mêmes que celles des peintres.

9° Tourneurs. — Des ouvriers, à un tour, fabriquent des pieds de meubles divers. Armoiries : D'azur à un ciseau d'argent emmanché d'or, accosté de deux roues de même.

io° Potiers. — Quatre ouvriers figurent les phases successives de la fabrication d'une pièce de poterie : le tournassage, l'enfournage, et la décoration. Armoiries : Dazur à un vase d'or en abîme, et en chef fleur de lis d'or.

II" Tapissiers. — Dans une chambre, deux ouvriers ac-

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crochent une tenture, un troisième achève le garnissage d'un fauteuil. Une femme borde un rideau, et une autre vérifie une pièce d'étoffe. Armoiries : De gueules, à deux fleurs de lis en chef, accompagnées du monogramme HL d'argent, et trois urnes d'or, deux et une, avec une bande de tapisserie dépliée,

12" Peintres-Verriers. — • Deux ouvriers terminent un vitrail; deux autres montent une verrière dessai. Armoiries : D'argent à une fasce en devise alaisée de sable, accompagnée de trois losanges d'azur, deux en chef et un en pointe.

i3° Tailleurs de pierres. Deux ouvriers scient un bloc de pierre; le chef datelier trace une épure sur un autre bloc, que va tailler un compagnon. Armoiries : D'azur à trois écus d'argent, deux en chef et un en abîme, avec un maillet d'or.

14° Maçons. — Trois ouvriers, servis par un jeune valet, bâtissent un mur de briques. Armoiries : D'azur à une ascension de Jésus sur la montagne, le tout d"or.

i5° Luthiers. — Deux luthiers travaillent à la fabrication d'une cithare. Le vieux maître essaye un orgue de main, qu'écoute avec ravissement un apprenti. Armoiries : D'azur à deux archets d'or, bordés d'argent, passés en sautoir, accompagnés en chef d'un violon d'or.

16° Armuriers. — Un ouvrier lime sur l'étau une garde d'épée; un autre vérifie le fil d'une lame qu'un compagnon vient d'aiguiser; un apprenti dresse sur le mannequin une armure. Armoiries : D'azur à deux épées d'argent passées en sautoir, les gardes et les poignées d'or.

17° Charpentiers. — Celui-ci taraude une poutre que celui-là équarrit, au pied d'une charpente montée par deux ouvriers. Armoiries : D'azur à un Enfant Jésus mesurant au compas un dessin présenté par saint Joseph, le tout d'or.

18° Fondeurs. — Des ouvriers versent dans un creuset du

métal en fusion. Armoiries : D'azur à un Saint Georges d'or.

Sur les pilastres et dans les arcs-doubleaux des baies ouvertes entre la galerie et les salons, M. Jac Galland, le fils du peintre, a peint les armoiries des principales villes de France, accompagnées de pendeloques d'attributs de leurs industries, spéciales : symbole nouveau de la solidarité sociale entre la municipalité parisienne et les municipalités provinciales, affirmée déjà à l'extérieur par les statues et par les écussons des façades de la place de l'Hôtel-de-Ville et de la place Lobau.

Commencée en mars 1888, la décoration de la Galerie des Métiers a été achevée en 1891, comme en témoigne Tinscription placée au bas du panneau des Architectes. M. Galland avait soixante-neuf ans.

Les dépenses pour cette décoration se sont élevées à 120.000 francs, dont 3o.ooo francs spécialement atïectés à la dorure et à la peinture accessoire.

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