‹ Le nouvel Hôtel de ville de Paris, 1872-1900Chapitre 64 sur 78 · MONUMENT ES 1. HONNEUR DE THEODORE BALLU · texte numérisé non relu

MONUMENT ES 1. HONNEUR DE THEODORE BALLU

élever un petit monument à la mémoire de M. Ballu : une stèle de marbre, surmontée d'un buste de l'architecte en chef de l'Hôtel de \ ille, contre laquelle s appuie un génie, qui a déposé sur le soubassement une palme et une couronne, et qui inscrit sur un cartouche les titres de l'artiste à l'immortalité. M. Albert Ballu,

L'ESCALIER D'HONNEUR. 2o5

fils de Tarchitecte, a dessiné Tarchitecture du monument; M. Barrias a sculpte le buste de marbre, et M. Coutan a donné les modèles du génie et des accessoires , qui ont été coulés en bronze.

L'escalier tout entier, — marches, limon et plafonds — , est en Echaillon blanc; il se tient par ses coupes, aucune armature n'est entrée dans sa construction. Pour les parois en élévation, on a employé la pierre de Château-Gaillard.

Six cariatides en pierre, par M. Carrier-Belleuse, se terminant en gaines sur des consoles fleuries, soutiennent les retombées des nervures de la voûte en encorbellement, et divisent la paroi ouest en cinq travées, remplies par des bas-reliefs où sont personnifiées « la Gravure » (par M. Carlier), « la Sculpture » (par M. Victor Péter), « l'Architecture » (par M. Daniel Dupuis), « la Peinture » (par M. L. Martin), Une figure de Renommée (par M. Félon), également en bas-relief, orne le balcon, allégorisant ainsi la gloire acquise à la Ville de Paris par ces manifestations diverses de son génie artistique.

Sur le premier palier de l'escalier, deux niches abritent les figures de « la Justice «, par M. A. Mercié, et de « la Sécurité », par M. Delaplanche, placées au-dessous des bas-reliefs.

Au premier étage, sur la corniche, ornée d'une bande de feuillages qui continue autour de l'escalier la plinthe du balcon, et sur le sol de ce balcon, reposent des colonnes d'ordre composite, engagées dans des pilastres de même ordre. L'entablement de ces colonnes supporte les retombées de la voûte surbaissée, et les arcs-doubleaux des baies plein cintre, dont deux sont garnies d'une grande glace, trois sont percées de portes, à chambranle et fronton sculptés, desservant les Salons à arcades, le cabinet du Préfet de la Seine, et trois s'ouvrent sur une loggia qui met en communication le cabinet du Préfet et son secrétariat.

Les encoignures de la cage d'escalier et les entre-colonnes

2o6 LE NOUVEL HOTEL DE VILLE.

sont occupées par des groupes et par des figures, en pierre, représentant « les Lettres '> (par M. Schœnewerck), « les Sciences )> (par M. Mathurin Moreau), « l'Instruction» (par M. Schœnewerck), « l'Assistance publique » (par M. Mathurin Moreau), « l'Art » (par M. Mercié), et ■( le Commerce » (par M. Delaplanche). Il faut voir là, idéalement personnifiés, les grands services publics qui constituent l'Administration de la "Ville de Paris, chargée de pourvoir, par ses institutions nombreuses, écoles, musées, dispensaires, maisons de retraite, hospices, et hôpitaux, au développement social, intellectuel et moral de la population parisienne, et à sa protection contre la misère, contre la souffrance, et contre la mort.

La décoration sculpturale de l'Escalier d'honneur a coûté 117.000 francs, ainsi répartis: le Héraut d'armes de M. Frémiet, 24.000 francs; le monument de M. Ballu, 9.700 francs; les cariatides, 12.000 francs; les bas-reliefs, 24.000 francs; les groupes et les statues, 82.000 francs.

Pour la décoration picturale de l'Escalier d'honneur, il avait été, tout d'abord, fait choix de Paul Baudry ; mais le peintre mourut avant d avoir commencé les premières études. La commande fut attribuée à Elle Delaunay, que ses travaux décoratifs de rOpéra et du Conseil d'Etat désignaient comme le plus digne héritier de Paul Baudry; il n'eut qu'un seul concurrent, Puvis de Chavannes.

La Commission de décoration de l'Hôtel de Ville avait adopté, à l'unanimité, comme idée inspiratrice, » la Gloire de Paris )i, en spécifiant que l'escalier devait être la synthèse de l'idée, les trois Salons des Sciences, des Arts, et des Lettres, en constituant le développement, logique et harmonieux. Appelé devant la commission, Elie Delaunay déclara accepter le programme, tout en réclamant le droit d'y apporter les modifications que pourraient lui imposer les conditions imprévues du travail

L'ESCALIER D'HONNEUR

à exécuter. A la mort d'Élie Delaunay, qui n'avait fait que les esquisses de ses compositions, Puvis de Chavannes fut chargé de la décoration de l'Escalier d'honneur, à laquelle était affectée.

^.^.^^'wm^m^m.

ESCALIER D HON N EUR

LA JUSTICE, par M, A. Mercié,

sur les crédits votés par le Conseil municipal, une somme de 85. 000 francs. 11 y consacra trois ans : de 1888 à 1891.

Le maître a représenté, dans cette décoration, les Vertus de Paris, constituant dans leur ensemble la figure morale de la grande cité : le Patriotisme, la Charité, TArdeur artistique,

le Foyer intellectuel, l'Esprit, la Fantaisie, la Beauté, Flntrépidité, le Culte du souvenir, l'Industrie, l'Urbanité, la Générosité, et la Poésie. Le Patriotisme : c'est une femme, debout, majestueuse, personnifiant la Patrie, qui remet le drapeau national à un explo-

ESCALIER DHONNEUK.

PAKis ANciENj par Puvis de Clnvanncs.

rateur ; un génie, porteur de palmes et de couronnes de laurier pour les vainqueurs, se tient près d'elle. Une belle jeune fille tend la main à une pauvre mère de famille, accompagnée de ses enfants, qui grelottent de froid au pied d'un mur: c'est la Charité. L'Ardeur artistique se symbolise ainsi : devant une statue antique, — la Vénus de Vienne, — des étudiants dessinent.

L'ESCALIER D'HONNEUR

peignent, font de la musique, et rêvent à rimmortelie Beauté. Dans un jardin, aux pieds de la Science, assise sur un exèdre de marbre, et qui les éclaire avec son flambeau, un vieillard et deux jeunes gens étudient : ils allégorisent le Foyer intellectuel.

ESCALIER D HONNEUR

PARIS MODERNEj par Puvis dc Chavaniics .

Ces vertus primaires occupent les voussures de l'escalier. Deux jeunes filles sont assises au bord de la mer. Tune lit à sa compagne attentive une page d'un livre nouveau; une jolie femme, couchée indolemment parmi les fleurs, rappelle l'oiseau bleu qu'elle caressait, qui s'envole à tire-d'aile, et après lequel l'Amour court en vain; un génie souriant présente un miroir à

Page 1