IV. — Ressources du colon
En général, les terres du Nouvel-Ontario sont de bonne qualité.
Je n'ai sous les yeux qu'une statistique de 1897, laquelle, sous le nom de Northern Districts, comprend, outre le Nipissing et l'Algoma, les districts de Muskoka et de Parry Sound, dont la constitution tellurique semble la même. D'après cette statistique, les Northern Districts auraient produit, à l'acre, en blé de printemps 14 bushels et 8 dixièmes, et en orge 22 bushels et 9 dixièmes; alors que, pour les mêmes
grains, le Manitoba, c'est-à-dire la plus fertile province de l'Ouest, donnait 14,1 et 20,8 à l'acre.
Ce qui fait que l'émigration se porte de préférence vers l'Ouest canadien, c'est que la terre y est plus facile à défricher ; elle consiste surtout en prairies, que la charrue peut entamer directement ; tandis que, dans le Nouvel-Ontario, il faut, pour défricher, couper d'abord les repousses des arbres, les mettre en tas, les faire brûler, puis arracher les souches mortes et faire un dur labour à travers les racines.
Mais si l'existence du bois sur les terres du Nouvel- Ontario est un obstacle au défrichement, elle apporte cependant de sérieux avantages au colon. En effet, celui-ci peut, sur le demi-lot qu'il s'est choisi, couper pour son usage personnel, sans payer aucune redevance, tout le bois qui lui est nécessaire. Puis, lorsqu'il a résidé six mois sur son terrain et défriché deux acres, il a le droit de couper, pour le vendre, tout le bois de son terrain qu'il lui plaît, sauf le pin, et ce sans redevance. Quant au pin qu'il aura coupé pour ses défrichements, il a le droit de le vendre, en payant la redevance stipulée par la loi. Lorsqu'il a reçu son titre de propriété, le concessionnaire des bois du gouvernement dans le township (licensee) ne peut plus exploiter aucun bois chez lui, sauf le pin, et encore durant un an seulement.
Pendant l'hiver, dans le Nouvel-Ontario, le cultivateur a une ressource de travail qu'il ne trouverait pas dans l'Ouest; je veux parler du travail d'exploitation des bois. Nombreux sont les chantiers forestiers dans le Nouvel-Ontario ; ils occupent pendant l'hiver des centaines et des centaines d'ouvriers à des prix avantageux.
Deux émigrants français, avec qui j'avais fait la traversée en 1905 et qui, après être restés deux mois et demi à Montréal, sont venus sur mon conseil à Sudbury, ont été, dès leur débarquement du chemin de fer, embauchés pour un chantier des environs de Sudbury au prix de 28 dollars par mois, nourriture et logement en sus.
Les salaires dans le Nouvel-Ontario sont élevés, moins cependant que dans l'Ouest, Pour une journée
de dix heures, un manouvrier gagne d'un dollar et demi à 2 dollars, un maçon 3 dollars et demi, un charpentier même prix, un serrurier-forgeron et un mécanicien de 4 à 5 dollars. La pension d'un ouvrier étant de cinquante à soixante cents, il peut faire des économies, s'il se tient constamment à son travail et qu'il ne soit pas encore chargé de famille.
Enfin, l'ouvrier se repose toujours le dimanche; à ce sujet, la loi de l'Ontario est absolue : nul travail n'est permis le dimanche. L'observation du repos dominical est surveillée, non seulement par les pouvoirs publics, mais encore par une association spéciale.