VI. — Mines
Mais la grande industrie du Nouvel-Ontario, c'est l'industrie minière; ses richesses minérales sont considérables.
Les principaux métaux exploités sont l'or, l'argent, le cobalt, le nickel, le cuivre et le fer.
Or. — La production de l'or est en décroissance : en 1899, elle s'était élevée jusqu'à 424.000 dollars; en 4904, elle n'était plus que de 40.000 dollars. Néanmoins, les Rapports du Bureau des Mines sont remplis de détails sur les diverses mines d'or du Nouvel- Ontario.
Argent. — En compensation, la production de l'argent est en progression croissante. L'une des principales mines jusqu'en 1903 avait été celle de Silver Islet (l'Ilot d'Argent), près de Port-Arthur sur le lac Supérieur, mine dont le produit total a été de 3.500.000 dollars. Mais pendant les travaux du chemin de fer de Témiscaming, vers 1903, de magnifiques mines d'argent et de cobalt furent découvertes dans le bassin Nord-Ouest du lac Témiscaming, près de la station qui de cette découverte reçut le nom de Cobalt.
En 1904 et en 1905, ce fut vers cette région un exode de prospecteurs. De nombreux daims (1) ont été découverts et acquis du gouvernement en vertu de la loi des mines de l'Ontario.
L'exploitation a commencé dès 1904. Le minerai, qui contient de l'argent, du cobalt, du nickel et de l'arsenic, est en général expédié à New- York, pour y être fondu et les métaux ou métalloïdes affinés. Certains wagons de 20 tonnes de ce minerai ont valu jusqu'à 38.000 dollars, c'est-à-dire presque 10 francs le kilogramme. En janvier 1906, on avait déjà exporté pour 2 millions et demi de dollars de ce minerai, et il y en avait encore pour 1 million de dollars d'arraché.
Cobalt. — Les mines du Témiscaming sont les plus riches mines de cobalt connues. Auparavant c'était la Nouvelle-Calédonie qui produisait le plus de cobalt. La découverte des mines canadiennes a fait baisser le prix du cobalt. Aussi la banque de Rothschild de Londres, s'inquiétant de cette découverte, a, en décembre 1905, fait demander au Canada, à titre d'essai, plusieurs tonnes de minerai de cobalt du lac Témiscaming.
Nickel. — Les mines de nickel abondent dans la région de Sudbury, principalement au Sud-Ouest, à FOuestet au Nord ; mais une faible partie des mines est exploitée, tant à cause du manque de communication que par suite des limitations du marché.
L'extension de l'emploi de l'acier au nickel, l'adoption de la monnaie de nickel par le gouvernement de l'Inde anglaise, lequel a traité à ce sujet avec le gouvernement d'Ontario, vont sans doute donner un renouveau à la production de ce métal.
Il n'y a actuellement d'exploitées que les mines qui appartiennent à la Canadian Copper Company et à l'Orford Copper Company " de Copper-Cliff, à la Ludwig Mond Company, de Victoria Mine, et à l'Algoma Steel Company, de Sault-Sainte-Marie.
Mais il est question d'établir à Sudbury ou dans
(1) Le claim est la division territoriale spéciale aux minessa ; superficie actuellement est de 40 acres (16 hectares).
les environs un custom smelter, ou usine pour l'affinage des métaux à façon. Cette usine traiterait surtout le nickel, le cobalt et le fer. Les propriétaires de mines enverraient au custom smelter, soit leur minerai, soit leurs mattes de première fusion ; ils recevraient un bon de dépôt de leur matière première. Au custom smelter, on en déclarerait, après essai, la valeur approximative. Plus tard la matière affinée leur serait livrée contre le paiement de la façon d'affinage. Mais, en attendant, leur bon de dépôt serait un véritable warrant, qu'ils pourraient négocier en banque. Institution industrielle, doublée d'une institution financière, ce custom smelter, s'il était placé à Sudbury, développerait considérablement la production du nickel.
Il est probable que prochainement un tel custom smelter va être installé à Sudbury par le cessionnaire du brevet d'un Américain d'origine écossaise, — lequel m'a écrit avoir inventé un procédé électro-chimique très économique permettant d'extraire, à un degré de pureté presque parfait, le nickel, le cobalt et les autres métaux contenus dans un minerai quelconque.
Cuivre. — Le cuivre se trouve associé au nickel dans la plupart des mines de nickel ; il y a cependant des mines de cuivre seul dans le bassin du lac Huron et dans celui du lac Supérieur. Ce sont, en allant vers l'Ouest, les mines Massey et Hermina, près de la station de Massey au Sud-Ouest de Sudbury ; — du lac Wiskey à 15 milles au Nord de l'embouchure de la Spanish River ; — Bruce, à la station de Bruce Mines ; — Rising Sun, Copper Queen, Rock Lake, au Nord de Bruce Mines; — Stobie, près de Desbarats; Superior, Ranson, Taylor, au Nord de Sault-Sainte-Marie; Tip-Top et Black Bay, dans la région de Port- Arthur, et bien d'autres.
Tout récemment, en janvier dernier, sur la Blind River, qui se jette dans le lac Huron, à l'Est de Sault- Sainte-Marie, on a découvert des mines de cuivre d'une grande richesse, donnant à Fessai 12 0/0 de métal, et d'une extraction très facile ; car avec des instruments assez primitifs trois hommes arrachèrent deux tonnes de minerai par jour.
Fer. — Le Nouvel-Ontario possède des mines de fer considérables.
A l'Ouest de Port-Arthur, les montagnes de minerai d'Atikokan, desservies par le Ganadian Northern Railway, vont alimenter les hauts fourneaux que va élever à Port-Arthur l'Atikokan Iron Company, société au capital d'un million de dollars.
Dans la même région, il y a encore, à l'Ouest de Port-Arthur, les mines de Mattawi, puis, à 26 milles à l'Est, celle du lac Loon, qui semblent être une prolongation du grand district minier de Mesabi, du Minnesota (Etats-Unis); elles sont exploitées par une société au capital de 3 millions de dollars.
A l'embouchure de la rivière Nipigon, des dépôts de sable contenant 7 0/0 de fer sont traités à l'électricité par la North Shore Réduction Company.
Au Nord, près du lac Nipigon, il y a les mines du lac Black Sturgeon, qui ont donné à l'essai 53 et 60 0/0 de fer; puis, à 150 milles à TEst de Port-Arthur, les mines du lac Jack Fish, propriété de l'Argenteuil Mining Company.
Plus à l'Est encore, on rencontre le vaste bassin de Michipicoton, dont les mines principales portent le nom de Frances, d'Hélène et de Joséphine, donnent de 40 à 64 0/0 de fer pur, et alimentent les hauts fourneaux de l'Algoma Steel Company à Sault- Sainte-Marie.
Sur le chemin de fer de l'Algoma central, sont les mines Williams, propriété d'une Société au capital de 3 millions de dollars.
Dans les montagnes qui bordent la côte Nord-Ouest du lac Huron, on a découvert maints filons ferrifères qui paraissent importants.
Mais un des dépôts ferriques les plus considérables est celui du township de Hutton et environs, à 25 milles au Nord de Sudbury ; il y a là une montagne, la Moose Mountain, qui contient en grande masse un minerai magnétique dosant de 60 à 64 0/0 de fer. La plupart des daims de Hutton sont possédés ou contrôlés par M. Chase S. Osborne, de Sault-
Sainte-Marie (Michigan) (1). Les recherches faites en 1902 pour le développement de ces mines ont coûté environ 100.000 dollars.
Jusqu'à présent, aucune exploitation n'avait été commencée faute de moyens de transport. Mais, depuis février dernier, une équipe de mineurs s'est installée à la Moose Mountain, car on assure que prochainement un chemin de fer va relier cette mine à Sudbury, puis au port de Killarney sur le lac Huron.
Des mines de fer importantes ont encore été découvertes sur les bords du lac Temagami, ainsi que dans le township de Boston, à 30 milles environ au Nord du lac Témiscaming, enfin dans le bassin des rivières qui se jettent dans la baie d'Hudson, où elles sont entremêlées à des mines de lignite. Mais aucune exploitation de ces mines n'a encore été tentée, les moyens de transport faisant défaut.