‹ Le nouvel OrphéeChapitre 3 sur 56 · IT · texte numérisé non relu

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CHARLOT, pour réaliser son rêve : être poète, a pris l’Orient- Express pour le Mont Parnasse. A chaque instant, il se penche par la portière pour contempler le paysage avec une grosse lunette d'approche. Ensuite il crayonne fiévreusement.

CHARLOT, monologue. — Être inspiré, veut dire ; ne rien penser !

Attendre qu’un crépuscule t’inonde comme un shampooing Coupe les fils du cerveau !

Assieds-toi sur un nuage de peluche rouge Et cherche ta forme Elle est la glèbe de la réalité Autour du petit corps de dieu et du saint esprit !

Il reprend la lunette et regarde des Alpes. Pics de neige. Glaciers. Ravins. Torrents. Chamois qui égratignent le ciel. Film géant.

Est-ce là toute la poésie ?

J'étais mieux inspiré par les cartes postales de Suisse Élégie rose du Mont Cervin

Les soirs d'hiver dans ma petite ville de Pologne Devant les vitrines des papeteries !

Gloire des Alpes ! Ivresse du globe! Cycle des planètes ! À quinze ans j'étais poète ! Et maintenant ...

Autre paysage: morne prairie. Remblai de chemin-de-fer. Poteaux télégraphiques. Petite maisonnette de garde-voie avec un sureau et un gros tourne-sol. Une forme humaine: placide et humble.

CHARLOT. — Seule la parole est métaphysique ! Petit tous-les-jours : que je te divinise !

Herbe : grandiose comme une lance dans le flanc de

Dieu

Clochette bleue qui sonne toutes les résurrections ! Les fleurs chuchotent à l’oreille du vent : attends, Attends-moi une petite éternité, Dans deux mille ans, demain : tu seras Moi !

Est-ce vrai, qu’elles se parlent ?

Pauvre poète, la nature est stoïque !

Et pourtant elle souffre, et je souffre comme elle !

11 se gratte un instant, puis il écrit le poème qui apparaît en grosses lettres sur l'écran :

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