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CHARLOT, pour réaliser son rêve : être poète, a pris l’Orient- Express pour le Mont Parnasse. A chaque instant, il se penche par la portière pour contempler le paysage avec une grosse lunette d'approche. Ensuite il crayonne fiévreusement.
CHARLOT, monologue. — Être inspiré, veut dire ; ne rien penser !
Attendre qu’un crépuscule t’inonde comme un shampooing Coupe les fils du cerveau !
Assieds-toi sur un nuage de peluche rouge Et cherche ta forme Elle est la glèbe de la réalité Autour du petit corps de dieu et du saint esprit !
Il reprend la lunette et regarde des Alpes. Pics de neige. Glaciers. Ravins. Torrents. Chamois qui égratignent le ciel. Film géant.
Est-ce là toute la poésie ?
J'étais mieux inspiré par les cartes postales de Suisse Élégie rose du Mont Cervin
Les soirs d'hiver dans ma petite ville de Pologne Devant les vitrines des papeteries !
Gloire des Alpes ! Ivresse du globe! Cycle des planètes ! À quinze ans j'étais poète ! Et maintenant ...
Autre paysage: morne prairie. Remblai de chemin-de-fer. Poteaux télégraphiques. Petite maisonnette de garde-voie avec un sureau et un gros tourne-sol. Une forme humaine: placide et humble.
CHARLOT. — Seule la parole est métaphysique ! Petit tous-les-jours : que je te divinise !
Herbe : grandiose comme une lance dans le flanc de
Dieu
Clochette bleue qui sonne toutes les résurrections ! Les fleurs chuchotent à l’oreille du vent : attends, Attends-moi une petite éternité, Dans deux mille ans, demain : tu seras Moi !
Est-ce vrai, qu’elles se parlent ?
Pauvre poète, la nature est stoïque !
Et pourtant elle souffre, et je souffre comme elle !
11 se gratte un instant, puis il écrit le poème qui apparaît en grosses lettres sur l'écran :