ÉDITION DU MATIN
Les mats de Paris craquent :
O navire de granit
Romps les amarres, les toiles nienées
Où la lune guettait les étoiles-mouches . .
Libres
Les tours gothiques balancent dans un vent rose Leurs cloches cassent la faïence du ciel
Les anges se frottent les yeux
Couvents transis
Les chambres dans les couloirs
Ont peur
Odeur chaude de café au lait —
Le Christ boutonne ses chaussures
Les premiers tramways mal éveillés Attendent les dernières femmes du bal Et les petites filles au corset mal fermé.
De gros ours pataugent dans la Seine
Mais déjà des hirondelles
Frétillent dans la poêle du ciel
Un café Biard cligne de l’œil
Devant les gares de grands corbeaux blancs Tournent autour des perrons
« Matin » « Humanité »
Les têtes lourdes ballottent dans le métro On s’y chauffe comme dans un asyle
En ce moment
Une tête bien frisée
(Photographie en première page)
Roule derrière la prison
Pauvre homme !
Mais nos petits pains sont beurrés.
sue 185 ee