LIL
Ils entrent tous deux au buffet de la gare, qui est désert. Seule dans un coin, la famille du chef de gare dine. Charlot regarde la table avec convoitise. Il danse la marche de la faim avec ses gros souliers, Ses dons acrobatiques lui reviennent: il escalade les murs, monte et redescend plusieurs fois, fait semblant de glisser, tombe sur la table. Mais le chef de gare ne s’aperçoit de rien et continue à ronger une côtelette. Subitement, sa femme lève les bras en l'air et embrasse Charlot.
LA FEMME DU CHEF DE GARE. — Christ et Marie : mais c’est Charlie !
Toi, mon enfant, mon alouette, mon hippopotame ! Te rappelles-tu notre jeunesse ?
Ah, tu peux le dire: t’étais mon premier ! et nous avions 6 ans !
Charlot sourit timidement.
Tu as mauvaise mine, comme tous ceux qui passent par ici, Tu cherches des lauriers ! Moi j'aime mieux les géraniums.
Dîneras-tu avec nous ?
Charlot fait: Non, de la tête, mais s’assied aussitôt à table. Le chef de gare lance des regards furieux à sa femme, puis pose une mince tranche de pain dans l'assiette de Charlot, sans lui adresser la parole. Elle lui fait en même temps du pied. Charlot sourit et tourne sa tranche de pain sur son assiette, en considère la transparence et sort un pèse-lettre de sa poche.
CHARLOT. — Vraiment, vous êtes trop bons!
N’avez-vous pas une feuille de chrysanthème ? Comme je suis devenu poète . ..
LE CHEF DE GARE, vivement. — Nous avons quelques roses fanées ! C’est très nourrissant !
Il se sert une grosse moitié de chou-fleur.
CHARLOT. — Cette rose va être trop copieuse pour ma faim.
N’auriez-vous pas un grain de mimosa ?
La biche vient à lui et pose son museau sur son bras. Elle le console, il se redresse, et d’une main très faible, il écrit sur le Menu un poème :
(en grandes lettres à l'écran)