ACTE DEUXIÈME, SCÈNE II
LORNOY
Et en nous redonnant toute ta confiance, en nous parlant à cœur ouvert... Voyons, où en es-tu? Que comptes-tu faire?...
HENRIETTE
Je venais justement vous le dire... {S'asseyant.) Je ne voudrais pas vous contrarier, mais je dois vous avouer que le séjour ici ne m'a pas fait grand bien. Peut-être est-ce trop près de Paris. Tous nos amis sont à Trouville. Je me sens dans un voisinage qui me rappelle trop de choses... Ce n'est pas l'apaisement que j'espérais... Enfin, je désire partir et je me suis décidée à voyager.
LORNOY-
Voyager!
LORNOY
Mais c'est impossible ! . . .
HENRIETTE
Pourquoi? Je suis persuadée que le voyage me sera excellent. Je sens que j'ai besoin de fatiguer ma pensée, de la distraire. C'est assez naturel. Quel empêchement voyezvous ?
Ta situation vis-à-vis d'André !
LORNOY
Une situation qui n'est pas définie...
HENRIETTE
Pas pour le monde, peut-être; mais elle ne peut pas
être plus clairement définie pour moi, je vous assure...
LORNOY
Elle ne t'interdit pas moins de te dérober k une explication...
HENRIETTE
Qui serait inutile! Nous nous son\^les tout dit!
LORNOY
Et cela ne compte pour rien. Vous vous êtes parlé dans Taffolement, sans pouvoir comprendre, ni seulement entendre les paroles que vous échangiez...
n^ENRIETTE
Elles n'en étaient que plus sincères...
MAI>AME LORNOY
Et, par conséquent, plus irréfléchies. Elles ne peuvent donc pas être définitives. Songe que l'indulgence est un devoir, pour nous autres femmes surtout, et un devoir très doux...
L'indulgence ne nous donne pas l'oubli...
MADAME LÔRNOY
Elle le rend plus facile, et c'est pour cela qu'il faut en être prodigue, d'indulgence, car personne n'est à l'abri des surprises ni des faiblesses...
HENRIETTE
Vous m'obligez à en revenir à ce que je vous ai dit. Je désire partir le plus tôt possible...