LE DANGER IMAGINAIRE ET LE DANGER RÉEL
Tant que la France n'avait, pour maintenir le pair bimétallique, qu'à faire face aux hasards de la production des mines, tantôt plus favorables à l'or, tantôt plus favorables à l'argent, elle n'a pas reculé. Elle a reculé en 1873 devant la proscription partout prononcée contre l'argent, et devant la menace de rester sans or chez elle si elle continuait à prendre l'argent allemand en donnant de l'or. Non pas
qu'elle eût une vénération particulière pour l'or. Mais elle ne pouvait rester, elle seule, privée du métal qui aurait été la monnaie exclusive de l'Europe et des États-Unis. La détermination prise par la France de s'interdire jusqu'à nouvel ordre le monnayage de l'argent ne prouve rien contre la puissance du bimétallisme. Tout au plus si elle prouvait quelque chose, elle prouverait qu'un État ne peut pas à lui tout seul garantir la durée indéfinie du pair bimétallique, si tous les grands États veulent adopter le même monométallisme.
Mais aujourd'hui il ne s'agit pas de rétablir le pair bimétallique en France, il s'agit de stipuler le pair bimétallique international. Qu'objecte-t-on ? Rien nulle part, mais on dit en Angleterre qu'un traité bimétallique international serait fragile et qu'on pourrait le violer. Si cette objection était valable, on ne devrait ja-
mais signer aucun traité. Mais s'il y a un traité qui serait à l'abri de toute violation, c'est précisément le traité bimétallique, car aucun État n'aurait jamais intérêt à le violer. L'Allemagne s'est bien aperçue des pertes qu'elle faisait en démonétisant l'argent, et elle a cessé de le démonétiser. Et c'était en temps de paix.
Un grand État qui démonétise fait inévitablement de grandes pertes. C'est surtout en temps de guerre qu'aucun État ne voudrait démonétiser sa monnaie pour la vendre au rabais comme métal brut.
Qui garantit à la Grande-Bretagne que la France, ou l'Allemagne, ou la Hollande ne jetteront jamais sur le marché de Londres ou n'enverront pas directement en Asie quelques fortes parties d'argent démonétisé? Qui garantit à la Grande-Bretagne que le Bland MU ne sera jamais abrogé? Dans un cas comme dans l'autre la roupie tomberait à un schelling, à
dix pences et à moins. Là est le vrai danger. On ne peut le conjurer que par des engagements bimétalliques internationaux.
Octobre 4887.
9187. — PARIS. — iMP. V* £thiou Pérou et fils, rdb de damiette,2 et 4.
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