‹ Le Palais de justice et la Sainte-Chapelle de ParisChapitre 18 sur 123 · LA GRAND'SALLE · texte numérisé non relu

LA GRAND'SALLE

On peut dire que dans la Grand'Salle du Palais se déroulait toute l'histoire de France. Cette longue suite de statues de rois, peintes d'or et d'azur, qui, accrochées à chaque pilier de la double nef gothique, à plus de cinq mètres du sol, semblaient présider à toutes les cérémonies variées dont cette salle était le théâtre, fournit dès 1822 à Jean de Jandun l'occasion d'écrire cjuelques lignes admiratives. Debout, tenant le sceptre et la main de justice, ces souverains ne se présentaient pas tous dans la même attitude : on affirmait autrefois, avec autant de naïveté que d'assurance, que ceux qui avaient le bras en l'air étaient les princes vertueux et valeureux dont l'âme penche vers le ciel, et-que ceux qui avaient les mains tombantes étaient les souverains malheureux ou les rois fainéants. La série des statues commençait à la table

de marbre, entre deux grandes verrières, du côté de l'ouest, par Pharamond, Clodion, Mérovée, et se poursuivait par tous les rois mérovingiens à l'exception des princes austrasiens ; des inscriptions gravées sur le mur auprès de chacune des statues indiquaient leurs noms avec des dates et leurs fdiations. Le curieux trouvera le texte de ces inscriptions dans le livre de Nicolas Bonfons ^ Leurs auteurs se sont inspirés de la compilation composée par le moine Yves à Saint- Denis et offerte au roi en i3i7-, si même ils ne se sont pas adressés à lui directement^, car les plus anciennes statues dataient de l'époque de Philippe le Bel. Et ce qui, s'il en était besoin, en fournit la preuve certaine, c'est la particulière façon de compter la succession des rois de France qui a consisté à passer sous silence les successeurs de Louis le Bègue (Louis III et Carloman, Charles le Gros, Robert et Raoul), regardés comme usurpateurs, et à considérer Louis d'Outremer comme Louis III, et par conséquent Louis le Hutin comme étant Louis IX; par contre le fils de Louis le Gros, Philippe, associé à la royauté et décédé avant son père (i i3i), était compté pour un souverain avec le titre de Philippe II, ce qui amenait à considérer Philippe Auguste comme Philippe III et ainsi de suite jusqu'à Philippe de Valois appelé Philippe VII. Un tel bouleversement de la numérotation, adopté par un historien, eut ainsi sa répercussion sur les murs de la Grand'Salle. On y voyait quelques-uns de ces monarques dans des poses qui les faisaient reconnaître sûrement : Pépin le Bref était juché

I. Nouvelles éditions des Antiqailez de G. Corrozet, parues en 1676 et i58i : cf. Bibliothèque nationale, ms. français 6734.

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