RiSlDElS'CKS 11ÛYAL£S
Bordeaux dans le jardin du Trocadéro , il demandai t au jardinier le nom de diverses fleurs. Cependant il envoya M. Mennecliet, son lecteur, chercher aux Tuileries un petit coffret à la possession duquel il attachait un prix mystérieux.
La nuit du a8 au 39 juillet fut sanglante et dé* cisive ; et, jeudi matin , le peuple triomphait partout'.C'est alors que le marquis de Sémonville et le comte d'Argout arrivèrent aux Tuileries , où ils eurent avec le prince de Polignac cette entrevue dans laqueUe M. de SëmonvUie le supplia de se retirer, et sur son refus , lui reprocha dans les termes les plus énergiques , d*étre Tunique cause des malheurs de la capitale et des péi ils de la royauté. « Monsieur, lui dit-il, quand on veut dé- « fendre une dynastie, on ne la tue pas. » Le prince de Polignac s'emporta et sortit brusquement du salon. M. de Sémonville conseilla alors au duc de Raguse de le faire arrêter. — « Je n'en a ai pas le droit, répondit le maréchal ; mais per- « mette£-moi de vous supplier de vous rendre , n M. d*4rgout et vous , à Saint»Cloud. Votre té- (f moignage^ ne peut être que d'un grand poids
> Le lieutenant général comte Âlexaiulrc de Girardio était v«iiu, à six heures du matin, de la part du roi , engager le duc de Raguse à se concentrer à la barrière de l'Étoile , et à tenir bon ; mais la garde était épuisée de fatigues.
L£ PALiklS DE 8iLlXfT-CLOUJ>. 343
« auprès de S. M. » — MM. de Sémonville et d'A.rgout le promirent.
Le maréchal, après la prise du Louvre, de la caserne de Babylone, et du palais des Tuileries par les colonnes parisiennes , songeait lui-même à la retraite , lorsqu'il reçut cette lettre du Dauphin :
« Mon cousin , le roi m' ayant donné le commandement en chef de ses troupes ' , je vous donne l'ordre de vous retirer avec toutes les troupes sur Saiut-Cloud. Vous y servirez sous mes ordres. Je vous charge en même temps de prendre les mesures nécessaires pour faire transporter à Saint-Cloud toutes les valeurs du trésor royal. Vous voudrez bien prévenir immédiatement les troupes qu'elles ont passé sous mon commandement.
ce LoUlS-AUTOIIfE.
<c De mon quartier général à Saint-Gloud , le
29 juillet iÔ3o.»
La garde royale en se repliant sur Saint-Cloud
s'arrêta au bout du bois de Boulogne , où le Dauphin vint la passer en revue. « Monseigneur, a lui dit le général Talon , il n'y a qu'une chose « à faire; c'est de faire volte-face el de marcher (c sur les Tuileries ; donnez-moi l'ordre de les re« «prendre y et V. Â. R. y couchera ce soir.» Le
' Dans un petit conseil tenu Jeudi matin, à Saint-Cloud.
Digitizeo lj oOOgle
344 R£Sil)J^Xi:5 llOYALKS.
Dauphin s'aboucha avec le duc de Raguse, et
les ttoupes eurent ordre de se diriger, non sur les Tuileries y mais sur Saint-Cloud.
Cette retraite ne troubla point Fincroyable quielisnie de Cliarles X. « Ce n'est rien , » disait-il encore au duc de Mortemart qui le conjurait de veiller à la sûreté de sa couronne ; « d*ail* a leurs , je ne reculerai pas d une semelle. »
bur ces entrefaites^ arrivent MM. de Sémonville et d'Ârgout ; ils sont reçus par le roi. aSire, » lui dit Sénioii\ille après a\oir fait le laJ:>leau des malheurs de la guerre civile ^ « si le roi ne prend pas « le parti de révoquer les ordonnances et de chan* « ger son minislère, demain peut-être il n'y aura « plus ni roi y ni dauphin, ni duc de Bordeaux. »— «Je ne le crois pas, Monsieur, répondit le roi.... « Mon frère, Louis XVI, n'a péi i que par laïbiesse.
Dans tous les cas , je suis prêt à paraître devant M Dieu. » — « Mais, sire, que V. M. daigne songer « à madame iaJJauphine! » A ce nom, Charles X, laissant tomber sa tête sur sa poitrine : « £h bien, « dit-il d'une voix émue , je vais dire à mon fils « d'assembler le conseil. »
Les ministres, qui étaient revenus à Saint- Gloud , résignent leurs portefeuilles , et conseil-» lent au voï de confier au duc de Mortemart le soin de composer un nouveau ministère. duc demanda carte blanche pour le choix de ses col-
Oigitized
lègues; on lui accorda Casimir Perrier et le général Gérard. 11 demanda le rapport des oi donnances, et la convocation des chambres pour le 3 août ; on y consentit : il accepta.
Mais il n'était plus temps; 1 iusurreclion parisienne s'était organisée. Les troupes de ligne avaient écouté la voix de leurs anciens frères d*armes, et notaonnent d un ancien aide de camp du maréchal Ney, le colonel, depuis général Heymès; et les 5* et 53« régiments étaient entrés tambour baUanl dans la cour de riiôtel de M. Laffitte; le général la Fayette, enchanté de voir rajeunir 1789 , s'était mis à la téte de la garde nationale ; le général Gérard, en babil de lieutenant général, avait pris le commandement des troupes; le général Pajol , aussi en uniforme , avait visité , à cbeval , tous les postes ; enfin, une commission municipale, composée de MM. Gasi* mîr Perrier, Laffitte , de Schonen , Audry de Piiyraveau, Mauguin et Odillon-Barrot , s'était installée à I hètel de ville.
Cest là qu'à leur retour de Saint-Cloud, se dirigent MM. d'Argout et de Sémonville; au cri de Fii^e la Charte! les barricades s'abaissent devant leurs pas. — »c Victoire! s'écriait Sémonville, c< les ordonnances sont rapportées! » 11 répète la même phrase devant la commission municipale. « Il est trop tard, réplique M. de Schonen ;
jqÔ hÉSIDiiJNCES ROYALIiS.
« le sang versé crie vengeance ; Charles X a cessé « de régner. » — « Mais , reprend M. d*Ârgout , « le roi a choisi de nouveaux ministres, le duc « de Morfemart 9 le général Gérard ^ Casimir Pérît riei*.— Avefrvous l'ordonnance qui les nomme? « — Non. — £h bien , nous attendrons et nous ver- • « rons. »
Ces messieurs passent chez le général la Fayette qui était aussi établi à l'hôLei de ville. — « Eli « bien y lui dit le général, s'exécute-t<on enfin à « Saint-Clotid? y prend-on la cocarde nationale? a — Pas encore. — Obi ce u est plus la peine à « présent. »
Et Sémonville, peu satisfait de son voyage, retourne au Luxembourg , tandis que M. d'Argout va chez M. Laffitte porter la même nouvelle , qui est accueillie avec la même indifférence.
C'est que la journée du jeudi avait assuré la victoire du peuple. Déjà on ne voulait plus compter avec Charles X , et quatre partis étaient prêts à se disputer son liéritage. L'un, composé de ces esprits modérés et tranquilles, qui aiment la paix et les choses établies, ne désirait que le changement du ministère et le cours légal de la Charte constitutionnelle; le second, agité des souvenirs de notre vieille gloire, songeait à INapoléon 11; le troisième, plus jeune, plus ardent , exalté par la présence de la Fayette
LE DE SAIMT-CLOLD. 047
et par Famour de la liberté, espérait le retour
de la république; le quatrième, enfin, pensait qu'un prince qui avait combattu pour la liberté sous le drapeau tricolore et n'avait jamais porté les armes contre son pays; un prince mûri par l'expérience et doué de toutes les vertus de famille, serait une transition plus &cile, plus heureuse , et offrirait à la France plus de garanties : cette opinion penchait pour une révolution analogue à celle de 1688. Elle s'était déjà produite , même avant les ordonnances, dans le Na- Uonal sous la plume deM.Thiers^; et , le mercredi matin, juillet, dans une réunion chez M. Guizut, a lacjuelle assistaient Casimir Perrier, Carrel, et MM. le duc de Broglie, Thiers, Mignet et Rémusat , elle avait été présentée de nouveau ; mais Casimir Perrier , entre autres, n avait pas
• Le célèbre article sur 1 688 avait fait dire que le National avait été londé aux frais tlu duc d'Orléans, et i\uQ deux personnes de sa maison y travaillaient. C'est une des mille et nne erreurs répandues pour &ire croire que ce prince avait de longue main préparé la révolution qui Ta porté au trône. M. Thiers a dit plus d'une fois, avec toute vérité : « Je n*a- « vais jamais vu le prince; et ma devise était ^wiir bd et sans « lui. »
* 11 disait à cette époque : « Si les Bourbons savent at- « tendre, ils pourront encore durer; s'ils attaquent, ils sont « perdus. »
348 R£S[1>£NC£S ROYAL tiS.
trouvé les esprits assez préparés à un pareil changement.
Les événements avaient marché dans quarante-huit heures avec une telle rapidité; il y avait dans l'atmosphère politique quelque chose qui désignait si hautement le duc d'Orléans au choix, de la nation , que , lorsque vendredi matin j chez M. Laffitte , on prononça son nom , il fut accueilli avec autant de satisfaction que de confiance. On citait plusieurs faits particuliers qui semblaient attester que tel était aussi le vœu secret de la population; on racontait que chez Farmurier Lepage , on avait effacé les mots Jltesse Royale et qu'on avait laissé subsister le nom du duc d'Orléans ; que le Pidais- Royal avait été gardé spontanément par des citoyens et des gardes nationaux ; qu'une personne de la maison du prince, arrêtée dans son cabriolet à la barrière Monceaux, par le commandant d'un poste improvisé , avait été relâchée aussitôt qii elle avait dit se rendre à Neuilly chez le duc d'Orléans ' ; qu'enfin le duc de Chartres avait été à Montrouge l'objet de la sollicitude populaire.
■ Ce rommandant était un jeune homme qui avait emprunté son étrange costume à un théâtre de la banlieue. Il avait un chapeau à la Henri IV, avec des plumes de coq, des moustaches postiches et uii sabre romain.
Ce jeune prince était à Joigny avec le premier régiment de hussards dont il était colonel. Sur une lettre qui l'appelait au sein de sa famille , il était parti dans une voiture de poste à quatre chevaux, avec le général fiaudrand et le secrétaire de ses commandements , M. de Boismilon. Le 3o au matin, il arrive à Montrouge. La populalioii en armes l'entoure, et le maire ^ auquel il se fait connaître, ordonne de conduire sa voiture dans la cour d'une auberge voisine de la poste. <i Monseigneur , lui dit-il alors, dans votre propre « intérêt, comme pour ma responsabilité person* «nelle, jene puis vous laisser continuer votre « route , sans avoir un laissez-passer de M. de la « Fayette ou du généra] Gérard, qui tous les deux « commandent à l 'ai is. » Le prince charge M. de Boismilon de se rendre à Thètel de ville ; on lui donne pour l'accompagner un capitaine de la garde nationale en uniforme. M. de Boismilon part , mais, arrivé à l'hôtel de ville , il perd dans la foule son conducteur. Il se présente seul à M. d( la Fayette, qui était ëtahii dans les appartements où M. le comte de Rambuteau , préfet de la Seine, donne aujourd'hui ses bals; il lui raconte la position du duc de Chartres et lui demande un laisses^passer pour se rendre à Neuilly. «Certainement, répond le générai; le duc de « Chartres est citoyen , et tous les citoyens sont
35o R^SIDEUCRS ROYALES.
tt libres de voyager. » A 1 instant oui! allait signer le permis , un de ses aides de camp et plusieui-s autres personnes Tentourent , lui disent que le peuple s'agite sur la place , qu'on parle déjà d'un nouveau roi , et que sa présence seule peut calmer cette fermentation ; ils entraînent le général sur le balcon.
A son retour, et sous cette impression , il dit à M. de Boismilon :«yous le voyez; avant de «vous remettre le laissez-passer, il faut que j'en « délibère ; ]» et en effet , il s'enferme avec quelquesuns de ses amis : MM. Odilon-Barrot et Comte étaient du uoiubre. Au bout d'une heure, Comte parait avec le permis et une lettre qu'il se réserve de porter lui-même au prince, auquel il doit par* 1er. M. de Boismilon sort avec lui de l'hôtel de ville I retrouve, par le plus gt and des hasards j sous Tarcade St-Jean , son capitaine de garde nationale , et se dirige à pied vers Montrous^e.
Le duc de Chartres n'était plus dans Tauberge où d'abord on avait placé sa voiture. Le maire Tavait conduit dans sa maison de campagne; le prince y avait diné» et causait avec MM. Agier et Tnbert ^ députés ^ qui , arrivant de leur département , et surpris de la foule dont la route était remplie , s'étaient arrêtés à Montrouge , lorsque M. de Boismilon et Comte arrivèrent. Comte eut avec le duc de Chartres un entretien secret , et après
LE PA.LAfS DE $A.INT*GLOUD. 35 1
son départ , le pi ince prit le pai li de retourner à Joigny. k la hauteur de Sens, il vit venir sur la route un courrier; il se douta que ce pouvait être celui de madame la Daiiphine (|ui revenait de Dijon. En effet , il reconnut la princesse dans une voiture qui suivait de près, et dont la simplicité était extrême^. I.ile demanda au duc de Chartres des nouvelles de Paris. « Je n'ai pas pu y en- «ctrer, madame, mais j'ai vu de loin le drapeau « tricolore flotter sur tous les édifices. — Et le a roi ? — il est à Saint-Cloud. — Je vais le rejoin- <c dre. — Je conseille à V. Â. R. de ne pas prendre « le même chemin que moi; et, si Elle veut être « sûre d'arriver, Elle fera sagement de tourner à « la croix de Berny. » — £t les deux illustres interlocuteurs se saluèrent, pour la dernière fois!
Lesmoments étaient précieux. Il fallait s'assurer du consentement du duc d'Orléans. MM. Thiers , Dupin , Persil , de Rigny , vont à Neuilly. Le prince était absent; il avait cru devoir se rendre à cheval au Raincy ^. « Mais, » s'écria S. A. R. madame Adé-
* C'était UD officier des gardes, déguisé, qui était sur le
siège.
* Dans cette course, un pavsati aperçoit le prince et son aide de camp dans les champs d'Auhcrviliiers : « Dites donc, «I vous autres, leur cria-t-il, est-ce que vous allez chercher le « j>etit bonhomme? Je gage que tous êtes pour Napoléon II et « la cocarde tricolore? — Cette cocarde me ptait beaucoup, »
35 a RESIDENCES ROYALFS.
laide, après un long enuelien avec M. Thiers, a si la présence d'une personne de la maison «( d'Orléans pouvait , comme vous le dites, tout « calmer et tout guérir, j'irais à Paiis, et jede- « viendrais ce que Dieu voudra * ! »
La démarche officielle de la chambre des députes devait enfin mettre un ternie aux incertitudes; mais tandis qu'on parlait au paiaisBourbon de déférer la lieutenance générale au duc d'Orléans; tandis qu'on y nommait cinq commissaires pour s entendre h cet égard avec la chambre des pairs, le duc de Mortemart, revenu à grand'peine de Saint-Cloud , s'était rendu à pied chez M. de Sémonville , où il trouva une vingtaine de pairs rassemblés. « 11 ÙLUi avant tout , lui dit <tM. deSémonville, communiquer les nouvelles a ordonnances à la chambre des députes ; mais, a mon cher duc, vous êtes malade , harassé de face tigue; priez lecomte de Sussy de vous suppléer.»
Le comte de Sussy se rend au palais Bourbon; M. LafHtte, président, lit ces pièces, maïs
répondit le prince en souriant; et il poursuivit son chemin.
Plus loin, il tut reconnu, du côté de Bondy, par plusieui^ personnes, qui crièrent Five le duc d'Oriéans!
I Nous réservons pour lliistoire spéciale de Neuilly les
détails des faits particuliers qui se passèrent à cette époque dans cette lésidence.
seiiItTnent à dire de documents historiques De là, M. de Siissy va à Thètel de ville, où il trouve le général la Fayelte enlouré de ce corlége qu'il aimait j c'est-à-dire, d'une foule d'officiers, de citoyens, de gardes nationaux , d'ouvriers. « J'ap- « porte , lui dit-il , les ordonnances qui révoquent a celles du a5 juillet, et qui nomment un autre « ministère. — Qu'est-ce que cela ? s'écrie la foule «c qui se pressait autour du général. Un acte de « Charles X? Mais Charles X a cessé de l égner; a il n'y a plus de Bourbons ^ ! — Vous le voyez, « dit M. de la Fayette, c^en est fait des Bourbons, « il n'y a plus à s occuper de ce qui vient de <c Saint-Cloud. »
M. de Sussy n'est pas plus heureux auprès de la commission municipale. « Nous n'avons rien à démêler avec Charles X dit Audry de Puyra-
' Sur la proposition de Beajamin Constant. '
a Ce nom, en effet, proscrit pai 1 iriitatiun publique, et.iit même devenu un ohsiacle pour le^ purtisans du duc d'Oi léans. L\iu d eux, ancien ministre à Naples, imagina de dire que le duc d'Orléans n'était pas un Bourbon , mais un Fahis, et qu'il descendait de Loui* JlJJ, due d'Orléans, Père du peuple. Le mot fit fortune, et plusieurs placards affichés sur les murs de Paris, le reproduisirent et le rendirent po pulaîrt*.
' La conimissicn munic ipale puljlia, le vendredi 3o, une procianiution de déchéance contre Charles X.
354 RÉSIDENCES BOTALCS.
« veau ; reprenez \os ordonnances; » et M. de Sussy se retire , n'emportant , pour fruit de sa mission , c|a'un reçu du général la Fayette pour servit de décharge au duc de Aloi U iuart.
Cependant la cour de Saint-Cloud avait tout espéré de cette démarche; et dans la pensée de ressaisir, apic^ ([uelques concessions passagères, son premier ascendant, elle cherchait à entretenir, par des gratifications et des éloges, le zèle (le la garde royale, et à préserver les troupes de Tespril contagieux des régiments qui avaient tra> ternisé avec le peuple. Cest dans ce double but que le Dauphin leur adressa cet ordre du jour :
a Soldats,
if Vous avez noblement soutenu les dangers
« et les fatigues des journées qui viennent de se ce passer; vous avez rempli avec le zèle et Ténerct gie qu'on attendait de vous, vos devoirs envers « la patrie. C'est la cause de l'ordre (jue vous c< défende/; c'est ia France que vous protégez « contre des hommes égarés. Continuez à soutenir « avec constance et la \igueiu' qui con\it nl ce au soldat français, ia lutte que vous avez corn- <c mencée. La France l'attend de vous , et VEu- « rope entière a les yeux sur vous. Le roi m'a « nommé commandant eu chef de ses troupes; « vous me verrez toujours à votre téte! L'union
tt et la discipline sont la force des aimées. Offi- « cîers, rappelez-le à vos soldats.... et vous, sol-
u dat s, suivez la trace de vos officiers : ils ne vous «c conduiront jamais que dans les routes de Thou- «t neur et du devoir!
« Le roi iiu charge de vous 1 1 mercier de votre « dévouement.
« Au chcileau de Saint-Clou d , 3o juillet iS3o.
« Le commandant en chef,
a LoUIS-ÀNTOmE. »
Dans le même moment, le duc de Raguse, voyant que la lulie était devenue inégale, ou malheureux d'avoir été forcé de faire* verser tant de sang français, publiait un autre ordre du jour, où il disait aux troupes que le roi renonçait à combattre, et que S. M. n'aurait plus be* soin de leurs services que pour la défense de sa personne. Les généraux Talon et Saint- Chamans vont, tout surpris, porter cet ordre du jour au Dauphin. « Monseigneur, sommes- « nous donc Iraliis? » dirent-ils au prince. — «c Dites au duc de Kaguse de monter, » répondit brusquement le Dauphin. « Monsiem* le mare- « chai, s't'cria le prince avec vivacité, que signiiie « cet ordre du jour ? £st-ce là ce que je vous avais . « prescrit? C'est une trahison! oui, une trahison!» A ce mot, le duc de l\aguse , hors de lui , tire sou
épée à moitié du foin i eau ; le Dauphin , croyant c|ue le duc voulait ïen frapper', lui arrête pré* cipitamment le bras; dans ce mouvement, il se blesse deux doigts de la main droite , et son sang jaillit; mais sa main gauche est libre; il en saisit au cou le maréchal , le renverse à ses pieds y tombe av ec lui et crie : mvi! M. le duc de Guiche, premier écuyer et ami du Dauphin, qui connaissait le caractère vif et nerveux de ce prince, avait pressenti, à Texpression de son visage et au ton dont il avait
^ mandé le duc de Raguse , qu'il allait se passer une scène violente; et il avait prié le duc de Venladour, aide de camp du Dauphin , de laisser la porte du cabinet entr'ouverte , après avoir întroduil le maréchal. A la voix du prince et au bruit de leur chute , il entre avec le duc de Ventadour, et trouve le Dauphin et le maréchal renverses
, Tun sur Taulre, sur le parquet teint de sang... Le prince se relève , et ordonne aux gardes du corps de conduire le duc de Raguse aux arrêts dans sa chambre.
Charles \, instruit de ce qui venait de se passer chez son fils, mande le duc de Guiche : « Eh « bien, qu^en dis-tu? voilà une belle campagne! »
' C*est d'un des plus Illustres amis du Dauphin que nom tenons t%s détails.
• LE PA.LA.IS n£ SAIXCT-CLOOD.
it --Hélas, Sire, i) serait à desirerque les princes, « plus encore que les autres hommes, fussent « toujours maîtres d'eux-mêmes; mais enfin, le « (lue de Rai^use a eu le premier tort. — C'est « vrai ; va lui dire que je veux lui parler, et reviens
avec lui. » I^e maréchal arrive, et le roi, après lui avoir reproché sévèrement son ordre du jour, et le mouvement équivo(jue qui avait irrité le Dauphin, ajoute : « Allons, il faut aller voir mon « fils , et vous réconcilier avec lui, » Le duc de Haguse hésitait; le duc de Guiclie Teucourage et l'accompagne. Le maréchal était tellement ému , qu'avant d'entrer chez le Dauphin, î1 demanda un verre d'eau; puis il fut inliodiiil , et sans proférer une seule parole , il s'inclina devant le Dauphin qui s'empressa de le relever, en lui disant : « Alil ce n'est pas ainsi: venez dans mes bras! »
Le soir de ce même jour , une scène plus imposante se passait dans les jardins de Neuilly : une députalion de la Chambre olïrait la lieutcnance générale du royaume au duc d'Orléans; et ce prince, cédant au vœu national, enil)rassaiL sa famille , mettait un ruban tricolore à sa boutonnière, '.et venait, à pied, en habit de ville , coucher à Paris dans le Palais-Royal , où il devait se réveiller Roi
' Voir, dans V Histoire du PalaiS''Iloyal {Résidences royales ^
358 BÉS1J>EMCËS BOYALES.
Dans la soirée du 3o juillet, la duchesse de ^ Berry, alarmée pour ses entants, avait prié le Dauphin d'engager le roi à quitter Saint*C)oud; et sur l'avis des généraux de la garde qui déclarèrenL tous quil n'y avait plus sûreté pour la famille royale, ce prince fit éveiller le roi qui dormait profondément. « Eh bien ! dit Charles X, « je suis prêt à me rendre à Versailles. » Un part, et à deux heures du malin , la cour en désordre arrive à Trianon. Le Dauphin resta le dernier, « heuieux, disait-il, de se trouver enini seul au milieu de ses soldats.» Cette satisfaction ne fut pas de longue durée : dans une visite qu*îl fît aux troupes stationnées à Sèvres, il aperçut le colonel Pocque qui occupait le pont, à latéte de a,ooo Parisiens, il s'appi ocha pour l'inviter à se retirer et à prévenir une collision, a C'est impossible , lui « répondit le colonel; éloigne^vous, Monseigneur, « je VOUS' en supplie ; vous vous exposez trop , et u je Depuis répondre de mon monde. » — « Epar-
lomell). la proclamation de la charte-vérité; la résolution de la Chambre des députés; l'adhésion de la Chambre des pairs; la démarche des députés au Palais-Royal; la marche
triomphale tlii lieutenant gem ial à l'hôtel de ville; Touverluie des Chambres; l,« déclaration des députes «jiiraut, le 7 août, la couronne au duc d^Orléans; la séance solennelle du 9,011 S. M. I.ouis-Philippe 1^*^, roi des Français, prèle serment à la charte.
i.t: PALAIS Djî sAiivr-CLoi i>. 009
» gnez du moins le sang français, » reprit le Dauphin; el lorsqu'il vit qu'un bataillon même de la garde refusait d'obéir, ce prince se retira sur Saint-Cloud. 11 recommanda au malr^ de rasseuibler la garde nationale, de veiller à préserver le château de tout désordre , et s'éloigna.
Arrivé à Trianon , le Dauphin raconta au roi ce qu'il venait de voir et d'entendre ; et ce récit, joint au hruit que dans les bois environnants on avait vu errer des partis armés , détermina Charles \ u se transporter à Ranibouillet. Il entendit la messe, monta en voiture, accompagné du Dauphin , de la duchesse de Berry et de ses enfants, et entra tristement, la nuit, dans le vieux château de I rançois ^ où il avait pris si souvent le plaisir de la chasse On y manquait de tout, on inourail de faim, el pourtant l'rtiquette et les consignes étaient observées avec la même rigueur qu'à Saint«Cloud \
C'est dans ce château seulement que ia Daii-
( Le prince de Polignac s'y était arrêté quelques moment» auparavant, se dirigeant vers Granville.
' Un capitaine de ia garde s*étant permis de |»écher une carpe dans un étang, un surveillant vint lui dire que c'était défendu. » Allez dire au roi, répondit cet ufiicier, que, •> depuis dix-huit heures , mes soldats et moi nous n'avons
« rien luantié. »
3()U HÉiili>{';MCi>S KO Y A LES.
phiiie put rejoindre le roi, à son retour des eaux de Vichy. Les cris de Five La CliaHe ! prononcés avec éclat en sa présence , au théâtre de Dijon ; le morne silence qui avait accueilli l'aveu ((u*elle avait Ikit à Semur d'être eulièrement étrangère aux ordonnances; la tristesse et le deuil remplaçant à Ancy-lc*Franc la féte qui lui avait été préparée par M. le marcjuis de Louvois; le conseil qu'on lui avait donné de cacher son nom et son rang sur la route ; la nécessité de tourner Paris pour se déruLer aux regards du peuple, et de suivre tristement de château en château la royauté eiTante et fugitive y tout lui avait révélé les malheurs de la couronne; tout avait pénétré sou cœur d'inquiétude et de désespoir. Charles X vint la recevoir sur le perron. « Ah! mon père, lui dit-elL^ en pleuianL, qu'avez- « vous ikit ? » — Un échange de larmes fut tout leur entretien. Lâ garde royale, les gardes du corps, les cent-suiss( ^ hakicrciU la princesse avec tiansport ; tuais que pouvaient ce dévouement inutile, celte tardive consolation ?
La cour était dans un profond dénûment ; CtiarlesX remet au comte Alexandre de Girardin un hillet écrit de sa main. Ce général vient au Palais-Royal , présente cet écrit au duc d'Orléans. Ce prince donne aussitôt Tordre de compter six ceni mille i'rancs en or pour le roi.
L£ PALiilS DE SAINT-CLOUD. 36 1
La présence de Cliaries X avec une armée si près de Paris embarrassait le gouverneinent. Quatre commissaires furent envoyés à Rambouillet, avec la mission de liàterson départ, afin d'éviter une nouvelle effusion de sang. C'étaient le maréchal Maison , le baron de Schonen , le co- Jacqiieiliinot et M. Odilon-Barrot ; Je duc de Coigny leur fut adjoint sur la proposition du général Sébastiani, son beau-frère. Le duc d'Orléans, de son c6té,avail envoyé àHam])ouillet le baron de Bertbois, un de ses aides de camp
Cétait le n août, le jour où le roi et le Daupluii avaient abdique en faveur deHenri V'.aQue
* M. de Ikrthoib arriva à cinf] hciir<*s du inaLin, il pria tjuOn ru icvcilIcT Charles X pour lui rt'iueUre une l«.*ttredu duc d'Orléaus; ce prince repondait au roi qu'il ne pouvait recevoir de ses mains le titre de Lieutenant Gênerai du royaume, qu'il avait d^jà reçu des chambres. « On ne peut « accepter ce que Ton possède déjà, » dit M. de Berthois à M, de Damas.
* À Monsieur le duc d'Orléans,
« Rainbouiliet, ce a août ib3o.
" IVIon cousin, je suis trop profondément peiné des maux qui affligent ou cpii pourraient menacer mes peuples pour n'avoir pas cherché un moyen - de les prévenir. J*ai donr
36a RÉSlDKIfCES ROYALES.
« ce soit aujoiinrimi ou j)lns IîhcI, avait dit tt Charles X , il iaiiait toujours y venir : c'était « une conspiration ourdie par le comité-direc-
pris la resolution d'abdiquer la couronne en faveur de mou petit-ûls le duc de Bordeaux.
<i Le Dauphin, qui partage mes sentiments, renonce aussi à ses droits en faveur de son neveu.
« Vous aurez donc , en votre qualité de lieutenant général du royaume , à faire proclamer Tavénement de Henri Y à la couronne. Vous prendrez d'ailleurs toutes les mesures qui vous conct rntiu \nn\i rrglor les formes du gouvernement pendant la minorité du nouveau roi. Ici, je me borne à faire conniâtre ces dispositions ; c*est un moyen d'éviter encore bien des maux.
« Vous communiquerez mes intentions au corps diplomatique, et vous me ferez connaître le plus tôt possible la pro* clamation par laquelle mon petit-fils sera reconnu roi sous le nom (le Henri V.
« Je charge le lieutenant général vicointe Foissa' -T ainur de vous remettre cette lettre. Tl a ordre de s'entendre avec vous pour les arrangements à prendre en faveur des personnes qui m*ont accompagné, ainsi que pour les arrangements convenables pour ce qui me concerne et le reste de ma famille.
«c Nous réglerons ensuite les antres mesures qui seront la
coust'{|uencc du changement de règne.
« Je vous renouvelle, mon cousin , l'assurance des sentiments avec lesquels je suis votre aifectionnc cousin ,
« Chaelbs.
<« Louis -Al(TOi^E.
LIi PALAIS DF SAINT-CLOID. 363
(X leur et f^afayette. Polignac et les ordonnances
« pouvaient seuls sauver la monarchie ! » Malejré les instances du duc de Coigny, le roi refusa de recevoir les commissaires, qui retournèrent im~ médiatcmeiU à Paris.
A la nouvelle de ce refus , le peuple se lève et s'agite , et crie ^ Rambouillet l à Rambouillet! comme, en 1790, 011 avait cric ^ Fersailles l à Versailles l Toutes les voitures sont mises en réquisition, et le général Pajol, accompagné de M. George de la Fayette, prciid le commandement de cette armcc improvisée, qui paî t en toute hâte et va camper le soir même à une lieue de Rambouillet. Les commissaires du gouvernemeîit la précédaient.
Cette fois, ils sont introduits auprès de Charles X. M. Odîlon*Barrot ' le supplie de se décider à partir. — « La résistance serait inutile, « ajoute le maréchal Maison ; nous sommes sui- « vis par 60,000 hommes : » exagération dont le but louable était surtout déviter une sangiaute collision entre Français. — « Attendez, dit « Charles X; tout à l'heure je ferai connaître mes « ordres. » il sort, et à sou retour, s'adressaut
« c'est celui des commissaires (jne le roi parut écouter avec le plus de bienveillance pendant tout le voyage. Il lui rappelait, disait-on, Barnaveau retour de Varennes.
au maréchal : « Soixante milie hommes! avez- «c vous dit ? — Oui, Sire — Je partirai. » En efPel, il quitta Rambouillet à oii/e licures du soir, et alla coucher à Maintenon chez Je duc de Noailles. Le lendemain , comme le duc de Raguse rengageait à se retirer sur la Loire : « Non, maréchal, «( répondit-il ; je m'embarquerai à Cherbourg. »
Il part , traverse lentement Dreux où il voit le j)reuiier drapeau tricolore ; Careiilan , dont M. delà Pommerais , député du Calvados, calme TeOTervescence; Valognes. où les compagnies de sa garde lui remettenl leurs étendards , et où il quitte lui-même rhabit militaire; il arrîveà Cber> bourg où r^nait une grande fermentation , et s'embarque sur le Gmat-Ui Uain curimiajRlé par ie capitaine Dumont d'Urville. Là, debout sur le pont, il reçoit les adieux de ses anciens servi* teurs, remercie les commissaires ^, et à deux
■ Le mar^cba) Maison, interpellé à YerneniJ, par des officiers de la garde, sur cette assertion, leur dit : « Vous * « êtes des ingrats; c'était pour vous sauver. Ou plutôt « pour nous faire sauver; » répondit un des assistants.
> Voici le certificat que Charles X remit à M. Odilou- Barrot :
<t Je tne plais à rendre à MM. les commissaires cette justice que je n'ai eu qu'à me louer de leurs attentions et de leurs l'cspects pour ma personne et pour ma iamille.
« Signé Charles. »
T.n PA.LAIS DE sAiirr-CLouo. 365
heures après midi, il s'éloigne de cette France qu'il avait méconnue , et va mourir sur la terre
élraiisrèie.
C'est à Saint^Cloud que le chef de la maison de Bourbon , Henri IV, avait été reconnu roi de France et de iNavari e, aux acclamations de l'armée ; c'est à Saint-Cloud que la branche aînée de sa race est tombée à la voix du peuple !
366 ItiSlDEVGGS ROYALES.