‹ Le Palais de Saint-CloudChapitre 29 sur 56 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

«r Dimanche vingt-troisième de juin mil six oeot soixantedix , à cinq heures du soir» Madame se trouva fort mal ; elle manda M. le curé de Saint-Cloud pour la confesser; ce qu'il

fit un moment après. Monsieur envoyai dire à M. Feuillet de faire prier Dieu pour elle, ce qui fut faict incontinent après. M. Feuillet alla au chasteau; il monta à la chambre de Madame^ il s^approcha de son lict , la salua, et, comme elle ne luy disott rien , il se retira sans luj rien dire aussi. A onze heures du soir, se voyant pressée, elle envoya appeler en diligence H. Feuillet, qui estant arrivé proche de son lict, elle fit retirer tmit le monde et luy dit : « Vous voyez , « M. Feuillet, en quel estât je suis rédiiicte. — - Eu un buji « estât , luy répondit-il ; vous confesserez aparenimcnt qu'il *i y a un Dieu que vous avez trop peu connu pendant votre « vie, — Il est vrai, mon Dieu , que je ne vous ay point « connu , V dit^elle avec un grand sientiment de douleur» Gela luy donna bonne espérance. Il luy dit : « Hé bien, Madame, • vous vous estes confessée? — Oui , répondit>elle. — Je ne « doute point que vous ne vous soiez confessée d*avoîr violé « tant de fois les vœux de votre baplesme. — INon , dit-elle, « je ne m'en suis jamais confessée et on ne m'a jamais dit « que ce fut offenser Dieu. — Quoy, Madame, si vous aviez « faict tm contract avec un particulier et que n*en eussiez « gardes aucune clause, ne croiriex-vous pas avoir mal fiiict ?

44^ PIÈCES JUSTIFICATIVES

« — Hélas ! ouy. — Cela , Madame, est un contract que vous « aviez faict avec Diea^il a esté scellé du sang de Jésus-Christ ; « les anges, à vostre mort,. vous vont présenter à Dieu cette « promesse: ce sera snr cela que vous serez jugée; Madame,

« vous n'avez, jauiais bct-u l.i relijfion chrestienne. — O uion « Dieu ) que faire donc ? je le vois bien, mes confessions et « mes conimuoions n'ont jamais rien vallu. — Il est vrai , « Madame, votre vie n'a esté qne péché, il faut employer • le peu de temps qui vous reste à faire pénitence. — Mon- « trea-moy comme il Êiut que je fasse; confiessez-noi donc^ « je vous en prie. — Volontiers, Madame. » Pour Icirs elle se confessa ; il l'ayda tant que le temps luy pust permettre à faire une confession entière. Dieu luy donna pendant ce temps des sentiments qui me surprirent, et luy lit parler un langage qu'on n'entendoit pas dans le monde; elle lit des actes defoy et de charité, et demanda s*il Ta trouvoit digne de recevoir Nostre-^igneur* £lle le demanda avec de grandes instances; il luy parla Jiault, et luy dit: « Humiliez-voua, « Madame ; Yoyla toute cette pompeuse grandeur ensevelie <i sons la puissante main de Dieu; vous n'estes qu'une misé'- « rab le pécheresse , (pi'uu ver de terre cjui va lomber et qui a se cassera eu pièces , et de toute cette grandeur il n'eu « restera aucune trace. — Il est vrai , ô mon Dieu î s'écria- « t-elle.— Madame, reprit-il , c'est qu'il faut avoir de la con- « fiance; de tons vos péchés passés je n*en (ais point de « compte, pourvu que vous ayez une grande douleur de les « avoir commis et une ferme résolution de ne jamais plus les « commettre. Vous avez péché mille fois; représentez-vous « mille fois la miséricorde de Dieu, <.\yn ne s'areste uy à « l'heure ny au temps : le larron de la croix est monté dans « les cieux. » Ces paroles remplirent son cœur de consolation et de joye, qui parut sur son visage; elle demanda la croix

GUAPITKE III.

delaqucOe feo la reyne-mèrc s'estoit servie à la mort; elle la baisa fort ImmbleiDrat. « Regardez, Madame, sar cette

« croix 1 auteur et le conservateur de votre foy, afin, dit « Tapostre, que vous ne perdiez point courage; une seule « goutte du saog qui est sorti de ces veines avec une seule m de Tos larmes est capable d'effacer tous tos péchés, et ■ tous les |>échés de tout le monde. » En ce temps-là Nostre- Mgnear arriva; elle l'adora profondément et dit tout haut : « Maa Dieu, je suis indigne de tous, et que vous venies « visiter une misérable pécheresse comme moy. — Oui, « Madame, vous en estes indigne; mais il vous a faict la m grâce de préparer luy-mcme vostre cœur avant d'y entrer « par la contritioo qu'il vous a donnée. Renouvelez votre « ferveur en la présence de ce Dieu de majesté; anéantissez- « vous devant ce Dieu terrible et miséricordieux. * On dit les prières ordinaires; elle dit son Confiteor avec moi et reçut son Dieu avec un grand respect et une grande joye, et adjouta : « Je vous prie, pendant que mon Dieu me laisse le • jiiij;ement libre , qu'on me donne l'extréme-oiiction. — Von lontièrs. Madame. — Eh mon Dieu! ce dit-elle, qu on me « fasse la charité de roe saigner au pied, j'estouffe. — Iiais- « sea. Madame 9 fiiire les médecins , ne penses plus à votre « corps, sauvons seulement vostre âme. • Cependant les médecina trouvèrent à propos de la sai^er du pied , ce qu^ila firent. «Voilà, Madame, les prémices du sacrifice quHl fiiut « offrir à Dieu; offrez- luy ce sang que vous allez répandre, « comme Jesus-Christ luy a oiiert celuy qu il répandit sur la « croix pour vos péchés. — De tout mon cœur, » adjoutat-eUe.Après lasaignée^il demanda qu'on apportast l'extrêmeonction; elle fit toutes les prières avec moy. Quand on appliquait les sainctes huilles, il luy dit en françois : « L'Église « demande à Dieu » Madame, qu*il vous pardonue les péchés

Digitizeo lj oOOgle

444 PiiilCËS JUSTIFICATIVES.

« que TOUS aves commis par tant de paroles mauvaises, par « tant de regards illicites , pour avoir entendu tant de rap-

« ports et tant de incdisances par les ardeurs de la concupis- « cence , ])ar tant de mauvaises œuvres , et par tant d'altou- « chements qui estoient défendus par la loy de Dieu. On « huiloit les atiieiettes alors qu'ils entroient dans la lice « du combat; tous voylà sur le champ de bataille; vous « avez en teste de puissans ennemis , il faut combatti-e aydée « de la grâce de Dieu. » £lle piit pour lors la croix en ma main et fit dé noaveaux actes de foy, d'espérance etd^amour de Dieu, et dit : <> ^\<>\\ Dieu, ces grandes douleurs ne fini- « ront-elles point bien lost?.... — Quoy, Madame, vous vous « obliez; il y a vingt-six ans que vous offensez Dieu, il n'y « a que six heures que vous faictes pénitence; dites plus tost « avec Saint-Augustin ; Coupes» tranchez , taillez, que le « cceur me &sse ma! , que je ressente èn tous mes membres « de très-sensibles douleurs, que Forduré coule dans la « moelle de mes os, que les vers grouillent dans mon sein, « pourvu , mon Dieu , que je vous aye acquis, c'est at^sez. « J'espère , Madame, que vous vous ressouviendrez des pro- « messes et des protestations que vous avez faites présente- « ment à votre Dieu. — Ouy, Monsieur, je l'espère ; je vous « conjure, si Dieu m'eovoyoit la santé, si j'estois assez mal- « heureuse de ne les pas pratiquer...** — Madame, quoy que vous deviez estre dans les dispositions de souffrir da- « vantage, je vous puis assuiti que vos peines finiront bien « tost. — A quelle heure Jésus-Christ est-il mort? à trois « heures ? Ne vous mettez point en peine de cela , Ma- « dame, il faut supporter la vie et attendre la mort en pa- « tience. » En ce temps^là elle prit les derniers breuvages que lui présentèrent les médecins. En mesme temps M. de Condom arriva ; elle fut aussi ayse de le voir qu'il fîit affligé

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