DE NOS JOURS
logé dans l'ancienne ferme de la duchesse d'Angoulême et de l'impératrice Eugénie. Un peu plus loin, c'est le parc aérostatique... ne parle-t-on pas d'autres champs d'expériences sportives? Des murailles branlantes du château, on n'a rien conservé. Un jour vint, en 1891, où les grands spectres noirs, les gouffres d'escaliers où poussaient des arbres étonnés, les rampes tordues et les balustres calcinés, tout cela disparut sous la pioche dos démolisseurs. A l'encan s'en
LE PASSAGE DE S. Jl. NICOLAS II A SAINT-CLOUD, OCTOUKE 1896. Cliché Maindi'on.
allèrent ces débris, ces plâtras, ces ferrailles, souvenirs des siècles passés retournés en poussière. Une terrasse fleurie a remplacé les lugubres palissades, a nivelé les fondations comme les révolutions ont nivelé le sort de ses anciens maîtres. Le passant « qui ne sait pas » n'est plus choqué du spectacle —
Quand, en octobre 1896, l'empereur Nicolas II, accompagné de la Czarii)e et de M. Félix Faure, président de la République, se rendit à Versailles, on lui fit traverser le parc, et ses chevaux de poste montèrent au trot l'avenue du Palais, ralentirent devant la maison des Pages, gravirent au pas la petite rampe tournante. Sans doute, dans un rapide éclair, il se souvint que le fondateur de sa race, le czar Pierre, était venu, il y a deux siècles, rendre visite dans ce palais à la princesse Palatine, duchesse douairière d'Orléans ; que là était morte la suave
princesse qu'a immortalisée la voix de Bossuet ; qu'une succession de princes y avait vécu, aimé et souffert; que la reine martyre y avait joué sa dernière partie en gagnant le tribun Mirabeau à la cause royale. Le descendant d'Alexandre I" dut se souvenir aussi qu'en ce lieu était née la toute-puissance de celui qui fut l'ami, d'abord, puis le rival malheureux de son aïeul... Dans cette même cour d'honneur il revit par la pensée le vieux roi Charles X partant pour l'exil ; il se figura les enfants royaux ou impériaux, le roi de Rome et le duc de Bordeaux, puis le comte de Paris et le Prince impérial traversant la passerelle pour aller prendre leurs ébats au Trocadéro ; son grand'père à lui, le czar Alexandre II, prenant le fils de Napoléon III dans ses bras en 1867 sous l'œil attentif du comte de Bismarck...
Le palais est mort et ne ressuscitera plus... Mais le bourg est florissant et le voisinage de Paris amène, tous les étés, des pèlerins très nombreux d'ordres différents. Les uns viennent fêter le saint moine dont les reliques sont solennellement portées en procession le 8 septembre. Pour les autres, l'attrait réside dans les parades foraines toujours très achalandées, dans les grandes eaux dont la tradition s'est perpétuée. Les cycles et moteurs de toute espèce ont remplacé les coucous et les cabriolets; les « canotiers » et les bérets ont remplacé les « coiffures à la cascade » ; mais on danse, on rit, on chante toujours sous les grands ombrages des bords de la Seine.
Si vous aimez la vie populaire, le bruit, les cuivres ronflants, les montagnes russes, les mirlitons et les pitres de foire, ne manquez pas la fête de septembre...
Si vous aimez rêver et revivre le passé, montez à l'ancien parc réservé. Des ombres fantastiques vous escorteront tandis que les gouttelettes tinteront dans les vasques sombres. Tour à tour reines et princes, marquis à perruques, dames poudrées ou en crinolines, diplomates ou soldats chamarrés apparaîtront dans un nuage irisé et vous murmureront à l'oreille les chroniques du palais d'Henriette et de Marie-Louise, de Marie-Antoinette et de Joséphine... Et dans la brume du crépuscule mélancolique émergera le Château fantôme...