‹ Le palais de Tibère et autres édifices romains de CapriChapitre 9 sur 9 · Thermes, m. Thermes · texte numérisé non relu

Thermes, m. Thermes

n. Vestibule des prétoriens, o. Corridors, p. Chambres des officiers de la cour.

r et s. Antichambre et chambre à coucher de l'empereur.

Deuxième et troisième étages.

Est

Sud

Ouest

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Premier étage.

Fig. 2-, Reconstitution du plan de la Villa Jovis,

Fig. 28. Palais d'Auguste sur le Palatin à Rome.

et que Tibère l'a seulement transformé pour son usage particulier.

Retournons maintenant à notre point de vue audessus de l'endroit A i de notre plan (fig. 27), et descendons dans ce vestibule. Le pavement, assez bien conservé, est formé par une mosaïque en pierres noires et blanches, formant un dessin dans les entrecolonnements. Nous y voyons encore quelques fragments de tambours de colonnes en marbre cipolin et des bases en marbre blanc. A l'ouest se présente le petit vestibule subdivisé par de petites colonnes. Devant celles-ci se trouvait sans doute un podium avec perron tourné du côté du sud (fig. 30). Au fond de ce vestibule, nous remarquons une sorte de niche dans laquelle venaient probablement se reposer les prétoriens de garde au palais. Ce qui prouve bien que cet endroit a servi alors de vestibule, ce sont les trois marches qui se trouvent au nord et qui formaient le commencement d'un grand escalier. Les murailles hautes et étroites ne permettent aucun doute à ce sujet. Il constituait ainsi la seule entrée officielle du palais.

Chacun de ces trois degrés conservés a une hauteur de 21 centimètres et une profondeur de 38. En prolongeant cet escalier par la pensée, on arrive, avec le chiffre de 76 marches et l'intercalation d'un palier, à une élévation de 16 mètres au-dessus du vestibule. C'est le niveau du pavement sur lequel s'élève la deuxième voûte en berceau bien conservée (fig. 26). Les murs que nous trouvons encore à cette hauteur nous montrent que là se trouvait la galerie inférieure du palais, s'ouvrant sur l'île du côté de l'ouest.

Prenons le niveau de cette galerie comme rez-dechaussée du palais, bien que, en conformité avec la pente rapide du terrain, il y eût encore 16 mètres plus bas, outre le vestibule A i , le groupe de bâtiments D qui contenait trois salles de bains, à en juger d'après

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les conduits en plomb encore existants. Ceux-ci étaient alimentés par les citernes gigantesques pratiquées dans la masse des constructions C, sous les voûtes en berceau du rez-de-chaussée qui y sont encore. Il y avait donc à cet étage des pièces inhabitées qui rentrent plutôt, d'après leur destination, dans la catétrorie des caves. Au-dessus s'élevaient encore deux ou trois étages, ainsi qu'il convenait pour un palais impérial romain.

Quelques pièces de moindre importance étaient situées dans une espèce d'entresol, à 3 mètres audessus du pavement de la galerie inférieure, au nord de l'emplacement des citernes. Nous y trouvons de petijtes cellules assez bien conservées, donnant sur un corridor assez sombre d'où elles recevaient l'air et la lumière. Ces cellules, désignées sur notre plan par B B B, étaient toutes au même niveau. Elles se continuaient vers l'est de l'édifice et servaient probablement de logement aux esclaves du palais. Les murs de ces chambres sont encore en assez bon état; on y trouve même des traces de peinture rouge et des restes de pavement en mosaïque.

Dans toutes les maisons à terrasses de trois ou quatre étages habitées par la classe aisée au sud de Pompéi, on rencontre partout, à la partie inférieure, de petites chambres de ce genre attenantes à des couloirs obscurs. Ces pièces, réservées aux domestiques, étaient fraîches en été et chaudes en hiver. Celui qui connaît les pays du midi sait aussi combien y est forte la lumière du soleil: une petite fente dans un mur peut éclairer jusqu'à un certain point une place obscure. Ces longs corridors qui montent et descendent en ligne oblique, ainsi que ces interminables escaliers se suivant dans le même sens, ne sont non plus rien de rare à Pompéi ni au Palatin de Rome.

A l'est du palais se trouvent d'énormes piliers élevés en demi-cercle et supportant une rotonde imposante dont le pavement est ici au rez-de-chaussée

Fig. 29. Tibère à l'âge mûr.

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à un mètre de profondeur dans le roc. On voit donc que le rocher s'élève à l'intérieur du bâtiment, dans la direction du nord-est, à une hauteur de vingt mètres au-dessus du pavement du vestibule, ou, autrement dit, le palais recouvre de ses murs de soutènement un rocher qui mesure, à lui seul, la hauteur d'une maison moderne de quatre étages.

Un mur particulièrement épais, avec un avantcorps semi- circulaire, se trouve encore au sud du palais, délimitant le terrain G de notre plan. Comme on ne trouve pas ici de traces de fondations, mais bien une forte couche de terre végétale, il est vraisemblable qu'on y avait planté un petit jardin, entretenu avec un soin tout spécial, et ne communiquant directement qu'avec les appartements privés de l'empereur. Cétait en même temps l'entrée particulière du souverain, car il est peu probable qu'il se soit servi du grand escalier. Nous n'avons qu'à jeter un coup d'œil sur le plan pour voir combien il était difficile de parvenir à l'intérieur du palais, et combien la distribution des pièces, dont le plan est encore facile à distinguer, était d'accord avec le caractère soupçonneux de l'empereur misanthrope qui habitait ce somptueux édifice, dominant de haut l'un des plus beaux golfes de la terre.

Notre grand escalier, allant de A i à A, était interrompu au milieu par un palier. En cet endroit un second escalier devait conduire à l'intérieur, c'est-àdire que les chambres de l'empereur communiquaient par ici avec les bains situés plus bas, dans l'aile D du palais. En effet, les murs restés debout portent encore des traces qui permettent de conclure à l'existence d'un escaher.

A l'ouest, devant la grande entrée principale, nous voyons une série de petits appartements F, probablement destinés aussi aux serviteurs et aux gardes. En continuant la galerie du rez-de-chaussée A, on tombe dans le long et étroit couloir H qui suit une pente

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Fig. 30. Villa J

;ue du sud-ouest).

assez, rapide et conduit à la dépendance F. Cette maison, admirablement située, s'ouvrant sur le golfe de Naples dont elle reçoit la fraîcheur, contenait probablement des chambres pour la suite immédiate de l'empereur, notamment pour les savants dont il aimait à s'entourer. Le niveau de cette construction était si bas qu'elle pouvait bien avoir plusieurs étages sans nuire à la vue superbe qu'on avait sur le golfe du haut des appartements impériaux.

Les cuisines et les autres pièces de l'intendance étaient suffisamment à l'aise dans les caves de cette maison, de même que dans le palais lui-même au nord des pièces marquées B B. Les ruines de la maison E prouvent qu'elle ne manquait pas d'un certain luxe.

On y trouve encore un pavement en mosaïque bien conservé. Le corridor, auquel menait l'escalier que nous y remarquons, avait des murs très soignés. La pente de ce corridor H devient rapide à son extrémité, ce qui a fait croire par erreur à plusieurs savants qu'un sentier conduisait d'ici jusqu'à la mer, ou, à travers le rocher, jusqu'à une grotte située sous le palais. Cependant les murs qu'Alvino a encore vus, et qui sont aujourd'hui, il est vrai, écroulés à leur extrémité, montrent que le corridor aboutissait tout simplement à la dépendance E. Personne, pas même un empereur romain, n'aurait pu faire coastruire un chemin praticable sur la pente verticale de ce rocher qui se précipite ici dans la mer d'une hauteur de 300 mètres, et il est certain que, s'il avait existé, quelques traces s'en seraient conservées jusqu'à nos jours.

Un seul escalier reliait les chambres de Tibère du premier étage à la dépendance E et à la galerie A du rez-de-chaussée que chacun devait passer après avoir franchi la ligne des gardes. Les autres escaliers étaient probablement toujours fermés du dehors et gardés par des soldats. Ils étaient réservés unique-

ment à l'empereur et à ses serviteurs particuliers. En outre, ils faisaient communiquer entre eux les appartements intérieurs des différents étages.

Une partie de l'escalier public entre A et H existe encore. Rétablissons en imagination les marches qui lui manquent et montons au premier étage reconstruit. Nous pénétrons d'abord dans le vestibule n, qui a environ les mêmes dimensions que celui du bas A I. Des prétoriens s'y trouvaient également. A gauche était un corridor, à droite la galerie a située au-dessus de celle du rez-de-chaussée. Elle donnait de l'ombre aux chambres de l'empereur et présentait une vue superbe sur l'île.

L'entrée de cette galerie, du côté du vestibule n, était certainement toujours fermée avec soin. Tout au plus en ouvrait- on les portes aux confidents du monarque et aux représentants des souverains étrangers comme entrée de gala vers les salles de réceptions. L'empereur s'y tenait sans doute souvent seul, se chauffant au soleil en hiver et y cherchant l'ombre et la fraîcheur en été, car, d'après Suétone, Tibère ne quitta pas la Villa Jovis pendant neuf mois après la chute de son ministre Séjan , de crainte d'être assassiné.

Généralement on entrait par le corridor, large de 3 mètres environ, qui présentait une colonnade ouverte du côté du nord. On passait devant un appartement occupé sans doute par un haut dignitaire de la cour, puis par le corridor o, après lequel on pénétrait dans le péristyle e en franchissant une galerie de communication. Le péristyle ne manquait dans aucune maison romaine distinguée et dans aucun palais impérial. C'était toujours le centre de l'habitation. Entouré de colonnades, il recevait le jour d'en haut par une grande ouverture pratiquée dans le plafond et par laquelle entraient librement le soleil ou la pluie. Souvent on en faisait un jardin et on le décorait de nombreuses fontaines et de statues. Au milieu on

y voyait invariablement un grand bassin où venaient se mirer les nuages, les colonnes aux couleurs variées qui supportaient la voûte et les statues des fontaines. Les chambres principales se groupaient toujours autour du péristyle. Celui du palais d'Auguste à Rome formait un carré de 54 mètres de côté, tandis que celui de la Villa Jovis n'a que 2^ mètres de long sur 14 de large. L'ouverture du plafond était en revanche de 7 mètres de côté.

Les niches qui entouraient le péristyle étaient décorées de statues. Il est probable que le trône était érigé dans l'une d'entre elles. C'est là que l'empereur recevait les ambassades et les députations; il y rendait la justice. L'endroit c, encore suffisamment éclairé, peut être regardé comme son cabinet de travail (tablinum); les pièces attenantes d d, servaient sans doute de bibliothèque et de chambres particulières. Si nous admettons que, conformément à la distribution du palais du Palatin, la pièce f était la salle à manger (triclinium) et les chambres voisines g g et h des appartements privés de l'empereur, destinés peut-être aussi à recevoir les hôtes princiers, il ne nous manque plus, pour avoir au complet un palais impérial de ce temps, qu'un lararium, espèce de sanctuaire domestique dans lequel on installait et on adorait les statues et les génies des membres défunts de la famille. On pourrait le supposer en i, de même que la porte qui conduisait aux thermes particuliers de l'empereur 1 m situés plus bas.

Les autres petites pièces comme p, par exemple, auront été destinées aux serviteurs et à l'entourage immédiat du souverain. Quel bel effet devait produire la colonnade semi-circulaire qui faisait le tour du tricHnium! Elle était bâtie sur le rocher à pic du côté de l'est et présentait une vue étendue sur la campagne et la mer.

Suétone nous raconte que l'empereur observait souvent du haut de son palais les- signaux qu'il avait

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ordonné de faire du continent, sans doute du cap Minerve, à chaque événement de quelque importance. Des navires appareillés se tenaient constamment prêts pour conduire l'empereur auprès de ses légions, à l'approche du moindre danger. En lisant ces détails, nous devons songer à cette superbe galerie semicirculaire décorée de colonnes de marbre. Nous y voyons ce puissant empereur, torturé par la conscience de ses crimes et par le délire de la persécution, la parcourant d'un pas inquiet et guettant les signaux convenus pendant le jour et les feux avertisseurs de la nuit.

Tibère était superstitieux. Il croyait fermement que les étoiles pouvaient lui prédire sa destinée. C'est pourquoi son ami, l'astronome grec Thrasylos, était constamment auprès de lui. Ils observaient ensemble le cours des astres pendant les nuits claires. Il est bien probable que, dans son palais principal de Capri, il avait à proximité de sa chambre à coucher un observatoire très élevé d'où il pouvait voir au loin partout à la ronde. Il est de plus très vraisemblable que, dans sa crainte maladive des attentats à sa vie, il aura fait établir cette chambre à coucher aussi à l'écart que possible. Les habitudes et le caractère de Tibère d'une part, de l'autre l'énorme épaisseur des murs au-dessous des pièces b c d d nous portent à croire que les constructions que nous venons de décrire étaient surmontées par une autre encore, comprenant un ou deux étages, à laquelle on avait accès par un escalier spécial. C'est dans ces lieux surtout que l'empereur devait se sentir en sûreté, qu'il pouvait sans crainte se livrer aux vices que ses contemporains lui ont reprochés, et qu'il doit aussi avoir passé bien des nuits à observer la constellation des astres en compagnie de son ami Thrasylos.

Les muriS du rez-de-chaussée, dont il vient d'être question, vont de l'ouest à l'est. Ils portaient jadis les constructions supplémentaires mentionnées plus

vue de l'est).

haut et ont une épaisseur de i m. 70 à i m. 90, tandis que les murs parallèles et voisins n'ont qu'une épaisseur de I m. 20. Ce fait doit être certainement pris en considération quand on veut se figurer le palais restauré, car des murs d'une pareille grosseur doivent avoir porté des bâtiments bien plus élevés. Ils nous fournissent ainsi les pièces qui manquaient encore pour l'achèvement du palais, l'étage contenant la chambre à coucher du soupçonneux et solitaire empereur et, au-dessus, l'observatoire.

A l'est, le palais ne pouvait avoir que deux étages pour donner assez de jour au péristyle, mais, à l'ouest, il en avait quatre. Les deux étages supérieurs étaient en retrait et formaient ainsi des terrasses comme nous en voyons dans les grandes maisons de quatre étages au sud de Pompéi (voir Weichardt, Pompéi avant sa destruction).

Les maisons de cette hauteur n'étaient pas rares à Rome et les palais que nous trouvons dans les peintures murales de Pompéi, en ont aussi plusieurs. Personne ne s'étonnera donc de l'élévation que nous avons attribuée au palais de Tibère.

Quand on considère que, sous le rez-de-chaussée, il y avait au Sud-Ouest un mur d'appui de 16 mètres, correspondant au terrain en pente du rocher et abritant en même temps quelques réduits secondaires, on obtient comme dimension totale de l'édifice, depuis le point le plus bas jusqu'au plus élevé, une quarantaine de mètres au moins; c'est là un huitième de la hauteur du rocher qui servait de base puissante au somptueux palais.

Il s'adaptait ainsi dans une belle complexité au sommet inégal de cette crête abrupte. Ses fières murailles se dressaient dans les airs. Organisme complet en lui-même, il formait en même temps la continuation et le dernier couronnement des escarpements déchiquetés de la montagne, dominant la mer, la courbe harmonieuse du continent, les îles

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Fig. 32. Ruines de la Villa Jovis et du phare antique (vue du sud).

lointaines et la célèbre Capri elle-même, dont il était le plus magnifique ornement (fig. 30 et 31).

On peut en contester l'architecture extérieure telle que nous l'avons représentée. Outre les colonnades des faces antérieure et postérieure du palais fournies par le plan, nous avons pris comme base les peintures murales de Pompéi, les riches maisons à terrasses de la partie méridionale de cette ville déjà maintes fois mentionnées et, de plus, la distribution des palais impériaux du Palatin, qui ne diffèrent pas essentiellement dans leur arrangement des maisons patriciennes de Rome. Ils ne s'en distinguent que par la grandeur et la magnificence des pièces à l'intérieur. Le palais d'Auguste n'était en réalité que l'habitation du citoyen le plus riche et le plus puissant de Rome.

La maison de l'habitant de Pompéi, bâtie au milieu d'un quartier de la ville, ne reçoit la lumière pour la plus grande partie que par l'atrium et le péristyle, ou encore par la galerie à colonnade qui s'ouvre sur un petit jardin, comme dans la maison de Pansa. Là où elle se trouvait avoir une vue bien dégagée sur le paysage, elle se terminait par des terrasses et des galeries ouvertes, et l'aspect du pays lui-même remplaçait le jardin. Mais quand une maison romaine était libre de tous côtés, sans rue qui la bornât, elle pouvait, comme la Villa Jovis, s'ouvrir à l'air libre dans tous les sens avec des galeries et des terrasses. Par là, ce palais romain ainsi dégagé recevait naturellement

^ig- 33- Villa Jovis (vue de l'est).

une façade plus riche que celle qu'on est habitué à voir dans les maisons des villes situées dans des rues, ce qui est aussi partiellement le cas pour les édifices du Palatin.

Dans le palais si complexe de Tibère, remarquable par ses constructions en saillie et ses galeries circulaires, cette richesse se traduit de façon toute particulière.

Tout avare qu'on nous le dépeint, Tibère a bien dû cependant achever dans le goût fastueux de l'époque à laquelle il appartenait les bâtiments transmis par son magnifique prédécesseur; quand on songe à cette multitude de statues, à ces matériaux précieux, à ces incrustations d'or, de bronze et de marbre à l'intérieur des édifices, aux peintures de grande valeur qui distinguent les bâtisses de cette époque, les palais de Capri ont dû se trouver aussi à la hauteur de leur temps et déployèrent une magnificence vraiment impériale.

Le palais d'un empereur romain n'avait pas, comme les résidences princières d'aujourd'hui, à côté de quelques salles de gala, cinq cents chambres ne s'indiquant au dehors que par d'innombrables fenêtres.

Quelques grandes salles et galeries suffisaient au maître du monde avec un certain nombre de pièces plus petites. En revanche, elles étaient aménagées avec le luxe le plus raffiné et les peuples les plus lointains devaient fournir leurs marbres et leurs bois les plus précieux pour l'installation de l'empereur. Les plus grands maîtres devaient en même temps mettre leur art à son service.

On ne peut se faire qu'une idée très imparfaite du faste prodigieux de l'ancienne Rome quand on examine le grand ouvrage de Canina, dans lequel il a reconstitué Rome, la Voie appienne et la Villa d'Adrien. On reste également étonné du luxe artistique qui se présente à nous dans les maigres restes de cette ville de province qu'était Pompéi, précisément dans la dernière période avant sa disparition. Si ses rues étaient peut-être aussi sales et aussi mal entretenues que celles de Naples aujourd'hui, en revanche l'intérieur des bonnes maisons renfermait un luxe de bon aloi et une quantité d'objets d'art. Même dans les maisons ordinaires, les arts mineurs étaient bien représentés. De massives galeries, ornées de peintures, entouraient le forum et soixante statues de marbre et de bronze s'y dressaient sur des socles multicolores; des arcs de triomphe avec cavaliers, des quadriges de bronze et des statues colossales des empereurs ornaient cette place complètement environnée d'édifices publics et de temples.

C'est le luxe déployé par cette ville de province qui doit nous servir de point de comparaison pour la prodigalité, rachetée par un sentiment artistique très grand, qui régnait à Rome et, naturellement, aussi dans les palais de Capri. Nous ne devons pas juger d'après nos habitudes et nos conceptions du luxe princier.

L'homme le plus spirituel de cette époque corrompue et, en même temps, l'homme autrefois le plus beau de la ville de Rome, Tibère, quitta sa

grande capitale et son vaste empire pour aller vivre loin du monde, sur cet étroit rocher baigné par les flots. Avec son humeur farouche et son caractère soupçonneux, il se contentait des quelques pièces d'apparat de son château, car, pour ce solitaire, «les noirs soucis flottaient autour des solives en bois de cèdre», comme dit Horace.

Le souvenir de Tibère pèse encore aujourd'hui comme un nuage orageux sur ce Capri ensoleillé. A Rome, c'est à peine si le peuple connaît son nom, tandis que dans Capri son souvenir est toujours vivant, et l'on fait le signe de la croix quand on songe au tyran païen, dont la cruauté et la sensualité sont exagérées de façon démesurée. Cependant, on aime encore à dire avec une sorte de fierté qu'un souverain aussi puissant a habité l'île pendant des années et la légende s'est emparée de la figure obscurcie de cet empereur.

La statue équestre de Tibère, d'une valeur inestimable, toute en or avec des pupilles de diamant, doit encore exister dans une cavité sous le château. Un jeune pêcheur, qui s'était égaré en grimpant dans les rochers et y avait pénétré par un trou étroit, l'a vue, mais sans pouvoir jamais retrouver l'entrée, assure la légende.

Comme dans la tradition allemande sur Frédéric Barberousse, on croit que Tibère sortira un jour tout cuirassé de la montagne. Le faste impérial se déploiera de nouveau et le plus pauvre pêcheur aura part à ces richesses dans cet âge d'or nouveau qui renaîtra pour Capri.

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