Baluze, I
3. M. Bertrandy, Recherches hùioriquei< sur l'origine, l'élection et le couronnement du pape Jean A.V//. Paris, 1854, p. 26.
Villani, toujours prodig^ue d'anecdotes où se complaisait son dépit contre les Papes d'Avig"non, assure que les cardinaux, ne pouvant s'accorder, avaient fini par remettre à Jacques Duèze le choix du Pape, et que celui-ci se serait écrié : Je me nomme moimême ! Ego sum Papa ! Mais on sait authentiquement que l'élection eut lieu dans les formes et à Tunanimité *. En notifiant son avènement, le nouveau Pape déclara d'ailleurs qu'il avait beaucoup hésité à accepter, se jug'cant m&\^nQ[tremoi'e concussi vehementer hesitammus ne indigni... ^).
Un autre contemporain, continuateur de la chronique de Barthélémy de Lucques, s'est fait l'écho d'un bruit, qu'il ne rapporte d'ailleurs que d'une façon dubitative. Avant de donner son vote à Jacques Duèze, Napoléon Orsini aurait pris ses g*aranties pour assurer un prompt retour à Rome: « Le Pape jura que jamais il ne monterait cheval « ou mule, si ce n'est pour aller à Rome, ce qu'il (( observa, car il alla jusqu'à Avig-non en bateau ; « il monta à pied au Palais d'où il ne sortit plus, « sauf quand il entrait à la cathédrale qui est « contig'uë ; et ainsi il g'arda son serment, puisqu'il (( fit comme il avait juré et que jamais il ne che- (( vaucha ^ » Cette amusante historiette était à
1. Alvare Pelage, De planctu Ecclesiœ.— Joannes papa IXII electus fuit concorditer a cardinalibus omnibus.... Alvare Pelage était d'autant mieux informé, qu'il était pénitencier à la cour d'Avignon sous Jean XXII Verlaque, Jean XXII, sa vie et ses œuvres, Paris, 1883.
2. Raynaldi, Annales ecclesiasticœ, anno 1316, n"" 7, 8, 9. 3 Baluze, I. 178.
citer, an moins comme exemple de l'état d'âme de la faction italienne et des racontag'es qu'elle faisait courir. Mais à qui pouvait-on faire croire que, pendant les 18 années de son pontificat, Jean XXII ne serait jamais sorti de son palais, pas même pour aller au superbe château qu'il avait fait construire à Sorg'ues, à deux lieues d'AvigMion ?
D'ailleurs, à peine couronné dans la g'rande ég-lise des Prêcheurs de Lyon, le Pape avait notifié officiellement sa ferme volonté d'aller résider à Avig-non, suivant l'exemple de son prédécesseur. Orsini y vint comme les autres, et se fit même bâtir une somptueuse habitation au bout du pont St-Bénézet et à côté de la tour dite de Philippe le Beh, à Villeneuve-lès-Avig-non. On en voit encore les terrasses et quelques restes, à droite, en montant la rue, dès qu'on a dépassé la tour. Ce n'était pas le fait d'un cardinal toujours pi^essé de s'en aller. Gomme ses contemporains, il avait dû se rendre compte que le retour à Rome n'était pas possible de si tôt.
Quant à Jean XXII, il n'eut pas à se pourvoira Avig*non d'un nouveau log^ement. Avant son élec-
1. Cette tour avait été construite, dans la seconde moitié du XII" siècle, par les Avignonais, sur la rive de Villeneuve dont ils avaient alors la suzeraineté. C'était la t<He fortifiée du pont de St-Bénézet. Après l'annexion du Languedoc au royaume, Philippe le Bel déclar.i que tout le lit du Hhône, et par consé(iuent le punt, était de son domaine. 11 (il exhausser d'un étage, vers 1307 la tour avignonaise qui mainten ml porte le nom de ce roi. Les gargouilles de la première toiture restées en place et la diflérence de l'appareil marquent encore la hauteur de la tour, avant son exhaussement.
tion, il était évêque de cette ville ; il retourna dans l'évêché qu'il occupait depuis six ans, et dont les possessions étaient assez vastes, sur le versant méridional du rocher des Donis, pour recevoir les ag'randissements nécessaires à Tinstallation des services de la cour romaine.
C'est ainsi qu'un fait, en apparence assez minime, — la commodité pour le nouveau Pape d'avoir de suite un chez soi assuré, — fut la raison déterminante qui fixa la Papauté à Avig-non.
Après le séjour bref et précaire de Clément V, rien n'était moins sûr que d'y voir revenir un pape. Api^ès les 18 années du pontificat paisible et honoré de Jean XXll, l'habitude était prise. Tant qu'elle n'irait pas à Rome, la Papauté ne pouvait trouver mieux.
L'cvêcl^é d'Avi^nop avapt la venue des Papes
L'évêché d'Avig"non, où Jean XXII vint résider, était situé au midi de la cathédrale, sur la pente du roctier au bas duquels'étend la ville.
La partie haute de ce rocher et toutes ses déclivités vers le pont, le Rhône et le nord-est de la ville, aniénag'ées maintenant en promenade publique, formaient alors un pacag-e communal. Au sommet, du côté qui surplombe le fleuve, et d'où s'offre à la vue le panorama incomparable de la vallée la plus pittoresque et la plus riche du Midi, s'élevaient la citadelle de la cilé et la chapelle de la g'arnison, dédiée à saint i\Iartin. Ses défenses accessoires s'étendaient sur tout le plateau, où venaient se réfug'ier, en cas d'invasion ou d'inondation du territoire, les habitants des fermes et des faubourgs.
11 y avait môme, pour ce cas, un cimetière et une chapelle spéciale sous le titre de Notre-Dame du Château ( Beala Maria de Castro). Cette chapelle, plus tard dédiée à sainte Anne, donna son nom à l'escalier public qui, du quartier de la Banasterie,
aboutit maintenant à l'endroit où était cette petite ég-lise 1.
De là, jusqu'aux approches du quartier de la Peyrolerie, toute la pente méridionale du rocher était du domaine de l'ég-lise diocésaine d'AvngMion. Sur ce vaste périmètre il y avait, outre les bâtisses du chapitre et de l'évêché, des constructions diverses, des jardins et trois ég-lises juxtaposées.
D'abord la catliédrale, qui n'avait que sa nef unique, et pas encore de chapelles. Derrière le chœur, un cloître roman, admirable d'après tous ceux qui le virent, desservait, à l'est et au nord, les habitations des chanoines, protég^ées par une forte tour qui fîg*ure encore sur les vues du XVllP siècle. Le réfectoire, les cuisines et la salle capitulaire étaient au midi et à l'est. On voit encore aujourd'hui, derrière le chœur de Notre-Dame, le puits creusé dans le roc au centre de ce cloître '. Tout le reste a été complètement détruit. Le Musée-Galvet n'a pu recueillir qu'une paire des colon nettes accouplées qui divisaient les g-randes baies.
Au midi de la cathédrale, se trouvait une autre ég'lise,dédiée à saint Etienne. C'était la plus ancienne paroisse de la ville. Jean XXII en fît sa chapelle pontificale.
Entre St-Etienne et la cathédrale se trouvait le
1. « Commune habet totum castrum, rupciii et paluum Caslri.... îisque ad ecclesiam béate Marie de Caatro. » Inventaire de Perceval Doria. Bibl. du Musée-C.alvel, ms , n" 2883, f" 20.
2. De Véra.=, Bibl. du MusécCalvel, ms. 1738, art. \. f) des Donis.
cimetière paroissial, dit de la Courtine^, parce qu'il long^eait le flanc latéral de l'ég-lise. L'emplacement de ce cimetière, très réduit par la construction postérieure des chapelles de la cathédrale, ne sert plus maintenant que de passag-e pour les chanoines. Une troisième ég*lise, plus petite, s'élevait entre les deux autres au milieu du cimetière. Elle était dédiée à saint Jean-Baptiste'. C'était évidemment le baptistère. Il n'en reste plus rien, à moins que sa forme ne soit conservée par la chapelle ronde annexée à la nef de la Métropole, et dite de la Résurrection. Cette chapelle fut élevée dans son état actuel en 1678 par Mg*r Libelli, archevêque d'Avig-non. Mais on aurait pu utiliser alors des substructions antérieures qui auraient déterminé la forme ronde de cette chapelle. On sait, en effet, que beaucoup de baptistères anciens étaient ronds. Ce qui pourrait donner assez de fondement à cette supposition, c'est que le retable de St-Maximin (Var), où est fig-urée la plus ancienne vue actuellement connue du Palais (vers 1517), porte à l'endroit que j'assig-ne au baptistère une tourelle de g-uet. Or, un texte des Archives du Vatican nous apprend que Jean XXll avait fait élever une tourelle de ce g'enre sur le baptistère de St-Jean \
1. « Capella sancti Johannis et cimeterio de Cortina vocato in medio existentibus. n Huile d'annexion de Jean XXII, Archives de Vaucluse, Cartulaire de l'Évêciié. Duhamel, Origines du Palais, p. 72.
2. (. /?i honorent gloriosissinn frecursoris D^mini Johannis. » — Diplôme de 1033. - Nouguier, Histoire d( l'Eglise d'Avignon, p. 37.
3. 18 novembre 13 8: cr ... pro gachili supra portale Capelle sancti Johannis. » Ehrle, iîisL Bihl., p. 600, note 94.
Au midi de Fég-lise paroissiale de St-Étienne, se trouvait le palais épiscopal.
On croit qu'il n'en reste plus rien. Je montrerai que la façade du couchant existe encore. Quant au plan de cet évêché, c'était celui de toutes les constructions similaires de l'époque. Il se composait, au centre, d'une cour carrée, bordée de quatre corps de log-is desservis par un cloître. C'est dans l'aile du midi que se trouvait le log^ement de l'évéque. Ses pièces de réception, d'où plusieurs actes publics sont datés', étaient au levant. Dans l'aile opposée du couchant se trouvaient les services et dépendances. Enfin, au nord, l'ég-lise de St-Elienne fermait le carré.
C'est sur l'emplacement de cet ancien évêché qu'existe maintenant la plus ancienne partie du Palais, voisine de la cathédrale.
Devant le Palais, s'étendait un assez vaste jardin, à l'endroit même où est maintenant la cour* d'entrée du Palais des Papes. Il était entouré des bâtiments de VAumône et de VHôpital. Jean XXII annexa le tout à l'évêché *. En remplacement, un nouvel hôpital, dont il est question dans les textes du Vatican, fut créé tout près du Palais'. Il fut bientôt réuni au
1. « In caméra epUcopali que conjungitur a ineridie majori aule episcopali que est versus occidenteni. » Acte passe entre l'autorité diocésaine et les Hospitaliers de St-Jean pour la focdation d'une commanderie n Avignon, 1199. Bibl. du Musée-(]alvet, .^!s n°31, f° 1.
2. Huile précitée de Jean XXII, Duhamel, Ia's origines, p. 49 : « Hospitiuin Eleeniosinarie cuiii Ilospitali, viridario, domibus et pertinenciis siiis.))
3. Ehrle, Hist. Bibl., p. 605: u Pro fundaniento Iwspilalis juxta palatium. »
superbe hôpital que le noble avig^nonais Bernard de Rascas fît bâtir, sous Innocent VI, en plein champ, hors la ville, mais que les ag*randissements de la cité pendant la période pontificale firent eng-lober dans l'enceinie, lors de la construction des remparts'. C'est aujourd'hui l'hôpital Ste-Marthe, où l'on disting'ue encore, dans la cour du nord, quelques restes de bâtiments primitifs. Quant à V Aumône, Jean XXII la transféra dans de nouveaux bâtiments, contre le cimetière des juifs, dont l'emplacement existe toujours derrière les mag-asins de MM. Ghave et Genella, au bout de l'impasse de la Pig-notte. Ce nom de Pignotte est précisément l'appellation populaire de l'Aumône (pinhota), que Ton trouve dans les documents de l'époque '.
Au nord-est du palais de l'évêque d'Avig-non, derrière les égalises de Notre-Dame et de St-Etienne, se trouvait un autre ensemble de constructions, appelé le Trouillas (Stare ou Domus Trullatn), qui avait, outre des bâtiments d'habitation, des dépendances diverses et un jardin. Ce nom de Trouillas, resté à la plus haute tour actuelle du Palais des Papes, a fait dire jusqu'à présent qu'il y avait là l'ancien Pressoir public de la ville % bien que ce ne
1. Baluze, I, 342 :« i/ospito/e tiiircp pulchritudinis pro tune noviter œdificatum et dotatum per Bernardum Rascasii, legum doctorein, civein aveaionensem . »
2. Fr. Ehrle, Hist. Bibl., p. 683 : « Anno 1544, die iejunii. . .Acquisitio hospitii... ad auonentutn hospilii Eleeiitosine Panhole confrontati cuin ciiuiterio Judeorum . »
3. Ce qui a fait croire à un pressoir public, c'est l'expression «Domus communie de TruUatio », employée dans une pièce du chartier de
soit pas Trouillas, mais Trouïadou, qui sig'nifie en provençal l'endroit où on foule les raisins i.
Je ne crois pas qu'il ait existé à Avig-non un Pressoir publie, dont les plus anciens statuts communaux ne portent pas trace. Qu'y aurait-on pressé ? Il n'y a pas de culture d'oliviers dans tout le territoire, trop riche et trop irrig-able. Donc, pas de pressoir d'huile. Il n'y a pas davaniag'c, pour les mêmes raisons, d'exploitation vinicole ; à peine quelques pièces de vignie dans les terrains hauts et g'raveleux, à l'extrême limite du territoire, et quelques autres éparses çà et là. C'eut été une sing-ulière idée d'oblig'er les petits propriétaires d'apporter de fort loin leur récolte à un pressoir public perché sur l'endroit le plus escarpé du rocher des Doms, où on ne pouvait gTimper que par le long* escalier qu'a remplacé aujourd'hui celui dit de Ste-Anne, à moins de faire un long^ détour en traversant toute la ville et en montant péniblement les rampes du Rocher.
Il n'y avait pas davaniag'c de pressoir épiscopal. L'évêque avait des vig-nes ; il en est (|uestion dans les textes ; mais il avait aussi, pour faire son vni, du côté de Ghampfleury, une exploitation ag-ricole, défendue par une tour, au sonnnet de laquelle, chaque nuit, veillait un g*arde du territoire, qui
l'évêché (1235). Or communie ne désigne pas la commune, mais la communauté des chanoines, par opposition à la mense personnelle de
i'évèque.
1. Voir Mistral, Trésor dôu Felibrige, pour les deux mois : Trouiadou et Trouias.
annonçait, soir et matin, au son d'une corne, le comhiencement et la fin de son service ^
Qu'était donc le Trouillas du Rocher? Trouille et Trouillas en provençal désig-nent un palais (bas latin : Tridlum). C'est ainsi qu'à Arles on appelle la Trouille l'ancien palais de l'empereur Constantin ^ De même le Trouillas d'Avig-non avait pu être le plus ancien palais de l'évêque ; peut-être, plus anciennement, était-ce la résidence du g-ouverneur romain en dessous de la forteresse et de l'enceinte (Castrum) qui occupait le sommet du rocher. Il est à remarquer que les seules inscriptions antiques d'Avig-non, à caractère exclusivement public et administratif, ont été trouvées à la cathédrale ou dans ses abords immédiats. L'inscription si commentée du Préteur des Volsques, la dédicace de Tibère à sa parente Drusille, déifiée, la belle tête antique qui est peut-être celle de cette princesse, plusieurs autres débris conservés avec ceux qui précèdent au M usée-Cal vet, ont été trouvés près du Iroiiillns*. Il voisinait probablement avec un temple dont les premiers chrétiens firent leur ég-Hse,