‹ Le palais du Louvre; architecture -- mobilier -- objetsChapitre 46 sur 57 · CHEMINÉE · texte numérisé non relu

CHEMINÉE

Le plus célèbre de ces artisans que l’histoire doit hausser au ütre d'artiste, est André Charles Boulle, né en 1642, mort en 1732, Avant [ui, Pierre Boulle, tourneur et menuisier du roi, logeait au Louvre: on ne sait trop quel lien de parenté 1l y eut entre Pierre élChanies Ce dernier obtint aussi d’'habiter le Louvre. L’anecdote a été souvent citée de Colbert écrivant à Louis XIV, en Flandre, pour savoir à qui donner le logement du Louvre, au fils de Jean Macé, qui venait de mourir, et qui était «malhabile en son métier». ou au «nommé Boulle», qui était le «plus habile de Paris», et du roi répondant en marge: «Le logement des galeries au plus habile.» André Charles Boulle habitait le faubourg Saint-Germain, et ne s'installa qu’en 1688 au Louvre, où il travailla avec ses quatre fils. Il mourut très âgé, et misérablement, ruiné par un incendie qui dévora ses modèles, ses bois précieux. À sa mort, deux de ses fils restèrent au Louvre: Jean-Philippe et Charles- Joseph. Un troisième, Charles-André, ouvrit un atelier à la barrière de Sèvres. Le quatrième, Pierre-Benoît, s'établit faubourg Saint- Antoine, qui est ainsi redevable aux Boulle de son renom pour les travaux de l’ameublement. Le grand ébéniste Boulle est le seul” qui ait laissé son nom à un style. Quand on dit: «lestyle” Boulle», on évoque des meubles riches et sévères, des bois établis avec la forte construction du Moyen-âge et de la Renaissance, des marqueteries qui forment un tout solide, des cabinets, des cassettes, des cabarets, des consoles, des commodes, des bahuts, des armoires, des tables, des bureaux. Il sont presque tous en bois noirs, avec lesquels s’allient merveilleusement la marqueterie de cuivre et d’écaille, les angles et les frises de bronze, les ornements d’or et d'ivoire. Boulle a eu, pour-faiseurs de modèles, Jean Bérain, Domenico Cucci, tous deux établis aux Gobelins où ils travaillaient sous la direction de Lebrun.” Il y a au Louvre de nombreux meubles de Boulle et

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de son ‘école, armoires, consoles, commodes, etc..., et {aussi des meubles fastueux ‘de Ia même époque, (comme la table en bois sculpté et doré, aux pieds en forme de soufflets, qui provient du château de Vaux, où Fouquet lutta de magnificence avec Louis XIV.

L'époque de Louis XV est splendidement résumée par des œuvres de choix: le bureau de Choiseul, en laque et bronze doré: un bureau en marqueterie et bronze doré où Cressent a mis la marque joliment contournée de son talent; la grande console en sa richesse romaine encore accommodée à la mode théâtrale du XVIlsiècle C'est, enfin, l'œuvre de Œben, Riesener et Duplessis, le «Bureau du Roi». Œben, élève de Charles Joseph Boulle, qu’il remplaça comme ébéniste du roi aux Gobelins, puis à l’Arsenal, mériterait de survivre quand il n'aurait pour titre de gloire que d'avoir concu et commencé l'exécution de ceite pièce unique du mobilier français, car ben n'acheva pas ce chef-d'œuvre. Il faut tenir compte à Riesener de la discipline qu'il accepta en terminant ce beau meuble dans l’esprit où il avait été voulu. Pour les cuivres ciselés qui le garnissent, la galerie du sommet, les feuillages qui enserrent la forme générale et les divisions du meuble, les tiroirs ventrus et les pieds recourbés, le ruban placé au tiroir du centre, les amours qui surmontent la petite pendule, les vases placés aux angles, les deux figures assises et étendues sur l’arête courbe du cylindre, ces cuivres sont de Duplessis, Hervieux et Winant. Les figures de Duplessis, dans leur format réduit, ont la grandeur et la force de véritables statues, par leur modelé gras, la souplesse de leur attitude. Elles soutiennent des torchères fleuries en tulipes et occupent leurs places aux angles du meuble avec la même aisance que les dieux et les nymphes, les amours et les naïades du pare de Versailles, au repos sous les bosquets et au bord des pièces d’eau.

Bureau de dame, par Riesener (Louis XVI)

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