‹ Le palais du Luxembourg, origine et descriptionChapitre 54 sur 84 · PAR M. E. DELACROIX · texte numérisé non relu

PAR M. E. DELACROIX

La peinture de la coupole, au centre de la bibliothèque, représente les limbes décrits j>ar le Dante au A" livre de son Enfer. C*est une espèce d'élysée où sont réunis les grands hommes qui n*ont pas reçu la grâce du baptême : ^ Leur grande renommée, qui vit encore là-haut sur votre » terre j leur a valu une distinction si précieuse. « Ces mots, tirés du poème, sont inscrits sur un cartouche élevé par deux enfants ailés et indiquent le sujet; la légende, portée par un aigle dans une autre partie du ciel , complète cette explication ; elle signifie : ^^ Je vis TiUustre ' compagnie du poète souverain qui plane, comme V aigle y au-dessus " de tous les poètes. -

La composition est disposée en quatre parties ou groupes principaux : le premier, qui est comme le centre et le plus important du tableau , se trouve en face de la fenêtre donnant sur le jardin ; il représente Homère appuyé sur un sceptre, accompagné des poètes Ovide, Lucain et Horace. Il accueille le Dante, qui lui est amené par Virgile. Une source divine sort de terre sous ses pieds, et Veau de cette espèce d'Hippocrène est recueillie par un génie-enfant, qui semble Toffrir dans une coupe d'or au Florentin, le dernier introduit dans cette compagnie illustre. Sur Tun des côtés et en avant, Achille assis près de son bouclier et rapproché du groupe que domine Tauteur de V Iliade; de lautre, Pyrrhus revêtu de ses armes, et Annibal ; ce dernier debout, les regards tournés du côté du tableau où Ton voit les Romains.

En retournant à gauche on trouve le second groupe, qui est celui des

illustres Grecs : Alexandre appuyé sur Tépaule d*Aristote, son maître, se tourne vers le peintre ApcUe assis devant lui, comme s*apprétant à saisir les traits du héros macédonien. Aspasie enveloppée d'une draperie blanche, Platon appuyé sur un cippe, et derrière lui Alcibiade coiffé d'un casque, et quelques figures dans lombre d'un bocage de lauriers et d'orangers, entourent Socrate, qui discute familièrement. — Un génie ailé lui présente une palme, symbole de l'oracle qui l'avait proclamé le plus sage des mortels. — En avant dans l'ombre, Xénophon couronné de fleurs et tourné vers Démostbène, qui tient un rouleau sur ses genoux.

La troisième face ou division montre Orphée , le poète des temps héroïques, assis et sa lyre à la main. La muse qui vole à ses côtés lui dicte des chants divins. Hésiode, couché près de lui, recueille de sa bouche les traditions mythologiques de la Grèce, et la Lesbienne Sapho lui présente ses tablettes inspirées. Une panthère attentive s'étend à leurs pieds. Derrière ces personnages et dans une prairie riante, on voit errer ou se reposer d'autres ombres privilégiées. De jeunes femmes cueillent des fleurs sur les bords d'un ruisseau qui serpente dans ces lieux agréables, et des animaux des forêts s'approchent timidement pour s'y désaltérer.

Le quatrième côté est celui des Romains. Portia, assise près de Marc- Aurèle, montre un vase qui contient des charbons ardents, instruments de sa mort volontaire. Caton d'Utique, s'adressant à sa fille et au sage empereur, tient à la main le célèbre traité de Platon : son épée repose sur la terre, la pointe tournée vers ses entrailles. — A gauche de ce groupe, on aperçoit Trajan dans l'ombre projetée par un grand laurier, et sur un tertre plus éloigné, apparaissent César en habit de guerrier, tenant un globe et une épée , et près de lui Cicéron et quelques personnages romains. Deux nymphes, dont l'une entièrement nue et couchée sur une urne, l'autre assise sous le laurier et jouant avec un enfant, occupent le devant de cette partie du tableau. — La partie de droite montre sur le premier plan Cincinnatus, appuyé sursa bêche et dans un équipage rustique ; il sourit à un jeune enfant qui s'est chargé de son casque, et semble le génie de Rome, qui l'invite à reprendre les armes.

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