LE 25 AOUT
de eet édifice qui^au dire de Nicolas Remy (i), ne ie cédait à aucun autre < en solidité de structure, commodité de logement, salubrité d'air et embellissement de tout ce que la main de l'homme y a pu apporter. > Touchant, d'un côté, à la colgîale princiére de Saint-Georges ; de l'autre, à l'église funèbre des Cordeliers, il formait, avec ces deux monuments, un majestueux ensemble -qui explique l'admiration dont il élait l'objet. Bu reste, on peut s'en convaincre en jetant les yeux sur la planche de la Pompe funèbre de Charles III, où est représentée la façade sur la Grande-Rue avec tous ses détails d'architecture ; et sur celles on Callot et Deruet nous montrent le Palais Ducal avec ses jardins et ses bâtiments, tel qu'il était dans la première moitié du XVIP siècle, c'est-àdire au temps de toute sa splendeur (2).
Malgré la tradition constante et généralement admise, qui attribue au duc Raoul la fondation du Palais Ducal, je crois qu'il faut faire remonter à une époque antérieure au règne de ce prince la construction de cet édifice.
(i) Discours des choses cuivenues en Lorraine, depuis le decez du duc Nicolas, jusques à celuy du duc René, Poot-à-Mousson, par Melchior Bernard... 1605.
(2) Je parlerai plus loin de ces deux dernières gravures, qui oc~ cupent une place importante dans l'histoire du Palais Ducal.
Un manuscrit (i), malheareusement incomplet, conservé à la Bibliothèque publique de Nancy, et que j'ai eu occasion de citer dans ma notice sur la collégiale Saint-Georges, donne à entendre qu'il existait déjà, du temps de Ferry III, ou même de Mathieu II, un château sur l'emplacement de celui qu'habita Raoul ainsi que la plupart de ses successeurs (2).
Le manuscrit dont je viens de parler, commence par ces
mots : c palais une chapelle sous l'invocation de sainte
Catherine, peut-être à cause de la singulière dévotion de Catherine de Limbourg, sa défunte mère, à l'égard de cette sainte martyre. > Or, on sait que Catherine de Limbourg était femme de Mathieu II et mère de Ferry III.
On lit encore dans VEtat du temporel des paroisses (5), dressé, dans les premières années du XVIII® siècle, par ordre de Léopold, que Raoul, ayant le dessein d'établir une église de chanoines réguliers à Nancy, « choisit cette cha-
(1) Histoire du chapitre de Saint-Georges et de ses prévôts.
(2) Ce châteaa ne saurait être celai dont il est parlé dans réchaDge fait^ en 1153^ entre Drogon l^^ et le duc de la Lorraine Mosellauique, puisque le château de Drogon avait la ville au-dessous de lui : castrum de Nanceio, villam subter illud constructam, etc. (Voir ma notice sur la collégiale St-Georges, preuves, p. iv.)
M. Noël, dans le 6® numéro de ses Mémoires pour servir à l'histoire de Lorraine, prétend que, du temps de Thiébaut 1®', c'est-àdire de 1215 à 1220, il existait à Nancy deux châteaux, dont l'un fut brûlé par les troupes de la comtesse de Champagne. Ce château était-il situé, comme le croit M. Noël, sur l'emplacement de l'ancienne Tonderie ? était-ce le Sorupt, comme je Pai dit ? ou bien était-il construit à l'endroit qu'occupa le Palais de nos ducs ? Toutes les supposition» sont permises, mais aucune n'est corroborée par des preuves.
(5) Archives du département.
pelle castrale (celle de Sainte-Catherine) ou église faisant partie de son palais, et Térigea en collégiate à Thonneur de Dieu, de la sainte Vierge et de saint Georges, laquelle il avait fait bâtir à ses frais, v
Outre ces deux documents, dont le caractère d'authenticité est, il est vrai, fort contestable, il en existe un qui mérite toute confiance, et où se trouvent confirmés, jusqu'à un certain pomt, les faits qui viennent d'être allégués : c'est le titre d'érection de la collégiale Saint-Georges (1). On y lit que Raoul fonde cette église dans une partie de son hôtel ou de sa maison {in quâdam parte hospitii nostri seu domûs nostrœ).
Ce titre est de l'année 1339 ; Raoul n'avait commencé à régner qu'en 1329, et encore sous la tutelle de sa mère, puisqu'il n'était âgé que de quinze ans. Est-il raisonnablement admissible qu'un si court espace de temps ait sufli à la construction d'un hôtel renfermant une chapelle, surtout si l'on considère que, de 1332 à 1339, Raoul eut à s'occuper de ses démêlés avec les bourgeois de Toul et l'archevêque de Trêves, et de sa guerre avec le comte de Bar ?
On pourrait , à la vérité, opposer à cette assertion le passage suivant de la Dissertation historique sur Nancy (2), qui paraît concluant au premier abord : « Le principal bâti-
(1) Voir la notice sur Si-Georges, preuves, p. v, où se trouve reproduit le texte français de la fondation de la Collégiale.
(2) Dissertation historique sur la ville de Nancy, composée en 1619 par M. le président de Rennel, augmentée et conduite jusqu'h Tannée 1752^ par J.>F. Nicolas fils, citoyen de Nancy. Ms. de la Bibliothèque publique de Nancy. Cette Dissertation, désignée généralement sous le titre de Mémoire de M. de Rennel, a été composée, en réalité, par un chanoine de la Primaliale^ dont on ne sait pas le nom.
ment de Nancy, c'est le Palais où demeurent les ducs souverains de Lorraine, autant accompli que palais qui fût en Europe, pour ce qu'il coniieni. Le premier qui l'a commencé et rendu commode pour y loger ^ fut le duc Raoul ; quanta ses prédécesseurs, ou ils demeuraient à Neufchâteau, ou à Amance, ou à Châtenois, et plusieurs en France pour l'ordinaire. Néanmoins quelquefois ils résidaient à Nancy, comme Theodoric (Thierry).... qui demeuroit au vieux château (1). Mais le duc Raoul fit sa résidence en ce Palais..... où Jean, son fils, et Charles II ont aussi résidé, mais principalement René II, qui.... y a établi du tout sa demeure et disposé le Palais pour lui et ses successeurs.... »
Le Mémoire auquel sont empruntées les lignes qui précédent, n'a été écrit qu'en 1619, et ne peut être, par conséquent, considéré comme aussi digne de foi qu'un document contemporain : ce qui le prouve, c'est que, sur plusieurs points, il n'est pas d'accord avec la Chronique de Lorraine. 11 me semble donc qu'il ne faut pas lui accorder une importance trop grande, et qu'en ce qui concerne Raoul, par exemple, il faut se borner à admettre que ce prince rendit le Palais « commode pour y loger. »
Quoiqu'il en soit, il parait certain, d'après les témoignages que je viens de citer, que ce Palais, cette maison ou cet hôtel, comme on voudra l'appeler, est antérieur à l'année 1359. Il était bâti très-solidement et flanqué, par derrière, de tours dont on a trouvé les vestiges en détruisant le bastion des Dames pour former la terrasse de la Pépinière. Un mur, également flanqué de tours, partait de ce château et, tra-
(1) VÂntiquum Palatium, bâti sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui Phôtel de la Monnaie, et dont, en 1298, Ferry III abandonna une partie aux Prècheresses, pour y construire leur couvent.
versant l'espace occupé aujourd'hui par la Carrière, rejoignait celles de la porte Saint-Nicolas, laquelle s'élevait à Textrémité de la Grande-Rue (1). Une enceinte pareille reliait peutêtre le château à VAntiquum Palatium^ et complétait ainsi Fensemble des fortifications de Nancy à cette époque.
D'après l'auteur de la Dissertation historique , Jean P*^ et Charles II faisaient leur résidence au Palais Ducal. Cette assertion, du moins en ce qui a rapport au dernier de ces princes, est, jusqu'à un certain point, contredite par la Chronique de Lorraine. On y lit, en effet , qu'après la victoire qu'il remporta sur les Messins en 1429, Charles enferma ses prisonniers dans la Grand' Maison (le bâtiment actuel de la Monnaie), et c print sa demourance en la maison où à présent le Clerc Juré demeure. » La même Chronique, en racontant la venue de Jeanne Darc à Nancy, dit que le duc avait son écurie à l'endroit où s'élevèrent plus tard l'église et le couvent des Cordeliers : c Le Duc pour lors son écurie estoit où les piedz deschaulx sont à présent. >
J'ignore absolument quels travaux furent faits au Palais sous les premiers successeurs de Raoul, et quelle importance avait cet édifice. H parait qu'il était déjà considérable ; car,
(1) Histoire des villes Vieille et Neuve de Nancy, par J.-J. LioDDois. SaivaDt cet historien, le Palais de Raoul était placé k peu près dans l'endroit où était le bastion des Dames, u Lorsqu'on a démoli ce bastion, on a trouvé les restes des cuisines dans les tours qui flanquaient ce Palais. Il est probable qu'elles étaient environnées de fossés pleins d'eau, et que c'est la la cause et l'origine de la mare où les filles et les femmes de Laxou venaient battre l'eau la première nuit des noces de nos anciens souverains, n Cette servitude, dont il n'est, du reste, fait mention dans aucun document authentique, fut, dit le même historien, abolie par Renée de Bourbon, épouse d'Âatoine, en reconnaissance du bon accueil que lui avaient fait les femmes de Laxoo lors de son arrivée à Nancy.
'dans le récit qu'il nous a laissé des fêtes qui furent célébrées à Nancy en 1445, pour les doubles fiançailles dlolande d'Anjou avec Ferry de Vaudémont, et de Marguerite de Lorraine avec le roi d'Angleterre, un écrivain digne de foi (i) semble dire que ces fêtes eurent lieu au Palais, où se trouvaient réunis en grand nombre des princes, des seigneurs et de nobles dames.
D'après ce que disent d'autres écrivains, on serait tenté de croire que l'étendue du Palais ne permettait pas d'y offrir l'hospitalité aux étrangers de distinction qui visitaient la capitale de la Lorraine. Ainsi, lorsqu'en 1457, une députation de Hongrois passa par cette ville, se rendant prés du roi Charles Vil, on fut obligé de les loger « en la maison Pelegrin. »
Vers le même temps, cinquante chevaliers français, de la garnison de Vaucouleurs, étant venus à Nancy prendre pari à un tournoi auquel ils avaient été conviés, on les logea, dit Henriquez (2), < dans la maison de Jean Perrin, où sont à présent les Cordeliers. »
Quoiqu'il en soit, le Palais Ducal s'appelait anciennement
(1) M. de Villeoeuve. Je dois ajouter cependanl qae le savant auteur de l'Histoire de René cP Anjou se trompe en disant que les tournois offerts par René I^'^ au roi Charles VU et aux gentilshommes de f rance et d'Angleterre, eurent lieu sur la Carrière. Ce fut seulement sous Charles III que la Rue Neuve fut aplanie et servit aux joutes. Jusqu'à cette époque, les combats chevaleresques se donnèrent, soit dans la cour du Palais, soit sur la place du Château, aujourd'hui la place des Dames. C'est là notamment que six des chevaliers français de la garnison de Vaucouleurs luttèrent contre six gentilshommes lorrains, auxquels resta l'honneur de cette journée. (La Chtonique de Lorraine , qui raconte cette particularité, la fixe à l'année 1462.)
(2) Abrégé chronologique de V histoire de Lorraine,
la Courtj nom qu'il porta longtemps, et qui lui venait sans doute de sa destination même.
Le duc Nicolas étant mort subitement à son retour de France (1475), on prétendit qu'U avait été empoisonné (enherbé) par quelques-uns de ses serviteurs, et le peuple se précipita en foule dans le Palais pour punir ceux qu*il soupçonnait d'être les auteurs de ce crime, c Quant à la Court viûdrent, dit la Chronique, ne trouvèrent que le pauvre Duc, qui sur son lit de camp estoit, vestu d'une longue robe de velour noire, une barette sur sa teste, des bourgettes les pieds chaussiés, uneespée tout du loing de luy... >
Ce fut dans la Court que René II, après avoir prêté serment à St. -Georges, vint s'établir avec la noblesse qui l'accompagnait. < Apres la messe dicte, les seigneurs dedans furent menez, là firent grande chiere avec les seigneurs de la chevalerie l'espace de quatre jours. »
Au mois de septembre 1475, lorsque le duc de Bourgogne passa par Nancy, conduisant à Dijon le corps de son père Philippe, René t luy presentit sa Court pour luy estre logié.... sy en la Court losgié ne se vouloit, on avoit desja pour luy ou pour le duc René, prins le losgis en la maison de Vatrin Maloix, que pour lors en Lorraine estoit recepveur. Le duc Charles moult remercia du présent que le duc René luy présenta; dict le duc Charles : Pour sy peu de temps qu'ay icy à demeurer, j'ay un losgis assé raisonnable, je prendray en patience... »
Deux ans après, Charles-le-Téméraire entrait en triomphateur dans ce même Palais où il avait refusé l'hospitalité du trop confiant duc de Lorraine ; entouré de princes et de seigneurs, ses vassaux ou ses alliés, il y présidait les Etats du duché, et adressait à ses nouveaux sujets les promesses les plus propres à tromper leur patriotisme. « Sa personne en
la Court fut pris son logis. > Elle c estoit pour ses gens moult noblement préparée, toutes les chambres bien aornées et la cuisine bien apprestée. Le Duc et tous les plus grands dedans ladite Court fut mené à grand triomphe... Moult bien la grande salle fut préparée; deux cheminées y avoit, les fit abattre; ung grand prétoire en ladite Salle fit dresser, tous tendus de drap de soye, la chaire au milieu toute couverte de drap d*or (i)... »
Je serais porté à croire, sans cependant oser l'affirmer, que la Grande Salle dont parle la Chronique, n'est autre que la Galerie des Cerfs; on trouve, en effet, dans les comptes de cette époque, la mention d'une somme de six deniers, payée par le Cellerler de Nancy, « pour corde à pendre la corne de serfz qui sert de chandellier en la grant salle de la Court. »
Les ofiiciers du duc de Bourgogne s'étaient logés dans le Palais : M. de Bièvre, gouverneur de Lorraine, se tenait dans la chambre de Parement; M. de Mohet occupait une pièce communiquant aux galeries ; les tentes et paviUons de Charles-le-Téméraire étaient enfermés dans le grenier à blé < devers la Grande Salle. »
(1) On trouve ia menlioa saivaote dans le u Papier des receples et despeoces des offices de passageur et celerier de Nancy » poar rannée id7B-ii76 : (1 Fait despeoce de la somme de trente sept livres naefz solz six deniers d'Artois, compté vingt patars pour livres, lesqaelz il a paies et délivrés selon le contenus des parties devisées... en une feuille de papier faisant mention des ouvraiges fais et des ouvriers qui furent mis en envres par l'ordonnance et commandement du maistre d*ostel de monseigneur de Bourgogne pour préparer la salle où a esté tenue la journée des estas de ce pays de Lorraine en ceste ville de Nancy... n
Cest probablement dans cette même salle que René avait tenu les Etats au commencement de l'année 1^75, pour leur faire connaître les molifis qui l'avaient engagé k déclarer la guerre au duc de Bourgogne.
MaU, comme la Com*t avait beaucoup souffert pendant le siège de Nancy, on fut obligé d'y faire de nombreuses réparations. On refit le tuyau de la cheminée de la chambre des Comptes, qui avait été renversé d'un coup de bombarde; on recouvrit tout à neuf le toit du petit grenier joignant la Grande Salle < pour ce que tous ce lois estoit esté desrompu par les AUemans. > Divers travaux furent exécutés en la tour devers la maison de l'argentier, à la loge derrière la cour, à l'endroit de St.-Georges ; à la fontaine, à la grande cuisine joignant la montée de la Grande Salle, à la petite salle, à la chambre du cellerier, à < Tescriptoire, > à la grande salle dessus la cuisine, à la tour de la chambre des Comptes, au beffroi derrière St.-Georges; enfin, à la chambre de Parement, dont les trois grandes verrières avaient été t desrompues (1). »
Le Palais eut encore à souffrir pendant le double siège de Nancy par les Lorrains et les Bourguignons. Aussi, lorsqu'àprès sa mémorable victoire sur Charles-le-Téméraire, René rentra dans sa capitale, qu'il venait de reconquérir pour la seconde fois, c en la Cour pointue peut losgier, parce qu'elle estoit toute désolée; en plusieurs lieux on a voit pris le bois pour chaulfier ceux qui en la garnison estoient. Ledict prince pour son logis eut la maison du prevost Arnoul (2). >
Il n'y demeura probablement que le temps nécessaire pour faire faire au Palais les plus urgentes réparations, et vint s'établir bientôt dans l'antique résidence de ses pères :
Dès qu'il se veit a doalx repos En son palais et domicilie.
Entre vassaalx, clers et sappostz Fist son estât beau et facille (5).
(i) Registre précédemment cité.
(2) Chronique de Lorraine.
(5) Cronicque abrégée par petis vers huy tains des Empereurs, Roys et ducz Daustrasie, etc.
Après avoir donné ses premiers soins à la réformation de la justice et de la police, René résolut c d'agrandir et embellir ses villes de quelques signalez bastîmens et édifices. Et commença par celle de Nancy, laquelle il fit premièrement paver tout à neuf, puis Taccrut de ce beau Palais où ses successeurs Ducs se sont toujours losgez depuis luy (i).... >
Selon Tauteur de la Dissertation historique^ René, « ruina ce qui étoit fait auparavant pour le bâtir superbement et avec beaucoup plus grande commodité que n'avoîent fait ses prédécesseurs. » D'après la Chronique de Lorraine, c'est au mois de mars 4502, que < fut commencée la noble Mason au Heu de Nancy, par l'ordonnance du bon et vaillant Roy René. » Un des motifs qui l'engagea à entreprendre ces travaux, fut, dit-on, de soulager son peuple qui avait beaucoup souffert de la famine l'année précédente.
Telles sont les notes, malheureusement bien succinctes, qui se trouvent dans nos historiens; Nicolas Remy nous apprend encore, mais sans entrer dans aucun détail à cet égard, que, du temps de René II, le Palais communiquait avec les Cordeliers et avec St-Georges : « venant aussi à remarquer la commodité qu'il y a d'aller à couvert dudict Palais à l'une et a l'autre desdictes églises. »
En l'absence d'une vue ou d'une description de la Court à cette époque, il faut se borner à cette simple mention, de laquelle il semble ressortir que le Palais embrassait alors, sur la Grande-Rue, l'espace qu'il occupe encore aujourd'hui.
Du reste, on aurait tort de prendre à la lettre le passage de la Chronique de Lorraine que je viens de rapporter : les travaux exécutés au Palais par ordre de René, ne datent pas seulement de 1502, mais remontent à l'année même où eut
(i) Nicolas Reiny, ouvrage cité plus hanl.
lieu la bataîHe de Nancy : dès le mois de février 1476, on s'occupa à faire des réparations dans l'intérieur des appartements (1), et en 1477, on trayaillait au c neuf ouvrage de la Court (2). »
En 1479 et 1480, de nouvelles réparations furent faites à l'occasion de la venue de la duchesse de Lorraine à Nancy. Dans le courant des années suivantes, on fit successivement la chambre des armures de Monseigneur (1481-1482), la chambre des Comptes et du Trésor avec leurs appartenances (1488-1489), une nenve chambrette pour la Reine, auprès de sa chambre c qui tend sur les galeries de bois du jardin (1495-1494), etc. Ces travaux furent dirigés par un nommé lean de Forge, ardiitecte ou maitre des^œuvres de la ville de Nancy, puis du duché de Lorraine.
Outre ces indications sommaires, on en trouve beaucoup d'autres qui, groupées ensemble, peuvent, jusqu'à un certain point, suppléer aux détails qui nous manquent, et donner une idée de l'importance qu'avait déjà le Palais Ducal sur la fin du XV* siècle.
Les appartements occupés par le duc se composaient de deux chambres et d'un retrait; d'une garderobe sur la petite
(1) Un chapitre des comptes du Cellerier de Nancy est consacré k la u despence ponr les réfections et rentencions des chambres de l'ostel... failles an mois de febyrier, mars, etc , mil iiij^ soixante el seize, n  dater de celte époque, les registres du Cellerier conlinuent à renfermer des chapitres spéciaux pour la dépense faile chaque année en Thôlef du duc, pour conslruclions, réparations ou enlretien.
(2) Payé k Pelegrin, valet de chambre de monseigneur le duc (par «andement du 27 octobre 1477)..., c fr. (80 livres) que mondit seigneur a ordonné lui bailler pour convertir el emploier an nuef^ ouyraige que mondit seigneur a ordonné faire présentement en la Cour de Nancey. (Comptes du Receveur général de Lorraine pour Tannée U76-U77),
cour; d'une autre chambre « en la tour hault, » peut-être la même que celle désignée comme étant < dans la tour dessus la vieille chapelle; » d'une cuisine de bouche « devant la fontaine de la cour; > d'une chapelle ou oratoire, que le célèbre Gérard Jacquemin, de Commercy, avait décorée de sculptures (1), et où se voyait un portrait de saint Grégoire, peint par maître Barthélémy (2) ; d'une armurerie ou chambre des armures, donnant sur la rue; de deux < escriptoires, » probablement des cabinets de travail, le premier sur le jardin, le second dans une autre partie du Palais, et chauffé par une petite chambre au-dessous; enfin d'une bibliothèque ou librairie, sur les rayons de laquelle, figuraient à côté des œuvres de Jean Gerson (5) et de Bocace, des Chroniques de Froissart
(1) Â Gérard Jaiqaemin , ymagier demearant à Toul, pour une NuDciade avec les armes de Monseigneur quMl a ordonné mettre sous la tablette sur l'autel de là chapelle de Monseigneur... (Comptes du Receveur général pour li80-14^81.)
Je crois devoir ajouter à celte mention la note suivante qui se trouve dans le recueil des Lettres-patentes, sous la date du i^'^ janvier 1486 : M Mandement sur le receveur général Antoine Varrin, portant cent cinquante escus (à raison de vingt cinq gros pièce) reslans de deux cens escus à quoi le Roy de Sicile avoit marchandé à M^ Jacquemin Timaigier, M® des œuvres du grand portail de Peglise cathédrale de Toul, de faire et tailler l'image du Roy de Sicile avec ses armoyries en ouvrage eslevé et icelle asseoir audit grand portail, n
(2) Payé à malstre Berlhelemy, painctre, huict florins d'or pour ung tableau où est painct St Grégoire qu'il a fait pour la chappelle du Roy... xvj fr. (Comptes du Trésorier général pour 1505-1506.) Ce maître Barthélémy est sans doute le même qu'un nommé Bartholomeus Vest, peintre allemand, qui se trouve plusieurs fois mentionné, mais sans aucun détail, dans les comptes du temps de René II.
(5) Â messire Didier Tallart, qu'il avoit payé par ordonnance du Roy à maistre Jehan Grillot pour les œuvres de maistre Jehan Gerson, les relieure et enlumineure d'icelles, dix frans. (Comptes du Trésorier général pour Ii92-ii93.)
(i) , des Histoires de Martii Anlhoni Sabelli , et de Strabo > de Situorbis (2), > des bibles, des bréviaires, un diurnal (5), la plupart copiés par François Elzvir (4) et Gilles du Bouchet (5), reliés par Pierre Jacobi (6), et enrichis d'enlunii-
(1) A Julien Logeart , libraire à Bar, troys florins d'or pour les Chroniques de Froissard et ung florin pour un autre livre de Bocasse, (Comptes du Trésorier général pour 1S05-1506.) Le duc avait précédemment fait acheter, chez le même libraire, plusieurs m petits livres n dont on ne donne pas rinliiulé.
(2) An même, u pour Tachapt de deux livres, assavoir les histoires de Martii Anthoni Sabelli et l'autre nommé Strabo de situ orbis XV fr. (Comptes du Trésorier général pour 1501-1502.)
(5) A Petit Jehan l'orfèvre, demeurant à Nancey, la somme de dix florins d'or de Rin que le Roy luy a fait bailler pour faire des fermil-
Ions d'of à ung diurnal pour ledit seigneur xx fr. (Comptes du
Trésorier général pour 1505-1506.) Une autre mention du même registre nous apprend une particularité assez curieuse : u A Petit Jehan, pour enchâsser des lunettes pour le Roy, deux escuz au soleil»., v fr. iiij gros. i>
(4) A maistre Françoys Elzvir, escripvain, sur ce qu'il doit avoir pour faire le livre de Monseigneur, troys florins d'or... vj fr. (Comptes du Trésorier général pour 1491-1492.) Cet u écrivain n était sans sans doute venu de Provence à la cour du duc de Lorraine : m â Françoys Elzvir, que ledit seigneur Roy luy a fait donner pour s'en
retourner en Prouvence, dix florins xviij fr. iiij gros, n (1492-
(5) À Gilles du Bouchel, escripvain, pour la parpaie du livre qu'il a fait pour le Roy, oultre iiij» escus qu'il avoit receu par avant, icelluy livre contenant ciij caiers, dont il devoit avoir pour chacun cayer ung escu d'or... l fr. (Comptes du Trésorier général pour 1498-1499.)
(6) A messire Pierre Jacoby pour avoir relyé trois des livres dudU seigneur Roy, fait les lellres en l'un d'iceulx, deux florins d'or vallant iiij fr. — A messire Pierre Jacobi, prebtre, demeurant à Si Nicolas, quatre florins d'or pour avoir blanchy, desgressé et relyé ung bréviaire en parchemin appartenant à Monseigneur. (Comptes du Trésorier général pour U92.1493 et 1505-1506).
nures par Jean Grillot, Pierre Garnier (i) et maître Georges (2). Des chaises de bois, sculptées par c Timageur > Jean Crocq (5), meublaient cette bibliothèque où René passait les heures de loisir que lui laissaient les soins de l'Etat. Ce prince, on le sait, c se plaisoit grandement à la lecture, non seulement de l'histoire mais aussi des livres de Philosophie et mesme de la saincte Théologie, des questions desquelles il respondoit es poincts les plus communs, presque aussi pertinemment que ceux qui en font profession ordinaire. Et aussi n'en estoit il peu contant et satisfaict en son esprit, ains en faisoit souvent parade, disant qu'un prince non lettré estoit un asne couronné (4).... > Les appartements de la duchesse, ou de Madame la Jeune,
(1) A Pierre Garnier» nostre painelre» que luy estoit deu de. reste sar ses gaiges quMl a esté en nostre service, et poar enlamineure par lay faicte en une Bible en parchemin glosée, que luy avons fait enluminer, ij^ X livres. — A troys enlumineurs de Paris qui ont prisée Tenlomineure et histoires faictes par ledit Pierre en ladite Bible, xl solz. — A messire Jacques Boucher, preblre, demeurant à Bar, pour avoir reiyé et doré nostre Bible glosée en parchemin en troys volumes, six florins, pour ce viij livres x solz. (Comptes du Trésorier général pour 1485-1486.)
(2) A Georges, enlumineur de Monseigneur, pour achetter des couleurs pour enluminer ung livre que Monseigneur fait faire, six florins d*or... xij fr. (Comptes du Trésorier général pour 1491-1492.) Cet artiste touchait alors cent francs de pension par an pour ses gages. — A Rogier de la Case, pour or, azur et aultres couleurs qu'il a délivrées à Georges, enlumineur^ pour enluminer les livres du Roy, cinq ducatz... xiij fr. iiij gros. (Comptes du Trésorier général pour 1492- 1495.)
(3) A Jehan Crocq, ymageur, pour avoir faictes deux chaires de boys pour le Roy, sept florins d'or... xiiij fr. (Comptes du Trésorier général pour 1495-1496.)
(4) Nicolas Rcmy, ouvrage précédemment cité.
comme on l'appelait, comprenaient, outre quatre chambres, dont Tune attenant à la salle de Parement, une petite chambrette < dessous la chapelle au jardin, > où elle mettait ses bagues et ses joyaux ; la chambre de ses oiseaux ; celle où elle s'occupait d'ouvrages de tapisserie avec ses dames et ses demoiselles d'honneur; sa garde-robe, son retrait, son oratoire, sa cuisine, son garde-manger, sa panneterie, sa saucerie et son échansonneric.
La duchesse*mère (Madame la Grande ou Madame l'Ancienne) avait aussi ses appartements séparés, ainsi que le duc de Calabre; ceux de ce dernier se composaient de deux chambres, d'une garde-robe, d'un retrait, d'un oratoire et d'une salle de billard.
Outre ces logements principaux, il y avait ceux des ofliciers et des domestiques : celui du héraut d'armes Lorraine, qui était concierge du Palais; les chambres des maîtres d'hôtel, des chambellans, des secrétaires, des écuyers d'écurie, des dames d'honneur, du chapelain , du tapissier, etc., etc. Plus de cent cinquante personnes composaient la maison de René II (i), sans compter celles qui étaient attachées au
(1) On voit, par les comptes da Recevear général, pour Ii86-li87, que la maison de René II se composait de 10 chambellans , 5 écuyers d'écurie, 2 maîtres d'hôtel, 2 écuyers tranchants, 5 échansons, 3 pannetiers , 30 gentilshommes de l'hôlci , 6 ecclésiastiques (aumôniers , chapelains, confesseurs), 2 secrétaires, 42 individus composant ce qu'on appelait la chambre (valets de chambre, barbiers, huissiers d'armes, apothicaires, tailleurs, pelletiers, chausseticrs, etc.), 23 officiers de panneterie, échansonnerie , cuisine, saucerie, fruiterie, etc., héraut d'armes, poursuivants, huissiers de salle, etc.; 3 chevaucheurs d'écurie, 7 fauconniers, 16 domestiques, 27 capitaine et archers de la garde.
Les gentilshommes et serviteurs du duc de Calabre étaient au nombre de 35.
Parmi les chambellans de René II, figure un gentilhomme nommé Hardouin de la Jaille, qui remplissait déjà ces fonctions en 1471* Il paraît
service des princes et des princesses, et qui presque toutes habitaient le Palais. Il fallait donc que ce dernier fût considérable, car, en dehors de ses bâtiments de service, il comprenait encore : la chambre des Comptes et celle du Trésor des Chartes (1); les chambres du Conseil ; la Grande Salle; la chambre de Parement, qui, du temps de René II, était destinée à
quMI était spécialement chargé d'organiser les tournois qui se donnaient à la cour du duc. Une noie des comptes du Trésorier général, pour 1481-1482, fait mention d'une somme de 155 francs (124 livres) payée à messire Hardouyn de la Jaille, « pour partie de la despence qu'il a faicte en faisant faire ta part du combat à Nancy. Il avait offert à René U un livre sur les tournois, qui est imprimé dans Wlson de la Golombière, sous ce titre : u Advis tres-considerable et tres-curieux, touchant les combats en champ clos, présenté par Messire Hardouin de la Jaille, Chevalier, à René, duc de Lorraine et de Calabre, dans lequel plusieurs belles remarques sont faites, n [Le Vray Théâtre â^Honneur et de Chevalerie, etc.)
(I) Les comptes du Gellerier de Nancy, pour 1488-1489, contiennent un chapitre intitulé : u Despence pour avoir fait faire par ordonnance de Monseigneur la chambre des comptes et du trésor avec les appartenances en Tannée de ce compte, u On trouve, dans ce chapitre, entre autres mentions, les suivantes : ti Payé à Mengin Noyer (d'Ëssey) et Didier du Neufchaslel, pour la marchandie faite avec eux de faire tout à neuf la vis (l'escalier) de la chambre des comptes , Ixxv fr. — A eux pour l'huixerie bas (la porte d'en bas) de ladite vis à molore et à pilliers aux armes de Monseigneur, avec deux anges d'une part et d'autre, xx fr. it Le toit de Pescalier était couvert de tuiles plates venant de la tuilerie de Brichambaut ; u le pommet, ti fait de feuilles de fer blanc, était surmonté d'un panon en or, aux armes du duc, peint par Jean le verrier.
Les comptes du Receveur général, pour 1481-1482, renferment la mention suivante que je crois devoir rapporter ici, parce qu'elle se rattache à Pun des artistes que je viens de nommer : a Payé à Mengin Noyer, masson, demeurant à Essey, iiij^x iiij fr. xj gros sur certain ouvraige qu'il a fait de l'ordonnance de Madame en une petite chapelle commencée à faire à Sainct Tbiebaut devant Nancy, que madite dame avoit dévotion, d
la tenue des assises (1) ; le jeu de paume ; de grands et de petits poêles qui servaient de lieux de réunion aux gens de rhôtel; divers < escriptoires > ou cabinets de travail; plusieurs oratoires; la chambre de la Tour sur le jardin ; le befl^i où se faisait le guet de nuit sur la muraille du jeu de paume; les salles à manger » cuisines , aumônerie, cellerie, geliniéres, charbonnière ; la maison et logis des lions et de leur maître, et beaucoup d'autres locaux p^us ou moins importants, dont on trouve Ténumération dans les registres de comptes de la fin du XV** siècle ; j'ajouterai enfin que le Palais comprenait, dans ses dépendances, deux jardins, le petit et le grand, appelé aussi le jardin des champs, et qui communiquait à la campagne par un pont-Ievis placé dans une tour carrée dont la porte était garnie de créneaux.
Ces hôtes, Uen incomplètes, ne peuvent guère servir de légende aux vues du Palais Ducal, qui nous ont été conservées, mais elles permettent de constater l'ancienne importance de cet édifice, et de repousser, comme dénuée de fondement, l'opinion de ceux qui en ont attribué la construction au duc Antoine.
A partir du commencement du XVP siècle, les travaux que René II avait ordonné faire au Palais, furent poussés avec plus d'activité qu'auparavant, et des sommes plus considérables y furent affectées : de 1501 à 1508, elles s'élevèrent à près de 26,000 francs qui, suivant les termes employés par le Receveur général, furent convertis < à l'ouvraige neuf de la maison dn Roy à Nancey (2). »
(1) Payé à Gollignon le cloweteur poar demi cent de crochetz quMI a délivré aa tapissier poar alachier la tapisserie en la chambre de parement en la yenue da Roy aux assises tenues le xvij® jour dudit mois (juin), ij gros. (Comptes du Cellerier de Nancy pour 1495-14-96.)
(2) De 1501 à 1514, les comptes du Receveur général renferment
£n quoi consista ce < neuf ouvrage, ^ qui fut continué par Antoine? Faut-il admettre, avec l'auteur de la Dissertation^ que René fit démolir entièrement le vieux Palais pour le rebâtir superbement et avec plus de commodité ? C'est ce que j'ignore et ce qu'il est difficile de préciser. Les registres où l'on pourrait trouver des documents précis à cet égard, n'existent malheureusement plus , et on en est réduit à des hypothèses plus ou moins admissibles.
J'ai précédemment nommé quelques-uns des artistes qui, dans là période dont je m'occupe, travaillèrent à embellir le Palais Ducal : il y en a d'autres que je ne dois point passer sous silence, parce que leur nom se rattache à l'histoire des arts dans notre province sous le règne de René II; tels sont les peintres Bertrand Maillet; Hugo, de Toul, qui avait c pourlraict par deux fois » les armes du duc sur le portail de la cathédrale ; Bertrand, de Lunéville ; Jacques Moult, à la fois peintre et < imageur; » Hanss Serranch et Hans Wachelin, artistes allemands; l'enlumineur François Bourcier ,
UD chapitre spécial intitulé : « Bespeoce poar le neuf oavraige qae Ten fait présentement à Nancy. » Voici la mention da compte de 1501- 1502 : u Le Receveur fait ici despence de iiij*" (4,000) franz^ xij gros pour franc, qu'il a prins par ses mains des deniers de sa recepte pour convertir a Touvraige neuf de la maison du Roy à Nancy et meismes des deniers des aydes de ceste année, dont ii s'en fera recepte au compte desdils ouvraiges. » La même mention est répétée dans les registres suivants ; je me bornerai à indiquer le montant des sommes dépensées chaque année : 1501-1502, i,000 fr. — 1502-1503, 1,000 fr. — 1504-1505, -i,600 fr. — 1505-1506, 7,500 fr. (7,000 livres) et 600 livres. — 1506-1507, 2,500 fr. (2,000 livres). — 1507-1508, 300 fr. -- 1509-1510, 800 fr. — 1510-15H, 5,000 fr. (4,000 livres) et 2,800 fr. — 1513-15U, l,iOO fr. Il manque, comme on le voit, dans cette série, les registres de 1503-1504^, 1508-1509, 1511- 1512, 1512-1513. Mais, pour 1511-1512, il y a un compte tout particulier, dont j'aurai bientôt occasion de parler.
qui avait été envoyé à Paris aux frais du prince pour y apprendre son art , les peintres verriers Pierre de Strasbourg , l'auteur des vitraux qui décoraient Téglise des Cordeliers ; Jean, Honoré et Thouvenin, lequel refît à neuf, en 1481, la grande verrière de dessus le maitre-autel des Cordeliers de Mirecourt; les fondeurs Jean Lambert, et Laurens, auquel fut confiée la < sépulture » de Ferry de Yaudémont ; les architectes Jean de Forge et Jacot de Vaucouleurs; enfin, les sculpteurs Pierre de Toul et Mansuy Gauvain ; ce dernier surtout, dont les œuvres subsistent encore, et sont l'objet de notre légitime admiration.
4S08'ISM.
J'arrive à la période la plus intéressante de l'histoire du
Palais Ducal, c'est-à-dire au règne du duc Antoine. Suivant
l'auteur de la Dissertation^ ce prince < fit faire la Galerie
des Cerfs avec la Porterie, et ajouter au Pateis plusieurs pièces nécessaires. »
Je ne sais jusqu'à quel point la première partie de cette assertion est fondée, et il me semble qu'on a pris pour des constructions nouvelles de simples travaux de restauration et d'embellissement; il serait peut-être plus juste de dire, et je vais essayer de le démontrer, qu'Antoine fît refaire la façade du Palais sur la rue (1), décorer la Galerie des Cerfs, et enrichir de sculptures la Porterie à laquelle il a donné son nom.
Outre le passage de Nicolas Remy, que j'ai précédemment cilé, et où il est dit qu'on pouvait aller à couvert de la Court à St-Georges et aux Cordeliers, une foule de notes consignées dans les registres du Cellerier et du Receveur général, établissent qu'il existait une communication entre ces trois bâtiments. Maintenant, où était cette communication? Les tribunes réservées au duc, tant aux Cordeliers qu'à St- Georges, se trouvant dans la partie supérieure de ces églises, il est plus que probable qu'on y arrivait , soit par des gale-
(i)GeUe supposition pourrait être autorisée par la quantité considérable de pierres de taille employées en iëli-1512y et surtout par l'intitulé suivant d'un des chapitres du compte de cette année r u Charryaige de repoulx des fondemens des pilliers de la muraille au loing de la rue, n
ries , 90Ît par des appartements situés aux étages supérieurs du palais (1).
Quelle était, d'ailleurs, cette Grande Salle où René II et Charles-le-Téméraire tinrent les Etats, et où fut passé, le 13 février 4508, Fade relatif à Fémancipation d'Antoine (2) ? Ainsi que je l'ai dit plus haut, j'ai tout lieu de croire que cette salle était la Galerie des Cerfs, non seulement à cause de la corne de cerfs qui y servait de chandelier, mais encore à cause de sa qualification , qui s'applique parfaitement à cette vaste Galerie. D'ailleurs, aucune mention des travaux exécutés sons le duc Antoine, n'est relatif à sa construction ni aux dépenses, certainement considérables, qu'un ouvrage de cette importance eût occasionnées. J'ajouterai , toutefois, que je ne fais qu'émettre ici un doute, et non pas une affirmation (5).
(1) Il semblerait^ d'après les découvertes qai ont élé faites lorsque Ton a restauré le yestibnie donnant sur la cour des bureaux de la préfecture, pour y établir le Musée lorrain , qu'à une époque qu'il est difûcîle de déterminer d'une manière bien précise , mais qui très-vraisemblablemenl se rapporte an règne de René II , Taile du palais longeant la Grande-Rue , ne se prolongeait pas jusqu'à l'Eglise Saint-Georges. On a trouvé, en effet, dans le vestibule dont il vient d'être parlé , des ouvertures de portes et de fenêtres qui devaient avoir une destination quelconque , et donner sur un espace laissé vide entre le palais et la collégiale. Ce fait laisse le champ libre a une foule de conjectures. Mais il est à peu près impossible d'émettre , à cet égard , une opinion positive.
(2) Acte passé en la Grande Salle du Palais Ducal k Nancy, par les comtes, barons, chevaliers, baillis et autres nobles, les abbés, prieurs, collèges et gens d'église, ensemble les bourgeois et commun peuple du duché de Lorraine et de Rar, convoqués et assemblés, représentant les trois Etats desdits dnchés, au sujet de l'émancipation d'Antoine, duc de Lorraine et de Rar. (Trésor des Charles, lay. Etats généraux II , nf* 61, et Cartulaire de Lorraine, Liber omnium.)
(5) La qualification de Grande Salle fut donnée plus tard k la salle
Quant à la Porterie, elle est déjà désignée sons ce nom en 1484 (1), mais uniquement, sans doute, parce que cette porte était l'entrée principale du Palais.
Quoiqu'il en soit, c'est bien Antoine qui peut revendiquer l'honneur d'avoir fait décorer et embellir ces deux parties si intéressantes de l'ancienne résidence de nos ducs ; il fît continuer et presser avec la plus grande activité les travaux commencés par son prédécesseur ; des ouvriers y furent occupés de jour et de nuit (2) , et le Receveur général de Lorraine fut chargé de tenir des comptes particuliers des « recettes et dépenses pour les ouvrages faits en la maison de monseigneur le duc. >
Malheureusement, ces registres, où l'on trouverait des détails précieux, n'existent plus ; le seul qui nous ait été conservé est de Tannée 1511-1512, et les renseignements pleins d'intérêt qu'il renferme, doivent faire regretter vivement la perte de ceux qui l'ont précédé ou suivi (5).
Des ouvrages considérables furent faits dans le courant de cette année, à en juger par l'énorme quantité de matériaux
d'HoDiiearySilaée du côté des Cordeliers^ mais qai ne fût construite que sons Charles III.
(1) Les comptes du Gellerîer de Nancy, pour 1484-1485, parlent d'ane somme payée pour u une verge mise à la lanterne de la Porterie el un chandelier dedans, n
(2) Le registre des recettes et dépenses ponr les ouvrages du Palais (1511-1512), fait mention d'une dépense de 6 gros m pour six petits
chandelUers k mettre chandoilles pour les massons à besongner de
nayct. n
(5) Ce registre est intitulé : u Septième compte des receptes et despences faictes par George des Moynes, receveur gênerai de Lorraine, pour tes onvraiges faits en la maison de monseigneur le duc à Nancey depuis le premier jour de janvier mil v^ et xj jusques an dernier jour de décembre mil y'' et douze, qu'est ung an entier, n
employés : on amena à Nancy, tant des carrières de Ponl- St- Vincent et de Maizières, que de celles de Flabéraont, Montenoy et Bouxières-aux-Chênes, 43,571 pieds de pierres de taille ; trente marches, de la carrière de Belleville , plus vingt-six toises de pavé, aussi de pierres de taille , tirées des environs de TAvantgarde.
Plusieurs ouvriers travaillaient, sous la direction de l'architecte Jacot de Yaucouleurs, au c parachèvement du portail du corps de maison de la Grande Rue, » et à un escalier qui se faisait au canton allant au petit jardin (1). On recouvrait tout à neuf un petit toit « dessus l'église St-Georges, entre la chapelle du duc et le toit de la chambre des Comp-^ tes (2) ; > on posait des verrières aux fenêtres de la chambre des Assises (3); enfin, Fimageur Mansuy Gauvain taillait les
(1) Journées de mcusons en molure, feuillaiges et autrement, assayeurs de taille, massons rencoutrans ladite taille.
Payé par le Recepvear h maislre Jaco^ maistre masson audit oayraige^ Loys Jehan et Didier et Claude, ses valetz, TbouveniQ de
Condé, Jehan da Boys, le Bagnelot, Arnoull de , Grant Jehan le
Yeia, Lahbé, Jacob, Didier d'Essey, Jeminel, Odart, son fils, Guillaume de Brabant, Claude de Lay, Aubertin Yosgien et plusieurs autres massons pour leurs journées de la sepmaine commenssant au lundi V® jour de janvier mil v*^ et xij, qu'ils ont ouvré audit ouvraige au taillier pierre de taille, massonner, assavoir les ung quatre gros, xiij blans, iij gros, xj blans, x blans et vij blans, pour besonnier au parachèvement du portai du corp de maison de la grant rue, et besoingner à ung vix qui se fait au qoanlon allant on petit jardin, et auUres ouvraiges et en plusieurs lieux en ladicte maison, 4/0 fr. 5 g. 12 d. — Somme des journées de massons, 3,2iâ fr. 6 g. et demi.
(2) Payé a Jean de Rains, couvreur d'ardoises, la somme de cent florins d'or, ij frans pièce...... pour avoir recouvert tout k neuf ung
petit toict dessus Teglise Saincl George , qui est entre la chappelle de Monseigneur et le toict de la chambre des Comptes faict en Tannée mil v<^ et dix (et autres ouvrages), 200 fr.
(3) Payé k Nicolas le verrier, de Nancey, pour deux croisiécs de
gargouilles de la façade du Palais, et sculptait la statue équestre du duc Antoine (i).
verrières qu'il a faictes es fenestres de la Chambre des Assyses venant sur la rue au loing de Teglise Sainct George.*.. 5 fr. et demi.
(1) M Autre despence à Mansuy tailleur pour avoir taillié et fait le pourtraict de Monseigneur le duc qui est à cheval sur le portai de ladicte maison.
Il Payé par ledîcl Receveur audiel Mansuy, ymageur^ pour la marchandie faicte avec lui d'avoir esté au lieu de Savonnieres en Parloys faire rayer des pierres de taille et taillié le pourtrait de Monseigneur qui est à cheval sur le portai de ladicte maison sur la grant Rue ainsy qu'il se monstre , du tout à ses fraiz.... pour ce Ixvj fr.
Il Audict Mansuy que lui ont esté ordonnez pour ses journées et despens d'aller avec les charrettons de Sainct Nicolas audict Savonnieres en allant charger lesdicles pierres par appoinctement à lui* fait iij fr.
Il Audict Mansuy la somme de xij fr. que mondict seigneur lui a fait donner pour et en recompense des perdes qu'il avoit fait en faisant ledict pourtrait et ce pour une fois.... pour ce xij fr.
I) Audict Mansuy pour avoir fait quatre gargoilles pour mectre ez chanlettes de pièces du corps de maison joindantàla grant Rue de ladicte maison et ce des pierres de provision à raison de trois franz la pièce • xij fr.
Il Payé par ledict Receveur à Symon le charrelon et Jehan Wanier demeurans à Sainct Nicolas, pour avoir esté avec trois chers attallez et leurs chevaulx au lien de Savonnieres en Partoys et amené les trois grosses pierres de taille que ledict Mansuy avoit esté rayer en la poiriere dudict lieu pour la representacion et pourtraict de mondict seigneur cy devantdicte onquel veaigeilzontvacqué,tantallant,seionrnant que retournant par sept jours entiers, et ce pour leurs journées salaires et despens, par appoinctement à eulx fait... pour ce., x liij fr. et demi.
n A Claude Liebanlt, charpentier, pour Tappoinctement fait avec luy d'avoir fait une roullette de bois pour charrier et mener ladicte representacion depuis l'astelier ou les massons besongnent jusques à la porte de ladicte maison pour monter et tirer hault ladicte representacion qu'il mis et assis dessus ladicte porte avec ses gens le tout à ses despens V fr.
Il A Jehan le sellier esperonnier pour ung mors de bride qu'il a fait et attachié les bossettes et esperon du cheval de ladicte representacion ix gros, ti
Ces ouvrages, et beaucoup d'autres moins importants, que je ne crois pas devoir indiquer en détail, s'élevèrent à la somme de i 0,055 francs 5 gros 7 deniers.
C'est donc à l'année 1512 qu'on peut, avec certitude, fixer l'achèvement de la Porterie, que de récentes restaurations, exécutées avec art et intelligence, nous permettent d'admirer dans toute sa magnificence primitive.
Cette Porterie, dont une des planches de la Pompe funèbre de Charles 111 donne une excellente représentation (1), offre un type curieux de l'architecture transitoire de l'ogive à la renaissance du XYP siècle. A ses ouvertures à plein cintre s'élèvent deux pieds-droits chargés d'arabesques et découpés à jour vers leurs extrémités. Dans l'intervalle qui les sépare se trouve la porte principale, au-dessus de laquelle est une niche spacieuse et profonde, à cintre légèrement surbaissé, et qui contient la statue du duc Antoine. La niche supérieure est occupée par les armes de Lorraine, sculptées dans le cadre ogival de deux tiges ornées de feuillages et richement fleuronnées au-dessus de leur jonction. Entre deux autres pieds-droits, terminés à jour comme les premiers, et au-dessous d'un fronton à demi-rosace, que surmonte encore la réunion fleuronnée de deux tiges , sont les bustes affrontés de René II et d'Antoine, sculptés en bas-
Somme de la despence à Mansuy poar la representacion dessus la porte de la maison cxlij fr. îij g.
Je crois avoir prouvé, dans ma notice sur Mansuy Gauvain, insérée au tome II des Bulletins de la Société d* Archéologie, que la statue dont il vient d'être parlé, est bien celle d'Antoine et non le portrait de René n, comme Chevrier Ta avancé, contrairement aux traditions historiques et k la vérité.
(i) La Porterie a été dessinée et lithographiée d'une manière remarquable par MM. Châtelain et Thorelle.
relief. Les détails de cette décoration, dont Tensemble est aussi majestueux qu'élégant, présentent le fini d'une ciselure sur bois. La couronne du portail domine, de quatre mètres environ, la partie inférieure du toit. Ce portail est placé entre deux fenêtres garnies de balcons saillants, en demioctogones, découpés en architecture flamboyante et supportés par des figures grotesques.
A côté de la Porterie se trouve une petite porte surmontée des armes de Lorraine, soutenues par deux génies; au-dessus du tympan, elle est décorée d'une tige fleuronnée, au haut de laquelle le sculpteur a représenté un singe habillé en Cordelier, et tenant des deux mains un livre ouvert. Cette représentation bizarre a donné lieu à diverses interprétations : suivant les uns, ce serait une petite vengeance de l'artiste, dont un religieux aurait critiqué le travail ; suivant Chevrier, l'auteur de cette figure serait Charles de Lorraine-Guise, qui fut évêque de Metz, archevêque de Reims et cardinal. Malheureusement, la dissertation que nous promettait sur ce sujet le très-piquant écrivain de Y Histoire de Lorraine^ n'a jamais paru, et l'on ignore sur quelles preuves il se proposait de baser son étrange attribution (1).
(1) >oid ce que dit Chevrier dans son Histoire de Lorraine : (4 Je donnerai , dans le 9^ (ome^ une dissertation {*) sur le singe habillé en Cordelier, qu'on voit au-dessus de la petite porte... Charles de Lorraine-Guise en est Tauteur ; ce prince est le même qui fut évêque de Metz, archevêque de Reims et cardinal.
[*) u Cette pièce aussi savante que badine (ajoute Chevrier dans une note), pourrait bien blesser la dignité d'un prince de Téglise romaine , mais je dirai hardiment qu'elle ferait honneur à tout autre homme. Ruyr, chanoine de Saint-Dié, la lui dispute, et la date du XVIF^ siècle sur un manuscrit trouvé à Angers. Je discuterai cet objet dans son temps, w
La dissertation annoncée par Chevrier, n'a jamais paru, et aucun passage des ouvrages de Ruyr n'a trait à celte particularité.
La petite porte dont je iriens de parler acquît, du temps de Léopold, une sorte de célébrité en raison d'un épisode que je raconterai plus tard. Dans le récit qu'il fait de cet événement, Lionnois prétend que, depuis René II , les ducs de Lorraine avaient toujours entretenu un ours à leur cour, en reconnaissance du service que le canton de Berne, qui porte Teffigie de cet animal dans ses armes, rendit à ce prince en pressant les Suisses de lui porter secours contre le doc de Bourgogne. Je ne veux pas révoquer en doute l'assertion, du reste peu importante, du savant auteur de V Histoire de Nancy; je dirai toutefois que rien ne la confirme. Du temps de René, il y avait, dans une partie du Palais , une sorte de ménagerie où étaient rassemblés des animaux de toute espèce, ROtamiment une dvette, un léopard, des cerfs, des lions, etc.; mais il n'est nullement fait mention de l'ours traditionnel , qui aurait dû cependant, en raison du souvenir qu'il rappelait, être Tobjet de soins tout particuliers. Plus tard, et suivant un usage qui s'est conservé longtemps dans notre pays, tin corbeau fut ptacé près de cette petite porte.
En parlant des travaux d'art faits au Palais Ducal dans les premières années du règne du duc Antoine, je ne dois point passer sous silence la corniche, en forme de cable tordu, qui rdiait Tune à l'autre les gargouilles sculptées par Mansuy Gauvain. Cette corniche, qui est restée à peu près intacte le long du comble de la Galerie des Cerfs, a été coupée, en beaucoup d'endroits, dans l'aile du bâtiment qui avoisine les Gordeliers.
Je dois mentionner également, comme se rapportant à la même époque, les médaillons placés à la voûte du porche et du vestibule adjacent. Us sont au nombre de vingt et représentent, pour la plupart, des figures bizarres. Quelques-uns renferment des portraits, notamment ceux d'Antoine et de
René P'. A l'exception de ce dernier, autour duquel on lit les mots : Renatvs Cicilie. I. Rex , tous les autres sont encadrés par la devise d'Antoine : J'espère, avoir en lettres gothiques d*une très-belle exécution.
D'autres médaillons, dont on voit encore l'empreinte sur le mur, ornaient également la façade intérieure du Palais : ils ont été brisés, soit lorsqu'on a établi les contreforts disgracieux qui déparent cette façade; soit lorsque, en 1751, on a agrandi les fenêtres de la Galerie des Cerfs (1).
En 1515, on refit à neuf le pont de bois « derrière THostel au bout du fossel la haronniere, (2) » et l'on travailla à la c charpenterie de la coiffe de la vis carrée prés du logis du concierge. » A en juger d'après le plan de 1698, cette vis ou cet escalier serait celui de la tour de l'Horloge, qui subsiste encore aujourd'hui, et qui était contigu au logement du concierge, situé alors à peu près sur l'emplacement actuel de la grande porte de la Gendarmerie, à l'extrémité de la galerie qui sert de magasin à la ville.
En 1515, on répara la galerie allant du Palais aux Cordeliers, et l'on fit tout à neuf la fontaine de l'Hôtel.
L'année suivante, et sans doute à l'occasion de la venue de
(1) CeUe particalarité est indiquée dans ane note marginale écrite sar an exemplaire de la Notice de Lorraine,
(2) Saiyani l'aateur de la Disiertation historique sur Nancy, cette ville avait, outre ses deax portes (celle de la Graffe et de St- Nicolas), deax poternes, Tane dite da Yieil-Âitre, sar l'emplacement d'ane partie de la rae de la Monnaie, près de la place de Grève ; l'autre derrière la Gourt, u par où les princes sortaient par dessus an pont de bois pour s'égayer, principalement pendant la mortalité. Gette seconde a , sans doute , été détruite lorsqu'on a édifié le bastion des Dames (1556). Il y avait encore, sous le règne de Léopold , un pont de bois à l'angle flanqué dudit bastion, par lequel la Gour allait à ja prairie, mais il n'y avait plus de poterne. G'est aussi en cet endroit que fut placée la porte St-Louis (construite par LoaisXIII en iG35). w
Renée dû Bourbon, épouse du duc Antoine, des travaux forent faits aux étuves et aux chambres des filles, près du logis du concierge; aux c chambres du logis nouvellement faites pour M. le Seneschal ; » aux « vieilles galeries et cabinets d'alentour du vieil jardin; » Jean Contelesse, maître paveur de Nancy, posa huit toises et demie « de pavement de pierres de roches » derrière la grande porte entrant à FHôtel ; Nicolas le verrier mit cinq pieds de verrières peintes à récnrie de la duchesse et peignit ses armes < en la chambre de son écurie ; » Robinet le menuisier fit un c buffet à la taille d'anticque > pour l'appartement des filles d'honneur ; enfin, Hugues de la Faye, peintre du duc, décora de ses ouvrages le cabinet de Renée de Bourbon (1). Ce cabinet renfermait des c chayeres et des pourtraits » taillés par les menuisiers Jean Dalleîn et Antoine Philbert; et dans le petit poêle de la duchesse, était c un lit de camp taillé d'ouvrage plat et les molures étant avec rassemblement à mode d'Italie, » sculpté par Adam le Cygne (2).
(1) Despence pour là paincture du cabinet de ma dame.
Payé par le Celerier à Robert Guerrart, marchant, demouraot a Saioct Nicolas^ pour viijc j quarteron d'or qu'il a yendu et délivré à maistre Hugues, painclre, pour employer à paindre ledit cabinet xvij fr. x g. et demy.
A lui pour une libvre de vermillon , xij g.
Pour une libvre et v onces de blanc de plomb, viij g.
Pour une libvre de vert de terre, vj g.
Pour une libvre de pymont, xij g.
A maistre Hugues pour avoir painct une planche aux armes de Madame, ij fr.
A lui pour autre ouvraige de pattes de papier, xij g.
Pour nng cent et demy d'or, xxviij g.
A lui pour ung quarteron de sinoplc, iv g.
A Jehan de Rains pour la façon des lettres et croix , ij fr.
Somme, xlvj fr. iv d.
(2) Comptes du Cellerier de Nancy pour 1517-1518. On voit, par
En 1518, des ouvrages de menuiserie furent exécutés c en l'édifice que l'on fait neuf sur le demy rond du jardin devers la poterne, comme au logis de M, le grand maistre {d'hôtel). »
En 1549, une somme déplus de 5,000 livres fut affectée à la « despence faicte pour l'achèvement des galleries de ma dame, pour le jardin de Monseigneur et la fontaine nouvellement faicte audit jardin (1). > Cette galerie, qui communia quait au jardin, et sur laquelle aboutissaient les apparte^ ments de la duchesse, avait environ 200 pieds de longueur et 20 de largeur. La « traverse au phis près du toict, > était c tonte de mairien et planches de sapin, les solmiers et filières à molures. » La chambre de la princesse, située à Vexrtrémité de la galerie , était décorée de vitraux, portant neuf écussons à ses armes, peints par Nicolas le verrier. Ses armes étaient également figurées sur les deux panonceaux qui surmontaient le toit en ardoises de la galerie, et avaient été peintes par le verrier Honoré. Tous ces travaux furent exécutés sous la direction de l'architecte Jacob (ou Jaquot) , concierge de l'hôtel.
En 1521, des ouvrages considérables furent faits aux deux jardins et à la fontaine du grand jardin (2). Ce dernier était
une note du registre précédent, que des tournois eurent lieu u on pasquis derrière Tostel n , et sur la place u dite le Chastel devant la halle. H
(1) Comptes du Trésorier général pour 1518-1519.
(2) Despence faicte tant pour les deux jardins de Vhostel de Monseigneur, dehors et dedans, que autres ouvrages et réfections nécessaires en ladicte maison»
Tel est le titre d'un chapitre des comptes du Receveur général pour 1520-1521 ; la somme totale de la dépense s'éleva k 965 livres 11 sols 8 deniers. Dans cette somme sont comprises les dépenses faites pour ouvrages de charpentiers, menuisiers, serruriers, clouliers, etc»;
encore qu'un ouvrier obscur, le fondeur Jean de Chaligny , fît < un angelot de cuivre pour la fontaine de la grande cuisine. »
Vers la fin de cette année, Charles III, accompagné de son épouse, Gaude de France, vint dans sa capitale, où on offrit aux jeunes époux le spectacle d'un tournoi qui eut probablement lieu sur la Carrière. Les lices y furent dressées par les soins de Georges Briseur, contrôleur général des ouvrages et fortifications de Nancy. Cette fête guerrière semble être la première qui ait eu pour Uiéâtre la Carrière : suivant l'auteur de la Di$ier talion historique , cette place , dont la vue a été gravée par Deruet et par Callot, avait été construite en 1556, par les ordres de Christine de Danemarck et de Nicolas de Lorraine , comte de Yaudémont , pendant la minorité de Charies IIL
D parait que ce dernier, dès son retour à Nancy, s'occupa immédiatement de faire faire au Palais des réparations et des constructions nouvelles , devenues nécessaires peut-être en raison du grand nombre d'officiers attachés à sa personne, et de cdui des gentilshommes qui formaient sa cour. Un chapitre des comptes du Receveur général pour 1560-1561 , est consacré à la dépense faite < pour la rétention et entretenement de la maison de nostre souverain seigneur, et pour plusieurs nœufs bastimens faicts en icelle pour la commodité des losgis. »
Malheureusement , rien n'indique en quoi consistèrent ces c neufs bastiments , » ni dans quelle partie du Palais ils furent construits; tout ce qu'on sait, c'est que les travaux exécutés cette année , coûtèrent , y compris un oratoire en memenuiserie de bois de chêne, dressé aux Cordeliers,îpar Balthasard Moutot , de Lunéville , la somme de 2,288 francs 8 gros iC deniers. On couvrit de drap vert et on plaça « en la
galerie près de la sallette , » une table longue « pour /jouer Monseigneur » au billard. Des courses de bague et de lance eurent lieu , cette année , dans la cour du Palais et en la « quarrière de la Neuve Rue , » à l'occasion de la venue de € M»' le Cardinal, M»"" de Guyse et autres princes. »
Charles III ayant résolu, en 1561, de faire reconstruire le jeu de paume du Château sur le même plan que celui du Louvre, envoya à Paris un ingénieur de Nancy, nommé Claudin Marjollet (1). Dès que celui-ci fut de retour, les travaux commencèrent et furent poussés avec une très-grande activité, sous la direction de Nicolas Chaubault (2), architecte ou maître des ouvrages du duché de Lorraine. On amena, à cet effet , et on déposa sur la Carrière, 10,653 pieds de pierres de taille, tirées des carrières de Ponl-St-Vincent ; 1,080 pieds de pierres de « parpignon », destinées aux < escotoires des galeries ; » vingt-six longues marches extraites des carrières de Belleville; on employa, pour tailler ces pierres, des ouvriers, tant de Nancy que de St-Nicolas , Lunéville , Gerbéviller et Pont-à-Mousson ; les ouvrages de maçonnerie furent faits par Gérard Godon et Christophe Haller, maçons de
(1) Â Claudin Marjollet^ de Nancy, la somme de soixante qua Ire frans sept gros , pour remboursement de pareille somme qu'il a frayée et desbourcée allant à Paris et retournant audit Nancy prendre mesure du jeu de paulme du Louvre audit Paris pour faire celuy dudit Nancy de mesme forme... (Comptes du Trésorier général pour 1560- 1561.)
A Claudin Marjolet , ingénieux , pour cent dix huict journées qu*il a vacqué au jeu de paulme, k raison de xij gros par jour...» c xviij frans.
(2) Payé par le Cellerier à M^^^^ Nicolas Chaubault, M<^ masson, pour iiij*^ xvj (96) journées qu'il a vacqué au service de Monseigneur durant le temps que Ton a besongné au jeu de paulme fait en la Court , qu'est k raison de xij gros chacune journée.... iiij*» xvj fr.
Sl-Nicolas (i); la chaux fui tirée des chaufours de Vandœuvre, de Villers et de Brabois; les tuiles plates pour la toiture et les briques pour le pavé, des briqueries deBrichambaut et du faubourg St-Nicolas ; les bois de charpente et de menuiserie, de la forêt de Hey. Ce fut un nommé Didier de Vie , peintre , demeurant àlHancy , qui fut chargé de peindre les murailles du jeu de paume. Elles étaient en noir, avec les chiffres du duc en or (2). Les travaux de diverse nature , exécutés depuis le !•' janvier 1560 jusqu'au dernier décembre 1561 , coûtèrent environ 7,700 francs (5). A la même époque, on couvrit tout à neuf, de tuiles pla-
(1) A Gérard Godon et Ghristoffle Haller, massons demearans ï St- Nicolas, pour.... avoir fait la quanlilé de qaatre vingts treize toizes an qnarl de maraille de roches qa'ilz ont massonné aadit jeu de paolme fait nenf en Thoste] de Monseignear.... et qaatre vingts ane toize soixante neuf pieds un quart et demy de carriaux de pierre de taille qa'ilz ont assys pareillement audit jeu de paulme... v»... iiij^' xv fr.
(2) A Didier de Vy, painctre demeurant à Nancy^ la somme de cent cinquante frans sur et à tant moins du marché qu'il a accordé de tout noircir et paindre en noir tout le jeu de paulme avec les chiffres d'or et le si bien faire qu'il soit au grey de monsieur de Haussonville, grant maistre.... (Compte que rendt Jean Friche, celerier de Nancy, de la recepte et despence par luy faictes des réfections et réparations de la maison de Monseigneur le duc à Nancy, depuis le premier jour de janvier Tan mil v*^ soixante jusques par tout le dernier jour de décembre l'an mil v'^ soixante ung. — Un chapitre spécial de ce registre est consacré à la despence pour le jeu de paulme fait en la maison de Monseigneur, n)
(3) Par mandements du duc Charles III, donnés à Nancy les il et 51 octobre i561, et le 5 décembre suivant, trois sommes sont allouées à lean Friche , cellerier de Nancy : i® 5,000 et 2,000 fr. « pour convertir et employer à l'édifice , construction et fabrication du jeu de paulme , » et 2° 1,000 fr. u pour les convertir au parachèvement dudit jeu de paulme. m ( Comptes du Trésorier général pour 1S60- 1561.)
tes , c la fouriere des fagotz près le jeu de paulmc , » et on fit, prés de la chambre de Madame , tendant sur le jardin de la Court , un cabinet assemblé à douze parquetz revestus de molures. » Cet ouvrage coûta 2,725 francs.
En 1562 , une nouvelle somme de 8,926 francs fut affectée aux c édifices, réparations et autres ouvrages commandés estre faits au chasteau de Nancy en la présente année (1). » Une partie de ces bâtiments était destinée à servir de logement à M. d^HaussonvilIe , grand maître de Thôtel , qui se maria à cette époque , et dont les noces furent Toocasion de pompeuses réjouissances. Un tournoi. eut lieu de nuit sur la Carrière , qui avait été brillamment illuminée , et où la cour se rendit par un pont mouvant jeté suir les murailles du jardin du Palais.
Dans le même temps , on posa c un couronnement de plomb sur la galerie du jeu de pelotte , » on cimenta c la haulte tour du Rond ; » Claude Crocq et Medard Chuppin peignirent 81 aunes de toile large , façon de Barrois , pour c servir de traveure en la chambre du grant aix ; » enfin , plusieurs ouvriers furent employés à crépir, enduire et blanchir c les murailles ez neufz édifices faictz en la Court , tant ez galeries , jeu de paulme , que derrière le logis du concierge (2). »
En 1565, différents travaux furent exécutés en la chambre dorée ; Pierrot , le recouvreur, c recouvrît double la toiture du Rond , ou sont plusieurs meubles de Monseigneur, » et une somme de 264 francs fut payée à la veuve de feu Chaubault, maître maçon de Lorraine, c pour la façon et fourniture de la galerie respondante sur la Neuve Rue , tant pour
(1) Comptes da Trésorier général poar 1561-1562.
(2) Comptes da Cellerier de Nancy poar 1^1-15*62.
les modelions, piedestalles, argades, escoutoires, avec le payé et ung petit escallier pour monter sur la vix au bout de la grant haulte gallerie dessus le jeu de pelotte. »
La galerie construite par Nicolas Chaubault régnait peutêtre le long de la façade du jeu de paume, du côté de la Carrière ; ou c'est peut-être celle qui couronnait un petit bâtiment, attenant à celui dont il vient d'être parlé, et qu'on voit indiqué , sur la planche de Deruet , comme faisant suite aux logements dépendant de la collégiale St-Georges.
En 4563 , à l'occasion des fêtes du carnaval , et pour les noces de M*^ de Mouchy, dame d'honneur de la duchesse de Lorraine, il y eut des combats à pied et à la barrière dans la Grande Salle ; on courut la bague dans la carrière du jardin, et les jeunes seigneurs s'amusèrent à construire, dans la cour du Palais, un château de neige , dont ils simulèrent l'attaque et la défense.
Un nommé Claude Willon , dit l'Enfariné , c mattre tailleur en l'art de maçonnerie , » succéda , en 1564 , à Nicolas Chaubaut, dans l'emploi de c maître maçon et maître livreur es duché de Lorraine , comlé de Vaudémont , bailliage des Vosges et marquisat du Pont-à-Mousson , » et ce fut lui qui, dès lors , dirigea les travaux du Palais. Ces travaux furent, du reste, peu importants dans le cours des années suivantes : ils se bornèrent à quelques réparations dans la c chambre au-dessus de la chambre des Comptes , devers St-Georges, où l'on met les papiers , » et dans le cabinet de la chambre du pavillon de Son Altesse , où le menuisier Nicolas Lanticque posa < un plancher assemblé en forme de parquet avec croix de Jherusalem, molure , panneaux et montant assemblé à onglet dessus et dessous (1564-1565). »
En 1565, un grand nombre d'ouvriers furent employés c à reculer et transporter le rempart de la Neuve Rue tout join-
dant la muraille de la Neuve Rue et courtine dudit lieu. » Cette année , c un bastillon fut fait en la Court » pour le baptême de la princesse Christine , fille de Charles III , laquelle épousa plus tard un des fils du grand duc de Toscane. Les cérémonies du baptême eurent lieu dans la « grande salle sur St-Georges, » de même que « les festins » du carnaval. A la suite de ces réjouissances , il fallut < besogner sur les toitures et rabiller partout où avoit esté gasté tant de Fartillerie que de feu geste durant le bastillon et les festins du gras temps. » On fit aussi un pont c pour passer Son Altesse par dessus le fossel où passe le ruisseau du faubourg St-Nicolas en la prairie allant aux Grands Moulins. »
De nouvelles fêtes eurent lieu au Palais , en 1567 et 1568, pour la venue du Cardinal de Lorraine , des ducs de Guise et d*Aumale , du Roi et de la Reine de France , et pour le c baptisement » des princesses Claude et Anne, filles de Charles III , qui moururent toutes deux peu de temps après leur naissance.
£n 1569 , une somme de 700 francs fut allouée à Claude Crocq et Medard Chuppin « pour le racoustrement » de la Galerie des Cerfs (1).
L'année suivante, et pendant que le duc était à la cour de France, le comte de Vaudémont, lieutenant-général de Lor-
(1) A Glaade Grock et Medard , paintres , la somme de quatre cens fraDS; monnoye de Lorraine , et ce sur payement de la somme de sept cens frans quMlz ont convenu de marché avec monsieur de Melay, grant maislre, pour le racoustrement de la gallerie des Cerfz^ le tout à leurs frais et despens, fors et excepté quinze livres d'azur pour besongner à huille et six livres en destrempe, et le surplus leur sera payé après ladicte besongne faicte.... (Comptes du Trésorier général pour 1568- 1569. — Le compte de Tannée suivante mentionne le paiement de la somme de 500 francs^ qui restait due pour u le racoustrement n de la Galerie des Gerfs.)
raine , fit exécuter au Palais des travaux considérables ; on rehaussa le corps~de~logis tendant sur le jardin et on reconstruisit la salle située dans le prolongement de la Galerie des Cerfs (i). Cette salle , appelée , lanlôt la salle Neuve, tantôt la Grande salie Neuve et la Grande salle du côté des Cordeliers, est parfaitement représentée , sous le nom de salle d'Honneur, dans une des planches de la Pompe funèbre de Charles IlL Ses murailles sont tendues de pans de tapisserie (2), mais son magnifique plafond < fait en berceau, lambrissé et peint en parquet, » est complètement à découvert; sa corniche est chargée d'arabesques aussi légères que gracieuses, et les divers comparthnents qui le composent, sont décorés, dans leur pourtour, d'ornements de diverse nature; le centre est occupé par un cadre en ovale qui renferme , alternative-
(1) Un chapitre des comptes da Trésorier général poor 1569-1570^ a pour titre : u Despence en deniers fourniz k Joseph Friche , cellerier de Nancy , emploiez a la paye des ouvrages nœnfz faicts an chasteaa dndit Nancy durant Tannée da présent compte... n La première mention porte : u Le trésorier gênerai faict despence de six milz frans monnoie de Lorraine , quMl a fourny et délivré content à Joseph Fri» che, cellerier de Nancy , pour emploier à la paye des baslimens et ouvrages de la salle (salle uoeufve, grande salle noeufve) et du rehaulsement du corps de logis tendant sur le jardin du chasleau dudit Nancy.... n Les autres sommes payées à Joseph Friche, sont de 6,000, 400, 6,000, i,200 , 6,000 , -iOO et 1,500 francs.
(2) M. de Dumast a joint à son Nancy une vue de cette salle, dessinée par M. Thorelle, avec cette légende : « Salle des Cerfs, telle qu'elle existait sous les ducs, et telle qu'aux tableaux près, on pourrait la rétablir, pour recevoir un musée lorrain, m II y a , dans ces quelques lignes, une double erreur, que je crois devoir relever dans Tintérèt de la vérité historique. D'abord, celte salle n'est pas la Galerie des Cerfs : les doubles G qui décorent le plafond , prouvent que sa construction doit être attribuée à Gharles III et non pas à Antoine ; d'un autre côté , la relation de la pompe funèbre du premier de ces princes, relation que
ment, un alérion aux ailes éployées < d*or en champ de gueules, « et une croix de Lorraine d'or en champ d'azur, » entourée d'un double C que surmonte une couronne (i).
Les peintures du plafond de cette salle furent faites par un peintre de Ste-Menehoud , nommé Denis Saulcy (2) , et
j'aurai occasion de citer plus tard, fait une dislinclion très-précise entre la salle [d'Honneur ( celle qu'a fait reproduire M. de Dumast) et la salle Funèbre (la Galerie des Cerfs), dont la voûte, aussi bien que les murailles, était entièrement couverte de drap noir. Je n'insiste pas davantage sur ce point; l'erreur involontaire commise par l'auteur du Nancy , a été reconnue par lui-même.
Quant à ce que M. de Dumast a pris pour des tableaux, ce sont des pans de tapisserie, dont le premier, placé, non point contre la muraille, mais contre une espèce de paravent , représente Moïse sauvé des eaux. Je trouve, à ce sujet, dans les comptes du Trésorier général pour 156SiS66, la mention suivante : u Payé vingt cinq frans à Frantz, tapissier de Son Altesse, pour reste de la fourniture qu'il a faicte en la tapisserie de V Histoire de Moyse, n La relation de la Pompe funèbre dit , d'ailleurs, expressément , que u la salle d'Honneur fut tendue dans tout son contour par deux très-riches tentures de tapisseries rehaussées d'or, d'argent et de soye , représentant les histoires de Moyse et de saint Paul. Il
(1) Lionnois ajoute, en parlant de la salle d'Honneur : a Cette salle, que le roi de Pologne a fait démolir, et dans laquelle Louis XHI rendait ses audiences, s'y trouvant aussi commodément que dans son Louvre, avait 155 pieds de longueur, 50 de largeur et 50 de hauteur...»; elle avait une galerie de pierre k entrelacs, que les officiers de l'Hôtelde-Ville firent démolir pour celle qu'ils offrirent au duc François lU à son entrée, n
A Denis Saulcy, peinctre de Sainte Menuchou, la somme de cent frans, monnoie de Lorraine, qu'il a pieu à Monseigneur luy octroier en don de grâce especialle en considération de ce qu'il a heu tombé et heu une cuisse toute froissée en besongnant en la grande salle dn chasteau de ce lieu.... (Comptes du Trésorier général pour 1572-1573.)
par Medard Chuppin (1), et peut-élre aussi par Jacques Henriet/deTouI (2).
La salle Neuve, sur remplacement de laquelle Léopold fit construire plus tard le théâtre de la cour, fut spécialement affectée, depuis sa construction, aux représentations de toute nature qui avaient lieu d^ns l'intérieur du Palais : comédies , ballets, combats à la barrière, etc. C'est là que se donna, notamment , le célèbre combat de ce genre , qui fut offert, en 1627, à la duchesse de Chevreuse, et pour lequel, comme on le verra plus tard , fut déployée une si grande magnificence. Cette salle, beaucoup plus large, beaucoup plus ornée que la Galerie des Cerfs, convenait bien mieux à ces sortes de spectacles ; il était bien plus facile de placer, de chaque côté, des gradins pour les spectateurs , tout en laissant aux acteurs la place qui leur était nécessaire.
En 1571, on fit plusieurs < réfections et ouvrages » au jeu de paume; on construisit deux saulvoirs ou viviers derrière
(1) Despence en deniers deuz pour estoffes restons à payer pour la paincture de la Neufve sale. Payé par le Cellerier a M<^ Baslien Bonnet, marchant demeurant à Nancy, la somme de dix frans six gros pour trois grosses feuilles d*estain polie pour faire les chiffres en la versure de ladicle neufve sale, à iij fr. vj gros chacune grosse , et cinq frans pour quatre libvres or clinquant pour faire les boulions en icelle sale, à IV gros la libvre, le tout délivré à W^ Medard, painclre, le xx® jour d'octobre mil vc soixante treize.... xv fr. vj gros. (Comptes du Cellerier de Nancy pour 1575-157^.) — A Medard Chuppin , peinctre de Monseigneur, la somme de cinquante frans ordonnez loy estre délivrez à Tachapt de certaines couleurs et aullres drogues que mondit seigneur luy avoit commandé faire pour son service. (Comptes du Trésorier général pour 1572-1573.)
(2) A Jacques Henriet , peinctre demeurant à Toul , la somme de quatre vingtz frans à luy ordonnez pour subvenir à Pachapt de certaines couleurs et aultres semblables drogues de sa proffession , que Monseigneur luy a eu chargé pour son service. {Idem,)
le logis du concierge ; on mura La fenêtre de la prison , cl Ton garnit de layettes et d'armoires le Trésor des Charles , pour lequel le peintre Didier Richier, dit de Vie, avait coloré de noir cl verni deux tableaux en bois faits par Pierre Grandin, le menuisier. On commença, celle année, la construction des écuries qui régnaient du côlé de la Carrière (i) , le long du rempart, et dont une rue, encore existante aujourd'hui, a lire son nom. Ces écuries furent bâlies sur un emplacement qui appartenait au sieur de Boulain , et que le duc fit rache> ter de lui par M. d'Ourches , son maître d'hôtel , moyennant une somme de 1,200 francs.
Plusieurs ouvriers furent employés, en 1572, à < relier la muraille du pavillon de Son Altesse du côlé du jardin ; » on « racoustra » les toits de la salelle entre la Galerie des Cerfs et la chambre Neuve ; on pava avec de petits carreaux, tirés de la briquerie de Saint-Jean, « la chambre où Monseigneur mange , qui tend sur le jeu de paume ; » et le peintre Jean Bleyer de Bariscord dora c quatre grands chandeliers pendants en la Galerie des Cerfs (2). »
En 1575, les recouvreurs c besognèrent sur la grande salle du coslé des Cordeliers et sur la tournelle regardant sur la rue au bout de ladite salle ; » on fil un toit de cuivre sur le
(1) Au Gellerier de Nancy Joseph Frische la somme de trois milz deux ceus frans monnoye de Lorraine , pour subvenir à la despence des ouvrages des novelles escuyeries commandées eslre dressées en la Rue Neufve de Nancy. (Comptes du Trésorier général pour 1570- 1571.)
(2) Â Jean Bleyer de Bariscord , peindre demeurant à Nancy , la somme de cent douze escus d'or soleil , au pris de quatre frans trois gros pièce , vallans quatre cens soixante seize frans monnoie de Lorraine , pour par luy avoir doré quatre grandz chandelliers pendans en la gallerie des cerfz du chasteau de Nancy.... (Comptes du Trésorier général pour 1572-1573.)
pelit cabinet du duc, et on couvrit aussi de cuivre < la plateforme de la grand vis de la Court. > Il y eut , celle année , à Toccasion de la venue du roi de Pologne, un combat à Tépée dans la < salle des Etats; » et Ton célébra, en grande pompe, le baptême d'une des filles de Charles III , la princesse Elizabeth, qui fut mariée, en 1594, à Maximilien, duc de Bavière.
Le deuil succéda bientôt à ces réjouissances : la duchesse Claude de France mourut au mois de février 1574, et le héraut d'armes Edmond du Boulay (1) fut chargé de présider aux funérailles de cette princesse , comme il avait présidé à celles des ducs Antoine et François. On n'a point de récit de cette pompe funèbre, mais on peut y suppléer par les notes nombreuses consignées dans les comptes du Cellerier de Nancy (2). On y voit que le corps et TeflOgie de la duchesse furent d'abord placés dans la Neuve salle, qui était toute tendue d'une tapisserie d'or et de soie ; le corps fut ensuite porté dans la Galerie des Cerfs, d'où l'on avait enlevé les têtes des cerfs, et qu'on avait entièrement tendue de drap noir. Vers cette époque, un nommé Bernard, peintre du Roi, faisait < certaines peintures pour le service » de Charles III, et ce prince achetait , à Bruxelles et à Anvers , des tapisseries sur Tune desquelles étaient t dépeints les actz des Apos-
(i) Une somme de 24 francs 6 gros est payée à « Jean de la Valéc, cloche d'armes de Monseigneur, pour le desroy du S"" du Boulay, premier herault du Roy , ayanl logé en sa maison pendant qu'il vaquait à dresser les cerimonies et pompes funèbres de feue Madame, ii
(2) Un chapitre des comptes du Cellerier de Nancy , pour 1575- 1574 , est consacré k la a despence en deniers pour les trespas, funérailles et enterrement de feue ma dame. « Les différentes sommes dépensées à celte occasion s'élevèrent à 886 francs 5 gros i deniers.
ires, » et sur l'autre c les douze mois de l'an , d'or^ d'argent et de soie. »
En 1576, le sculpteur Florent Drouîn t fît et dressa » une cheminée dans la grande salle (probablement la salle Neuve) du Château (1) , tandis qu'un autre artiste , nommé Jean Paoul , qualifié peintre de Madame , faisait « aucunes peintures » pour le duc. La même année, on fit faire, au-dessus de la grande tour du Palais , c une chambre de Trésor pour mettre chartes , papiers et autres titres (2). » Le Trésor des Chartes était situé près de la chambre des Comptes , dans le Gorps-de-logis voisin de St-Georges ; ce n'est que plus tard qu'un bâtiment spécial fut affecté à celte destination.
Le 4 août 1577 , on posa , probablement dans la tour du Palais , une horloge que venait de fabriquer, à la demande du duc , M® Arnould Oberlinder, horloger allemand. Didier Richier peignit le cadran ou, comme on disait alors, la montre de celte horloge , dont la cloche avait été achetée à l'évéque de Toul pour 159 francs 4 gros 8 deniers. La même année , Jacques Beaufort , contrôleur des fortifications de Nancy , fit « convertir et mettre en nature de jardinage une place joignant le Château , où Monseigneur a fait faire une
(i) Payé la somme de trois cens \ingi francs k Florent Drouyn, scalpleur de Monseigneur, pour ses peines et vacations d'avoir fait et dressé la cheminée en la grand salle du chasteau de Nancy. (Comptes du Trésorier général pour 1576-1577.) Dans une note précédente , (1571-1572) ii Fleurent Drouyn n est qualifié architecte de l'évèché de Metz.
(2) Compte d'Ânthoine de Nay, receveur du domaine de la chaslellenie de Nancy, du l®*" janvier 1576 au dernier décembre 1577. Les dépenses faites pour cette a chambre de Trésor, n ne s'appliquent qu'à des dispositions intérieures et à l'achat de diiïérenls objets , tels qne papier, écritoires, cornets , pommes tournées et argentées à mettre ficelle, règles en fer, compas, ciseaux, poudrières, etc.
carrière pour piquer ses grands chevaux. » On posa aussi 48 toises de pavé au-devant du Palais , et deux sculpteurs italiens , Jean Paulo Lothello et Auther, firent, dans Tinté* rieur des appartemAits , différents ouvrages de leur art.
Des fêtes brillantes furent données par Charles III , en 1579 9 à l'occasion de l'arrivée du duc Casimir, de M^*^ de Retz et du cardinal de Yaudémont. On courut la bague dans le jardin de la Court et à la Neuve Rue ; des combats à Tépée 9 à la pique , au tronçon , à la masse et au fléau eurent lieu dans la cour du Palais , dans la c salle allant à Saint- Georges » et dans la c grande salle. » Le sculpteur Florent Drouin iSt quelques-unes des machines pour ces combats , conjointement peut-être avec un sculpteur italien , nomme Archange Toueur. £n même temps on refit tout à neuf le pavé et la toiture du jeu de paume , laquelle fut peinte par Jean Comtesse (1) ; on bâtit une loge pour les orangers du jardin, une fourrière derrière la grande cuisine, et on acheva de construire les nouvelles écuries de la Carrière (2).
(i) Payé sept vingt frans à Jean Comtesse , painctre, demeurant à Nancy, poar avoir imprimé d'huille pour la première fois et puis après noircir toute la toictnre dudit jeu , toutes les murailles à Tenlour, les pilerons et escoutoires des galleries comme il a esté ja noircy par cy devant.
(2) Par marché fait avec M^ Thierry Marchai , maître maçon , il lui est accordé une somme de iOO francs u pour les besongnes cy après declairées pour les neuves escueries , savoir : de parachever la grande porte devant la neuve escuerie de bonnes et belles pierres de taille de hanlleur et largeur qu'il lui a esté monslré et de tel model et enrichissement qu'il est porté par le porlraict que M^ Medard en a fait de l'ordonnance de Monseigneur, pour laquelle porte , armoirie de dessus et .enrichissement qu'il fera faire par le petit M^ Gérard de St Mihiel ou par Jcssé (peut-être Jcssé Drouin, dont il sera fait mention plus lard).
M Sera tenu ledit M^ niasson de faire une aultre grande porte rusticque du derricr desdictes escueries suivant les portraict, armoiries et
En 1580, Thierry Alix, conseiller au conseil privé du duc et président des Comptes de Lorraine , < dressa , mit en ordre et bon état » les chartes et papiers du Trésor, dont Jeanne Petit, veuve de Jean Janson, relia les précieux cartulaîres.
En 1S82, Charles III acheta de Richard Chauvenel, marchand à Sl.-Nicolas, et fit placer dans ses appartements c un orloge doré enrichi d'un globe, astre, signe et mouvement. »
Les comptes de l'année suivante nous apprennent que le prince avait à sa cour un géant , qui , moins heureux que le nain du roi de Pologne , n'a pas eu le bonheur de passer à la postérité. Il s'appelait Antoine Franpoint, et jouissait d'une certaine importance , car le duc ne dédaigna pas d'en faire faire le portrait , conjointement avec ceux du comte de Vaudémont et des princesses, par un peintre allemand , nonmié Jost de la Court.
Différents travaux furent exécutés , en 1585 , à la porte t faite à triangle , » qui servait à aller du jardin t en la carrière du bout de la Neuve Rue; » à la chambre où écrivaient les clercs du Trésor; à la loge des lépreux , « de devant l'église St.-Georges , » que l'on refit tout à neuf ; à la « neuve chambre de la grosse tour d'entre le jeu de paume et la carrière ; » enfin, marché fut passé avec Claude Chevillon, Jean
enricbissement porté par icelluy , pour laquelle porte luy a esté accordé la somme de cent cinq frans. ti (Comptes du Gellerier pour 1578-1579.)
Payé vingt quatre frans à Benedicl Ambroise , ingénieur, pour aller aux forges de Moyeuvrc pour faire forger certains bareaux de fer pour servir aux neuves escueries de Monseigneur. (Comptes du Trésorier général pour 1378-1579.)
Les travaux de la fourrière coûtèrent 729 francs 5 gros 12 deniers, les ouvrages du jeu de paume 529 francs 12 deniers , et ceux de la loge des orangers , 217 fr. (Ceiierier.)
la Brun et Jean de Virton, maçons et tailleurs de pierre, demeurant à Nancy , en présence de maître t Fleurent Drouin le Vieulx , » chargé de diriger les travaux , « touchant l'ouvraige de taille et massonnerie qu'il convient faire pour le rehaussement du corps de logis du costé de Téglise des Cordeliers , que Son Altesse prétend faire rehausser en Tannée prochaîne 1586. » Ce bâtiment devait avoir onze croisées c de mêmes hauteur et largeur que celles du corps de logis de devers le jardin, et de même épaisseur que les murailles à présent de trois pieds ; » huit lucarnes de même façon que celle de ce corps-de-Iogis; vingt cheminées « avec le cadre et double corniefae de taille, le cadre fait de briques ; » trente-deux portes de taille, tant à placart qu'autres; » etc. La dépense totale fut évaluée à 7,944 francs.
Le bâtiment dont il est ici question, est sans doute celui qui reliait entre eux ceux de la première cour et ceux qui donnaient sur la rue, aboutissant à l'escalier de l'Horloge, à l'endroit où se trouvait la salle Neuve ou d'Honneur. Une note des comptes du Cellerier (1587) dit que ce nouveau corpsde-logis était < sur leâ offices et galeries allant à la Galerie des Cerfs , » et quelle troisième étage touchait à la t neuve salle. » C'est bien à cet endroit que le plan de 1698 place les cuisines et offices du duc.
A dater de 1587, le grand escalier conduisant à cette Galerie commence à prendre le nom qui lui a été conservé jusqu'aujourd'hui, c'est-à-dire qu'il est appelé « le gros avix de l'Horloge. » A celte époque , Charles HI ajouta aux divers animaux qui formaient la ménagerie du Palais, une licorne, qu'il acheta d'un nommé Peter Efferhardt pour l'énorme somme de 60,000 florins ou 50,000 francs, monnaie de Lorraine.
En 1589 , on fît un t cabinet et prie-Dieu » pour M"® de
Vaudémont c sur l'escalier qui descend de sa chambre derrière les remparts ; » on blanchit la cheminée de la c chambre de Paradis, où est de présent l'eslude de M^"" de Metz; » enfin, difierents travaux furent exécutés au bâtiment « où loge présentement M^' de Salm , au quartier des saulvoirs. » La cour des saulvoirs, viviers ou réservoirs de poisson, était située derrière la portion du Palais où se 'trouvait la salle Neuve , entre les bâtiments qui étaient adossés aux Cordeliers et ceux qui, partant de l'angle de l'escalier de l'Horloge, rejoignaient le corps-de-logis du fond de la première cour.
Il est fait mention , à partir de 1590 , d'une Galerie des Peintures au château de Nancy ; cette salle, dont la si'tuation n'est que vaguement indiquée, semble, toutefois, avoir été placée au-dessous du jeu de paume. C'était là que Charles III, ami et protecteur éclairé des arts , réunissait les tableaux qu'il faisait faire aux artistes lorrains et étrangers auxquels il prodiguait ses libéralités ; ce fut là , sans doute , qu'il mit la toile où Moysc Bougault l'avait représenté armé jusqu'aux genoux, et différents portraits de princes, qu'il avait commandés au célèbre Claude Henriet, dit de Châlons.
En 1592 , les noces du colonel Orphée (probablement le fameux Orphée de Galéan, à qui on attribue les fortifications de Nancy) furent célébrées à la cour avec beaucoup de pompe. Cette même année , trois milliers 300 d'ardoises furent employés à la toiture du Palais, qui, d'après ce qui semble ressortir de plusieurs kiotes précédentes, était couvert de tuiles plates, au moins dans quelques-unes de ses parties.
En 1595 , deux marchands de Verdun fournirent encore ^ dix neuf milliers 300 d'ardoises , pour « l'entretenement et couverture du chasleau. » En même temps , on garnissait de « gros miroirs » achetés à un nommé Barthélémy Jacquemin, verrier à t Sainct Gury (Sl.-Quirin) , » et Gérard
Gauthier, peintre de St.-Nicolas , décorait d'ouvrages de son art le cabinet de M»"" de Vaudémont (i).
Des fêtes extrêmement brillantes eurent lieu , l'année suivante, à la cour de Lorraine , à l'occasion du carnaval et du mariage de la princesse Ëlizabeth , fille de Charles IIl , avec Maximilien , duc de Bavière. On donna , sur la Carrière et dans la salle Neuve , des carroussels , courses de bagues , combats à pied , et un ballet dont les machines furent faites par Florent Drouin et peintes par Jean Bariscord, Jean Comtesse , Qaude Hcnriet et Charles Chuppin. Les princesses y parurent vêtues de robes de soie , brodées de fil d'or, d'argent et de clinquant , dont les étofies avaient été fabriquées par des ouvriers de Reims, de Paris, de Genève et de Milan, que le duc avait fait venir à grands frais et s'établir dans sa capitale.
C'est peut-être à l'année 1595 qu'il faut fixer la construction du bâtiment spécial destiné à recevoir le Trésor des Chartes de Lorraine, et dont \at situation est parfaitement indiquée dans la gravure de Deruet et dans le plan de 1698. Les travaux en furent dirigés par Nicolas la Hierre , < conducteur des ouvrages de maçonnerie de Son AUesse (2). » En même temps, Robert Mesnard, t tailleur de marbre, »
(i) Payé neuf cens frans à Gérard Gauthier, peintre k St Nicolas^ pour besogne par lui faite au cabinet deMs'* de Vaudémont, fourniture d'or, d'acier et autres choses à ce convenables. (Comptes du Trésorier général pour 1593.)
(2) A Nicolas la Hiere , conducteur des ouvrages de massonnerie de S. A., la somme de 648 fr. un gros pour journées d'ouvriers et fournitures qu'il a employées à l'érection tlu ciment et couverture de dessus le Trésor de S. A. (Comptes du Trésorier général pour 1595.) — Au même , 25 fr. u pour payer l'huille qu'il a faict venir et estant nécessaire d'employer aux reffectlons et couverture de la plattc forme du Trésor. (Comptes du Trésorier général pour 1596.)
faisait, pour la fontaine du jardin , deux colonnes de marbre, tiré des carrières du haut de Ste.-Barbe , près Nancy ; et Hector Harent , jardinier du duc , transplantait les arbres et autres plans du jardin « hors de la ville, derrière le Château , en un nouveau jardin que S. A. lui avait permis de faire, en la place où le sieur de Bonceil avait fait sa première briquerie. »
En 1396 , Robert Mesnard posa deux nouvelles colonnes de marbre à la fontaine du jardin , ainsi qu'un bassin , aussi de marbre , < taillé et poli avec quatre masques es environs et un petit balustre au milieu. »
On refit tout à neuf, en 1598, la galerie allant de la Court en l'oratoire des Cordeliers , avec huit doubles fenêtres rondes, onze portes de pierres de taille et 139 pieds de cordon à la muraille de ladite galerie. On y travaillait encore en 1600 , et , à cette époque , on couvrit de cuivre c le dessus de la tour du Trésor , afin d'empêcher la pluie d'y pénétrer et d'éviter le danger des titres et papiers. » La duchesse de Bar donna, cette année, un ballet, pour lequel le sculpteur Florent Drouin fit c une machine en forme de fontaine et jardin , dans laquelle estoient douze cheises et y assises Madame (la duchesse de Bar) et unze tant princesses que damoiselles estantes de sa suylte. » Outre ce divertissement, la cour assista à la représentation de plusieurs comédies qui furent jouées par des comédiens français, et à des exercices de souplesse, que deux bateleurs exécutèrent devant le duc. Pendant ce temps , Claude Henriet travaillait , avec Rémond Constant et Moyse Bougault , < à rabiller les peintures effacées » de la Galerie des Cerfs (1), et Jean de Nirendorff, dit *
(1) A M<^ Claude Henriet ^y painctre à S. Â., ^£39 frans 7 gros pour plusieurs matériaux qu'il at fourny et journées qu'il a vacqué avec Re-
Harmant, armurier de Son Altesse , faisait quatre fourneaux ' de fer et les posait « au-dessous de la galerie des peintures , où sont les orangers. »
En 4601 , Nicolas la Hierre , t maistre et conducteur des bastimens de Son Altesse , » fit ériger, en la chambre de la duchesse de Bar, c un cabinet artificiel, suspendu et advancé du dedans du jardin de la Court. » Ce cabinet fut décoré de sculptures par Florent Drouin (1). Toussaint Mareschal et Lambert Charles, tous deux maçons, furent chargés, moyennant une somme de i ,225 francs, de « desasseoir et rasseoir de hault en bas , à leurs frais et despens , » les pillîers de pierre contenant les arcades de la galerie du Château. »
mond Constant et Moyse Bouganlt, painctres de Nancy , et ung servitear^ travaillanlz en la Gallerie des Cerfz à rabiller les painctures effacées de ladicte gallerie.
Il parait que les dégradations fréquentes des peintures de cette Galerie provenaient de l'humidité qui y, régnait pendant l'hiver. On trouve, en effet, dans les registres du Cellerier de Nancy , pour iGOi, la mention d'une somme de 6 francs payée à la concierge du palais u pour six bichetz de cendres qu'elle a heu achepté pour mectre sur le pavé de la Gallerie des Cerfz affin de garder qu'il ne soit pas gasté par le charbon que l'on a esté conlraiuct de mectre par tout pour assurer la frescheur et humidité provenant du desgel durant cest hiver, n
On trouve encore , dans les mêmes registres, les mentions suivantes :
u A Thomas Boulangier , maistre de la Corne de bœuf, la somme de dixhuict frans dix gros huict deniers pour deux cordes un quart de bois pour la Chambre , six corbeilles de charbon et une douzaine de fagotz à la Court pour la salle des Cerfz.
n A Hardy, potier d'eslain, la somme de dix frans ung gros pour... souldure... pour solder les chanletles de cuivre de dessus la gallerie des Cerfz... n
(1) A M® Fleurent Drouin, sculpteur, demeurant à Nancy, 1,^72 fr. 6 gros pour faire et parfaire les ouvrages convenus de faire an cabinet artifficiet que M"^^ la duchesse faict faire au chasteau de Nancy. (Comptes du Trésorier général pour 1601.)
Jacques Bellange et Jacques Danglus furent appelés , en 1602 , à enrichir le cabinet de la duchesse de Bar de divers ornements de peinture , et , entr'autres , de douze tableaux , dont six devaient représenter des sujets de l'histoire romaine, et les six autres des « devises » au choix de la princesse (i) ; on mit, dans ce cabinet, une tapisserie de cuir doré, faite par Jean Ragache , < tapissier de cuir doré, * demeurant à St.- Nicolas , et < un lit de repos de noyer, façon d'Italie , avec quatre pieds tournés, quatre colonnes et deux layettes (tiroirs) qui se tirent l'une par devant et l'autre par le pied , fermé tout à l'entour de panneaux. » C'était l'ouvrage de Jacques Lallemand , menuisier à Nancy.
Pendant que Bellange et Danglus décoraient les appartements de la duchesse de Bar, Jean de Wayembourg, « pemtre du duc, » dorait les bordures de cinq portraits de grandeur naturelle, qui se trouvaient dans la galerie des Peintures du Palais , et représentaient le Roi et la Reine de Na* varre. M"® Catherine de Rohan, les rois François I*' et François IL Cette galerie renfermait encore des portraits du duc de Ferrare , du connétable de France et de la princesse de Condé , et < un grand tableau que Son Altesse avait envoyé
(1) On trouve , dans les pièces jastificatives des comptes du Tréso* rier général pour l'annnée 1602 , le marché fait par le contrôleur de l'hôtel, moyennant la somme de 1,080 francs, avec Jacques Bellange et Jacques Danglus , u pour peindre et dorer le cabinet qui regarde sur le jardin proche la chambre de Madame , comme s'ensuyt , sçavoir : y feront et poseront douze tableaux , six desquels seront d'histoires romaines, les six autres de devises au bon plaisir de Madame, plus trente six placcars en oval qu'ilz feront faire à leurs fraiz avec des chiffres dorez ; doreront d'or de ducatz le lambris et planché dudit cabinet, les châssis et ventilions des fenestres dehors et dedans, ensemble les portes avec devises, selon que Madame ordonnera, et le tout enrichir de feuillages de mirthe. n
de Paris, représentant la réception et bienvenue de la Royne mère en France; » enfin , des portraits du pape, du cardinal de Florence , du Roi , de la Reine et de l'Infante , lesquels avaient été achetés à Antoine de Lenoncourt , abbé de Beaupré, moyennant la somme de 491 francs 8 gros (1). En même temps, « trois grands tapis velus, façon de Turquie, » étaient placés dans le garde-meuble du Rond , d*oii on les tirait , dans les occasions solennelles, pour décorer les appartements du Palais.
Tous les travaux que Charles III avait fait exécuter au Palais Ducal, tous les chefs-d'œuvre des arts et de l'industrie qu'il s'était plu à y rassembler, devaient en avoir fait, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur, une magnifique résidence; aussi , lorsque le Roi et la Reine de France y vinrent en i605, durent-ils se figurer, comme plus tard Louis XIY,
(i) Pièces jastiGcatives des comptes da Trésorier général poar 1602. On voit , par quelques notes jointes à celles que je viens de reproduire y que Jean de Wayembourg avait fait un u portrait de S. A., de grandeur naturelle , n qui fut délivré à M. Raynbault ; u cinq petits portraits du roy Henry, de M. de Guise, du cardinal de Guise, du duc de Mayne et de feue Madame , n lesquels furent envoyés k la duchesse de Bavière ; deux portraits de M""^ la princesse et un grand portrait de Son Altesse; il fit, enfin, pour les ambassadeurs de Bavière, à l'occasion du mariage de leur maître avec la fille de Charles III , deux portraits de S. A., ceux de Ms'' le Marquis (du Pont) , du cardinal, de Mb** de Yaudémont , de la princesse , de la duchesse de Bavière et de }&^ Catherine , fille de Charles III (abbesse de Remiremont et fondatrice des dames du St.-Sacrement de Nancy).
Jean de Wayembourg, dont le nom est à peine connu parmi ceux des artistes lorrains, mourut en 1603, et vers la fin de cette année, on paya à sa veuve , Arrambourg de Bar, le prix de plusieurs portraits qu'avait précédemment faits son mari, savoir : u cinq peintures, une de la grandeur du naturel , de S. A., une semblable de M™<^ la duchesse de Clèves, une à moitié de ladite dame , une grande et une à moitié de M™^ la princesse, o
qu'ils n'avaient pas cesse d'habiter le Louvre. Le séjour que firent ces augustes hôtes à la cour de Lorraine , fut marqué par les réjouissances ordinaires, c'est-à-dire qu'il y eut courses de bagues à la Rue Neuve, ballets et combats à la barrière dans la Neuve salle du Palais.
Au mois de février 1605 , des comédiens espagnols représentèrent devant le duc, en la salle St.-Georges, une pièce, imitée sans doute des anciens mystères, et intitulée « la Pénitance de la Magdalaine. » C'est dans cette salle que furent aussi faites, vers le même temps, les cérémonies du baptême des enfants du comte de Vaudémont. On posa , cette année , un pavé « devant la salle des Suisses^ pour y tenir les assises à l'advenir. »
Rien n'indique la situation de cette dernière pièce. Quant à la salle St.-Georges , elle était bien certainement, ainsi que le désigne son nom, dans le voisinage de la Collégiale, et dans le même corps-de-logis que la chambre des Comptes. Son emplacement est , du reste , parfaitement figuré dans un plan dressé vers 1710 , et qui se trouve à la bibliothèque publique de Nancy. En comparant ce plan avec celui de 4698 , on peut présumer que la salle St.-Georges , qui touchait au Rond et aux appartements du duc, régnait aundessus d'un corps-de-garde et de la chambre des Comptes , située alors au rez-de-chaussée.
En 1606 , Jacques Bellange fut chargé par M. de Bourbonne, grand maître de l'hôtel, de repeindre en huile la Galerie des Cerfs. Les peintures faites par cet artiste , que plusieurs biographes ont improprement appelé Thiéry Bellange, représentaient, le long des murailles et au-dessus des portes, ' les divers épisodes d'une chasse au cerf, tandis que, de chaque côté de la cheminée , étaient les < figures de trois per-
sonnages (1). » Cette note est la plas explicite de celles qui concernent la Galerie des Cerfs, et ne laisse aucun doute sur la nature des ornements qui décoraient celte salle. Outre ces ornements, on y voyait deux tables très-précieuses, Fane de marbre, admirable par sa longueur et sa largeur {marmo^ ream^ longitudine et latitudine admirabUem)^ l'autre d'argent doré , très-artistement ornée de figures et d'emblèmes {plurimis artificiosissimè insculptis figuris omatissimam)^ Aefs-d'œuvre d'art, avec des vers latins sous chacun (2).
La duchesse de Bar étant venue à Nancy dans le courant de cette année (1606) , il y eut des carrousels et un ballet
(1) Le marché fait avec Bellange , le 7 mai 1606, porte que cet truste s'engage , moyeDDant la somme de 1,200 francs , à m repeindre à baille n la Galerie des Cerfs, u consistante ladite besongne à repeindre vinglz qnarreaux de la cbasse du cerf , qui sont peintz contre les murailles de ladite galterie , un grand quarreaa aussy de ladite chasse aa bout de ladite gallerie en entrant , un demy quarreau pareillement de ladite chasse, qui est sur les deux portes de ladite gallerie , et trois û" gares de personnages estans , Tnn du costé de la cheminée d'icelle et les deux autres de l'autre costé. (Comptes du Receveur du domaine de Nancy.)
(2) Jodoci Sinceri Itinerarium Galliœ, — On trouve , au sujet des deox tables dont parle avec tant d'admiration le voyageur Jodocus Sincerus , les mentions suivantes : u Payé 280 fr. à Jean Lallemand pour une fermeture d'assemblage qui se brise en deux pour la table d'argent doré de S. A. (Receveur du domaine , 1606.) — tt Payé 56 fr. 1 g. 8 d. à Nicolas Michauld , marchand à Nancy , pour dix aulnes et demy de fustaine d'Angleterre pour faire une enveloppe aultour de la table de marbre et agathe qu'est à la gallerie des eer&. » (Comptes du Cellerier pour 1620.) En 1617 , le duc Henri II fit encore venir de Paris deux nouvelles tables de marbre pour meubler le Palais : a Payé à Jean Bourbonnais , maitre des caresses de Nancy à Paris , 152 fr. 5 gros pour payement de la voiture de deux tables de marbre adressées de Paris en ce lieu pour nostre service.
(Comptes du Trésorier général pour 1617.)
pour l'entrée duquel on fit un « chariot triumphal , » que peignirent et dorèrent Jacques Bellange et Paul Hannequin.
On peut voir, par la gravure de Deruet et la vue du Parterre, de Callot, qu'il dépendait du Palais deux jardins; l'un était contigu aux bâtiments de la première cour ; l'autre, plus élevé que celui-ci , en était séparé par une rampe ou galerie en pierre; il était placé sur la partie des remparts qu'on appelait le bastion des Dames. S'il faut en juger par une note des comptes du Trésorier général pour i607, ce dernier jardin aurait été construit par Charles III , dans les dernières années de son règne (i). Je dois ajouter que ce prince faisait entretenir ses jardins avec beaucoup de soin, et qu'en 1604, il avait envoyé à Paris et à Fontainebleau , l'un de ses jardiniers < quérir et prendre des modèles et instruments propres à son art. m
Jacques Banglus fut chargé, en i-607, de faire c deux peintures à Teifigie de Son Altesse, » et Bellange peignit de nouveau le cabinet attenant à la galerie des Peintures (â). L'année suivante , le même artiste fit , pour la nouvelle duchesse de Lorraine , plusieurs tableaux qui furent envoyés à Mantoue, et Charles Desrué, horloger à Nancy, c rabilla » l'horloge du Château.
Ici s'arrête la plus longue à la fois et la plus brillante période de l'histoire du Palais Ducal. Charles III avait digne-
(1) Payé 500 fr. à Hector Harenl, jardiaier au chasteau, pour l'aider aux frais qu'il a supportés peudant l'année 1605 à ravancement du jardin que Son Altesse a fait dresser sur le bastion des Daines, derrière le chasteau.
(2) A Jacques Bellange , iOO fr. pour avoir racommodé et painct de nouveau en huille le cabinet joindant la galerie des painctures de Son Altesse, avec une grande aumaire qu'est en iceluy et le semer de meoffles dorez. (Comptes du Receveur du domaine de Nancy.)
ment continué l'œuvre d'Antoine : non seulement, ainsi qu^on vient de le voir, il avait augmenté sa Court de plusieurs constructions importantes , mais il l'avait embellie de nombreux ouvrages d'art de toute espèce ; il l'avait doté de la magnifique salle d'Honneur et de cette galerie des Peintures , où il se plaisait à rassembler les œuvres des artistes lorrains ou étrangers qu'il appelait prés de lui et qu'il comblait de ses bienfaits. Aussi vit-on , dans le cours de son règne , les peintres, les sculpteurs, les graveurs, les architectes, les fondeurs, se multiplier comme par enchantement et venir, par l'éclat de leur renommée , rendre plus brillante encore l'auréole de gloire du prince qui travailla si puissamment à développer ^ la civilisation lorraine, et mérita le surnom de Grand , que la postérité lui a conservé.
Et comme si ce n'était pas assez pour lui d'avoir fait éclore, pendant sa vie, tant de chefs-d'œuvre, la plupart malheureusement perdus pour nous , il devait encore , après sa mort, contribuer à l'érection du monument artistique le plus précieux pour notre histoire, et principalement pour celle du Palais Ducal. Je veux parler de la Pompe funèbre^ de La ^ Ruelle, que j'ai déjà plus d'une fois citée , et dont certaines planches représentent l'intérieur de diverses salles et la splendide façade de l'ancienne résidence des ducs de Lorraine.
La Ruelle n'a pas borné son travail à ces planches , si utiles à consulter, il les a fait suivre d'une relation , aussi complète qu'intéressante, des cérémonies toutes royales qui avaient lieu lors des funérailles de nos ducs. Je n'ai pas l'intention de reproduire , même en partie , le récit de cet historien; j'en extrairai seulement les détails qui se rattachent plus intimement au sujet que je traite.
Le corps , après avoir été embaumé , fut placé dans la
chambre de Trépas , ainsi appelée parce que c'était là que le duc était mort. Cette salle était tendue d'une riche tapisserie de haute lisse, rehaussée d'or, d'argent et de soie, représentant l'histoire de saint Paul. Le plancher était couvert d'un grand tapis de Turquie , et le cercueil , revêtu de trois draps mortuaires, dont le premier d'or frisé d'or, bordé d'hermine mouchetée , reposait sur des tréteaux dressés à la place du lit. Il était surmonté d'un dais, aussi d'étoffe d'or et de soie. Le corps resta dans cette chambre depuis le 14 mai jusqu'au 8 juin suivant, qu'il fut transporté dans la salle d'Honneur (la salle Neuve). Cette immense pièce, la plus vaste du Palais après la Galerie des Cerfs , et où , suivant Lionnois , Louis XIII rendit ses audiences pendant son séjour à Nancy (1) , était tendue tout à l'entour de deux « très-riches et très-excellentes tapisseries, rehaussées d'or, d'argent et de soie , l'une figurée de l'histoire de Moyse , et l'autre de celle de saint Paul. Au haut de cette salle (du côte des Cordeliers), fut dressée une large estrade, sur laquelle on plaça le lit d'honneur avec l'effigie du prince, couverte de magnifiques habillements. Contre l'estrade , à droite , du côté de la rue , fut également dressé un grand autel, et, auprès, la chapelle du prince. £n face de son lit d'honneur, également sous un dais, étaient sa table et son fauteuil pour le couvert, qu'on servait chaque jour, à dîner et à souper, comme de son vivant.
La salle d'Honneur resta ouverte depuis le 9 juin jusqu'au 14 juillet, puis l'effigie fut transportée dans la salle Funèbre ou de Deuil, préparée en la Galerie des Cerfs , dont on re-
(1) C'est sans doate dans une des audiences solennelles données par Louis XIII dans la salle Neure , qu'eut lieu , entre ce prince et Callol; la scène que rapportent tous les biographes du grand artiste, et qui fait tant d'honneur à son patriotisme.
trancha cinquanlc pieds environ , prés de la cheminée , par une tendue de drap noir ; depuis ce retranchement « furent ôtées toutes les têtes des cerfs, et les deux côtés, ensemble toutes les fenêtres avec le bout vers la porte, » couverts d'un drap noir, sur lequel étaient placés, à distance, de grands et de moyens écussons d'argent.
Le grand autel fut dressé près du retranchement , du côté de la cour, et, vis-à-vis, du côté de la rue, fut placée la chapelle de feue Son Altesse. En travers de la Galerie était une barrière gardée par des archers, pour contenir la foule.
L*oflGce divin fut célébré dans la salle Funèbre, les 15 et 46 juillet, matin et soir, comme il Favait été dans la salle d'Honneur. Le premier convoi de l'enterrement à l'église St.- Georges, eut lieu le 47, à deux heures de l'après-midi.
On avait, dès la veille, réglé le rang que devaient occuper les différents corps, ecclésiastiques et séculiers. « L'édit funèbre du premier convoi » s'était fait , dans la cour du Palas, par le Roi d'armes , accompagné des hérauts et poursuivants , suivis des vingt crieurs et sonneurs de clochettes , qui sonnaient à trois reprises avant la publication du héraut Lorraine.
Le convoi se fit le lendemain. La porte principale de l'Hôtel avait été , de même que celles des Cordeliers et de St.- Georges , tendue de drap noir.
Les bourgeois et les pauvres habillés de deuil , ainsi que
les archers de la ville, entrèrent dans le jardin du Palais par
la porte du côté de la Rue Neuve, pendant que le chef des
cérémonies temporelles, suivi du Roi d'armes, des hérauts et
poursuivants , se transportait dans la salle d'Honneur, où
s'étaient rendus les gentilshommes désignés pour porter les
pièces d'honneur.
En même temps, les écuycrs des grande et petite écuries.
conducteurs des chevaux d'honneur, bardés pour bataiHe, secours et service , les faisaient barder et caparaçonner dans la salle des Suisses,
Vers deux heures , les cinq princes du grand deuil , c adextrés de Messeigneurs leurs adextrans » et accompagnés des princes et des ambassadeurs , se rendirent dans la salle d'Honneur et jetèrent de l'eau bénite sur le corps. Puis vinrent l'évêque de Toul et tout le clergé , qui récitèrent les prières et oraisons et jetèrent de l'eau bénite.
Alors , les chambellans enlevèrent le corps de dessous le lit d'honneur et l'apportèrent dans la eour^ devant le grand escalier de V Horloge; là , il fut placé, avec le lit d'honneur et l'eflBgie, sous un ciel de drap d'or frisé d'or, que portaient les baillis de St.-Mihiel, d'Allemagne, du Bassigny,^ du comté de Yaudémont, de Châtel-sur-Moselle et de Hattonchâtel.
Le Roi d'armes appela ensuite l'un après l'autre , leur désignant l'ordre qu'ils avaient à suivre, tous ceux qui devaient faire partie du convoi.
Le cortège, composé de plus de trois mille personnes, sortit par la Porterie^ fut conduit « à mont la Grande-Rue, » jusqu'à celle du Four Sacré , tira droit à la place St.-Epvre , passa par celle du Vieux-Change, descendit celle des Comptes, rentra dans la Grande-Rue et gagna l'église St.-Georges.
Eh sortant de cette église , « les rangs marchèrent par le milieu des haies des torches droit à l'Hôtel, où étant les premiers desdits rangs entrés , ieeux et tous les autres venant après jusqu'à messieurs de la noblesse , tournèrent à gauche sous la Galerie des Cerfs, auquel endroit l'on avait fait fendre la haie de torches, rangée de ce côté-là, derrière laquelle ils se mirent tous dans la cour; mais les sieurs de la noblesse continuèrent de passer par le milieu des deux haies des torches , disposées dans ladite cour, pour reconduire en la salle
de Deuil, préparée en celle de St. -Georges^ messeigneurs les princes du grand deuil. »
Lorsque les cérémonies funèbres furent terminées aux Cordeliers , et après qu'on eût enlevé de dessus la fosse où était inhumé le prince , les pièces de souveraineté, et fait la proclamation solennelle du nouveau duc , celui-ci se rendit dans la sallette joignant la salle St.-Georges , où était préparée une table couverte d'un riche tapis et surmontée d'un dais ; on y déposa les pièces de souveraineté, savoir : la couronne, le sceptre, la main de justice et l'épée. Le même jour, les principaux officiers de la maison du duc se réunirent dans la salle St.-Georges, et le grand maître d'hôtel , montant sur l'estrade qui y était dressée, annonça aux assistants que leur maître étant mort, ils n'avaient plus d'état, et, posant sur sa tête nue, le bâton, signe de sa dignité, il le rompit, en baisa les deux bouts rompus et le jeta au milieu de l'appartement.
Le Roi d'armes monta à son tour sur l'estrade et cria : Silence, silence, silence! Le très-haut, très-puissant et sérénissime prince , Monseigneur Charles troisième du nom , soixante-troisième duc de Lorraine et trentième marchis , duc de Calabre, Bar, Gueldres, marquis du Pont-à-Mousson, comte de Provence , Vaudémont , Blâmont , Zutphen , etc., notre débonnaire et souverain prince, est mort , le' Duc est mort, le Duc est mort, sa maison est rompue, chacun se pourvoie !
Ces extraits sommaires de l'ouvrage de La Ruelle, ne peuvent donner qu'une faible idée de la pompe qui présidait aux funérailles de nos ducs , et en faisait une des plus magnifiques cérémonies que l'on pût voir autrefois en Europe; ils suffisent , néanmoins , pour faire connaître quelles étaient les salles du Palais qui avaient une destination particulière dans ces occasions solennelles. La décoration intérieure de ces ap-
partements , qui est minutieusement décrite dans l'ouvrage que je viens de citer, témoigne du luxe qui régnait à la cour de Charles III; à celte cour qui, suivant un écrivain contemporain (i), était < autant grosse et accomplie qu'aucun prince chrétien (pour grand qu'il soit) puisse souhaiter. »
(1) Georges Âulbery, secrétaire de. Charles III {Vie de St. Sigis^ bert.)
Un voyageur qui avait visité la capitale de la Lorraine dans les premières années du XVIP siècle , et avait été admis , sans doute , à pénétrer dans l'intérieur du Palais , rend ainsi compte des impressions qu'il avait ressenties : c Dans la Ville Vieille , dit-il , est le magnifique palais {ma" gnificum palatium) des ducs de Lorraine. On a coutume d'y montrer la chambre du duc lui-même , où vous arrivez par une galerie que décorent les portraits d'une foule de rois et de princes. Par un autre côté , vous êtes conduit dans une salle (ou vestibule, atrium) où vous voyez deux tables trèsprécieuses, l'une de marbre...., l'autre d'argent doré... (i). Vous êtes mené ensuite dans une pièce où l'on vous déroule et vous montre, en nombre immense {immani numéro) y des tapisseries infiniment précieuses et d'une magnificence plus que royale {magnificentiœ plus quàm regiœ). Là vous verrez une figure humaine sculptée en bols , dans laquelle tous les muscles et les tendons sont mobiles, formant un ensemble cousu de parties très-fines et très-délicates. Près de là , sur un bastion , est un jardin (ou verger, viridarium) des plus agréables (2). »
(1) Il a été précédemment parlé de ces deux tables (p. 81).
(2) Jodoci Sinceri Itinerarium Galliœ , etc. Amstelodami M DCILV. (Bibliothèqae de M. Tabbé Marchai et tradaclion de M. de Diimast.)
Jodocus ne parle , dans ce récit succinct , que des parties du Palais qui , soit par elles-mêmes , soit par les objets curieux qui s'y trouvaient placés, avaient le plus excité son admiration , c'est-à-dire la chambre du duc , la galerie des Peintures, qui y conduisait, la Galerie des Cerfs, et enfin le Rond ou Garde-meuble , qui renfermait, à profusion, de riches tapisseries amenées de Flandre ou fabriquées à Nancy par les ouvriers étrangers que Charles III avait attirés dans sa capitale.
Un autre historien , qui avait rempli ,^pendant plusieurs années , les fonctions de secrétaire auprès de ce prince , et qui, par conséquent, avait habité le Palais, nous a laissé, de cet édifice, une descriptfon qui complète celle de Jodocus, et donne une idée bien plus grandiose encore de cette ancienne résidence princière.
c Les ducs de Lorraine, dit Georges Aulbery dans sa Vie de St. Sigisbert (1617), ont fait de long temps leur demeure ordinaire à Nancy, en un Palais duquel la beauté et somptuosité a toujours témoigné la grandeur de ses possesseurs. J'auray autant de tesmoins qu'il y a de personnes qui ont veu ledit Palais, qu'il ne se peut veoir maison de prince plus logeable que celle à présent d'un Duc de Lorraine.
» Son assiette est en un lieu plain et égal , et est composé de quatre grands corps de logis en quarré de trois estages de haut , et chacun d'iceux estant fort éminent, aiant encore de fort commodes logements par dessus, le tout des mieux percé à jour : et est basty entièrement de pierre très dure taillée et cizelée. Toute la couverture est d'ardoises, aiant le faiste enrichy de petites couronnes piramidales de cuivre doré.
» Au dedans il y a une cour quarrée d'environ cent pas communs d'angle à autre , et tout autour se voient des galeries hautes et basses basties sur petites arcades soubs les-
quelles les suivants la Cour se peuvent promener à couvert. Dans ceste cour se faisoient anciennement et se font encores quand on veut les tournois , courses , combats de barrière et autres exercices de Noblesse.
» Le maistre corps de logis dudit Palais , avec un autre naissant d'iceluy par dehors d'un costé , joint à une belle et grande galerie de proportion égale de l'autre , enceignent un parterre enfermé d'iceux en quarré , et vont aboutir à un grand et fort bastion , dit le bastion des Dames, duquel ledit Palais est couvert au levant , el sur lequel bastion se voit aussy un des plus plaisant et fertile parterre qui se puisse souhaiter, où vous voiez des cabinets en esté à Tespreuve des raions du soleil , avec un grand rang d'espalliers travaillez en portiques, aiant en veue une grande prairie , la rivière et les bois. Ce bastion-parterre est de Testendue de cent soixante pas communs en sa longueur et d'environ quatre vingt et huit en sa largeur; on y va à couvert par lesdictes galerie et corps de logis ,. et y peut on monter aussi par trente deux marches* depuis le parterre d'embas auquel se voient des rares compartiments. Vous y voyez des orangers portàns fruits , des oliviers et autres rares plantes empruntées des provinces lointaines.
» 11 se trouve audit Palais trente appartements , chose presque incroiable, et qui se void en peu de maisons roiales. U y a aussy huit grandes galeries et plusieurs belles et somptueuses sales. Entre autres il s'en y void une qui contient cent trente-cinq pieds de longueur, cinquante de largeur et trente de hault (1); la voulte de ceste sale est faitte en berceau lambrissé et peint richement par tout , là où on peut
(1) Ces dimensions sont aussi celles que La Ruelle donne à la salle d'Honnear (salle Neuve),
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commodément combattre à la picque et à toutes autres sortes d'armes, à pied.
» Ce qui manque à ce Palais est qu'il a faute de parade et de place en sa principale entrée , estant couvert par les maisons de la ville, desquelles si on en avoit abattu à proportion de sa quarrure, ce seroit un des beaux Palais du monde.
> Au prospect dudicl Palais, entre levant et midy, se voit une place (la Carrière) , longue de trois cent pas communs , et large de plus de soixante , qui est bordée en sa longueur de maisons tellement égales de frontispice qu'elles semblent n'estre qu'un seul hostel. Là sont les escuieries du Duc toutes voultées, et s'y peuvent fort commodément dresser et domter ses chevaux. Là se font aujourd'huy (1617) fort commodément les joustes, tournois et courses de bague. »
Tel était le Palais Ducal sous le règne d'Henri II, c'est-àdire à répoque de sa plus grande splendeur. Suivant l'auteur de la Dissertation historique sur Nancy ^ ce prince y fit faire le Rond, où étaient les riches tapisseries et autres meubles de la Maison, y fit conduire les fontaines du parterre d'en bas et mettre les statues.
Je crois avoir démontré , par les notes nombreuses précédemment reproduites, que la construction du Rond remonte à une époque plus éloignée que le règne du successeur de Charles III, et que, depuis longtemps, il servait à renfermer les meubles précieux du Palais, notamment les magnifiques tapisseries dont on tendait les appartements les jours de grandes cérémonies. D'ailleurs , aucune mention des dépenses faites par le duc Henri, ne concerne l'érection de cette superbe tour, qui dut coûter cependant des sommes considérables.
En revanche , comme on le verra bientôt , Passertion de
rhistorien que je viens de citer, est vraie en ce qui concerne les statues de la rampe du parterre.
En 1609, Henri II fit faire, < au-devant de son cabinet, » sans doute dans une des cours de l'hôtel, c une carrière pour courir la bague et piquer les chevaux. » La même année , des comédiens donnèrent une représentation dans la salle St.-Georges (i). Un nommé Marceloffe, meunier à Bitche, fut admis à présenter au duc < un orloge en bois de sa façon, > qu'on lui acheta et qui fut placé dans une salle du Palais.
En 1610, on érigea < une maison aux fourrières devant le quartier de Ms' de Vaudémont, pour le jardinier de l'hôtel. > Les dépenses de celte construction s'élevèrent à la somme de 2,908 francs b gros, sur les lesquels 1621 francs furent délivrés à l'architecte Nicolas La Hierre c pour la maçonnerie qu'il avait fait faire audit bâtiment, savoir : une porte ronde neuve mise en une petite muraille pour séparer lesdites maison et fourrière contre le Rond où sont les meubles de Son Altesse. » Le logement du jardinier était donc, comme l'indique cette note, contigu au garde-meuble. A cette époque, le sculpteur Jessé Drouin fît quelques travaux dans le cabinet de la Duchesse (2).
Des ouvrages considérables furent faits, en 1611, par Jacques Bellange, à la salle Neuve (3) et à la galerie neuve
(1) Il y en eut également en 1610 et 16ii.
(2) A M® Jesse (ou Jessé) Droain^ scuiplear demeurant a Nancy, dix francs pour avoir desposé ung oratoire de pierre de marbre ou de couleur, du commandement de Madame , qu'esloit en son cabinet. (Comptes du Ceileier pour 1610.)
(3) Le comptable met en despence sur le trésorier général la somme de 900 francs que le comptable auroit délivré Tan dernier au sieur
sur le jardin; il enrichit les corniches et moulures de cette galerie d'arabesques et autres fantaisies, et représenta sur les lambris c les histoires de la métamorphose d'Ovide. (1) » La même année , on posa, dans la galerie des Peintures, < un orloge de la sorte et façon de celui qui est au temple de Strasbourg (2), » et Gille de Lisle, ingénieur et mathématicien, cimenta « de ciment à feu ou mastic, > l'un des réservoirs du Palais (3).
Belange sur les peiatures qu'il fait en la neuve salle du château. (Comptes du Cellerier pour 16 M.) La salle dont il est ici fait mention, ne doit pas être confondue avec celle à laquelle on donnait précédemment le nom de salle Neuve, car elle est appelée quelquefois la salle neuve sur la rue Neuve. (Payé 17 fr. à un charbonnier à qui le serviteur du sieur Belange a voit acheté deux cbaffes de charbons pour brûler pendant l'hiver en la salle neuve qu'il peint sur la rue Neuve en Thoslel de S. A.) Il est probable qu'elle était située dans le corps-de-logis donnant sur le jardin , du côté de la Carrière, et dans le voisinage de la galerie neuve, que Bellange décora aussi de peintures en 1611.
(1) A Jacques de Bellange, peintre à S. A., 4,000 fr. qui luy sont esté accordés pour peindre en huille tout du long du lambris du plancher de la gallerie neuve sur le jardin de Phostel de Nancy , y représenter les histoires du la methamorfoze d'Ovide , enrichir les corniches et molures de moresques et autres fantaisies. (Comptes du Trésorier général pour 1611.)
(2) A Isaac Habrecht, orlogier demeurant à Strasbourg , la somme de 1,250 fr. pour un orloge de la sorte et façon de celuy qu'est an temple dudit Strasbourg, et mis en la gallerie des peintures du château de Nancy. {Idem.)
v(5) A Gille de Lisle, ingénieur et matémalicien demeurant k Nancy, 500 fr. pour avoir cimenté de ciment à feu ou mastic l'un des réservoirs de la Court... Ledit de Lisle s'est obligé et a promis d'entretenir ledit réservoir, en ce qu'il a fait , par l'espace de dix ans qu'il prétend demeurer en Lorraine et plus sy ledit réservoir se crevé, d'autant que le pavé du dessus n'est cimenté ny aultrement assuré. (Comptes du Cellerier pour 1611.) — En 1615, on établit deux pompes au paits da jardin, selon rinyention qu'en avait faite cet ingénieur.
Les comptes de 1612 ne font mention d'aucun ouvrage exécuté au Palais; le duc Henri s'occupait alors à faire ajouter de nouveaux bâtiments au château de Lunéville , et il chargeait un nommé Jean Lyot, dit de Tassy, « M® architecq (1) et tailleur de pierre, » de lui dresser, à cet effet, plusieurs plans parmi lesquels il pût choisir celui qui lui conviendrait le mieux.
En 1615, on construisit, derrière les Cordeliers, c joignant les neuves fourrières de l'hôtel, » un bâtiment pour y mettre les carrosses de la cour; Jean Francequin (2), marbrier à la Ville-Neuve, fit une cheminée de marbre noir pour le cabinet de la duchesse, lequel il pava, l'année suivante, en carreaux de marbre noir, tiré, par moitié des Pays-Bas, et par moitié de la côte Ste.-Catherine.
Il y eut, en 1614, un combat à la barrière dans la salle St.-Georges, dont on fut obligé de c couper la traveure » pour donner passage aux machines qui figuraient dans ces sortes de spectacles.
On commença à travailler, vers la même époque, à l'un des ouvrages d'art qui contribuèrent le plus à l'embellissement du Palais Ducal : je veux parler des statues de la rampe du Parterre. En 1616, marché fut passé, parle grand maître de l'hôtel, avec Siméon Drouin, pour, dans l'espace de deux ans et moyennant la somme de 2,500 francs, c tailler, mettre et poser au jardin derrière l'hôtel quatorze statues de
(i) C'est la première fois que cette qualification est employée. ^
(2) Jean Francequin ou Francisquin exécuta, à la même époque, conjointement ayec le sculpteur Jean de Tremont, diverses u pièces d'ouvrages d'architecture et sculpture n dans l'église des Minimes de Nancy. (Comptes du Trésorier général pour 1615.)
pierre, ayant chacune sept pieds et demi de hauteur, avec leurs niches et pieds d'estalz convenables (1). »
Ces statues n'étaient donc pas , comme on Ta cru long^ temps, l'œuvre de Florent Drouin , mais peut-être du frère de cet artiste, que Lionnois appelle Simon, et qui sculpta (1630), pour réglise des Carmes, un magnifique autel dans la chapelle où était inhumé Elysée d'Haraucourt, gouverneur de Nancy. Elles n'avaient pas non plus, comme le dit l'historien de cette ville, élé commandées à Drouin par Charles III; c'est bien au duc Henri qu'il faut reporter cet honneur (2). Suivant Lionnois, ces statues représentaient les principales divinités de la fable. Lorsque Stanislas eût fait démolir le Palais commencé sur la Carrière par Léopold, d'après les dessins de Boffrand, ces beaux morceaux de sculpture, que rien ne protégeait , furent mutilés par les enfants et tombèrent bientôt en ruines; on les employa alors comme du moellon dans les fondations du bâtiment de l'Intendance. Ainsi, ces chefs-d'œuvre d'un artiste lorrain allèrent, avec tant d'autres chefs-d'œuvre qui décoraient le Palais Ducal et la collégiale St.-Georges , servir de matériaux à des constructions nouvelles, qu'ils auraient pu, qu'ils auraient dû être appelés à embellir (5)!...
(i) Comptes du Trésorier général poar 1616.
(2) Je dois ajouter , toutefois , que ces statues sont figurées sur le plau de Nancy > dressé en 1611. Peut-être les niches étaient-elles déjà construites à cette époque , et La Ruelle crut-il pouvoir y mettre les statues qu'on se proposait d'y placer ?
(3) C'est dans l'intérieur même du Palais , u sous la galerie neuve du jardin , » où on lui avait arrangé un atelier^ que Siméon Drouin tailla ses statues. Henri II voulait , sans doute , pouvoir suivre des yeux le travail de son u sculpteur ou tailleur de statues de pierre en bosse ronde. »
Dans le courant de cette même année 1616 , il y eut, à la cour, un ballet dont Bellangç peignit les machines; on plaça, dans la galerie des Peintures (i), deux portraits des princes, faits par Claude Cheveneau, peintre à Nancy, et l'horloger Charles Desrué fit différents ouvrages de son art à l'horloge du Palais.
En 1617, Nicolas et Jean Ferry, potiers de terre, demeurant à Vie, dressèrent, dans le petit cabinet de la duchesse, < un fourneau de terre blanche peincturée, avec ses colonnes, corniches, armes de Son Altesse et de Madame et autres enrichissements. > Ce fourneau était supporté par quatre petits pilliers de pierre de taille , qui avaient été faits, fournis et posés par un tailleur de pierres de Nancy, nommé Jean Maillard. Différents tableaux furent achetés , cette année , sans doute pour en décorer la galerie des Peintures, à Claude Libal , « imagier > ou < marchand de pourtraitz peintz et en taille doulce. >
(1) Cest probablemeot dans celle galerie, vcrilable musée ducal , que furent placés différcDls lableaux que le comte de Vaudémont avait achetés l'aunée précédenle , savoir : le portrait à ^mi-corps de ce prince et deux figures de fanlaisie , l'une d'un vieillard , l'autre d'une vieille, faits par Thiéry Vignolles, peintre à Nancy. — t« Trois tableaux d'enlumineure sur parchemin vélin, »» représentant les figures d'Apollon, de Bacchus et de Mercure, ouvrage de Pompée de Bouzey , peintre à Nancy. — Un grand tableau u auquel est peinte Thisloire du triumvirat , n acheté à M. de Cescaud, secrétaire du Roi. — Un tableau u auquel est peinte la Nativité de Notre Seigneur sur une lame d'argent, enrichi d'ébène à l'enlour, « acheté à la veuve de Jean Parmenlier , de Nancy. — Deux autres tableaux représentant u l'embrasement de la ville de Troyc et le jugement de Midas , n achetés à la veuve de M. Bonnet, secrétaire des commandements. — Enfin, Jean de St.-Paul, peintre à Nancy, avait fait aussi, pour le comte de Vaudémont , un arbre de ligne de la maison de Salm. (Comptes de la Hutterie , trésorier et receveur général des finances du comte de
Vaudémont, pour l'année 1615.)
En 1618, le cardinal de Guise, ainsi que les ducs d'Epernon et de Croy, étaient au Palais Ducal : on y refit à neuf la vieille galerie de bois allant du quartier de M»' de Vaudémont au jardin ; on disposa un petit parterre à fleurs dans le jardin du bastion des Dames , et plusieurs travaux de menuiserie furent exécutés < au grand cabinet de Madame, sous la Galerie des Cerfs (I), » dans lequel on mit une grande armoire de chêne.
Suivant M. Noël (2), la galerie qui régnait sous celle des Cerfs, était, dans l'origine, < un vaste estaichier^ espèce d'écurie où l'on attachait les palefrois des personnes reçues à la cour. » Celte écurie recevait le jour par la galerie qui lui était contiguë , donnant sur la cour, et non par la rue, comme aujourd'hui, car, ainsi qu'on le voit sur la gravure deDeruot, des boutiques, ou plutôt des échoppes, garnissaient complètement toute la façade du Palais sur la Grande-Rue. Si la galerie dont il vient d'être parlé , et qui sert aujourd'hui de magasin à la ville, eut jamais la destination que lui attribue M. Noël , il est certain que cette destination était déjà changée en 1618. A l'avènement de Léopold, cette partie du Palais était occupée par les logements du portier, du concierge, et par des chambres pour les oUGciers de l'hôtel.
En 1619, on répara les théâtres de la salle Neuve et de la salle St.-Georges; on travailla encore au cabinet de Madame, sous la Galerie des Cerfs, et le duc fit lambrisser une bibliothèque qu'il avait commandé lui être accommodée en son 6dtiment neuf du Château. Le bâtiment dont il est ici parlé ,
(1) Comptes du Cellerier pour 1618.
(2) Lettre publiée dans le Patriote de la Meurthe, du 19 juin
était situé du côté de la Carrière, prés du jeu de paume (1), et c'est dans son intérieur que se ,trouvail la salle Neuve peinte par Bellange.
On fit, en 1620, diverses réparations, dont la dépense s'éleva à 3,032 francs 3 gros 8 deniers, à l'occasion de la venue de l'archiduc Léopold , de l'évêque de Verdun , des ducs de Croy , d'Angoulême , de Bélhune , et de M. du Préau , ambassadeur de France.
Les comptes des années suivantes ne renferment aucune particularité qui mérite d'être mentionnée ; on y voit seule ment qu'en 1622, les Etals se tinrent dans la salle St.-Georges, et que les appartements occupés par le prince de Phalsbourg (1623) étaient placés vis-à-vis la rue St.-Michel.
En 1624, un combat à la barrière eut lieu dans la Grande salle Neuve, et l'on représenta une comédie dans l'antichambre de Madame ; une loge fut construite au jardin, c pour resserrer les orangers, lauriers et genêts d'Espagne; » enfin, plusieurs artistes, parmi lesquels Rémond Constant , Chrétien Guenaire, Deruet et Nicolas Chuppin, furent employés à différents ouvrages de peinture, de peu d'importance.
L'année 1624, qui avait commencé par des fêles, ne s'était pas écoulée qu'Henri II descendait dans la tombe , emportant les regrets de tout son peuple. Ce prince , à l'exemple de Charles III , s'était plu à embellir sa résidence (2) ; de même que son illustre prédécesseur , il avait attiré ,
(1) On Pappeile quelquefois (1627) u le neuf quartier regardant sur le tripot, tt
(2) Les dépenses u pour bastimens, réfections et autres ouvrages fails au chasleau, n de 1609 à i62i^ inclusivement, s'élevèrent à la somme de 60,908 francs un gros^ non compris les parties de recouvreurs, briquiers, paveurs, de marchands de chaun et de sable, les achats de meubles et autres parties. Cette somme se répartit , par
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par ses bienfaits , de nombreux artistes à sa cour : on y vit , outre les trois Drouin , les sculpteurs Jean Ricbicr , Didier Michel et Jean de Tremont; les architectes Nicolas La Hierre, Didier Desjardins et Jean de Tassy; les graveurs Alexandre Vallée et Démange Crocq; les fondeurs Antoine (1) et David Challigny; les peintres Thiéry Vignoles, Jean de St.-Paul , Claude Gheveneau, Pompey de Bouzey, Rémond Constant , Claude Deruet, et, enfin, l'immortel calcographe Callot (2), dont la gloire suffirait à Tilluslration de sa patrie.
année, de la manière suivante : 1609, ^,572 fr. 5 g. 4 d. — 1610, ^,883 fr. 12 d. — i61d, d,798 fr. 3 g. i d. — (L'année 1612 manque.)— 1613, 5,855 fr. — 1614, 5,765 fr. lid. — 1615, 3,291 fr. 6 g. 6 d. — 1616, 3,152 fr. 11 g. — 1617, 5,412 fr. -4 g. 12 d. — 1618, 2,818 fr. 5 g. 4 d. — 1619, 3,265 fr. 3 g. 8 d. — 1620, 3,052 fr. 5 g. 8 d. — 1621, 5,389 fr. 7 g. 11 d. — 1622, l,39i fr. 1 g. 4t d. — 1623, 3,231 fr. 13 d. — 1624, 10,8-4-4 fr. 5 g. i d. (Comptes du Cellerier de Nancy.)
(1) Je crois devoir reproduire ici deux mentions, qui, bien qu'étrangères à l'iiistoire du Palais Ducal, sont intéressantes à cause des artistes qu'elles concernent : u  Antoine Challigny, fondeur, 80 fr. pour un benoisiier avec sa chaîne et guepillon de cuivre, enrichis des ouvrages de relief, mis et attaché contre un des pilliers de la chapelle sépulcrale de feue S.A., pour jeter de Teau bénite sur le caveau dans lequel son corps repose. »i
(2) A Jacques Callot, tailleur de taille doulce en eau forte, 40 fr. pour avoir fourni deux planches de cuivre, et sur chacune d'icelles taillé une inscription latine faite et dressée par le sieur de La Ruelle, secrétaire d'état, contenant les an, jour et heure que le feu duc Henry 2^ du nom est decedé, ensemble les ans, mois et jours qu'il a vécu et régné, avec un eloge à sa louange, l'une des dites planches de cuivre ayant été soudée contre le cercueil de plomb et Pautre clouée contre le cercueil de bois de feue S.A., pour servir de mémoire à la postérité. (Comptes du Trésorier général pour 1624.)
On trouve, dans les mêmes comptes, sons la date de 1626, la men-
. lion suivante : « A Jacques Callot, sculpteur en taille douce, 2,000 fr.
que S. A., par effets de sa libéralité, lui a octroyé en don pour lui
donner moyen de continuer sa demeure dans ses pays où il auroit esté
arreslé par feue S. A. »>
Puisque j'ai prononcé le Eom de Callot, je dois peut-être, avant d'aller plus loin, dire quelques mots d'une œuvre exécutée par cet artiste , et qui, par le sujet qu'elle traite , se rattache intimement à l'histoire du Palais Ducal. Je veux parler de la vue du Parterre, dédiée à la Duchesse de Lorraine, :fi et portant la date du 15 octobre 1625 (1). Cette gravure représente ce qu'on appelait le parterre d'en bas, et le jardin du bastion des Dames, communiquant l'un à l'autre par la magnifique rampe décorée de statues. On y voit que le premier parterre était séparé de la seconde cour du Palais par un mur à hauteur d'appui, et qu'on y arrivait par un large escalier, de quelques marches seulement. L'artiste a animé son paysage par une foule de personnages de toute espèce , et il l'a embelli en plaçant, à droite et à gauche, des bâtiments, pièces d'eau, bosquets, etc., qui n'ont jamais existé ^' que dans son imagination. Il nous l'apprend, du reste, luimême, dans ces vers tracés au bas de son estampe, et adressés à la Duchesse :
(1) Au haul de ceUe gravure sont les armes de Lorraine , supporlées -^ par un aigle cpinyc ; autour floUe une banderolle, sur laquelle on lil : Parterre dv palais de Nancy, taillé en eav forte et dédié A MADAME LA DVCHESSE DE LORRAINE. L'aigle esl posé sur Une aulre banderolle porlaul ces mots, en plus petits caractères : Par lacque Callot son treshu: sert et sujett le 15 doct, 1625. Enfin, tout au bas de la gravure, à droite, on lil : fac. Callot excudit Nanccii, et au milieu : Israël Silnestre ex. cum priuiL Rer/is.
Ce dessein façonné des honneurs des printefnps , Eniolivé d'ohietz de divers passetemps; C'est nostre aage. Madame, où les douceurs encloses Nous sont autant de fleurs, ou Rosiers précieux Qui pousseront sans fin des doux-flairantes roses Dont Todeur aggréra aux hommes et aux Cieux.
En 1625, divers travaux furent exécutés < au quartier du neuf bâtiment, du côté de la Neuve Rue ; » on fit < tout à neuf un pont de pierre sur le bord des fossés de la ville, derrière la Court, là où était un vieil pont de bois ruiné; » on démonta] c les trois maistres poteaux de la lanterne de rhorlogo, trois croix de Bourgogne qui étaient entre deux, six espieux en haut avec six en bas, » etc., et Ton mit de nouvelles pièces de bois de chêne à la place de celles qui étaient pourries ; enfin , plusieurs ouvriers furent employés pour le service du duc, en Fhôtel de Salm, c pour la chambre qu'il avait ordonné y être faite pour mettre ses titres. 9
pans les derniers jours de Tannée 1625, Charles lY, en faveur de qui le prince François venait d'abdiquer, fit son entrée dans sa capitale , après avoir passé sous un arc de triomphe qu'on lui avait dressé entre le Sorupt et Nancy, et dont Charles Chuppin avait peint les décorations (i). Les réjouissances commencèrent aussitôt à la cour du nouveau duc, où accoururent (1626) une foule de dames et de gen-
(I) On trouve^ dans les comptes du Receveur du domaine de Nancy pour 1625, la mention d*une somme payée à plusieurs charpentiers, u pour la chapelle faite entre la ville et la maison de Solrup, le jour de rentrée de S. A. » — u A M^ Charles Chuppin, peintre, 80 fr. pour avoir peint ladite chapelle de rouge et parsemé les pilastres^ piedestalles, cprniches et dosme au dessus d'alerions d'argent, croii de Lorraine, doubles C et couronne d*or.... n
tiishommes aussi avides de plaisirs que d'intrigues. Les pre^ miers qui arrivèrent furent le prince de Florence, M"® de la Valette, M. et M""® de Marillac, le duc et la duchesse de Chevreuse. Charles IV les fêta tour à tour au château de Sorupt et dans son Palais , où Ton avait fait à la hâte diverses réparations (i).
L'année suivante , Taffluence de nobles étrangers fut bien plus grande encore à la cour du duc de Lorraine : on y vit , en même temps, les ambassadeurs du pape, de l'électeur de Cologne, du roi d'Angleterre, de l'archiduc d'Autriche, du duc de Mantoue , du prince de la Petite-Pierre , du comte Palatin , de la reine-mère de France, etc. Charles IV résolut d'offrir à ces illustres hôtes un spectacle qui leur donnât une haute idée de sa magnificence. C'est à cet effet qu'eui lieu, au mois de février, dans la salle Neuve (2), la plus
(1) La dépense de ces réparations s'éleva, en 1626, à la somme de 5,485 fr. 8 g. 2 d.
(2) On a prétendu qae le combat à la barrière eat lien dans la Gârlerie des Cerfs, et que c'est cette dernière qui est représentée dans deux des planches de Gallot qui accompagnent le récit de ce combat. C'est là une erreur sur laquelle les notes suivantes ne peuvent laisser aucun doute : u A Drouin, sculpteur, cent francs pour reffèctionner une grande figure et asseurer Tautre qui est de part et d'autre de la cheminée de la grande salle du costé des Cordeliers. — A Claude Jean, cordier, 26 fr. 9 gros, pour avoir fourni du cordeau pour les chandeliers de la Neuve salle, pendant le combat de la barrière. — Â Claude Menginot, tourneur, 6 fr. 8 gros, pour huit grandes po> lies de bois à mettre contre la traverse de la Neuve salle pour pendre les huit grands chandeliers. >
Je me borne à ces mentions, auxquelles je pourrais en ajouter beaucoup d'autres. Toutes les notes que j'ai reproduites prouvent, jusqu'à la dernière évidence, qu'aucune représentation n'eut jamais lien dans la Galerie des Cerfs, mais dans la salle Neuve et dans la salle St.- Georges, qui étaient moins longues, mais plus larges que la Galerie, el, par conséquenl, bien plus propres à recevoir des gradins pour les spectateurs, tout en laissant une place suffisante aux acteurs.
vaste et la plus splendide du Palais, le fameux combat qui fut chanté par un poëte contemporain (1), et dont les machines furent peintes par Deruet et gravées par Callot (2). Le prince de Phalsbourg, M. de Maccy, les sieure de Vroncourt, Tillon et Marimont, M. de Coulonge, le duc de Calabre, le comte de Brionne, le prince Henri de Lorraine, le marquis de Moy et Charles IV lui-même , prirent part à ce combat , pour lequel on dépensa des sommes considérables (3).
Ces réjouissances furent troublées par un triste événement, qui fut comme le présage des malheurs qui allaient fondre sur la Lorraine : le feu prit tout-à-coup dans la partie des bâtiments du Palais avoisinant la collégiale St.-Georges ; voici ce que raconte, à ce sujet, un témoin oculaire (4) : < L'incendie arrivé en ce tems-là à Nancy, dans le palais du
(1) Combat à la barrière, faict en coar de Lorraine, le 44 febvrier en l'année présente 1627. Représenté par les Discours et Poésie du sieur Henry Humbert. Enrichy des figures du sieur Jacque Callot, et par luy mesme. Dédié à Madame la Ducbesse de Cbeuvreuse.
(2) Au sieur Callot la somme de cent fr. pour avoir fait toutes les graveures des machines servant au combat de barrière de S. A. — A Claude Desrué, peintre, mille fr. pour avoir peinct les machines de diverses inventions et desseings que S. A. a fait faire pour servir au combat à pied qu'elle fit faire au mois de février de cette année. (Compies du Trésorier général pour 1627.)
(5) Un chapitre des mêmes comptes est consacré à la » dépense extraordinaire faite en rhôlcl de S. A. n CeUe dépense s'éleva' à la somme de 37,756 fr. 5 gros 3 deniers.
{4t) Les justes et véritables Eloges de la Maison de Lorraine, par le R. P. Donat, Tiercelin , confesseur du duc Charles IV. Ms. infolio, sur papier, écriture du XV1U<^ siècle (bibliothèque publique d'Epinal, armoire 2, n^ ii^). Ce volume apparlenail à D. Calmel, qui y a joint plusieurs notes margioales.
duc, fut bienlôl estimé le pronostique de la funeste et grande guerre qui arriva depuis. Il arriva par le moyen d'une chandelle allumée et attachée à un petit cabinet de planches par le mari de la lavandière de la duchesse douairière. Tout le bâtiment neuf du duc de Vaudémont, le jeu de paume et autres parties du palais de la (1) de la Carrière, furent entièrement brûlés 5 les cloches de St Georges fondues, et on eut peine de sauver le trésor de l'État et celui de la Chambre des Comptes.
» Le feu était si étendu et la flamme montait si haut, qu'elle rendait loin de la ville une très grande clarté, jusqu'au milieu de la nuit. Tous les habitans des villages voisins coururent pour le secours , mais les portes ne leur furent pas ouvertes, les gardes y furent doublées, les officiers de l'arsenal commandés de s'y rendre par la garde de l'artillerie et des poudres ; les compagnies des bourgeois armées et mises ez principales avenues de la ville, tandis que les autres, avec les religieux du couvent , sauvaient ce qu'ils pouvaient de la furie du feu, travaillaient à l'éteindre et empêchaient qu'il ne poussât plus loin. Il en vola pourtant des flammes jusqu'au clocher de St Epvre, et comme elles commençaient à y faire , dégât, on appréhenda pour toutes les rues voisines et même pour toute la Ville Vieille. Mais un laquais du marquis d'ïla-
raucourt monta en haut et fut assez heureux pour les éteindre.
» Le duc était cependant dans la Carrière , en robe de chambre et entouré de gardes et de la noblesse qui était pour lors en cour , et toutes les princesses s'enfuyaient à pied à la
(i) Quoique le manuscrit que je viens de citer soit d'une très-belle écriture, il est évident que plusieurs mots y ont été noal copiés , notamment celui que j'ai remplacé par des points, et qui n'offre aucune espèce de sens.
Ville Neuve, et suivant le St Sacrement qu'on portait en procession par les rues , pour apaiser le Ciel. >
Plusieurs personnes furent blessées pendant ce désastre , ' entre autres le nommé Roch Lallement ^ jardinier de THôtel. On s'était empressé d'enlever les objets précieux qui se trouvaient dans les bâtiments voisins du théâtre de l'incendie : les tableaux de la galerie des Peintures furent transportés à la hâte dans les galetas de l'hôtel de Salm , puis conduits dans la maison de Deruet, sans doute pour que cet artiste y fît les restaurations dont ils avaient besoin; enfin, dans le but de parer à un accident du même genre , on fit remettre en état les seilles de cuir, les échelles et les haches qui étaient placées dans une des fourrières du Palais.
Toutes les parties de cet édifice, situées dans les environs du jeu de paume , furent plus ou moins endommagées, notamment les appartements du duc et de la duchesse, la galerie des Peintures et la salle des Assises (sans doute la salle St.- Georges), qui y communiquait ; une petite salle joignant le Rond , fut brûlée , et les verrières de ce dernier brisées, le feu en ayant fait fondre le plomb.
Charles IV prit des mesures pour faire disparaître au plus tôt les traces de l'incendie; il afiecta (1628) aux réparations les plus urgentes une somme de i ,273 francs, produit de la vente de 1,100 sacs de blé de la recelte de Nancy. Claude Richicr , maître maçon, refit les corniches de pierre de taille qui étaient sur la galerie de la salle du côté du jardin; le verrier Jean Martin remit du plomb neuf à seize grandes croisées du Rond, lesquelles étaient toutes rompues; maître Aulbin, briquler et blanchisseur, arrasa le dessus des murailles brûlées de la salle St.-Georges ; on refit à neuf c le bâtiment et hallage à mettre les orangers et autres arbres au derrière du chàlcau ; > Guillaume François et le sieur Dar-
demie, tous deux ingénieurs flamands, travaillaient, celui-ci à la réparation des fontaines; le premier, à « la structure d'une machine à retirer les eaux , érigée sous Tune des arcades de la galerie donnant sur le jardin ; i enfin , le peintre Nicolas Chuppin peignait les plafonds de la sallette du duc et de celle de la duchesse et les enrichissait d'alérions, de croix de Lorraine, de Jérusalem et de filets d'or et d'argent (1).
Les travaux exécutés au Palais , à cette époque , le furent , sans doute , sous la direction d'un nommé Jacques Bugcau , maître maçon et architecte, demeurant à Nancy, à qui Charles IV avait fait faire « certains dessins des portes de la Ville Neuve. »
En 1629, on ressouda le plafond de la lanterne du Rond , on rabilla les cheminées au quartier des Ambassadeurs, et une somme de 300 francs fut payée à Georgin , maître maçon, < pour avoir démoli le premier étage de la galerie des Peintures, jusqu'au-dessus des croisées de ladite galerie; un des deux derniers étages du neuf bâtiment qui regarde sur le jeu de paume, jusqu'au bas des barres de portes ; les deux derniers étages du quartier là où logeait M»' le duc ; avoir mis bas les galeries de pierres de taille qui étaient du côté du parterre, et mis la taille en provenant au-devant de la go" lerie de Bellange. » Cette galerie est probablement la salle Neuve du quartier neuf, que cet artiste avait décorée, et à laquelle on avait donné son nom, ainsi qu'à la Galerie des Cerfs,
(1) La quittance de Nicolas Chuppin porte quMI a reçu cent francs u pour les deux planchers^ les avoir peints en couleur brune obscure dorée et argentée tant en allerion que croix de Lorraine, Jérusalem et des fillets d'or et d'argent, iceux planchers à la sallette de S. Â., aussi celle de Madame au dessus de la sallette de S. A., avec les ventilions aussi peints en co^ileur brune et doré de fin or. n
qui est souvent appelée la salle des Cerfs de Bellange (1). Quoique la pesle commençât à sévir dans plusieurs villages de la Lorraine, et menaçât Nancy, les fcles n'en continuaient pas moins à la cour de Charles IV, où se trouvait toujours M™® de Chevrcuse. Il y eut , dans le courant de 1629, un nouveau combat à la barrière dans la Grande salle, un carrousel et un ballet , dont Claude Deruct fut encore chargé de peindre les machines.
L'année suivante, et à l'occasion de l'arrivée de Gaston d'Orléans, frère du Roi, de nouvelles et brillantes fêtes furent données au Palais. Etrange contraste avec la désolation qui régnait de toutes parts î Des carrousels et des courses de bagues et à chevaux dessanglés eurent lieu sur la Carrière et dans la cour du Château, où l'on lira un feu d'artifice, qui avait été préparé par Gabriel Geoffroy, « faiseur de feux artificiels, » demeurant à Nancy. En même temps on continuait à réparer les bâtiments qui portaient encore les traces de l'incendie de 1627 : Nicolas Chuppin peignait < en brun rouge > les lahdrages, balustres et supports de la galerie que l'on avait faite , allant du quartier du duc au jardin (2); Jean Marlin, verrier de l'hôtel, posait des carreaux peints au
(1) On voit figurer, à celte époque, à côté de Bellange^ Le Clerc (Jean), (4 chevalier de St.-Marc, peintre de Ms^ ; » Martin Coiletti et Jean Capchon, peintres à Nancy; Claude Simonin, sculpteur à la Ville- Neuve ; Antoine Richard, peintre et doreur ; le graveur Jean Racle ; Jean Valdor, u illumineur et graveur en taille douce ; n Parcbilecte Toussaint Marchai, qui dirigeait les travaux de u l'étang à truites n que le duc faisait construire dans le val St.-Barthelémy, près de Champ!gueules ; enfin, le peintre verrier Jean Martin restaurait les vitraux du chœur des Cordeliers, et Callot gravait et faisait imprimer a les tables généalogiques de la maison de Lorraine, tf
(!2) Cette galerie avait 200 balustres qui avaient été faits par Claude Messirc, tourneur à Nancv.
cabinet de Son Altesse ; on faisait une fausse galerie de planches là où était la salle des Peintures , qui avait été brûlée ; enfin, des estrades furent dressées dans la salle St. -Georges pour la tenue des Etats, et des ventilions mis à la « salie où Ton tire des armes, i
En 1 652 , un nommé Jean-Baptiste Landry , peintre , fut chargé d'entretenir les peintures de la galerie allant au jardin ; on remit, dans la bibliothèque du Château, les livres appartenant au duc, et qui avaient été transportés à l'hôtel de Salm lors de l'incendie ; le sieur Jean-Baptiste (Battisa Andrei), peintre et concierge en l'hôtel de Malle , nettoya , réfectionna et remit en état toutes les peintures de la salle Neuve et de celle au-dessus. Diverses réparations furent faites à la galerie allant aux Cordeliers, au quartier de M. le Cardinal, dans la chambre des Suisses, et dans celle t où loge celui qui enseigne à danser les pages. »
En 1633, on couvrit à neuf la toiture de la carrière couverte, et Jean Cheveneau fit différentes peintures au cabinet de Madame et à la sallette de Son Altesse (1), « à l'arrivée du Roi à Nancy. »
Pendant le temps dont je viens de parler, de graves événements politiques s'étaient accomplis : l'imprudence de Charles IV, autant que la haine de Richelieu contre ce prince, avaient attiré sur la Lorraine les armes de la France. Nancy était assiégé, et le duc , ne pouvant espérer conserver cette
(1) Paye 56 fr. à Jean Cheveneau, peintre demeurant à Nancy, pour avoir peint les portes, châssis des feneslres, aumaire, lambry et traveure du cabinet de Madame , que Ton a fait joindanl un grand cabinet, peinct les baiusles et treiilys de la galerie par où Ton y va. — Au même, » 2-4 fr. pour avoir argenté six croisées pour mettre à la salle de S. George, la sallette de S. Â. et en celle de Madame, à l'arrivée du roi à Nancy. (Comptes du Receveur du domaine de Nancy pour iG33.)
ville, à la défense de laquelle il n'avait point pourvu, signait le traité de Charmes et remettait pour quatre ans sa capitale entre les mains du Roi.
Louis Xin y fit son entrée solennelle , le 25 septembre 1655, accompagné de ses ofSciers de guerre et des principaux seigneurs de sa cour ; mais il ne voulut pas loger au Palais Ducal, ni même entrer dans la Ville-Vieille, t pour sûreté de sa personne. » Il descendit à la Ville-Neuve, dans la maison du sieur Rousselot, laquelle avait été disposée à la hâte pour le recevoir. Le Roi ne resta que trois ou quatre jours à Nancy, et quitta cette ville, avec la Reine, pour retourner à Paris, laissant le maréchal de la Force en Lorraine avec une armée de 20,000 hommes, et après avoir institué M. le duc de Brassac gouverneur de la capitale.
Quoique Charles IV eût conservé le droit d'y tenir sa cour, la douleur de n'en être plus le maître, l'empêcha d'y demeurer longtemps. Au bout de quelques semaines, il se retira à Mirecourt, puis, de là, à Besançon, abandonnant la conduite de ses Etats au Cardinal, son frère (19 janvier 1634). Les circonstances politiques forcèrent bientôt ce dernier à renoncer à sa dignité ecclésiastique, et il épousa, à Lunéville, la princesse Claude, seconde fille du duc Henri IL Ce mariage, qui contrariait les projets de Richelieu, était à peine accompli, que le maréchal de la Force crut devoir arrêter les nouveaux époux ; il les fit conduire sous sûre garde au Château de Nancy, ainsi que la duchesse Nicole et la princesse de Phalsbourg.
Le Palais Ducal avait bien changé de destination : ce'n'était plus alors cette résidence princière où les prédécesseurs de Charles IV s'étaient vus entourés d'une cour^ aussi nombreuse que brillante ; comme au temps, de triste mémoire'', où le duc de Bourgogne trônait dans la demeure de nos sou-
verains, ce Palais était maintenant gardé par des soldats étrangers; un gouverneur nommé par la France, habitait ses salies d'honneur, tandis que les princes et les princesses de la maison de Lorraine étaient retenus prisonniers dans leurs appartements. Le duc Nicolas-François et son épouse résolurent de se soustraire à cette intolérable situation. La duchesse Claude parvint à sortir du Palais sous le costume d'un page, la veille du 1" avril 1654, et, le lendemain, le duc s'échappa par une porte donnant sur l'escalier du Rond, laquelle, depuis cinquante ans n'avait pas été ouverte. Peu de temps après, la princesse de Phalsbourg fut assez heureuse pour pouvoir également s'évader du Palais, à l'aide d'un stratagème. Quant à la duchesse Nicole, elle demanda et obtint de se retirer à la cour de France.
Lorsqu'en 1641 , Charles IV eut signé le traité de 'St.- Germain, que son peu de durée fit appeler la Petite-Paix, on avait espéré que ce prince pourrait rentrer dans sa capitale, et l'on avait même, pour célébrer son retour, préparé les dessins des arcs de triomphe sous lesquels il devait passer. C'est même à cette occasion (1) que Deruet grava la vue du Palais, que j'ai eu plus d'une fois occasion de citer, et qui est, à coup sûr, la page la plus intéressante de l'histoire de ce monument (2).
(1) Voir ce que dit a ce sujet M. Beaupré dans ses Recherches sur les commencements et les progrès de l'Imprimerie en Lorraine,
(2) Au haut de la planche de Deruet^ se voit une large draperie tombant des deux côtés ^ dans le milieu de laquelle est Técn de Lorraine, supporté par un aigle éployé posé sur une banderolle flottante qui porte ces trois mots : Le Palais Ducal. Au bas de la gravure^ dans un cartouche^ sont aussi les mots : A Son Altesse. Enfln^ ajoute M. Beaupré, au-dessus de celte planche, on lit, en caractères d'imprimerie, parfaitement semblables à ceux qui ont été employés
Dans le cours des vingt et une premières années qui suivirent l'occupation de Nancy par les troupes françaises , c'està-dire de 1653 à 1654, le Palais Ducal, privé de ses princes et de la brillante noblesse qui formait leur cour, ne se peupla plus de ces chefs-d'œuvre des arts dont se plaisaient à l'enrichir Charles III et Henri II ; c'est à peine si les intendants chargés de l'administration financière du pays , consacrèrent quelques sommes à la réparation des bâtiments qui menaçaient ruine, ou à l'entretien des toitures (1).
pour le texte du Triomphe de Charles IV (dont je parlerai plus loin), trois stances évidemment composées pour entrer dans ce livre. En voici quelques vers :
Grand Prince c'est assez soubs un ciel étranger
Faire toujours d'un camp une demeure errante,
Rcvenes, c'est assez loger
Soubs le pavillon et la tente.
Il faut vous reposer de vos travaux guerriers
A Tombrage de vos lauriers.
Ce superbe palais, ce pompeux logement.
Où régnoienl la justice et la magnificence ,
Reprendra tout son ornement
De l'éclat de votre présence.
(1) En 1635 , on pava le devant de la grande porte, on cimenta la tour du Trésor , et l'on mil des vitres neuves à la Galerie des Cerfs. — Eu 1655 , on fil quatre prisons au Palais. — En 16^0 , on répara les trois arcades sous la galerie de pierre du côté de l'IIorloge , ainsi que la plupart des toitures , qui menaçaient ruine. — En 1641, on refit la u porte qui sort de la Court pour entrer dans la ruelle des Cordeliers ; m on raccommoda la couverture de cuivre rouge qui était sur le Trésor , et on y posa «4 un couvre avec cyment dcslrempé en Thuille; n ou refit la toiture a des douze assiettes de la galerie qui va au Rond ; n enfin , on conduisit à Pont-à-Mousson la magnifique table d'argent qui ornait la Galerie des Cerfs. Dans les années suivantes, des réparations furent faites à la toiture de cette galerie cl h celle du Trésor (1643); à la salle Sl.-Gcor-
C'est eu 1654 seulement que les travaux recommencèrent, et que le Palais put se croire revenu aux temps de son ancienne splendeur. Des peintres, des sculpteurs, des doreurs, furent employés, sous la direction de Deruet, à décorer la c chambre principale, Falcôve y érigée et le cabinet joignant. ^ Ces appartements étaient ceux qu'occupait le maréchal de la Ferté Senneterre, gouverneur de Lorraine, et on y déploya tant de magnificence, que sa chambre prit, dès cette époque, le nom de chambre dorée. Les dorures avaient été faites par Thiébaut Convelle, Jean Biaise, Jean Grégoire et Gaspard Colliquet (1); les peintures par Antoine Lhcrnette, Jean Callot, David Prot et Jean Bonnart (2); Charles Chassel avait
ges, an pavillon où logeait le sieur Jean Callot, concierge de l'hôtel (16^i); au quartier des ambassadeurs, du côté du vivier (1645) , et à la galerie de bois au-dessus de Torangerie du jardin (1646).
(1) A Thiébault Convelle, maislre doreur, et k Jean Biaise^ son compagnon, 780 fr. pour (4 argenter avec argent fin tous les panneaux du laÀlbris de la chambre de Tallecauve, comme aussy argenter et vernir en couleur d'or toules les mollures et corniches haulles et basses qui s'y trouveront avec les portes des dcui costés.... ti — Aux mômes et à Jean Grégoire, S60 fr. u pour les dorures, lambrissages et fournitures qu'il convenoit faire au cabinet auprès de la chambre principale du Chasteau, en laquelle est érigée l'allecanve, jusquesau plat fond, n Plus, 500 fr. pour a des cadres en compartiment tailles tout à neuf audit plat fond pour mettre aux carreaux entre les poultres, tous taillés en feuillages et le tout doré en couleur d'or d'argent verny, avec une neuve poullre pour faire la division desdits comparlimens, et neuf culs de lampes pour mectre à Tentour dudit cabinet, tout taillés en feuillages aussy dorés. « — A Gaspard Colliquet, maistre fourbisseur, 18 fr. 6 gros ti pour avoir doré les boutons et attaches des vitres et la clef d'une des portes de la chambre de ladite allecauve. n
(2) A Antoine Lhernetle, peintre, 200 fr. pour, entre autres choses, (i avoir grisé le tour de la chambre de Më'' le maréchal de dessous les tapisseries... Et pour les ventilions des deux croisées, avoir doré des filets partout où il s'est trouvé estre nécessaire, d'or de ducat , et ausst
sculpté, pour les cheminées, des figures de Vénus et de Cupidon (1); Antoine Grata y avait posé des pavés de marbre et de marqueterie (2) ; les menuisiers Antoine Roy et Claudd Gerdolle avaient fait les lambris, qui étaient de sept pieds de haut et enrichis de < molures en forme de petit cadre dans chaque carreau. > Mais la majeure partie des ouvrages de peinture fut exécutée par Deruet, qui, sans compter une foule de figures de fantaisie, représenta, sur les panneaux,
toutes les fareilles tant desdils ventilions que les châssis des feneslres... Au même 20 fr. (4 pour avoir peint et grisé la cheminée d'une grande chambre à rentrée de Talcauve, proche la galerie qui va au jardin, u — A Jean Gallot, héraut d'armes et concierge du château, 80 fr. u pour quelques ouvrages de peintures en détrempe et paysages aQ nombre de douze , qu'il a faits en une chambre voisine à celle qui est dorée, et servent d'embellissement à ladite chambre au dessus des tapisseries, t) — A David Prot^ Lhernette et Jean Bonnart , peintres , 400 fr. u pour avoir fait et appliqué les fleurs et roses qui sont sur le lambris de la chambre principale du château , et verdi la porte dé%dite chambre, n
(1) A Charles Ghassel, sculpteur, 528 fr. pour u une Venus posée sur la cheminée de la chambre principale du palais dans une coquille avec deux pigeons au dessus et deux Cupidons aux deux costés, le pied d'eslal portant la coquille et les foudres aux deux costés, et doré entièrement le tout, n
(2) A Antoine Grata, roailrc marbrier et sculpteur, 2S0 fr. u pour un pavé de marbre et marqueterie à faire à neuf au cabinet auprès de la chambre principale en laquelle est crlgce l'allecauve. tt — On voit, d'après le rapport fait par Claude Collignon et Claude Mayeur, maîtres sculpteurs, que les ouvrages k exécuter dans ce cabinet, consistaient à y u faire sept parquets, faire et poser le cintre avec leurs bordures de marbre et entrelas tant de marbre blanc que de noir , et outre ce deux bandes de marbre de couleur avec une ovalie au milieu de marbre blanc. 1)
c rembrasement de Sodomc, l'amour d'Adonis et Vénus, le Ravissement de la femme d'Hercule, > etc. (l)
On ne se borna pas à' ces travaux d'art ; des meubles, des tapisseries, des étoffes précieuses, achetés à grands frais, chez Uumbert, Ilusson et Claude Charles, marcliands à
(1) Voici les mémoires fournis par Deruel lui-môme, écrits par lui et révélas de sa signature. Ils m'ont semble mériter d'être reproduits en entier et textuellement :
n Mémoire dese que jay faicl pour la chambre de Alonseigneur le Maréchal le. '
t) Premier neuf tablau crotcsque pour le plafon de Talcove. — Pais douze tablau crotcsque représentant les douze moy. — Puis troy tablau crotesque de parle dautrc de lalcovc. — Pais quatre tablau Grotesque sur de la toile et le reste du boy pain en crotesque tout alantour des tablau de boy de Sainct Lucie. — Puis deux tablau de crotesque sur de la toile au desus du lict. — Puis les reufondremeat des deux croyséc painle en crotcsque haute et bas. — Puis les huict volecl des deux croysée pain en crotesque des deux quoté. »»
li Mémoire du surplus des ouvrage que jay faict pour la dict chambre de lalcove.
»i Premier un tablau dun chariot de la victoire pain en huile ^ 15 pistol.
n Un autre tablau reppresentant lambrasemcnt de Sodome pain en huile 7 ptstoU
If Un autre tableau de l'amour d'Adonis et Vénus pain en huile 5 pistol.
n Un aulre tablau sur un planché dun ravicement de la famme dercul pain en huile 4t pistol.
M Uu autre article de troy petict tablau sur des pla fon représentant des figure marine sur cheminé paintc en huile 5 pistol.
M Encor troy aulre petict tablau sur des pla fon crotesque en coquilagc pain en huile 2 pistol.
n Puis la frise encrotesque qui tome tout alantour de ladicl chambre 5 pistol.
n Puis les rosct doré qui torne tout autour
t) Puis deux tablau crotesque faicl à la place de ceux de boy de S* Lusie. . 2 pistol.
t) Puis sept poli tablau crotesque au chevé du lit 5 pistol.
Nancy, vinrent embellir les appartements du gouverneur français, qui cherchait à imiter la magnificence de nos ducs, mais qui, par sa dureté, faisait cruellement sentir aux Lorrains le poids de la domination étrangère. Je dois ajouterjtoutefoîs, qu'il sembla se préoccuper beaucoup de l'entretien du Palais Ducal, car des travaux assez considérables y furent exécutés, presque chaque année, durant Iç cours de son administration. On répara successivement le manège de la carrière couverte, l'orangerie, la grosse tour où Ton mettait les meubles (1654), le grand bassin de pierre de taille du^rdin (1G55), et l'on refit à neuf la grande galerie de bois qui conduisait du Palais au Parterre (1660). Plusieurs peintres décorateurs, parmi lesquels Jean Biaise, dit La Poincte, Antoine Lhernette et Jean Ragache, furent employés à des ouvrages de leur art, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur des appartements, et principalement dans la chambre Dorée.
I) Puis quatre peti lablau crotesque au pla fou de sur la cheminé • 1 pistol.
N Puis les painture des vcrier (probablemeul v^rières). . . 1 pistol.
u Mémoire de louvragc que jay faict au cabinet de Monseigneur le Marechalle.
ti Premier huict porte sicng painte (cinq peintes) des quoté et troy qui ne le sont que dun le tout font siuquante deux panaux. —r Puis douze pilastre qui en sont les séparation tout pain en crotesque et des plas de fruict. — Plus un frise tout a lantour du cabinet sur de la toile que jay fourni ou il y a trente et une boulelle et des fleure de dan et trante deux crotesque a lantour. — Puis un grande large corniche qui tome tout alantour du cabincct enrichie de mcneu crotesque. — Plus les quatre vantilon pain des deux quoté qui font sezze panau en crotesque. — Puis ce que jay pain sur le vaire dés vitre. — Puis pour le pla fon qui est composé de quatre grand parquet en chacun treze cro^ tesque séparé et jay fourui les toile et les chacy. — Et ay fourni toos les roset doré aux nombre de trante quatre. — Pour tout ee que desur 50 pistol dor. n (Pièces justificatives des comptes de Nicolas Henry, receveur du domaine de Nancy ; pour Tannée 1654.)
— il7 —
En 1664, un nommé Marc Simonin, maître fourbisseur, ayant présenté requête à l'effet d'obtenir la place sur laquelle était ci-devant bâtie la boutique du fourbisseur de la cour, € faisant la première proche la petite porte du Château, • cette place lui fut octroyée, à charge d'y faire construire à neuf une boutique et de l'entretenir à ses frais. Il ressort de celte note et d'une autre qui lui est antérieure, qu'à cette époque, une partie des échoppes adossées au Palais, le long de la Grande-Rue, et qui sont figurées sur la planche de Démet, étaient déjà ruinées. Ces échoppes étaient occupées par les ouvriers ou marchands plus spécialement attachés à la cour.
Au mois de septembre 1665, Charles IV, à qui le traité de Marsal avait rendu la jouissance de ses Etats, était rentré dans sa capitale Les Lorrains, aussi généreux que fidèles, oubliant les fautes de leur prince pour ne se souvenir que de ses malheurs, le reçurent avec de grands transports de joie. Charles en fut vivement touché, et parut, dès lors, ne plus vouloir songer qu'à vivre en paix et à rétablir ses finances. « Outre les divertissements de la chasse, il voulu^ encore faire revivre ceux des bals et des comédies, des mascarades et des carrousels, tant pour réjouir le peuple, lui faire oublier les maux passés et supporter plus patiemment les présents, pour les impôts dont il les surchargeait, que pour occuper les jeunes cavaliers dans l'exercice des armes, et récréer les dames, se mêlant lui-même, nonobstant son âge, à toutes ces galanteries avec plus d'adresse et de vigueur que pas un de sa cour ; et comme il remarqua que les dames de qualité n'étaient pas en grand nombre, la plupart n'osant encore paraître à la cour, pour n'être pas bien remises des misères que la guerre leur avait causées, il permit aux petite» damoiselles de la ville de paraître au bal (1)... »
(i) Mémoires du marquis de Beauvau.
L'année suivante, et quoiqu'il touchât à ses soixante-trois ans, Charles épousa M"** d'Apreraont-Nanteuil, qui n'en avait que treize. Cette union, si disproportionnée, et dont le duc lui-même rougissait, se célébra, le soir, dans la chambre de Caillette, son argentier. Toutefois, Charles, par un reste de pudeur, n'osa pas loger sa nouvelle épouse au Palais; elle n'y venait que pour la nuit, habitant le jour la Malgrange. Mais, au bout de quelque temps, le duc, fatigué de cette contrainte, annonça publiquement son mariage, et la jeune duchesse vint s'installer à la Court, après avoir fait son entrée solennelle à Nancy, dans un superbe carrosse à six chevaux et au bruit du canon.
Pendant le court intervalle de paix et de tranquillité dont jouit la Lorraine (de 16C3 à 4670), Charles IV fit faire quelques ouvrages au Palais : César Clérey (1664) et Jean Lhernette (1667) décorèrent de diverses peintures le cabinet du duc et l'alcôve de M^*" de Vaudémont; on répara les glacières des jardins (1666), les toitures de la salle St. -Georges, de l'orangerie (1667) et du Trésor (1668); enfin (Î669), des travaux assez considérables furent exécutés dans les appartements du comte de Vaudémont (1).
Pendant l'hiver de 1668, la cour de Lorraine eut, comme autrefois, le spectacle de carrousels, de tournois à selle dessanglée, de bals, de ballets, de mascarades et de comédies. De nouvelles fêtes y furent données, en 1669, pour l'arrivée du prince de Vaudémont, qui venait d'épouser, à Bar, M"®
(1) Une somme de 5,421 fr. i gros est payée, par ordre de S. À., à plusieurs ouvriers qui ont travaillé dans Pappartement de Ms' le comle de Vaudémont ; on y voit figurer Jean Larnet ou Lhernette , Claude Clerey et autres peintres, pour une somme de 970 fr., et Jean Grégoire , maîlre doreur, pour 490 fr.
d'Elboeuf (1). Au milieu de toutes ces réjouissances, Charles IV ne restait pas étranger aux événements politiques qui s'accomplissaient en Europe : au lieu de chercher h consolider la paix, dont son peuple avait un si pressant besoin, il nouait des intrigues avec les ennemis du Roi et levait des troupes, sous prétexte de les mener au secours de Tempereur, mais, en réalité, pour les conduii:e aux Hollandais, qui étaient alors en guerre avec la France. Ses projets furent découverts, et le marquis de Fourille, mestre de camp général de la cavalerie, reçut ordre de se saisir de sa personne, et marcha en loule hâte sur Nancy. Mais le duc, ayant été prévenu pendant qu'il était au conseil, leva subitement la séance, et, feignant de se rendre à la chasse, s'enfuit à toutes brides sur la route des Vosges et alla chercher un asile dans le château de M™* des Pilliers.
Fourille, que ses guides avaient égaré dans la forêt de Haye, arriva au galop à Nancy, vers midi (le 26 août), espérant surprendre le duc à table. Il commença par se saisir de la porte Notre-Dame, investit le Palais, et fit occuper toutes les issues de la Ville-Neuve. Le régiment des dragons bleus de la Forêt se mit en bataille sur la Carrière. Les autres places et les carrefours furent également remplis de troupes qui obligèrent les bourgeois à rentrer dans leurs maisons.
La jeune duchesse de Lorraine prenait alors les eaux à Ponl-à-Mousson. Fourille, trouvant les portes du Palais fermées, fît crier à des personnes qui se tenaient sur le balcon de la salle des Cerfs, qu'on eût à les ouvrir ou qu'il les ferait enfoncer. En effet, il fit apporter des haches qu'on rangea devant la porte, en attendant la réponse des princesses de Vaudémont et de Lillebonne , qui étaient dans le Palais.
(1) Mémoires du marquis de Beàuvau.
Un moment après , un officier étant venu lui dire que la porte du côté de la Carrière était ouverte , on l'y conduisit. Les princesses étaient presque vis-à-vis sur la galerie ; M"® de Liilebonne rentra précipitamment dans les appartements ; mais la princesse de Yaudémont, qui connaissait FouriHe, lui reprocha vivement sa violence. Ce dernier entra néanmoins dans le Palais, qu'il fit fouiller partout et où il logea* les chevaux de sa cavalerie. Les princesses demandèrent et obtinrent la permission d'en sortir pour se retirer à la Visitation. Mais on inspecta leur caresse et on maltraita leurs domestiques.
Quelques jours après (!«' septembre], le maréchal de Créqui arriva en Lorraine avec une armée de 26,000 hommes , et entra dans la capitale sans aucune résistance. Non content d'exercer des rigueurs contre les places de la province, qui étaient dans l'impossibilité de se défendre, il livra le Palais Ducal au pillage ; on en enleva tous les meubles, avec les titres et papiers tant du Trésor que de la Chambre des Comptes , lesquels furent chargés sur dix-huit chariots et conduits à Metz , ainsi que les canons et les armes qui se trouvaient à l'arsenal, y compris la grande coulevrine (i), de vingt-deux pieds de long, et qui passait pour la plus belle pièce de l'Europe. On enleva également le magnifique dieval de bronze destiné à supporter la statue de Charles III , et ce chef-d'œuvre de ChaUgny fut mené comme en triomphe à
(i) D'après des renseignements que j'ai tout lieu de croire exacts, il paraît que celte coalevriue n'existe plus, du moins qu'en partie. Elle a servie dit-on, au commencement de la première révolution, à des expériences pour l'artillerie , et a été successivement diminuée dans sa longueur y afin que l'on pût arriver à la solution de ce problème : à savoir si l'impulsion donnée au boulet par la poudre est plus forte dans une pièce longue que dans une courte.
Paris, au mois de mai 1671. Le maréchal de Créqui alla plus loin encore : « Afin de joindre le mépris de la personne du duc à tant d'outrages, il voulut même loger dans sa chambre et coucher dans son propre lit (1).... >
Deux ans après (1675), Louis XIV, se rendant en Alsace, dont il voulait réduire quelques places , s'arrêta à Nancy et logea au Palais Ducal , « lequel , dit M. de Bcauvau, contint si commodément toute la Cour du Roy et de la Rcyn^, que leurs majestez avouèrent que le Louvre n'éloit pas plus habitable (2). i
Charles IV ne rentra plus dans ce Palais, qu'avaient habité ses prédécesseurs, et où les ducs de Lorraine s'étaient vus remplacés par les Rois de France et par leurs gouverneurs. Ce prince, qui avait tout sacrifié à sa passion de la guerre, avait trouvé la mort dans un camp, le 16 septembre 4675, laissant ses Etats et sa capitale sous une domination étrangère. Son règne, si malheureux pour notre pays, aurait dû être cependant une de ses plus brillantes époques de gloire , car
(1) Voir les Mémoires du Marquis de Beanvau , et tons nos historiens. — M. de Beauyau dit, en parlant du cheval de bronze , u qu'il lai fut plus fait d^honneur à son arrivée à Paris , que les Grecs n'en rendirent jamais à celuy de Troye , le Roy ordonnant luy-mcme qu'on Tallât recevoir avec trompettes sonnantes, et qu'on le plaçât solennellement sous l'arc de Triomphe qui a esté construit à l'entrée du Faui- Bourg S. Antoine, pour mémoire de celle (l'arrivée) de la Reyne Régnante , en Tannée de son Mariage ; ce qui toute-fois n'eut point d'effet , s'élant encore trouvé trop petit pour la haute élévation du portique...* M
(2) Durival {Introduction à la description de la ïtorraine et du Barrois) dit que Louis XIV appelait le Palais Ducal o une grande , vieille, commode maison, m
il vit naître ou grandir une foule d'artistes dont quelques-uns, comme Claude Gelde , Ont rendu Immortels et leur nom et celui de leur patrie (1).
(1) On doit citer, parmi ces artistes, Louis Bermao, élève de Claude Gelée ; Charles Mélin , F. Legrand , Jean-Georges Gérard d'Ëpinal , Nicolas Jaquin , César Bagard , Charles-François Ilardi, Jean^Baptisle Collignon, Claude et François Spierre, Charles ChéroQ, Jean Bérain , Crocq, Racle et Vautrin, tous peintres, dessinateurs , sculpteurs ou graveurs y qui acquirent une brillante réputation.
\m-im.
Pendant que Charles V essayait de se consoler de la privation de ses Etats, en remportant, presque chaque jour, à la tête des armées impériales, des victoires que Thabile pinceau de Charles Herbel reproduisait aussitôt sur la toile (i), la Lorraine continuait à être occupée par les troupes françaises , et le Palais de nos ducs à servir de résidence aux gouverneurs de la province.
Dans la période de vingt-deux années qui s'écoulèrent depuis Tavènement du successeur de Charles IV jusqu'à la paix de Riswick , qui rendit le trône à Léopold , je n*ai trouvé , dans nos historiens , aucune particularité relative à
(1) Charles Herbel , héraut d'armes de Lorraine , né à Nancy en 1656^ suivait Charles Y et peignait ses batailles. Dix-huit des toiles d'Herbel furent exposées pour la première fois lors de l'entrée de Léopold et de son épouse à Nancy (10 novembre 4698). Léopold, dit Durivat, rassembla depuis d'habiles maîtres pour refaire en grand les tableaux des batailles de Charles V , a et c'est diaprés les originaux que les Gobelins, envoyés par Louis XÏV, firent, dans la ville de Nancy, ces admirables tapisseries qui font aujourd'hui l'ornement du palais impérial à Vienne, m Je n'oserais pas contredire les assertions de Texact et savant auteur de la Description de la Lorraine , mais je dois dire qu'il ressort d'une foule de notes puisées dansies pièces justificatives des comptes du Trésorier général de Léopold , que les tableaux d'IIerbel furent copiés en grand par du Rup ,. Martin, Guyon et Jacquard, et reproduits en tapisserie par un nommé Charles Mitté, tt tapissier ordinaire de S. À. R. m Guyon faisait u les ciels, lointains, arbres, plantes et terrasses n de ces tableaux.
rhisloire du Palais Ducal ; quant aux registres dans lesquels il aurait été possible de puiser quelques renseignements à cet égard, il n'en existe point pour cette époque : on dirait, au silence des écrivains , à Tabsence de tout document , que la Lorraine a cessé de compter parmi les nations.
Toutefois, il semble assez probable que ce fut, soit dans
cet intervalle, soit dans les derniers temps que Charles IV passa dans sa capitale , que la salle Neuve fut transformée
en un théâtre , qu'on appelait la salle des comédies ou des comédiens de la cour. En 1683 et 1684, les rhétoriciens et les humanistes du collège de Nancy y donnèrent plusieurs représenlalions, et y jouèrent, notamment, « une action théâtrale de Saint Alexis » , à laquelle assista M. de Bissy, évêque de Toul (i).
Enfin, le 17 août 1798, Léopold rentra dans sa capitale, cl quelques mois après (10 novembre) , y ramena la princesse Elisabeth-Charlotte d'Orléansi,' qu'il venait d'épouser à Bar. Parmi les fêles qu'on offrit au duc à son arrivée, il y eut (le 28 août) , dans la Grande salle de la Cour, la représentation d'un drame en trois actes, par les élèves du collège des Jésuites de Nancy (2).
Serait-ce aussi à l'occasion de l'arrivée de Léopold , que fut dressé le plan du Palais, qui accompagne les Essais sur la ville de Nancy f c'est ce que j'ignore ; mais je croîs cependant devoir dire ici quelques mots de ce curieux monument , moins remarquable que la gravure de Deruet , dont j'ai précédemment parlé, mais plus instructif, peut-être, à
(1) Voir mes Etudes 8ur le Théâtre en Lorraine et sur Pierre Gringore , insérées dans les Mémpires de la Société des Sciences , Lettres et Arts de Nancy , année 1848.
(2) Etudes sur le Théâtre en Lorraine , elc.
cause des détails qui y sont indiqués et de la légende qui l'accompagne (1). ♦
Ce plan , que je ne puis malheureusement reproduire , donne la distribution du Palais au rez-de-chaussée. La galerie attenant à la Porterie et régnant sous la salle des Cerfs, renfermait le logement du portier, des chambres pour les oiBciers de l'hôtel, et le logement du concierge , ou plutôt d'un des conciergeà , à côté duquel , près de Tescalier de la tour de l'Horloge, étaient les fours. Dans le prolongement du corps-de-logis donnant sur la Grande-Rue , et à peu près depuis la porte actuelle de la Gendarmerie jusqu'à l'église des Cordeliers , étaient les cuisines et offices du prince <ie Lillebonne, lesquelles se continuaient dans une partie des bâtimeus longeant l'église, et venaient aboutir au bâtiment du balayeur, à de nouvelles chambres pour les officiers de l'hôtel et aux cuisines et offices du duc. Ces dernières occupaient en outre tout le rez-de-chaussée du corps de logis qui , partant de l'escalier de l'Horloge , rejoignait les constructions faisant face à la Galerie des Cerfs ; il formait un des côtés de la grande cour du Palais. Derrière les cuisines était une petite cour de forme irrégulière, où se trouvait un réservoir pour le poisson. Le côté de la grande cour, opposé à celui dont il vient d'être fait mention , renfermait la Chambre des Comptes , brûlée en 1627, et un corps-de-garde contigu au Rond. Derrière celui-ci étaient encore , dans le corps de logis donnant à la fois sur la cour et sur le jardin, dfes chambres pour les officiers , un passage ouvrant issue sur le parterre , et le logement du contrôleur de l'hôtel. Le jeu de
, (2] GeUc légende est poslérieure au plan , car il y est déjà parlé de la bibliothèque publique, qui, comme je le dirai plus loin , ne fut établie dans U Galerie des Cerfs qu'en 1751.
paume était dans le prolongement de ce corps-de-logis , derrièrç St. -Georges , et se terminait par une galerie ayant vue sur la Carrière.
Les deux ailes des bâtiments qui encadraient le parterre , renfermaient , à gauche , les offices et cuisines du comte de Vaudémont , le logement du concierge , lequel avoisinait la tour du Trésor des Chartes et les douze loges ou latrines, le long du mur de la ruelle qui séparait le Palais des Cordeliers ; à droite du parterre étaient l'orangerie , les remises pour les carrosses et la manufacture des tapisseries de la Couronne. C'est l'emplacement qu'occupe aujourd'hui l'hôtel de la Préfecture.
Léopold et son épouse passèrent presque toute l'année 1699 à Paris; on fit néanmoins des travaux diU château de la Cot/r,. car c'est ainsi qu'on appelait alors le Palais, pour plus de 6,000 francs. Une partie de celte somme, dont l'emploi n'est que sommairement indiqué, fut affectée peut-être à la décoration du théâtre, où jouaient les comédiens que Léopold entretenait à grands frais à sa cour (i). On verra tout à l'heure que celle salle avait un amphithéâtre, un parterre et des loges pour les spectateurs (2). Les rhétoriciens
(1) Les comptes du Trésorier général pour 1699 , font menlion d'une somme de 30^722 fr. 2 gros 8 deniers , monnaie de Lorraine , ou 15,166 livres 13 sols ^ deniers , payée aux comédiens pour neuf mois de celle année. Celle dépense forme un chapitre spécial intitulé : tt Dépenses en deniers pour les comédiens, n
(2) Les dispositions intérieures de celle salle sont parfaitement indiquées dans un plan manuscrit du Palais Ducal , qui se trouve à la Bibibliolhèque de Nancy, et qui, hcn juger parles parties de l'édifice qui y sont figurées comme encore existâmes ou comme détruites, doit avoir été dressé de 1705 à 47i5. On y voit que le Ihéâlre de salle Neuve était placé du côté de la Galerie des Cerfs, dont cette salle était séparée par deux pièces, une desquelles était destinée, sans doute, à recevoir
du collège des Jésuites y jouèrent, en 1700, deux tragédies : Celse et Marthésie, première reine des Amazones,
Ainsi qu'on peut en juger par une relation qui nous en a été conservée (4), des fêtes nombreuses et brillantes eurent lieu à la cour pendant le carnaval de 1702 ; ce ne fut € qu'une suite continuelle et qu'un enchaînement agréable de plaisirs. Lo carnaval y commença la veille des lloys. Ce jour-là il y eut un souper des plus magnifiques, auquel Leurs Altesses Royales firent Thonneur d'admettre quarante dames et quarante cavaliers,... Il y eut un roy et une reyne avec tous les grands et bas ofliciers de leur cour. Chaque cavalier eut sa dame, et chacun fit les fonctions de la charge qui lui était échue. S. A. R. (Léopold) y fut le grand-maître des cérémonies.
les machines dont od se servait lors des ballets ou des représentations dramatiques.
Le plan dont je viens de parler représente le Palais au premier étage; il lui manque malheureusemenl une légende qui fasse connaître la destination des divers appartements ; quelques parties seulement ^ comme la Galerie des Gordeliers ou Passage, les cuisines du commun, une des cours de service , sont indiquées par ces mots écrits sur l'emplacement qu'ils occupaient. On y voit très-dislinclement que le Rond communiquait d'un côté aux appartements du duc , situés dans le corps de logis formant la face de la cour parallèle à la Galerie des Cerfs, et de l'autre à la salle Sl.>Georges ; sa rampe, dont la pente était si douce que les voitures pouvaient y monter, était bien certainement l'escalier d'honneur du Palais.
Je dois ajouter, à propos du Rond, qu'il figure, ainsi que les statues de la rampe du parterre, sur le plan de Nancy, dressé en 1611. Biais le dessin n'en étant d'une exactitude rigoureuse, ni sur ce plan ni sur les autres dont j'ai parlé, il est difficile d'assigner une date précise ou même approximative à la construction de cette partie si intéressante du Palais Ducal.
(1) Relation envoyée à Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince Charles de Lorraine , Evéque d'Osnabrug , touchant les plaisirs de la Cour de Lorraine pendant le Carnaval.
» Huit jours après, on lira le roy noir de la manière qu'on avoit tiré le roy blanc... Depuis ce temps-là, il. y a eu tous les jours appartements ou comédie ; les dimanches et les jeudis on a eu régulièrement le plaisir de Topera et celuy du bal. L'opéra qu'on y a représenté est intitulé les Fêtes de la Malgrange,,,. Les filles d'honneur, les dames et gentilshommes de la cour , avec ceux de l'Académie , étaient les acteurs et les actrices de cet opéra, où M"® de Bassompierre , âgée seulement de six à sept ans, y dança d'une manière à charmer tout le monde....
» M. le prince François élant parti pour Cologne, S. A. R. donna le divertissement de la chasse au chevreuil à plusieurs gentilshommes étrangers. A son retour , on joua l'opéra : il y eut une si grande foule de monde, que les loges^ Vamphi-théâtre et le parterre furent remplis....
» Le 22 (février), les PP. Jésuites firent représenter une tragédie par leurs écoliers sur le théâtre de la Cour, dont Leurs Altesses Royales furent si satisfaites , qu'elles la firent encore jouer le 24....
» Une ancienne coutume qui est à Nancy, fit naître de nouveaux plaisirs le premier dimanche du carême. Ce jour-là, tous les nouveaux mariés de l'année sont obligez, de quelque qualité qu'ils soient, d'aller au bois faire des fagots, et d'en apporter chacun un au milieu de la grande place de la Ville- Neuve. Ainsi, ceux de cette année..., allèrent au bois quérir leurs fagots les uns à cheval et les autres à pied , suivant leur condition ou leur pouvoir. Sur les trois heures après midy, ils rentrèrent dans la ville au son des haut-bois et. des violons, qui marchoient à leur tète , et vinrent en bel ordre droit au Louvre , ou Leurs Altesses Royales se divertirent
une demy-heure à les voir passer dans la cour du Palais (4), et à examiner les contenances des uns et des autres, pendant qu'on voyoit en plusieurs endroits couler des fontaines de vin pour tous ceux qui vouloient en boire. Ce spectacle donna assez d'occasion de rire, et.... ce fut parmi ces plaisanteries que cette troupe de nouveaux mariés sortit de la Cour pour aller porter à la Ville-Neuve le tribut qu'elle devoit. Ils firent trois tours dans la grande place pour chacun jeter son fagot en un tas pour en dresser un bûcher.... >
La capitale de la Lorraine commençait à renaître ; elle
(i) u Od jetait , ajoute Lionnois , des cornets de papier remplis de pois grillés avec du beurre et du sel (le peuple les nomme encore pois dépechis (pois épicés), Lesquels, en remplissant la cour, faisaient tomber la plupart des danseurs, et occasionnaient des éclats de rire. Sur le soir, les nouveaux mariés allaient en procession (la procession des féchenates ou des petits fagots) au milieu de la place de la Ville Neuve, où, après avoir fait plusieurs tours en dansant, chacun jetai: son fagot en tas, et on en dressait un bucber pendant que la danse se continuait au son des violons. Vers les sept heures , toute la Conr se rendait à THôtel-de-Y ille , où était préparé un magnifique souper pendant lequet chacun dansait au son de divers instruments. Après le souper et un feu d'artifice, on mettait le feu au bûcher et on tirait au sort, devant le prince, les Valentins et les Valentines. On les proclamait sur le balcon de THôtel-de-Ville , ce qui se répétait dans toutes les rues. Les jours suivants, les Valentins envoyaient à leurs Valentines de riches présents et de beaux bouquets avec lesquels elles paraissaient à la toilette de la duchesse. On allumait un feu de paille , le dimanche suivant, devant la maison de ceux qui avaient manqué à cette attention; ce qui s'appelait les brûler. Telle est l'origine des Brandons en Lorraine, qui, selon Tinlention du prince, étaient suivis de mariages convenables, mais qui, par l'abus qu'en a fait le peuple, ont été justement proscrits. »
Je dois ajouter qu'une cérémonie , d'une toute autre nature , avait lieu, chaque année, le jour du Saint-Sacrement, dans la cour du Palais ; le duc y faisait dresser un reposoir à ses frais , et la procession de la ville venait y faire une station.
pouvait se croire revenue à Fépoque, si heureuse et si brillante pour elle, des règnes de Charles III et d'Henri II ; Léopold^ aussi ami des arts que ces deux princes, venait même d*y établir une Académie de peinture et de sculpture ; mais elle ne devait pas jouir longtemps de cette prospérité. A la suite de la prise de Landau par l'armée impériale, Louis XIV, craignant que Nancy n'ouvrît aux ennemis l'entrée du royaume, fît annoncer au duc qu'il était dans l'intention de le faire occuper par des troupes. Léopold, ne pouvant résister, fut obligé de céder ; mais il ne voulut pas continuer à résider dans sa capitale. Il se retira à Lunéville, ou il fit élever, sous la direction du célèbre Boffrand, le superbe château qui servit de résidence à ses successeurs, et qu'il habita presque continuellement lui-même jusqu'à la paix d'Utrecht.
Le Palais Ducal se ressentit vivement de l'absence de la cour : dés 1705 , on en démolit le jeu de paume , dont les carreaux de pierre de taille , au nombre de 1,178 , furent enlevés par les soldats du régiment des gardes, et conduits à Lunéville pour servir au jeu de paume que Léopold y faisait construire (1).
Cependant le Château de la Cour ou le Louvre , comme on disait alors, ne fut pas abandonné : en 1707, diverses réparations furent faites aux chambres du gouverneur, M. de BlainvilUe; à celle des Hayduc, à la prison et aux appartements de M. de Carlinford, chef des conseils du duc et son grand-maître d'hôtel. La même année, on commença à élever entre le Palais et la Citadelle, près du rempart, la salle d'Opéra (2), sur les dessins de Bibiena, de Bologne, qui en
(1) Cette démoIitioD conliQua en 1706, ainsi que l'atteste le compte du Trésorier général pour ceUe année.
(2) Suivant Lionnois, elle fut achevée en 1709, et S. A. R. Madame
conduisit les ouvrages ; Claude Charles et Provençal furent chargés de la décorer de peintures (l)..
Pendant le cruel hiver de 1709, les travaux demeurèrent suspendus , aussi bien dans la salle d'Opéra qu'au Palais ; mais ce dernier fut , à celte époque , le théâtre d'un événement, qui, quoique peu important en lui-même, fit cependant grand bruit à celte époque , à la ville et à la cour. Nos historiens n'ont pas dédaigné de nous en conserver le souvenir, et il a fait le sujet d'un charmant morceau de poésie (2), qui suffirait seul pour le rendre à jamais populaire.
A côté de la Porterie est une petite porte que , du temps de Léopold, on appelait Masco, du nom de l'ours qui avait sa huche sous la galerie voisine. « Pendant l'hiver de 1709, dit Lionnois, un petit Savoyard, mourant de froid dans la grange
vint de Lunéville à Nancy ^ le 9 novembre, pour en voir jouer toutes les machines, a Celte charmante salle, une des plus belles de TËurope^ éprouva, dit Durival, d'étranges métamorphoses. En i75d, on enleva une partie de ses décorations (les loges et la face du théâtre] pour orner la salle de comédie de Lunéville. Elle servit de magasins aux en-> trepi'eneurs des vivres pendant la guerre de i 741. En 17^9, on en fit une salle de comédie (qui, ajoute Lionnois, coûta beaucoup k la ville; on y joua pour la première fois le 8 février 1750) ; mais le Roi de Pologne en ayant fait construire une magnifique sur la place Royale, remplacement de TOpéra fut converti en un corps de casernes , appelé le quartier Neuf, pour y loger de l'infanterie. En 1763 , l'Hôtel-de- VilJe fit prolonger ces casernes , et construire auprès un petit pavillon pour douze officiers , du côté de la Citadelle. »
(1) Les décors destinés à figurer sur le théâtre de la salle d'Opéra , fureat peints, au moins en partie , par Titalien Jacomo Barilli, vulgairement appelé Baril. Une somme lui est payée, en 1710, pour une décoration faite à la salle des machines.
(2) Le Savoyard et l'Ours, anecdote lorraine, par M. de Caumont, inàérée dans le Précis des travaux de la Société royale des Sciences, Lettres, Arts et Agriculture de Nancy, pendant les années 1816, 1817 et 1818.
où une bonne^ femme le couchait avec quelques-uns de ses camarades,[s'avisa d'entrer, un soir, dans la huche de Masco, ne pensant pas au danger qu'il pouvait courir, en se livrant à la merci de l'hôte qui l'occupait. Masco, bien loin de faire aucun mal à cet enfant, pour le réchauffer, le prit entre ses pattes et le serra près de sa poitrine jusqu'au lendemain malin, qu'il lui laissa la liberté d'aller courir par la ville. Le Savoyard retourna le soir à la huche, et fut reçu avec la même affection. Les jours suivants , il n'eut pas d'autre retraite ; mais il fut bien plus joyeux de voir que Tours lui avait réservé une partie de sa portion. Plusieurs jours se passèrent sans qu'on s'aperçût de rien. Un soir que le valet vint apporter le souper de son maître plus tard qu'à l'ordinaire, il fut fort étonné de voir l'animal rouler des yeux furieux et lui indiquer de faire moins de bruit de peur d'éveiller un enfant qu'il tenait sur sa poitrine. L'ours, fort glouton d'ordinaire, ne parut aucunement touché des mets qu'on lui présentait. La nouvelle s'en répandit à la cour, et parvint aussitôt aux oreilles de Léopold, qui voulut être témoin, avecuïie partie de ses courtisans, de l'acte de générosité de Masco. Phisieurs y passèrent la nuit, et virent avec surprise que l'ours ne remua pas tant que son hôte put dormir. Au point du jour, l'enfant, éveillé , fut tout honteux de se voir découvert, et, craignant d'être puni de sa témérité, il demandait pardon. Masco le caressait et l'engageait à manger ce qu'on lui avait apporté la. vieille ; ce qu'il fit sur l'invitation des spectateurs, qui le conduisirent ensuite au prince. Ayant appris cette singulière alliance, et le temps qu'elle avait duré, Léopold prît soin de ce petit Savoyard, qui, sans doute, aurait fait fortune si la mort ne l'eût enlevé peu de temps après. » On ajoute que l'ours, privé de son dier compagnon, mourut bientôt lui-même.
Les troupes françaises ayant évacué la Lorraine et Nancy, Léopold, qui venait de recevoir pour la seconde fois Stanislas à sa cour (i) , put enfin rentrer dans sa capitale. Il y arriva, le 25 novembre 4714, accompagné de ses deux fils, les princes Clément et François. Dès l'année précédente, on avait fait de grands préparatifs au Palais Ducal pour les recevoir : des réparations avaient été exécutées, sous la surveillance de M. Cléret , directeur et contrôleur général des bâtiments de S. A. R., aux fontaines et aux jardins du bastion des Dames , au dôme et à la tour du Trésor des Chartes , à l'appartement de M. de Carlinford, à la sa!le aux gardes des chevaulégers, à la salle des Suisses, à la galerie allant aux douze (loges), aux chambres du Grand Lit et du Dais, à celles des poupons et du marquis de Blainville ; une pépinière d'ifs avait été plantée dans le bastion de la Citadelle , et on avait porté à la salle d'Opéra les décorations qui se trouvaient dans les appartements du duc.
En 1714, des travaux plus considérables , et dont la dépense totale s'éleva à la sonHne de 23.819 livres 10 sols 3 deniers, furent faits, sous la direction de l'architecte Sébastien Demangeot, et par Joseph Duc, entrepreneur, c pour le rétablissement du Château de Nancy. » On travailla, notamment, dans la chambre Dorée, dans celle du Dais, du confesseur et des filles d'honneur; dans les appartements du prince de Vaudémont, de M. et de M"« de Craon, de M"* de Beauvau, de M. et de M"® de Fontenoy, du prince François, du prince Charles, de M. de Vidampierre , de M. Bagard, médecin de S. A. R.; du prince Camille, du prince d'Harcourt, de M. l'abbé de Lorraine, de M"*^ Duhaiitoy, enfin dans ceux de
(1) Stanislas, dit Durival, avait visité la cour de Lorraine en 1700, avant son élection au trône de Pologne.
l'Electeur dé Bavière, de la Reine el du Roi d'Angleterre, lequel, sous le nom de chevalier de St.-Georges, avait trouvé la plus généreuse hospitalité à la cour de Léopold. La chambre du duc fut repavée de carreaux de marbre noir par Nicolas le Chien, et le peintre Jean Ragache y fît quelques ouvrages de peinture en blanc. On démolit une partie de là tour (peut-être le Rond) près de la salle des Peintures ; et on rétablit le jardin du bastion vert et les fontaines et jets d'eau du parterre. Ces derniers travaux furent faits sous la surveillance de M. Deshours , < directeur des fontaines et jardins de S. A. R. »
Il semble résulter d'une note consignée dans les registres du Trésorier général , que la Chambre des Comptes n'était plus , à cette époque , dans le Palais Ducal. Elle avait déjà , sans doute, été transférée, avec les autres juridictions, dans le palais commun , connu sous le nom d'Hôtel-de-Ville , sur la grande place (actuellement Mengin) de la Ville-Neuve (1).
En 4715, Léopold fît faire un second étage à la partie du Palais touchant aux Cordeliers et faisant face à la Grande- Rue. Ce nouveau bâtiment était destiné au logement des princes (2). Afin d'établir, à l'intérieur, des appartements
(i) LioDDois dit que la translation de la Chambre des Comptes a rHôlel-de-VilIe , eut lieu lorsque Léopold fil construire le nouveau Louvre sur la Carrière, c'est-à-dire en 1717. u La Chambre des Comptes resta à l'Hôlel-de-Ville jusqu'en 1751 , qu'elle alla occuper, avec les autres tribunaux de justice , le palais commun que Stanislas venait d'établir dans l'hôtel de Craon, sur la Carrière, et le Trésor des Chartes , dont cette compagnie souveraine était dépositaire et gardienne , fut placé à l'hôtel de Salm. m II est probable que le Trésor des Charles était resté dans le Palais Ducal jusqu'en 1751. £n 1773 , il fut transféré, avec la Chambre des Comptes , dans l'hôtel de la Monnaie^ où il est encore aujourd'hui.
(2) Les mémoires des dépenses faites pour ces constructions portent
habitables, il fallut détruire le plafond de la salle Neuve que Charles III avait fait si splendidement décorer, et qui était depuis longtemps transformée en théâtre (1) ; et on remplaça par des carreaux modernes les vieux losanges des croisées. Cette déplorable mutilation , prélude de celles, plus considérables encore, que le Palais Ducal allait bientôt avoir à subir, fit perdre à la façade de cet édifice son ancienne régularité , et elle n'offrit plus dès lors le type pur d'une époque, mais le mélange ipforme et disgracieux de différents styles d'architecture (î2) . Les ouvrages de maçonnerie furent exécutés par Joseph Duc , ceux de charpenterie par Nicolas Regnauld et consors, et les peintures par Jean Ragache, Gergonne, Boulanger et du Croq. On travailla encore, cette année, aux fontaines et aux jardins, et on mit, dans ces derniers , des orangers achetés à des marchands de Gènes. Une représentation eut lieu , devant l'Electeur de Bavière , à la salle d'Opéra, où l'on fit jouer les machines que venait de confectionner le nommé Thomas (de Ste-Marie-aux-Mines) , € ingénieur et machiniste en chef » de la cour.
En 4717, Léopold , trouvant que le Palais, ce Palais qu'avaient pourtant habité ses prédécesseurs , et où Louis XIV s'était trouvé aussi commodément qu'au Louvi'e! avait une forme trop irrégulière , résolut de le faire démolir en
tous ces mots : « Nouveau bâtiment destiné pour le logement de Messeigneurs les Princes, où était ci-devant l'ancienne salle de Comédie, n
(1) On détruisit aussi très-probablement, à celle époque, les ornemenls supérieurs des fenèlrcs, indiqués dans la planche de Deruel, et la tourelle ou guérite qui faisait à peu près face à la rue Sl.-Michel.
(2) On peut encore en juger aujoiird'iiui, en comparant la partie du Palais qui renferme la Galerie des Cerfs et celle où se trouvent les logements de la gendarmerie.
partie et d'élever, sur son emplacement, un édifice beaucoup plus magnifique. Le célèbre architecte Boffrand/ul chargé d'en dessiner le plan et d'en diriger la construction. Le nouveau Château, dont on peut voir les dispositions dans le Livre d'architecture (4 ) , avait sa face principale sur la Carrière ; sous cette face était un portique voûté en demi-lune ou ferà-cheval, occupant loute la largeur de cette place. On y entrait par un vestibule en voûte d'arête, portée par quatre rangs de colonnes doriques, qui formaient cinq passages pour communiquer, à couvert, dans toutes les parties du bâtiment ; ce portique conduisait à un grand escalier à deux rampes, par lequel on arrivait aux appartements du duc , situés au premier étage , dont ils occupaient toute la longueur , et ayant vue, d'un côté sur la Carrière, et, en retour, sur les jardins des remparts.
La façade sur la Carrière et sur les jardins , était ornée , au rez-de-chaussée, de colonnes et de pilastres d'ordre corinthien. Celle sur la cour, dont elle devait occuper les quatre côtés; était composée de trois ordres d'architecture : celui du rez-de-chaussée était dorique, celui du premier étage ionique, et le troisième corinthien, avec des colonnades saillantes formant des balcons couverts.
Le rez-de-chaussée du corps-de-logis principal était destiné au corps-de-garde des Cent Suisses ci du régiment des Gardes, à quelques logements pour des seigneurs et des officiers, et à différentes salles à l'usage des personnes de la cour.
(I) Livre d'architecture contenant*,., les plans , élévations et profils de quelques-uns des bâtiments faits en France et dans les pays étrangers , par le sieur Boffrand, architecte du Boy. 47^45. — LiooDois a doDné , dans ses Essais sur \la ville de Nancy , nu u plan du*premier étage da oouveau Palais de Nancy, n
Prés de rapparlemenl du duc, au premier élage, il y en avait d'autres pour les princes et les princesses du sang.
Les second et troisième étages devaient servir de logements aux offlciers du Palais. D'anciennes cours étaient conservées pour les offices et autres j)ièces de service.
La façade sur la Carrière avait vingt-une croisées, avec un fronton enrichi de l)as-reliefs et de trophées d'armes ; il était surmonté de six statues colossales, et tout le bâtiment était orné d'une balustrade en pierre, également enrichie d'urnes et de trophées d'armes. La façade du côté des jardins devait porter la même décoration, avoir dix colonnes et trenle-trois croisées dans sa longueur. Dans la cour, le milieu des quatre faces devait être un avant-corps composé de six colonnes , avec un fronton orné de sculptures en bas -relief et terminé par six statues.
Le portique autour de la cour communiquait à la chapelle palatiale de St. -Georges, du côté de la ville, et, au fond de la cour, à une salle de comédie adossée à la salle d'Opéra.
Si une chose pouvait faire oublier la destruction de quelques portions du vieux Château, c'était, à coup sûr, la magnificence du nouveau Palais que se proposait d'élever Léopold. Malheureusement, ce Palais ne devait pas se terminer, et sa construction amena néanmoins la ruine du chœur de St. -Georges et des chapelles voisines, de la superbe tour du garde-meuble et du corps- de-logis de la Cour qui avait servi d'appartements au prince et avait renfermé le jeu de paume, la galerie des Peintures, la Chambre des Comptes et la salle St.-Georges , laquelle le disputait en richesse et en étendue à la superbe salle d'Honneur (i ) .
(i) On acheta, ea 1717 , à Remy Villaume, sculpteur, capitaine d'une compagnije de bourgeois de Nancy , (i une maison près des écuries du Château , comprise dans le plan du nouveau bâtiment qu'on y fait faire, n
Dès l'année 1717, on commença la construction du « Château de la Cour, » sous la surveillance des architectes Guesnon et Révérend, et de M. Cléret, contrôleur des bâtiments. Les ouvrages de maçonnerie et de pierre de taille furent confiés à Jean Jadot et Nicolas Renault ; ceux de sculpture à Joseph Dieudonné et Dumont père, etc. (i)
Les travaux furent continués et poussés avec activité jusqu'en 1721 (2) ou même 1722 (3) ; la face du côté de la
(1) Voici le nom des ouvriers qui furent employés aux travaux du nouveau Palais : Joly el Liégeois, ardoisiers ; Glomeny et Hennequin , plâtriers ; Briey , plombier el ferblantier ; Nicolas Renauld , charpentier; Jacques Enard , serrurier; Nicolas Sevelle^ menuisier, qui fît, en d722 , un modèle de la façade du château de Nancy, en menuiserie, H el recul 208 livres pour cel ouvrage. L'archilecle Jean le Duc, ou Duc, eut la surveillance d'une partie de ces travaux. Je dois mentionner aussi le plâtrier Gabriel Yallé, qui fil, en 172^, le modèle du grand escalier du nouveau Palais; il lui fut payé 81 livres 5 sols.
(2) On lit, dans les pièces justificatives des comptes du Trésorier général , pour Tannée 1727 : u U est ordonné au sieur Dominique âqthoinc, trésorier général de nos finances, de payer à Nicolas Repault, entrepreneur, la somme de 23,510 livres 17 sols 8 deniers , pour restant et parfait paiement de celle de ii2,5J0 livres 17 sols 8 deniers, à quoi se montent toutes les dépenses qu'il a faites pour la eonstrnolion de notre château de Nancy. » Voici l'état des sommes qui furent payées, chaque année, à Nicolas Renault: 1717, 68,000 livres; 1716, U0,00f) ; 1719, 17(^000; 1720, 38,000 ; 1721, 3,000.
 ces documents, se trouve joint un mémoire du même entrepreneur, comprenant 107 articles , dont ravant-dcrnicr porte ce qui suit : u Pour les impostes el archivoltes des sept croisées, tant de la face du pavillon que retours vers le bastion et la grande cour au droit du premier étage ; la corniche de Tordre ionique jusqu'au-dessus, les tambours des colonnes desdites faces, faits pour monter jusqu'à la hauteur du 2^ étage; quantité de jambages et pilastres pareillement faits pour employer au même endroit, qui sont tous de pierre de taille, qui ont été préparées et prêtes à poser pour l'élévation dudit pavillon, el lesquelles sont restées sur le chantier, S. A. R. ayant fait discontinuer lesdits ouvrages après que lesdiles pierres ont été taillées... n
(3) En 172^, une somme de 5,8^^ livres 17 sols est payée à Nicolas
Carrière, qui est figurée dans l'ouvrage de Boffrand, fut élevée dans sa hauteur et couverte d'ardoises (I). Mais Taile donnant sur la cour, ne fut poussée qu'à six pieds de terre.
Aucun de nos historiens , pas même Durival , qui a écrit cependant presque jour par jour le règne de Léopold, ne disent quels motifs engagèrent ce prince à faire suspendre l'achèvement du nouveau Palais : peut-être fut-il arrêté , dans l'exécution de ce projet, par les dépenses que lui occasionna la rèédificalion du château de Lunéville, qu'un incendie venait de réduire en cendres (1719), et parla construction de l'hôtel de la Monnaie (1720-1721), dont une partie fut destinée à la Chambre des Comptes et au Trésor des Chartes.
Quoiqu'il en soit, les travaux du bâtiment neuf n'avaient pas empêché de continuer à entretenir et à réparer l'ancien bâtiment , qu'on appelait alors le vieux Palais ou le vieux Château. En 1722, différents ouvrages furent faits à l'appartement de M. de Fontenoy , derrière celui des princesses , prenant jour sur la cour des Fontaines ; aux chambres de M. de Bousmard, « dans l'étage au galetas au-dessus des appartements des princes ; » dans celles de MM. de Lenoncourt et de Pfutzchner ; l'architecte le Duc dirigea la construction de nouvelles écuries près des Cordeliers, et les réparations de rOrangerie ; Pierre Boulangé fît des « peintures d'impres-
Regnauld; charpentier, u pour ouvrages faits au bâtiment neuf jusqu*vn 1722. «
(t) II est assez probable que Léopold habita le nouveau Palais ; mais^ ce qui est certain , c'est que celui-ci fut meublé : on trouve, en effet, un grand nombre de mentions de sommes payées pour achats de portières de tapisserie, ouvrages de bronze doré et dV moulu, tables de marbre , ouvrages en bois sculplé , etc. , la plupart achetés à Paris par Boffrand, pour décorer le Palais.
sion, > et Menuet des t sculptures en plâtre » à ralcô\'iB du cabinet de la duchesse, près de l'Opéra; enfin, le sieur Augay, plâtrier, refît le plafond cintré de la salle des Gardes, « joignant le grand escalier où est le grand horloge (i). >
Depuis celte époque jusqu'en 4729 (1), année de la mort de Léopold, aucuns travaux ne furent exécutés ni au vieux Palais , ni au nouveau Château de Nancy : l'ancienne demeure des ducs de Lorraine élait à peu près abandonnée par leur successeur ; c'était à Lunéville qu'il avait fixé sa résidence ordinaire, et c'était le château de cette ville qu'il se plaisait à faire embellir: Mesny, Guibal, Dieudonné, les deux Vallicr, le décoraient d'ouvrages de sculpture, en même temps
(1) En 1724, on dépensa, ponr le vieux Palais, une somme de 16,880 livres 11 sols 8 deniers, dont une partie fut consacrée à payer des travaux faits antérieurement à cette époque ; c'est ainsi que 200 livres furent délivrées au peintre Guyon , m pour avoir raccommodé plusieurs tableaux audit Château , suivant l'ordonnance du 10 avril 1722. fi .
(2) Lionnois rapporte, sous cette date, un événement qui se rattache , jusqu'à un certain point, à Phisloire du Palais Ducal, et qui se trouve également consigné , dit-il , dans le recueil des anecdotes du sieur Lavocat , de Ghampigneules , machiniste du prince Charles de Lorraine : u Au mois de février 1729, par un beau jour, et en plein midi , un aigle avec son aiglon parut voltiger sur la Carrière , et après avoir fait trois tours au-dessus de celte place, alla se percher avec son petit sur les fleurons de bronze dorés d*or moulu qui ornaient le faite de la salle des Cerfs. Après quelque temps de repos , les deux oiseaux prirent leur essor, firent trois volées autour du Château, mais Paigle tomba mort au milieu de la cour, et Taiglon s'envola vers TAIIemagne. Les courtisans ne manquèrent p.as de faire à ce sujet de grands raisonnements. Léopold leur dit que cet événement ne regardait que lui seul. Gomme ce priuce mourut peu après, et que son fils François III parvint ensuite au trône impérial , on présuma que ces oiseaux étaient venus annoncer ces deux grands événements, n •
que Jacquard et Louis Chéron ornaient de tableaux la chapelle et rintérieur des appartements.
En résumé, le règne de Léopold, qui fut une ère de prospérité pour la Lorraine , fut une ère de décadence pour le Palais Ducal. Cet antique édifice, pas plus que la chapelle princière de St.-Georges, n'échappa à la manie de destruction et de constructions nouvelles , qui semblait un besoin du temps. On commençait à professer alors un superbe dédain pour les vieux monuments , et l'on croyait devoir les faire impitoyablement disparaître. Cette manie, jointe au désir d'effacer tout vestige de notre ancienne nationalité, devait bientôt priver notre pays d'édifices qui avaient si longtemps fait son orgueil et sa gloire.
Aussitôt après ravcnement de François III, et dans la pensée que ce prince viendrait passer l'hiver dans le Louvre ou le Château royal de Nancy, comme on disait alors, on fit démolir la galerie' de pierre à entrelacs , qui régnait, du côté de la cour, le long du corps de bâtiment voisin des Cordeliers , servant de logement aux princes et aux princesses. Cette galerie fut remplacée par une autre (1) dont les colonnes étaient d'une seule pierre, et dont le balcon en fer fut fait par un ouvrier encore peu connu à cette époque, mais qui devait bientôt conquérir une place distinguée parmi les artistes lorrains : je veux parler de Jean Lamour (2) , Fauteur des
(1) Cette galerie, dont une partie » dit Lionnois , fut placée depuis à la première Intendance (plus tard Pavillon des Ofûciers), en fut enlevée pour éclairer davantage les appartements d*en bas. On la démolit en 1779; et l'hôtel-de-ville de Metz Tacheta pour en décorer lliôlei du Gouvernement, qu'il faisait bàlir.
(2) On trouve, dans les pièces justificatives du compte du Trésorier général, pour 1752, les notes suivantes :
tt Élat à peu près de la dépense que Jean Lamour, marchand serrurier à Nancy , a faite au sujet du balcon de la grande galerie du Châ~ 'teau royal de Nancy.
n Pour les fers pour la corniche et pour tous les ornements et armes, 4,000 livres. — Plus pour les ornemens de enivre au pourtour des ovales, 201 livres. — Pour les modèles, tant en terre qu'en bois, pour faire les armes , 30 livres.... — En tout (compris quelques autres travaux), 12,326 livres 15 sous, n — Les travaux furent poussés avec iant d'activité, que Lamour en tomba malade.
belles grilles qui décorent encore aujourd'hui nos places publiques. Ce fut le sieur Jennesson , architecte des bâtiments de Son Altesse Royale, qui dirigea les travaux que Ton fit tant à la galerie dont il vient d'être parlé, que dans Fintérieur du Louvre (1).
Ces travaux , qui coûtèrent plus de 60,000 livres, furent faits en pure perle : François yi vint effectivement à Nancy, le 5 janvier 1730, assista même à la procession commémorative de la veille des Rois ; mais il y séjourna à peine, et. Tannée suivante , il quittait définitivement ses Etats pour aller ceindre la couronne impériale.
Stanislas, on le sait , fixa sa résidence ordinaire à Lunéville, et n'habita pas le Palais Ducal ; aussi, cet édifice ne lui élant d'aucune utilité, jugea-t-il à propos d'en faire abandon à la ville de Nancy. La cession des emplacements et bâtiments des vieil et nouveau Châteaux, de l'ancien arsenal, du grand magasin près des Cordeliers, de la salle d'Opéra, de rhôtel des Pages, etc., eut lieu en vertu d'un arrêt du Conseil des Finances, du 24 juillet 1759 (2), à la charge d'un cens
(1) Il existe , parmi les pièces justificatives du même compte , un tt Toisé des ouvrages faits par le sieur Jennesson, architecte des bâtiments de S. A., tant k la galerie du Palais royal de Nancy que dans rinlérieur dudit Louvre, n Le total des sommes payées à Jennesson s'élève à 17,5^3 livres 8 sols 7 deniers, m
(2) Cet arrêt , imprimé k la fin du Recueil des Fondations du Roi de Pologne, porte : « Vu au Conseil des Finances et Commerce la délibération de la ville de Nancy, en date du 22 mai dernier (4739), par laquelle elle supplie le Roi de vouloir bien lui accorder différents emplacements et bâtiments.... pour les convertir en logements d'officiers, casernes^ écnries et autres usages propres à la garnison ; ce qui procurerail un grand soulagement à ses habitants, en les déchargeant de l'incommodité du logement des gens de guerre.... Le Roi... cède et abandonne à perpétuité â ladite ville l'emplacement et bâtiments du vieil et nouveau Château, cours, basses-courS; jardins, maisons servant présentement aux
annuel de 120 livres, à titre de reconnaissance envers le domaine, et sous la condition d'employer ces bâtiments, ^terrains et emplacements aux usages de la garnison, et autres destinations concernant le service du Roi.
En 1745, aussitôt après Funion du chapitre de St.-Georges à celui de la Primatiale , on démolit ce qui restait de Téglise de la Collégiale, ainsi qu'une partie de l'ancien Château, avec la tour octogone où était renfermé le Trésor des Chartes (1).
En i 745 , les officiers de l'hotel-de-ville adressèrent à Stanislas une requête dans laquelle ils disent que, parmi les bâtiments que le Roi leur a concédés à titre d'ascencement, c se trouve ce qui composait jadis le château servant de résidence aux souverains, dont une partie n'est' qu'à moitié construite, et l'autre tombe en ruine ; de sorte que, pour en éviter l'entier dépérissement et les accidents qu'il peut occasionner , parmi les moyens qui leur ont été proposés pour obvier à ces inconvénients et employer ce qui reste de ces bâtiments et emplacements à l'ornement de la ville et iau service public, ils se sont fixés à celui de former une grande place au bout de celle de la Carrière pour communiquer à la promenade du rempart , et de ne réserver des bâtiments de l'ancien château que ceux nécessaires à l'établissement d'un
voilures publiques, circonstances et dépendances, ensemble les seize boutiques allacbées au corps du vieil Château, à la charge par ladite ville de continuer à payer le cens dû au domaine de S. M. pour lesdites boatiques , enlre les mains de Philippe Lemire, adjudicataire général de ses Fermes pendant la durée de son bail , après quoi il demeurera éteint et d'indemniser les censitaires ou concessionnaires.... »
(i) On lit dans Durival : u Antoine Lancelot , de TÂcadémie des Inscriptions, et inspecteur du Collège Royal, avait été nommé, après la prise de possession, pour examiner le Trésor des Chartes de Lorraine, qui était dans une tour de l'ancien château de Nancy. Il y travailla depuis le mois de mai 1737 jusqu'au commencement de 1740. n
— un —
hôtel pour llntendant de la province, et ont, dans celte vue, fait dresser par te sieur Baligand , ingénieur de Sa Majesté et inspecteur des bâtiments du domaine, des plans, profils et devis, qu'ils ont délibéré, par acte du i®' février dernier, de faire exécuter, v* >
Par arrêt du Conseil des Finances, du 6 mars 1745, et lettres-patentes du 8 du même mois, Stanislas fit droit à la requête des officiers de Thôtel-de-ville, et, dès le 9 avril de la même année , ceux-ci commencèrent à faire démolir le nouveau Palais bâti par Léopold, de même que tout ce qui restait de Tancienne Cour, à l'exception de Faile donnant sur la Grande-Rue, et notamment de la Galerie des Cerfs, où fut placée, en 1750, la bibliothèque publique que le Roi de Pologne venait de fonder (1).
Néanmoins , les plans de l'architecte Baligand ne furent
(i) La salle des Cerfs, dit Lionnois, avait été ornée^ dans toute son éteodae, d'armoires très-solides et de bon goût. Oa avait disposé, dans la partie voisine de la petite Carrière, des salles très-propres pour les assemblées des académiciens, et pour le sous-bibliothécaire. La Société littéraire, tréée par Stanislas, y tint sa première assemblée, le 5 février 1751, en présence de la cour (excepté Stanislas, qui était resté à la Malgrange) et de tout ce qu'il y avait de personnes distinguées dans la ville. C'est, comme on sait, dans cette séance solennelle^ 4ue M. Thibaut, procureur général de Lorraine, décerna, pour la première fois, au Roi de Pologne, le surnom de Bienfaisant. Du reste, ni le chevalier de Solignac, ni le comte de Tressan, qui prononcèrent de fort pompeux discours, embellis de toutes les fleurs académiques, ne trouvèrent un mot pour faire allusion aux souvenirs que devait éveiller dans tous les cœurs lorrains la vue de Tunique salle encore debout du Palais de René II, d'Antoine et de Charles III. M. Thibaut, seul, fut, selon ses expressionsj u pénétré d'un respect timide pour la majesté du lieu, 1»
M. Guerrier de Dumast a consacré au souvenir de cette séance mémorable de l'Académie de Stanislas, ces vers qui ont été lus aussi daus
pas suivis, et Stanislas fit élever , à ses frais, le palais actuel sur les nouveaux plans de Héré. Cet édifice, dont la construction coûta 849,000 livres 3 sols un denier, argent au cours de France, fut commencé au mois d'août 1751 ; M. Mique, architecte du Roi de Pologne, fut chargé des, travaux de maçonnerie ; les ouvrages de sculpture, tant du bâtiment que du jardin (i), furent confiés aux sieurs Yallier, Guibal, Bé-
uoe réuDioD solenoelle de la même Académie (séance sécalaire tenue, le 6 septembre i850, devant le Congrès scienlifique de France) : Noble joar que le jour où y dans des lieux fameux^ Naquirent des travaux respectables comme eux ! Où la salle des Cerfs, un moment consolée^ S'ouvrit superbe encor, pour superbe assemblée !
Ces vieux murs que Bellange orna de son pinceau. N'avaient point du grattoir subi l'indigne outrage. Ces plafonds, fiers témoins des gloires d*nn antre &ge.
Ils n'avaient point croulé sous le marteau vandale, Sous Télrange fureur d'abattre et d'innover.
Dont ici, grand ou beau, rien ne s'est pu sauver.
Le 27 juin i763, Stanislas, voulant, dit Lionnols (T. H, p. 228), mettre la bibliothèque publique dans un endroit où elle fût plus à la portée de tout le monde, ordonna qu'elle fût placée dans une des salles de riIôte1-de-Yille, où seraient immédiatement transportés les armoires, tableaux, livres, manuscrits, instruments et machines qui se trouvaient dans la Galerie des Cerfs de l'ancien Château. Le Roi de Pologne ordonna aussi que les séances particulières de l'Académie se tiendraient à l'avenir dans une des salles de la nouvelle bibliothèque.
(1) Au fond de ce jardin , ayant la forme d'un miroir de toilette , se voyait , dit Lionnois, dans un bassin de gazon, une belle statue du Temps, qui, avec sa faulx, marquait les heures sur plusieurs cadrans. C'était l'ouvrage de Joseph Schunken.
champ, Heker, Lenoir et Walneffer ; ceux de serrurerie à Jeao Lamour ; les bronzes et dorures de la rampe de Fescalier à Louis Fesquet ; les cheminées de marbre sortirent des ateliers de Lechien;les marbres artificiels, tant pour les cheminées que pour la décoration des salles, furent confeo* tionnés par Nicolas Saunier et Manciaux ; le sieur Gergonne fit les peintures à fresque, rehaussées d'or et ornées de fleurs, de tout le plafond de la grande salle, ainsi que les dorures des cadres et trumeaux de ses deux cheminées ; enfin , Girardet fut chargé de faire, pour les ovales des cheminées du grand salon , le portrait en grand du Roi et de la Reine de France (4).
(1) On trouve , dans le Compte général de la dépence des édifices et bâtiments que le Roi de Pologne a fait construire pour Vembellissement d^ la ville de Nancy , depuis 1751 jusqu'en 1759, outre une vue de rintendance et du Paviilou des Officiers^ le détail des différeutes sommes qui furent payées aux artistes on ouvriers employés ï la construction du palais de l'Intendance ; voici un résumé de ce compte :