OUVRAGES DIFFÉRENTS DANS L'INTÉRIEUR DU PALAIS
Dans ce chapitre se trouvent les sommes payées à Louis Fesqaet, Lechien, Saunier, Manciaux, Gergonne et Girardet.
Le chapitre intitulé : Supplément des bâtiments de Nancy, contient encore quelques mentions relatives à la construction de l'hôtel et da jardin de l'Intendance ; ces mentions constatent le paiement de différentes sommes aux sieurs Mique, architette (26,671 1. 8 s. 9 d.) ; François François, plombier et ferblantier (7,021 1. 18 s. 12 d., pour ouvrages à la grotte du parterre, à la garniture .de l'ordre corinthien et au fer-à-cheval de l'Intendance) ; Claude Thomas et consors, menuisiers ; Jean Lamour; Louis Hast et Nicolas Didelot, peintres en impression ; Béchamp (pour ouvrages en sculpture pour la décoration des deux grandes portes de l'Intendance) ; la veuve Guibal ponr ouvrages de sculpture en pierre de Savonnières , faits et fournis au même bâtiment, etc.
(1) Voici le détail des ouvrages faits au Pavillon des Officiers :
Maçonnerie, — Mutlot 27,079» 10» 2<*
Charpenterie, — Duprey li,163 6 A
dations du Roi de Pologne, avec la belle galerie projetée de construire sous François III, ne fut pas rebâti à neuf; on fit seulement des travaux à la façade donnant sur la cour. C'est à celte époque, peut-être, qu'on éleva, dans cette cour, le mur qui la partageait en deux et isolait le pavillon des officiers du grand hôtel , ne laissant qu un passage pour les chevaux et les voitures qui entraient par la Porterie.
Par arrêt du Conseil des Finances , du 9 février 1759 y Stanislas, t désirant donner à sa bonne ville de Nancy des marques encore plus signalées de sa bienveillance, en lui abandonnant plusieurs édifices et bâtiments considérables construits par ses ordres pour l'embellissement de cette capitale de ses Etats, » lui céda, entre autres choses, c le sol et le nouveau bâtiment de Thôtel de l'Intendance, avec les galeries et bâtiments en retour des deux côtés, ainsi que les cours, jardins, maison de jardinier, kiosque, même le kiosque bâti sur les bastions, et le terrain à la droite, avec les matériaux et les bâtiments que Sa Majesté pourra y faire construire pour les cuisines et décharges de l'hôtel de l'Intendance ; le corps de casernes derrière et à droite de cet hôtel, avec
Co wvc7'f tire. — Liébaull 422' 7« 8*
Plomb et ferhlanc. — François François.. 228 45 9
P/d^re. — Silvain Vallée .*.... 4,036 4 40
Menuiserie, — Riv«t el Marc 2,698 44 8
Serrurerie, — Lamour 4,387 4 10
Ftïrerfe. — Voynant 912 5
Peinture d^ impression, — Devarennes ,
Louis Hast 705 16 10
C'est, suivant Lionnois, à l'époque où le bâtiment de la première Intendance fut converli en logements pour les officiers, qu'il faut placer la démolition du passage ou de la galerie qui communiquait du Palais aux Cordeliers. {Essais sur la ville de Nancy.) C'est peut-élre de la même époque que date la destruction de la tour de l'Horloge , qui est encore figurée sur un plan de Nan<^,^dr^sé par Belprey en 1754».
— isoles emplacements devant et derrière , et le corps-de-garde attenant auxdites casernes...., pour du tout jouir, user et faire son profit de la même manière que des bâtiments et emplacements à elle abandonnés par Tarrèt du 24 juillet 1739, sous le seul et même cens annuel de 120 livres, et à la charge d'employer lesdits édifices.... aux usages de la ville, de la garnison et autres eoncernant le service de Sa Majesté et du public. »
Le nouveau Palais devint le logement de l'Intendant de la province ; mais on y avait réservé, sans doute, des appartements pour le prince lorsqu'il venait dans sa capitale. Stanislas ne visita ce Palais que dans des occasions toutes particulières, notamment en 1762, lors du voyage que firent en Lorraine les princesses Adélaïde et Victoire. C'est dans le grand salon de l'Intendance que le Roi de Pologne, accompagné de la princesse Christine de Saxe, reçut Mesdames de France ; et c'est du balcon de cet hôtel, que la cour assista à l'une des plus magnifiques illuminations dont Nancy ait jamais eu le spectacle.
Quant à l'ancien Château , c'est-à-dire à la partie qui renfermait la Galerie des Cerfs, il était à peu près abandonné. Cette Galerie, privée de la bibliothèque publique, qui avait été placée à l'Hôtel-de-Ville (27 juin 1763), et ne servant plus de lieu de réunion à l'Académie , avait été transformée en grenier à fourrages , et son rez-de-chaussée en écuries. C'est probablement à cette époque que , pour lui donner plus d'élévation, on démolit sa voûte, qui, depuis, n'a pas été rétablie (1).
(1) Cette voûte n^était pas celle qui avait été primitivemeot eonstraile. Elle en avait remplacé one plas aDcieDne, dont les traces sont parfaitement visibles sur les mars , et qai fut démolie, oo ne sait à quelle époque ni pour quel motif.
Ainsi qu'on vient de le voir, Stanislas ne mérite pas toutà-fait le reproche qu'on lui a adressé d'avoir détruit Tancienne résidence de nos ducs : il trouva un édifice déjà mutilé, déjà défiguré , et il se borna à lui faire subir de nouveaux changements. Mais ce dont on peut justement l'accuser, c'est d'avoir permis la dégradation de la Galerie des Cerfs ; c'est d'avoir laissé donner à cette salle , ((ui rappelait tant de souvenirs, une ignoble destination. Le Roi de Pologne avait eu une noble pensée éh l'affectant aux assemblées de l'Académie et en réunissant dans cette enceinte, si éminemment historique, les livres et les manuscrits où se trouvaient retracées les annales de notre histoire ; il eût été digne de lui de persévérer dans cette pensée de conservation, et dé nous transmettre intact un débris qui témoignait de la grandeur d'une nation et de la magnificence de ceux qui l'avaient gouvernée.
im-mi.
Aussitôt après la mort de Stanislas (â3 février 4 766), M. de Stainville, commandant ou gouverneur général des duchés de Lorraine et de Bar, qui était logé dans le pavillon oriental de la place Royale, près de l'Hôtel-de- Ville, demanda et obtînt pour sa résidence' le palais habité par l'Intendant de la province, et ce dernier vint occuper, à son tour, le pavillon de la place. L'Intendance prit dès lors le nom de Gouvernement.
Mais cet édifice, quoique de construction récente, était à peu près inhabitable^ tout ayant été sacrifié à la décoration extérieure (1) ; on fut donc obligé de songer à y faire inmiédiatement des « réparations, changements et augmentations » considérables. M. Montluisant , inspecteur général des bâti-
(1) On lit dans aae lettre de M. de La Cralaizièro e h La maison affectée aujourd'hui au logement du Gouverneur générai de la province, à Nancy, a un besoin argent de réparations consliîéijibles , ce qa'on doit imputer à un vice de première construction. -Je l'ai liabitée huit ans, et toujours avec la plus grande inquiétude. Les bois qui forment les planchers du rez-de-chaussée au premier étage, sont presqae tous échauffés dans leurs portées; d'ailleurs, étant soutenus par des colonnes trop éloignées les ânes des autres, la moindre charge les fait ployer dans le milieu, de sorte que, pour prévenir la ehute des planchers, j'étais obligé de faire étayer l'étage quand je devais recevoir beaucoup de monde. Les réparations indispensables demandées par M. le comte de Stainville peuvent être faites de manière à rendre la maison beaucoup plus logeable et commode , avantages qui lui manquent absolument, tout ayant été sacrifié à la décoration extérieure, n {Papiers de l'Intendance, Archives du département.)
ments et usines du domaine, fui chargé, à cet effet, de rédiger un projet des ouvrages « nécessaires et indispensables à faire > à cet hôtel, et de dresser un plan des nouvelles distributions à donner à l'intérieur (i).
Ce plan, qui nous a été conservé, comprend non-seulement le palais du Gouvernement, mais aussi le corps-de-logis où sont aujourd'hui les bureaux de la Préfecture, et qu'on appelait alors, au rez-de-chaussée, le bâtiment de& Cutanés, et au premier étage, Vaile des Cuisines. Ce premier étage, qui restait à achever, comprenait, du côté donnant sur la petite Carrière, à partir de la Grande-Rue, un garde-meuble, un cabinet, une salle à manger, un cabinet de jour, une chambre à coucher et une garderobe aveo cabinet au derrière ; le côté donnant sur la petite cour des remises (2) renfermait un garde-manger et une cuisine, une chambre à coucher et un antichambre. Ces deux parties étaient séjparées par un corridor qui, tournant à droite, prenait jour sur la cour dont il vient d'être parlé. La cour actuelle des bureaux de la préfecture s'appelait cour des Cuisines ; celle de la gendarmerie, cour des Remises, à cause des remises établies en avant de la galerie régnant, du côté de la cour, sous la salle des Cerfs; la contre-partie,de cette galerie, c'est-à-dire celle donnant sur la Grande-Ruèt, est désignée sous le nom d'ancienne écurie.
(1) Toisé et estiinatioD des onvrages oécessaires el indispensables qai sont à faire à l'hôtel du Gonvernement , conformément aux plans dressés par MoDlIuisanl, en conséquence des ordres de Tlnlendant, da 12 juin 1766. [Papiers de l'Intendance»)
(2) A l'exlrémilé de celte cour , située derrière les bureaux actuels de la Préfecture , il y avait , en 1766 , un lavoir, qui est figuré sur le plan de M. Montluisant. On voit également, sur ce plan, le mur dont j'ai parlé, et qui, partant à peu près de l'endroit où est aujourd'hui la sellerie de la gendarmerie, coupait la cour en deux par une ligne brisée.
L'adjudication des ouvrages à faire au Gouvemement, fut passée, le i^' septembre 1766, moyennant la somme de 50,754 livres 7 sols 4 deniers au cours de Lorraine (25,809 I. 16 s. 8 d. au cours de France), au profit du sieur Joseph Mengin, entrepreneur à Nancy (1).
Les travaux comprenant la construction de l'écurie qui est adossée au mur du jardin de la Préfecture (2), furent exécutés au moyen d'une imposition extraordinaire frappée sur la province, et payable en quatre annuités. On avait vainement exposé au Roi la situation malheureuse de la ville de Nancy, celle de la Lorraine toute entière (5), et demandé que des fonds particuliers fussent affectés à cette dépense sur le Trésor public, le contrôleur général des finances refusa de faire droit à ces légitimes réclamations.
En 1769 et 1770 (4)^ de nouveaux ouvrages de réparation et d'entretien furent exécutés à l'hôtel du Gouvernement, et
(1) Les dépenses^ indiquées dans le Toisé des ouvrages, devaient se répartir de la manière suivante :
Hôtel du Gouvernement ii,ii8> 19> 00*^
Bâtiment des Cuisines. 5,413 16 mu
Grande écurie sous la Galerie des Gerfis. ... 315 un un Aqueducs (pourTécoulemenl des eaux du bâtiment des cuisines dans un des égoûts de
la ville) ; 590 «u uu
Bâtiment d'une nouvelle écurie.. . . * 7,98^ 18 5
Bénéfice et soins de l'entrepreneur 3,534 19 i
(3) Cette écurie est figurée sur le plan précédemment indiqué, à pe« près telle qu'elle est encore aujourd'hui.
(3) Lettres de Durival et de M. de La Galaizière. (Ces lettres sont aux Archives.)
(4) A cette dernière époque, l'architecte Montluisanl dressa le « plan des écuries, remise et bûcher, projetés de construire dans la cour, à
coûtèrent encore plus de 40,000 livres, sans compter les sommes qui, à partir de 1766, furent dépensées en achat d'ameublement.
Le 13 novembre 1774, le Conseil royal des Finances rendit un arrêt portant qu'à partir du 1®"^ janvier 1775, il serait imposé annuellement, sur les duchés de Lorraine et de Bar, une somme de 8,000 livres au cours de France, laquelle somme serait employée au paiement des dépenses des grosses et menues réparations, ouvrages d'entretien et de nouvelle construction à faire dans Tbôtel destiné au logement du gouverneur ou du commandant en chef de la province de Lorraine, et dans les jardins en dépendant, ainsi qu'à la fourniture, entretien et renouvellement des meubles dudil hôtel ; que celte somme serait remise tous les ans, par le Receveur général des finances, au Trésorier fçceveur de la ville de Nancy, pour êlre employée par ce denier, sur les mandements des maire royal et échevins, au paiement des dépenses relatives auxdites réparations, ouvrages de construction nouvelle ou d'entretien, etc., sur les demandes qui en seraient faites par le commandant de la province, lesquelles dépenses
l'esl, entre le Gouvernement et le rempart^ n et le u plan général dn premier étage de l'hôtel da Goavernement. n
Ce plan, qui est sur une très-grande échelle, représente la Galerie des Cerfs divisée en quatre parties : au haut de Tescalier de l'Horloge est une petite salle prenant jour sur le balcon situé en face de la rue Saint-Michel ; la Galerie proprement dite ; une salle commençant au premier balcon à droite de la Porterie, et se prolongeant jusqu'à Tautre balcon ; enGn, une chambre ouvrant sur ce dernier et ayant un cabinet au derrière, sur la cour. Celte chambre communique à l'hôtel actuel des bureaux par un escalier (qui a été supprimé en 1823). La cour de la gendarmerie est appelée cour des écuries ; mais on n'y voit pas le mur qui la coupe en deux sur le plan de 1766, parlant de devant le grand escalier et aboutissant au jardin de la Préfecture.
ne pourraient excéder ladite somme de 8,000 livres, faute de quoi l'excédant serait supporté par la ville, laquelle, en outre, demeurerait chargée à perpétuité de toutes les réparations de cet hôtel, de quelque nature elles puissent être, ouvrages de nouvelle construction, etc. (1)
La double clause de servitude stipulée dans Tarrèt du Conseil des Finances, du 9 février 1759, fut observée jusqu'en 1791, époque où les bâtiments du Gouvernement furent abandonnés à Tadministration de la guerre, qui les affecta au logement du général commandant la division militaire du département (2).
Les mutilations qu'avait subies le Palais Ducal sous les règnes de Léopold et de Stanislas, n'avaient eu pour motif qu'une manie de nouveauté, condamnable sans doute au double point de vue de l'art et des souvenirs historiques; cet édifice allait avoir à souffrir des dégradations d'un autre genre, inspirées, celles-là, par un fanatisme aveugle, jpar des passions que rien ne saurait excuser.
Au milieu des événements dont Nancy avait été le théâtre, depuis 1790, ses monuments avaient été religieusement respectés ; personne n'avait songé à détruire les tableaux, les statues qui décoraient l'intérieur ou l'extérieur de ses palais : il appartenait à des hommes étrangers à la cité de porter les premiers une main sacrilège sur ces objets précieux. Les bataillons de Fédérés des 86 départements^ plus connus sous
(l)Le 27 mars 1791, la municipalilé de Nancy fut obligée d'adresser UDe requête au Directoire du département de la Mcurthe, à TefTel d'obtenir le paiement d'une somme de 16,000 livres dont le Receveur général Ini était redevable pour les années 1789 et 1790, et dont il refusait le paiement à la ville.
(2) On appelait cet hôtel le bâtiment militaire, dit hôtel du Gouvernement,
le triste nom de Marseillais, venaient (12 septembre 1792) d'entrer dans la ville désignée à leur haine comme aristocrate et anti-révolutionnaire. A peine arrivés, ils se mirent à briser les fleurs de lys, les ornements et les couronnes des riches grillages de la place Royale ; puis, selon l'énergique expression d'un témoin oculaire, avec une fureur digne des Goths et des Vandales , ils se portèrent sur les monuments publics , brisant les statues, déchirant et livrant aux flammes les tableaux qui les décoraient. Rien ne put échapper à leur fureur : ni les trophées, ni les figures allégoriques qui ornaient le fronton de l'hôtel du Gouvernement et l'hémycicle de la Carrière; ni la statue du duc Antoine, ni les armes de Lorraine qui embellissaient la Porterie, ni même les jettoirs en pierre qui garnissaient la corniche du Palais; tous ces morceaux furent impitoyablement brisés, et leurs débris allèrent rejoindre ceux de la statue équestre de René II, qu'on avait triomphalement précipité.e de son piédestal (1).
Tous les bons citoyens s'indignèrent de ces actes de vandalisme, contre lesquels l'administration s'empressa de protester (2) ; mais le mal était fait, et bien des années devaient s'écouler avant que les monuments ainsi mutilés, fussent rendus à leur état primitif.
L'administration de la guerre, qui, depuis 1791, occupait le bâtiment de l'Intendance, voulut, en 1818, le faire vendre
,(1) La tête seule de la stalue éqaestre de René .II fut sauvée comme par miracle^ en roulaut dans Tallée de la maison d'un boulanger de la place St.-Ëpvre , qui la conserva jusque dans ces derniers temps ; elle .fait partie du Musée lorrain.
(2) On lit dans le procés-verbal de la séance publique du Directoire du déparlement de la Meurlhe , du ià novembre 1792 : u Le Directoire du département, instruit qu'il s'était commis, hier soir, des dévastations à la ci-devant Chambre des Comptes (la Monnaie), et même au ^
au profil de l'£tat. Mais la ville de Nancy revendiqua ses droits, qui furent solennellement reconnus par une ordonnance royale du 27 juillet 1821, et elle fut remise en possession de rhôtel du Gouvernement et des terrains contigus, à charge d'affecter un logement convenable au commandant militaire.
Pendant ce temps, cet hôtel, qui avait servi, en 1814, de logement à Fétat-major des armées alliées, était, suivant les termes d'un rapport adressé au Conseil général, tombé c dans rétat le plus complet de dégradation; » sa toiture menaçait d'une chute prochaine, et il était nécessaire de prendre c immédiatement des mesures pour empêcher la charpente de s'écrouler. > Les réparations à faire, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, ne furent pas estimées moins de 120,000 francs (1), y compris la restauration du grand salon, d'après les dessins
bâliment de l'Administration^ a délibéré qu'elles seraient reconnues et conslatées ; à Peffet de quoi il a invilé radministraleur Mallarmé de visiter les lieux et de dresser procès-verbal de leur état, ainsi que des meubles et effets qui auraient été dégradés, n Un commissaire fut également désigné pour constater les dégradations commises dans le lieu ' des séances du tribunal criminel et de ia policé correctionnelle. Je n*ai pu, malgré mes recherches , retrouver ces procès-verbaux ; mais il suffit , pour donner une idée de ce qui se passa dans notre ville , de citer cette seule ligne du Rapport présenté par l'abbé Grégoire à la Convention nationale : u A Nancy , dans l'espace de quelques heures , on avait détruit pour cent mille éccs de tableaux et de sta^ tues, ti (Voir aussi les Marseillais à Nancy, par P. Barthélémy.)
(1) Rapport adressé au Conseil général, le 17-août 1821. — M. Jaquiné, ingénieur des ponts et chaussées, avait adressé, le 10 du même mois, au Préfet de la Meurthe , un rapport dans lequel les dépenses k faire à Thôtel du Gouvernement , étaient ainsi détaillées : Grand* hôtel, 77,118 fr. 36 c. ; écuries et remises, 8,659 fr. 3^ c. ; hôtel des bureaux ou petit hôtel, 17,376 fr. 6i c. Une somme de 2,315 fr. est affectée à la réparation de dix groupes de figures en pierre de Savonières , tant sur la première galerie , que sur rentabicment du second
existant, et la réparation des groupes de figures de la première galerie et de Fentablement du second ordre (1).
Dans ces circonstances, la ville de Nancy, que l'état de ses finances empêchait de subvenir aux réparations et à Tentretien du Gouvernement, pria le Préfet (délibération du 2i août 1821) « de proposer au Conseil général Taifectation du palais et du jardin en dépendant, à l'établissement de la préfecture (2), à charge de faire réparer l'édifice et de fournir un logement convenable au maréchal-de-camp commandant le département, de telle sorte que la ville n'en fût aucunement inquiétée. Le département posséderait cet hôtel au même titre que celui déterminé par les actes de concession originaire, sans pouvoir l'aliéner ni l'employer à autre chose qu'à un service public. »
En même temps, le Conseil général invitait le Préfet à € solliciter l'autorisation nécessaire pour transférer dans l'hôtel du Gouvernement et dépendances la préfecture, ses bureaux et ses archives , et à y faire, à cet effet, les réparations nécessaires ; à solliciter de même l'autorisation de vendre les deux hôtels (place Royale et rue d'Alliance) servant, l'un à son habitation personnelle et aux séances du Conseil général,
ordre. On lit dans ce rapport : u La peinture du plafond du grand ,sa- Ion est à refaire en totalité , ainsi que la Youssure, d'après le dessin existant, ornés de fleurs et d'ornements , rehaussés en or fin de différentes couleurs Les panneaux d'appui an pourtour sont dégradés ;
une partie n'offre plus d'indices de peinture, tr
(1) Ces statues, restaurées, en 1^50, par MM. Laurent frères, sculpteurs à Nancy , représentent la Justice , la Science , la Navigation et le Commerce.
Quant aux groupes du premier étage , les débris en oèi été vendus en 1840, et transférés au château d'Haroué , où on les vôU. encore aujourd'hui.
(2) La préfecture occupait le pavillon de l'Intendance^ sur la place Royale.
— ICO —
l'autre aux bureaux de la préfecture, pour, le prix provenant de cette vente être employé aux réparations dudit hôtel... »
Cette vente fut autorisée par une ordonnance royale du 23 mai 1823. La veille, conformément à l'ordonnance du 27 juillet 1821 et à la décision du ministre de la guerre, du 19 avril 1823, la ville avait été remise en possession de Thôtel du Gouvernement. Le 26 mai, les travaux à faire dans ce bâtiment, furent adjugés, moyennant la somme de 92,315 francs 98 centimes, à MM. François Solet et Louis Thiéry, entrepreneurs à Nancy. Enfin, le 28 du même mois, fut rendue une ordonnance royale dont le premier article porte : € La préfecture, ses archives et ses bureaux seront transportés dans rhôlel de l'ancien Gouvernement, sous la réserve, pour la ville, du droit d'établir son musée de tableaux dans la salle des Cerfs, et de conserver le passage dans la cour contiguë à la portion dudit hôtel où se trouve cette salle. »
Je n'ai pas l'intention d'indiquer ici les divers travaux qui furent exécutés dansée bâtiment^ ces détails n'ont aucune importance historique; je signalerai toutefois, comme 'éminemment regrettable, la destruction, qui fut accomplie^ en 1824 (1), des décorations du grand salon. Cette pièce, destinée aux réunions qui avaient lieu lors des fêtes publiques, du
(1) Par une délibération en date da 24 mai de cette année ^ le conseil municipal de Nancy offrit de céder ao département un emplacement de 15 mètres de longueur à prendre dans un bâtiment servant d'écurie et dépendant de l'ancien Palais , pour y placer le logement dn portier, le magasin & bois et les lalriues ; mais il demanda, en retour, les emplacements se trouvant au-dessous et à côté do la Galerie des Cerfs, ainsi que l'escalier gothique qui y conduit, en faisant disparaître la hache formée par le mur séparatif des cours du bâtiment de la ville et de celui occupé par la gendarmerie, u L'escalier gothique, est-il dit dans celle délibération , ne peut servir qa*ë communiquer h la Galerie des Cerfs, dont il est un appendice, notamment sous le rapport de
passage d'un prince ou de quelque personnage de distinction, avait un caractère particulier qu'on devait peut-être respecter, comme offrant le type d'une époque artistique. On admit
Parchitecture^ et même, sans cet escalier, on ne pourrait concevoir aucun pian raisonnable de restauration, soit de la Galerie, soit du portique extérieur qui sert d'entrée. »»
Voici les observations qui furent adressées au Préfet, par M. Jaquiné, au sujet de celle délibératidfe :
il En échange de l'abandon d'une partie des bâlimenls situés dans la cour du Palais, la ville réclame du département la cession de diverses parties des dépendances actuelles de l'hôtel des bureaux et des bâtiments conligus de la caserne de la gendarmerie^ soU pour appliquer à une nouvelle destination la Galerie dite des Cerf$y servant maintenant de grenier à fourrage pour la caserne, soit poor former un dépôt des po'mpes k incendie pour la Ville-Vieille.
1) Les dépendances actuelles de l'hôtel des bureaux, i^amées par la ville, seront convenablement remplacées dans la partie de bâtiment qu'elle consent à abandonner...
H Quant à la cession d'une portion de la grande écurie de la caserne pour y loger le portier du Musée, j'ai consulté M. le commandant de la gendarmerie, et il m'a fait observer que cette écurie, réunie à la petite, élait à peine suffisante pour les besoins de la caserne.
Il Une autre demande du Coûsèit^ consistant dans la suppression du passage actuel, pour les chevaux et les voilures, à travers la galerie qui communiquera de la porte sculptée, destinée à l'entrée du Musée, au grand escalier circulaire que le Conseil demande aussi pour procurer un accès convenable à la salle des Cerfs, donne à la vérité les moyens de restituer aux écuries un espace équivalent à celui du fond demandé pour le portier; mais il faudra procurer h la caserne une autre communication de la rue à la cour pour les chevaux et les voitures, et cette communication ne sera pas aisée à pratiquer à travers les appartements du rez-de-chaussée ; quoiqu'on fasse, elle altérera l'ordonnance de la façade du pavillon au derrière du Palais.
Il Les demandes du Conseil comprennent encore, au bénéfice de la cour du Musée, la suppression de la hache que forme le mur de séparation de cette cour avec cei|^.j|â la caserne
Il Je saisis celle occasiont^i^vofis^.représenler que l'abandon qui a clé fait à la ville de la salle des Cerfs^Uj^i ^rt maintenant de grenier,
les raisons qui furent présentées contre cette opinion (i), et Ton fit disparaître, comme entachés de mauvais goût, les
enlraîne la nécessilé de la constroctioQ d'un autre grenier aossi vaste ; que ce nouveau grenier, ne pouvant plus être à portée des écuries actuelles, et devant néanmoins se trouver au-dessus d*uQ rez-de-chaussée, cette construction devra consister dans an batijnent assez considérable» à deux étages, que Von pourrait convenablement placer dans le fond de la cour de la caserne ; q|^'il conviendrait alors, pour la facilité du service des gendarmes, d'utiliser le rez-de-chaussée de ce bâtiment, en y plaçant les écuries, qui se trouveraient ainsi sous le grenier au lieu d'en être éloignées et séparées par une cour et des bâtiments. Après cette construction, la cour de la caserne conservera SO"" de longueur cl 27 50 de largeur, produisant une surface de 1,37S™, qui se trouvera encore suffisante.
Il Les écuries actuelles, qui seraient par lli abandonnées, pourraient servir très-convenablement, attendu qu'elles sont voûtées, k loger une partie assez considérable des archives du département et suppléer largement à l'insuffisance probable du local qui leur est affecté ao second étage de l'hôtel des bureaux, n
(1) La destruction des décorations du grand salon , ayant été V objet de nombreuses critiques , je crois devoir reproduire ici les motifs qui furent présentés h l'appui de celte détermination, dans le rapport adressé au Préfet, le 16 décembre 182^^, par M. Jaquiné :
c Dans le projet de restauration de l'hôtel du Gouvernement...., on s'était proposé de conserver, au moyen de réparations, néanmoins assez considérables, le système de décorations du grand salon, quoiqu'on eût, depuis longtemps et avec raison, abjuré les formes et le goût dont toute cette composition se trouve empreinte.
n Mais les réparations faites au second étage , ayant occasionné le relevé de quelques planchers et parquets, on reconnut de la pourriture dans les porlées de quelques sommiers du plafond à l'exposition du nord-ouest. On 6t, en conséquence, la visite de toutes ces pièces importantes ; on pourvut aux remplacements nécessaires et aux moyens réclamés pour la sûreté de l'édifice, et ces divers ouvrages entndoèrent inévitablement la démolition du plafond et de presque toute sa eoraiche. D'ailleurs, ce plafond, qui avait été appliqué sur un lattis simple, ne tenait plus : dès 1788, on avait été obligé, pour prévenir sa chate, de le retenir par un grand nombre de vis, dont les têtes à ailes élai enl
peintures et les ornements dont Stanislas avait fait enrichir le magnifique salon du palais de Flntendance (1).
masquées par des papillons qui se confondaient dans la peinture dont il était couvert, et ce moyen ni aacun autre ne pouvaient sufGre à sa conservation.
n Au surplus, la chute de ce plafond ne peut inspirer aucun regret, de même que la suppression que nous proposons de tout Tensemble des décorations de cette pièce. En effet, indépendamment de la peinture du plafond en feuillages et guirlandes de fleurs, et de sa corniche , ouvragée et surchargée dans ses angles de moulures en rocailles, le système de ces décorations consiste dans les formes chantournées de ses portes et surtout de ses lambris, dans des enduits de stuc divisés en compartiments mixtilignes de peinture par des guirlandes d'un style maniéré , entremêlées d'arabesques, et sur lesquels est étalée une grande profusion de dorures, maintenant écaillées on ternies. Le fond blanc du stuc, couvert de taches de l'huile des lampes et de nombreuses souillures, est, de plus , altéré par une décomposition de cette substance, résultant de rhnmidilé, et qui se manifeste par des points noirs à la surface. Il est désormais impossible de restituer à cette décoration la fraîcheur et l'éclat desquels seulement elle pouvait emprunter quelque mérite ; et d'ailleurs, depuis que, dans les décorations intérieures , on s'est assujetti aussi à des lignes simples^ à des contours purs et à des formes correctes, le goût mesquin, faux et insignifiant du XVIll^ siècle, qui frappe dans ces décorations ^ ferait une disparate choquante et désagréable avec les autres appartements, arrangés dans le goût moderne , et avec les ameublements dont cette belle pièce devra être ornée, w
Afin que toutes les parties du salon fussent en harmonie, on fit disparaître également les anciennes cheminées de marbre et on leur en substitua de modernes.
(i) C'est vers celte époque qu'eut également lieu le percement de la grande porte actuelle de la gendarmerie. La démolition du mur disgracieux qui séparait la cour en deux parties , et celle des constructions qui, appuyées contre le bâtiment de la Galerie des Cerfs, servaient de remises à des voitures de louage, s'exécuta en 1828.
Il y avait, sous la porte de la gendarmerie, une fontaine qui versait de l'eau dans la grande écurie, aujourd'hui le magasin de la ville. Elle, a été reportée en 1838, dans la cour, à l'endroit où elle se trouve actuellement.
Quant à la partie encore debout de Fancien Palais Ducal, celle qui, à ce tiire, méritait le plus dlntcrèt, elle était complètement oubliée. La salle des Cerfs, qui avait été transformée en grenier, aussitôt après la translation de la bibliothèque publique à rilotel -de- Ville, conservait celle déplorable destination; les galeries inférieures , avec leurs chapiteaux sculptés, continuaient à servir d'écuries, et la Porterie, veaye de la statue du duc Antoine, portait toujours les traces des mutilations que les Marseillais lui avaient fait subir.
On ne répara pas non plus, à cette époque, les groupes de ^gures de la première galerie et de Tentablement du second ordre, dont la restauration avait été cependant comprise dans le devis dressé en 1821.
C'est seulement à partir de 1820, que l'attention publique se porta sur la Galerie des Cerfs. Dès lors, on eut la louable pensée d'y établir le musée de la ville. Des études furent faites, des projets et des plans rédigés dans ce sens (1). Quelques années plus tard, et à l'occasion de la demande faite par le Conseil municipal au département de l'escalier conduisant à cette Galerie, la question se reproduisit encore (2) , mais il n'y fut point donné de solution sérieuse ni définitive.
En 1827, on songea à placer dans la salle des Cerfs les Archives départementales et le Trésor des Chartes de Lorraine. Mais ce projet (5), pas plus que le précédent, ne fut mis à exécution.
(1) D'abord par M. Grillot père , puis par M. Châtelain , archileele da déparlement. La Société d'Archéologie possède^ dans sa bibliothèque , le plan qui fut dressé alors par M. Grillot.
(2) Délibération du Conseil municipal de Nancy, da 24 mai 1824, et observations adressées au Préfet, an sujet de cette délibération, rapportées précédemment (p. 160).
(5) Il fut rédigé par M. Châtelain et approuvé.
En 1848, la Commission des Antiquités du département de la Meurthe, en signalant au Ministre de Flntérieur la nécessité de créer un musée dans la capitale de l'ancienne Lorraine, indiqua cette salle comme le seul local convenable pour recevoir cette destination, et, par une délibération du 9 novembre 1843, chargea trois de ses membres (MM. Grillot, Paul Laurent et Guerrier de Dumast) de rechercher les moyens les plus propres à amener la formation de ce musée.
A la suite du Congrès scientifique qui s'était tenu à Strasbourg Tannée précédente, la Société de Conservation des monuments français avait solennellement émis le même vœu, et adressé au Ministre (4 octobre 1842) une lettre dans laquelle elle appelait vivement son attention sur cet objet, qu'elle représentait, à juste titre, comme digne de toute la bienveillante sollicitude du Gouvernement.
Mais ces manifestations, pas plus que les protestation» chaleureuses faites par plusieurs organes de la' presse (1), n'amenèrent encore de résultats.
C'est seulement à dater de 1845, que le Conseil général de la Meurthe commença à manifester hautement son intention de sauver l'aile restante du Palais Ducal et de donner à la Galerie des Cerfs une destination convenable. Dans ce but, il songea à y placer les Archives et vota des fonds pour faire étudier tout à la fois et le projet de translation, et celui de restauration de la Porterie (2).
En 1847, il alloua une nouvelle somme (1,000 fr.), tant pour la continuation de ces études, que pour les réparations
(1) Voir, DOtamment , rarlicle pablié par M. Raymond Thomassy, dans V Artiste, le 9 novembre 18-42.
(2) Voici le texte de la délibération de 1845 : u Sur la proposition do Tua de ses membres, le Conseil général, reconnaissant la aécessité
les plus urgentes à faire au portail. Ces réparations, commencées dans le courant de 1848, se sont continuées sans interruption jusqu'à lem* parfait achèvement : aujourd'hui , elles sont entièrement terminées , et en admirant la richesse de ce magnifique frontispice du Palais, on ne saurait trop remercier le Conseil général d'avoir fait entreprendre et conduire à bonne fin cette intéressante restauration.
Malgré les préoccupations politiques de ces dernières années, les sympathies pour cette œuvre réparatrice, loin de«e refroidir, sont devenues plus vives encore - les admini3trations locales, les représentants du département et de la cité (i),
de pourvoir, le plus promptement possible, à la restadration du portail de Tancien Palais des ducs de Lorraine, et des balcons qui en font partie, qui sont les restes les plus précieux de Télat florissant de Tarcbitectare et de la sculpture dans an temps où le pays produisit tant d'artistes célèbres en tout genre', vole pour cet objet une somme de 500 fr. n
Il résulte du rapport adressé au Préfet, en 1846, par M. Henriot, arcbilecle du département, au sujet de la translation des Arcbires dans la Galerie des Cerfs , que cette dernière fat reconnue suffisante ponr recevoir ce dépôt , et que la totalité de la dépense, u tant ponr le rétablissement de la salle des Cerfs avec sa voûte, que ponr la construction d'un nouveau grenier à fourrages, n fat évaluée à la somme de trentetrois mille francs,
(1) Voir le rapport présenté au Conseil général , dans sa session de 1850 , par M. Louis, au nom de la commission d'administration, et la déllbéralion du Conseil m^inicipal de Nancy , du 10 mai de la même année.
Le rapport présenté au Conseil général contient ce préambule : il L'ancienne capitale de la Lorraine compte plusieurs monuments dignes du plus haut intérêt, au double point de vue de l'art cl des son- Ycnirs nationaux.
Il II en est an surtout qui doit attirer sur lui votre attention et votre sollicitude. C'est le Palais Ducal fondé par Raoul , magnifiquement reconstruit par Antoine, embelli encore par les successeurs de ces deox princes.
n L'intérêt que nous tous, Lorrains, nous éprouvons pour ce 'menu-
le Gouvernement lui-même (i) ont voulu y prendre part, et^ en ce moment (1831-1852) , un projet complet de restauration de Taile encore debout du Palais Ducal, s'élabore par les soins du ministère de Tinlérieur (2). On peut ajouter que la Société d'Archéologie et le Comité du Musée historique lorrain ont largement contribué à développer ces sympathies , gi*âce auxquelles ils ont déjà obtenu des résultats matériels qui ne sont pas sans importance (5).
Telles sont les particularités qui, depuis le XIV® sièdc jusqu'à nos jours, se rattachent à l'histoire du Palais Ducal. J'ai essayé, autant qu'il m'a été possible, de fixer l'époque
mcDt, s'explique non pas seolemeat par le goût Irès-natorel qoi nous porte vers Tétude de noire histoire , mais par la craiale très-légitime que uous ressenloos de le voir compromis daus sa noble origine, si, plus loDg|emps, il est détourné de sa destination.
ti De toutes les parties de la France , les hommes et les journaux de toutes les opinions se sont entendus dans une pensée commune , celle de reproduire toutes les communicalious ayant pour objet de rendre au Palais Ducal son antique et artistique splendeur.... n
(1) On peut voir, à la suite du compte-rendu des travaux de la Société d'Archéologie lorraine , publié dans le premier volume de ses Bulletins, tous les documents officiels qui se rattachent à cette question.
(2) Cest M. Boëswilwald, architecte des monuments historiques, qui a été chargé de rédiger ce projet.
(5) Une souscription a été ouverte , à la fin de 1850, par les soins du Comiié, et a produit une somme de près de 10,000 fr. De son côté, le Ministre de rinslruclion publique a accordé k la Société d'Archéologie 800 fr., destinés h l'appropriation du local affecté au Musée lorrain. Le Conseil général , dans sa session de 185J , a également voté, pour le même objet, une somme de 500 francs.
C^est à l'aide de ces ressources que le Comité a pu faire restaurer le porche d'entrée et le vestibule voisin, el y placer nue partie des objets qu'il a déjà recueillis, et qui provienneiit, soit de dons, soit d'acqnisi*tions faites par lui.
de sa fondation, celle des addilions ou reconstructions qui y ont été faites par René II, Antoine, Charles IH et Henri H; j'ai rappelé les événements principaux qui s'y sont accomplis; j'ai lâché enGn de signaler les changements de nom et de destination qu'on lui a fait |ubir : c'est ainsi qu'on J'a vu prendre d'abord la simple dénomination de Maison ou d'Hôtel, puis être successivement qualifié de Court ou de Château, de Palais, de Louvre, de Château Royal , d'Intendance, de Gouvernement et de Préfecture. Ces noms, empruntés, pour la plupart, à des faits ou à des circonstances politiques , sont comme la table sommaire de l'histoire de cet édifice, et indiquent, en quelques mots, les difierentes révolutions par lesquelles il a passé pour arriver jusqu'à nous.
Sa longue existence se divise en deux périodes bien distinctes : période de grandeur et de pro^périté jusqu'aux premières années du régne de Charles IV, c'est-à-dire jusqu'à l'occupation de Nancy par les troupes fran(;ïiises en 1655; période de décadence et de ruine à partir de cette époque. Les projets conçus par Léopold, ceux que fit exécuter Stanislas, sî magnifiques qu'ils aient pu être et quelque admiration qu'ils méritent, entraînèrent la destruction d'un monument , qu'on pouvait embellir sans doute, mais dont l'ensemble devait être respecté. Et d'ailleurs, par quoi fut-il remplacé ? par des hôtels presque inhabitables, dont le premier (celui bâti par Boflrand) ne fut pas jugé digne de servir d'habitation à l'Intendant de la Province, et dont le second, après avoir coûté des spnimcs considérables, n'ofl'rait pas même un logement convenable au gouverneur de la Lorraine , bien différents tous deux de ce vieux Palais où Louis XIV s'était trouvé plus commodément qu'au Louvre î
Une chose non moins regrettable que la destruction de cet édifice, c'est la perte des sableaux, statues, meubles, objets
d'art de toute espèce, que nos ducs s'étaient plus à y rassembler. Ces objets, précieux autant par eux-mêmes que par les souvenirs qu'ils rappelaient, personne ne sait ce qu'ils devinrent; aucun de nos historiens ne nous apprend si l'on prit soin de les transporter dans les résidences royales de la Malgrange et de Lunéville, ou bien si on les abandonna au même sort que les belles statues de la rampe du Parterre, que les chefs-d'œuvre qui décoraient la chapelle princièrc de St-Georges. Quoiqu'il en soit, tous sont aujourd'hui dispersés ou perdus, et on chercherait vainement la trace de ces me-numents qid attestaient la 'civilisation artistique de notre pays.
S'il ne nous est pas possible de réparer tout le mal qui a été foit, nous pouvons du moins y remédier en recueillant les débris épars qui existent encore, et en les rassemblant dans une enceinte où chacun puisse venir les admirer. Cette enceinte, c'est la Galerie des Cerfs ; c'est l'aile restante du Palais Ducal ; c'est là qu'est tout naturellement marquée la place du Musée national que la Société d'Archéologie s'occupe en ce moment à fonder.
Avec la splendide Porterie qui lui sert d'entrée, avec les belles et vastes galeries qui y conduisent , avec le magnifique escalier par lequel on y arrive, la salle des Cerfs présente un ensemble monumental remarquable et tel que bien peu de villes peuvent en offrir (i).
C'est ce qui est presque universellement compris, et si cette grande pensée a trouvé quelques rares contradicteurs.
(1) Oq peut voir, au Musée lorrain, une esquisse du projet complet de restauration et d'appropriation de cet édiûce à un musée , qui a été dressée par M. Châtelain.
ce n'est que parmi ceux qui s'exagèrent les difficultés d'une pareille entreprise (1).
II y a des difficultés sans doute, mais elles ne sont pas in-
(1) Od a prétendu : 1^ que Tapproprialion de la Galerie des Cerfs el la resiiluUoQ d'un grenier k fourrage à la gendarmerie entraineraienl des dépenses considérables; 2^ que ceUe Galerie serait beaucoup trop vaste pour qu'on pût espérer la voir jamais garnie par les objets d'art de toute espèce destinés à former le Musée historique lorrain.
II résulte du rapport même de M. rArckilecte du département (voir la note de la page 166) que cette dépense serait beaucoup moins considérable qu'on ne le pense généralement, puisqu'elle ne dépasserait pas la somme de 55^000 fr. Celte somme , il faut, pour être jaste^ s'empresser de le reconnaître, serait insuffisante si l'on voulait procéder à une restauration complète et vraiment monumentale de la Galerie des Cerfs ; mais une restauration de celte nature est-elle indispensable ? et ne suffirait-il pas d'une simple appropriation, puisque la Galerie emprunterait sa décoration aux objets qui y seraient placés ?
On a allégué, en second lieu, les proportions gigantesques de cette Galerie ; or, voici, à cet égard, la vérité dégagée de toute exagération : La salle des Cerfs a environ 55 mètres de longueur, 8 mètres 10 de largeur, ^45 mètres 50 de surface ; le pourtour des murailles est de 126 mètres 20 ; la hauteur, sous la voûte (à refaire) de 3 mètres; leur surface de 576 mètres 60 ; d'où il faut déduire, pour la place occupée par les portes et fenêtres, 125 mètres environ ; reste sur mur, 251 mètres 60. Encore faut-il ne compter la surface disponible pour le placement des objets exposés qu'à une certaine hauteur à partir du plancher ; dès lors il ne restera dans les trumeaux que juste la surface capable de recevoir les tableaux, groupes d'armures, panoplies, etc.; les bahuts, meubles, tables à verrières, etc, seront au milieu de la Galerie, où il faudra laisser un espace assez considérable pour la circulation.
Il faut bien comprendre qu'un musée n'est pas un magasin ou l'on entasse les objets h conserver ; mais un véritable appartement à meubler, où ces objets doivent être disposés avec ordre, sans confusion, de manière à les faire valoir el h orner les locaux.
Si l'on admet, en outre, la nécessité de réserver quelques emplacements pour les tapisseries qui occupent une grande surface ; pour une salle d'étude ou de réunion , on reconnaîtra que ces locaux sont bien moins vastes et bien moins difficiles à garnir qu'on ne Va prétendu.
Il est certain qu'aujourd'hui,' avec ce que possède déjà le Musée lor-
surmontaliles ; et Ton peut voir, dès à présent, à quels résultats il esl possible d'arriver avec des efforts et de la persévérance. Que sera-ce lorsque le Gouvernement, les administrations publiques, tous les hommes qui tiennent aux souvenirs nationaux par des traditions de famille ou par un sentiment éclairé de patriotisme, viendront sérieusement en aide à la Société d -Archéologie?
Sachons seulement ne pas désespérer et avoir foi dans l'avenir. Ce n'est pas en un jour que nous atteindrons le but que nous poursuivons ; mais est-ce en un jour qu'ont été bâtis tant de monuments dont la grandeur et la magnificence nous frappent d'admiration ! Celui dont nous jetons les fondements sera long et difiicile à construire, et nous n'aurons certainement pas le bonheur de le voir achevé ; nos descendants continueront l'œuvre que nous aurons commencée, et peut-être parviendront-ils à doter notre patrie d'une institution qui, un jour, fera son orgueil et sa gloire.
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rain, avec surtout ce qu'il recueillera sans aucun doute dans un avenir peu éloigné; il pourrait occuper une grande partie de la Galerie des Cerfs.
S'il fallait des exemples à l'appui de ces assertions, on pourrait citer le Musée de Nancy, qui^ commencé il y a tout au plus cinquante an«, a eu bien vile garni ses salons et se voit obligé de mettre beaucoup de tableaux dans les greniers de l'Hôtel-de- Ville.
Il en esl de même de notre bibliothèque publique, dont les locaux, aulremenl vastes que ceux du futur Musée lorrain, soûl iusuffisauls pour recevoir toutes les collections qui devraical y être placées.