PARTIE INTERMÉDIAIRE ENTRE CIIALCÉ ET DAPHNÉ
Avant de décrire la seconde partie du palais, qui prenait le nom de Daplmé, occupons-nous des cours et du grand triclinium des Dix-neuf-lits, qui séparaient Daplmé de la première partie du palais.
Lorsqu'on entrait au palais par le Forum et le vestibule de la Chalcé et qu'on voulait aller soit dans Daplmé, soit plus loin dans le Palais-sacré, on traversait, comme on vient de le voir, les tricliniums des gardes prétoriennes et le grand Consistorion. Au fond
de cette salle , il fallait monter l'un des escaliers (n° 32 , C) pour arriver aux portes de bronze qui s'ouvraient sur la cour de l'Onopodion (n° 30). En face de ces portes, de l'autre côté de l'Onopodion, s'élevait le portique de FAugustéos (n° 49), dont nous parlerons plus loin. Mais si en sortant du Consistorion on tournait à droite , on trouvait au fond de l'Onopodion un escalier de quelques marches qui conduisait à une cour plus élevée, à laquelle on donnait le nom d'Exaéron (n° 37). Cette cour servait d'atrium au grand trielinium des Dix-neuf-lits (n° 38).
Ce trielinium, qui recevait aussi le nom de tribunal des Dix-neuf-lits, était un édifice très-élevé et magnifiquement décoré. On y entrait de l'Exaéron par un vaste portique (n° 38, A). L'intérieur était divisé en deux parties distinctes : le trielinium proprement dit (b), à la suite du portique, et le grand Accoubiton, qui occupait le fond de la salle (c). Le trielinium des Dix-neuf-lits prenait son nom de dix-neuf tables sur lesquelles , dans certains jours de cérémonie , et notamment pendant les fêtes de Noël , l'empereur et ses convives prenaient un repas couchés sur des lits, suivant l'usage de l'antiquité. L'argenterie employée dans ces repas de cérémonie était d'une richesse inouïe. Luitprand, qui fut admis dans les Dix-neuf-lits à la table de l'empereur en sa qualité d'ambassadeur de Bérenger, marquis d'Ivrée, en parle ainsi : « Le service » de la table fut fait uniquement en vaisselle d'or. Après le repas, on servit les fruits » dans trois vases d'or qui, à cause de leur poids, ne furent point apportés à main » d'hommes, mais sur des chariots couverts de pourpre. Deux de ces vases furent » mis sur la table de cette manière : trois cordes enveloppées de peau dorée descen- » daient du plafond par des trous qui y étaient pratiqués ; on engagea les anneaux d'or )> dont elles étaient munies dans les anses des vases , puis, à l'aide de quatre hommes, » ou plus peut-être, placés au bas, on les enleva par le moyen d'une poulie établie » au-dessus du plafond, et on les déposa sur la table » Au haut des marches qui conduisaient de la partie basse de la salle dans la partie la plus élevée, existaient deux grandes colonnes d'argent auxquelles étaient attachées des draperies que l'on baissait lorsque l'empereur, avant les réceptions, revêtait là son costume impérial. Le trône était établi en cet endroit. Une porte (d) donnant sur le Péripatos (n° 52) permettait à l'empereur d'entrer dans le trielinium des Dix-neuf-lits en sortant du coiton de Daphné (n° 51), sans passer par le portique des Dix-neuf-lits, où s'assemblaient les dignitaires avant d'être reçus par lui. Ce vaste trielinium était éclairé par en haut ; sa voûte, distribuée en panneaux octogones et enrichie de branches de vigne, d'arbustes et de feuillages, avait été refaite au dixième siècle sur les dessins de l'empereur Constantin Porphyrogénète 2.
Le trielinium ou tribunal des Dix-neuf-lits ne servait pas seulement aux repas de
1 Luitprandi Antapodosls, lib. VI, § 8, ap. Pertz, Mon. Germ. Iiist., t. V, p. 338.
2 Anonym., De Constant. Porphyr., ap. Script, post Tlwoph., lib. VI, § 20; Paris., p. 280: Bon., p. 449.